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MEMOIRES
DE
LA SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE
SCIENCES, BEIMS-LETTRES ET ARTS
D’ORLÉANS.
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NOTE SUR LES PUBLICATIONS DE LA SOCIÉTÉ.
Les travaux publiés par la Société comprennent, au 1 er janvier 1868,41 volumes
complets, divisés en quatre séries :
La première, sous le titre de Bulletin de la Société des Sciences phy¬
siques, etc., renferme tout ce qu’elle a publié depuis son établissement, en
avril 1809, jusqu’aux événements politiques de la fin de 1813, par suite desquels
ses réunions ont cessé.
Ce Bulletin, dont les exemplaires complets sont rares, se compose de 7 volumes
formés de 43 numéros, qui ont paru de mois en mois, le premier en juin 1810 et
le dernier en décembre 1813. Chaque volume comprend 6 cahiers. Seul, le tome III
a de plus un supplément ou un septième numéro, ce qui élève le nombre des pages
de ce tome à 364. La pagination du tome VI recommence pour les deux derniers
numéros.
Dans la seconde série, dont le premier volume a pour titre « Annales de la
Société des Sciences, Belles-Lettres et Arts, et dont le second et les suivants
portent celui de : Annales de la Société royale, etc., sont contenus tous les
travaux que la Société a mis au jour depuis sa réorganisation, en janvier 1818,
jusqu’au 3 mars 1837 inclusivement.
Les Annales forment 14 volumes composés chacun de 6 numéros, dont le
premier a paru en juillet 1818. Le premier et le troisième volumes ont chacun une
planche, le quatrième en a deux, le sixième une, le septième trois, le neuvième
deux, le onzième sept, le douzième neuf, le treizième huit et le quatorzième une.
Le titre du premier volume qu’on trouve en tète du sixième ou dernier cahier
porte par erreur la date de 1819 ; c’est 1818 qu’il faut lire.
La troisième série comprend 10 volumes et s’étend jusqu’à l’année 1852. Les
sept premiers volumes de cette série portent le titre de Mémoires de la Société
royale, etc.; les trois derniers sont intitulés : Mémoires de la Société des
Sciences, etc.De ces dix volumes, le premier renferme cinq planches, le deuxième
en a huit, le troisième une, le quatrième trois, le cinquième sept, le sixième deux,
le septième une, le huitième trois, le neuvième deux et le dixième sept.
Enfin, la quatrième série, publiée dans un format un peu plus grand que les
trois précédentes et sous le titre de : Mémoires de la Société d’Agricültüre,
Sciences, Belles-Lettres et Arts d’Orléans, comprenait, au 1 er janvier 1868,
dix volumes : le premier, commencé au 2 avril 1652, porte la date de 1853 ; le
dernier, qui contient le nouveau réglement de la Société, porte la date de 1867.
Cette série se continue.
Son premier volume contient sept planches, le second huit, le troisième et le
quatrième chacun trois, le cinquième deux, le sixième cinq, le septième dix-sept,
le huitième cinq, le neuvième dix-neuf et le dixième sept planches et trois
tableaux.
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MÉMOIRES
DE LA.
SOCIÉTÉ D’AGRICULTURE
SCIENCES,
BELLES-LETTRES ET ARTS D'ORLÉANS.
TOME ONZIÈME.
4 e Série des Traraux de la Société. — 42 e Volume de la Collection.
ORLÉANS,
imprimerie d’émile püget et c le , rüe vieille-poterie. 9.
1868.
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F V ^ I < J 4
Harvard College Library
13 , 1912
F. C. Lowel: t'und
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PROJET
D’EXPÉDITION AU POLE NORD,
Exposé fait à la Société par H. LOISELEUR
DANS LA SÉANCE DU 15 NOVEMBRE 1867.
Je viens vous entretenir d’un projet qui présente un
intérêt scientifique du premier ordre et auquel, par consé¬
quent, une Société comme la nôtre ne saurait être indiffé¬
rente : il s’agit de l’expédition projetée par M. Gustave
Lambert pour atteindre le pôle Nord.
Vous savez, Messieurs, combien d’efforts analogues ont
été tentés depuis le commencement du xvii* siècle; les
noms de Barentz, d’Hudson, de Baffin, ceux plus récents et
non moins illustres des deux Ross, de Parry, de Mac-Clure
et du malheureux lieutenant Bellot vous sont sans doute
familiers. Le but de la plupart de ces hardis explorateurs était
de trouver un passage direct pour pénétrer de l’Atlantique
dans le Pacifique, soit par le Nord-Ouest, soit par le Nord-
Est. Depuis l’année 1853, grâce à l’énergique persévérance
de deux navigateurs anglais, Mac Clure et Inglefied, ce
passage est connu ; mais on sait aussi que le froid l’em¬
pêchera toujours de devenir une route régulière pour le
commerce. La découverte du pôle Nord, l’exploration des
terres et de l’Océan qui l’entourent sont aujourd’hui des
questions d’un intérêt purement scientifique ; mais cet
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intérêt est considérable. C’est lui déjà, ce sont les préoccu¬
pations élevées de la science bien plus que celles du com¬
merce qui guidaient lord Mulgrave, en 1777; Ross, en
1818; Parry, en 1821 ; et cet infortuné capitaine Franklin,
qui partit de Greenwich le 20 mai 1845, et que sa veuve
d’abord, et ensuite l’Angleterre, ont fait tant d’infructueux
efforts pour retrouver. Il ne s’agit pas seulement, comme le
dit très-bien M. G. Lambert, d’atteindre le point où se croi¬
sent tous les méridiens et où, par conséquent, il n’y a plus
d’heure par rapport à un point déterminé ; il s’agit de scruter
les lois naturelles dans un milieu spécial. C’est là, en effet,
c’est dans ce point du monde que la pesanteur arrive à son
plus haut degré de force : par suite de l’aplatissement de la
terre, on est là plus rapproché du centre ; la force centrifuge
n’y existe point. Est-ce à une plaine liquide ou glacée, est-
ce à un continent qu’aboutit l’axe de la terre? On l’ignore.
« Peut-être, écrivait récemment M. Paul de Rémusat,
peut-être il y a-t-il là des habitants et une civilisation rudi¬
mentaire, celle de l’âge où les hommes vivaient dans les
villages lacustres de la Suisse. Car Morton, un peu au-delà
de 80 degrés, a trouvé des huttes enfouies dans la glace et
entourées d’ossements de phoques. La topographie, la géo¬
logie, la faune et la flore de ces contrées n’ont pu être
étudiées. Que de grands sujets de curiosité noble et désin¬
téressée! »
Dans une série de lettres adressées au vice-président de
la Société de géographie, M. Lambert a développé les rai¬
sons scientifiques qui l’ont conduit à penser, contrairement
à l’opinion commune, que le pôle n’est pas le point le plus
froid du globe, et que les espaces inexplorés qui l’entourent,
espaces qui équivalent en étendue aux quatre-cinquièmes
de l’Europe, sont occupés par une mer libre, libre au moins
pendant une partie de l’année, et peut-être par un continent
où la vie peut s’épanouir. Par des calculs communiqués à
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l’Académie des sciences, le savant voyageur est arrivé à
déterminer les lois qui régissent Yinsolation, c’esl-à-dire la
quantité de chaleur versée par le soleil aux divers lieux du
globe, aux' diverses latitudes, aux diverses heures et aux
diverses saisons. Il a trouvé qu’aux environs du 22 juin,
époque du solstice d’été, la puissance d’insolation va en
croissant depuis le cercle polaire jusqu’au pôle.« A ce dernier
point, dit-il, il est midi toute la journée ; cette simple ré¬
flexion pourra faire comprendre à quelques lecteurs le sens
réel de cette grave affirmation. Si l’on cherche les latitudes
qui jouissent à ce moment de la même puissance d’insola¬
tion que le pôle, on trouve que le soleil verse la même
quantité de chaleur au pôle Nord que par la latitude de 59°
Nord et par la latitude de 25° Sud. Aux environs du 22 mai
et du 22 juillet, les parallèles d’insolation égales à celle du
pôle sont 66° Nord et 33° Sud. » L’examen des lignes iso¬
thermes de Humbold confirme ces calculs : on donne ce nom,
comme vous le savez, aux lignes qui joignent sur une carte
tous les points qui jouissent d’une égale température
moyenne. Or, ces lignes isothermes tournent autour de deux
points fort éloignés du pôle géographique. Ces deux points,
qui sont les véritables pôles du froid, sont situés, l’un en
Asie, par 79 degrés 30 minutes de latitude Nord et
120 degrés de longitude Est, l’autre en Amérique par
78 degrés de latitude Nord et 97 degrés de longitude Ouest.
Tous deux sont éloignés de près de 300 lieues du pôle. Le
calcul tend donc à prouver que cet axe mystérieux autour
duquel la terre exécute son mouvement diurne, n’est pas
une mer ou un sol glacés inaccessibles à l’homme ; il con¬
firme le dire du voyageur Morton qui, du haut d’une mon¬
tagne, à l’extrémité du détroit de Smith, prétend avoir aperçu
une mer libre de glaces.
Deux autres raisons attestent la fluidité des mers voi¬
sines du pôle. Les glaces qu’on rencontre dans la mer
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Arctique, au-dessus du détroit de Behring, sont très-étendues
en longueur, mais elles ont très-peu d’épaisseur, à peine un
ou deux mètres au-dessus de l’eau. Enfin des courants
rapides vont du Nord au Sud avec une profondeur d’eau suf¬
fisante pour faire flotter les glaces. M. Lambert, qui a déjà
fait en 1865 une première croisière de reconnaissance dans
le bassin Arctique, a rencontré, par 71° de latitude et 170° de
longitude, un courant qui avait plus de deux nœuds de vi¬
tesse. Or, un courant ne peut sortir ni d’une terre ni d’une
mer perpétuellement glacée.
Le projet d’arriver au pôle Nord, abandonné pendant une
dizaine d’années, à la suite de la déplorable issue du voyage
de sir John Franklin, fut repris en 1865 par le capitaine
anglais Sherard Osbornequi proposa une nouvelle tentative
par le détroit de Smith, au nord du Groenland. Patroné par
les hommes les plus compétents de l’Angleterre, ce projet
fut combattu par un géographe allemand dont le nom fait
autorité, le docteur Pétermann. Ce savant recommandait de
préférence la route entre le Spilzberg et la Nouvelle-Zemble.
M. Gustave Lambert n’a opté ni pour l’une ni pour l’autre
de ces deux voies. S’appuyant sur des observations pratiques
que lui-méme a recueillies bien au-delà du détroit de
Behring, il propose une direction entièrement nouvelle par
laquelle il n’a jamais été fait aucune tentative, en partant
de ce détroit pour atteindre la Polynia, mer reconnue libre,
et de là le pôle même.
Arrivé là, à ce point du globe où, pendant six mois con¬
sécutifs, le soleil reste toujours sur l’horizon, M. Lambert
ne compte point fuir ces régions avant l’époque où, pendant
six autres mois, l’astre doit rester invisible : il prétend, au
contraire, pouvoir hiverner au pôle même. « A bord d’un
navire convenablement muni, dit-il, approvisionné et pré¬
cautionné, cet hivernage n’a rien qui dépasse la résolution
et la force humaines. » Il va de soi que ce navire doit être
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— 9 —
construit sur un plan spécial, muni d’un avant formidable de
défense capable de lutter contre les glaces, de pompes à air,
d’un circuit tubulaire entretenant une température cons¬
tante, mais assez basse, de façon à éviter le danger des
transitions entre la température intérieure et celle du dehors,
et de fourneaux capables de comburer indifféremment du
charbon et de l’huile, l’un des combustibles les plus riches
en force.
Tous les détails du projet qui vient d’être rapidement
esquissé : la possibilité du voyage, la justesse des théories
de celui qui l’entreprend, la construction de son navire, les
questions scientifiques que l’expédition doit résoudre, tous
ces points ont subi l’examen des hommes les plus compé¬
tents. Un Comité de patronage a été constitué pour faire
appel à tous ceux qui s’intéressent aux progrès de la science.
On y compte plus de trente membres de l’Institut,
et, en particulier, l’un des membres honoraires de cette
Société, M. Becquerel. Par les soins de ce Comité une sous¬
cription publique a été organisée : chacun a été prié d’ap¬
porter son offrande et de réunir en province un comité et
des adhérents nouveaux. Le chef de l’Etat s’est inscrit en
tête des souscripteurs ; après un examen attentif du projet,
il a manifesté sa haute et complète approbation ; il en a
même autorisé l’expression publique.
Les Sociétés savantes des départements tiendront sans
doute à honneur de s’associer à cette importante entreprise.
Leur adhésion et le concours qu’elles y prêteront sont de
nature à les élever encore dans l’estime publique en mon¬
trant qu’elles ont à cœur de favoriser les grandes études
scientifiques qui sont l’honneur de notre siècle. C’est à ce
titre et dans cette pensée que j’ai cru devoir, Messieurs,
vous entretenir de ce projet et vous engager à décider que
votre Société s’inscrit au nom des souscripteurs pour une
somme dont vous déterminerez le chiffre.
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— 10 —
Conformément à l’invitation du Comité de patronage,
vous pourriez aussi, en donnant une certaine publicité à cet
exposé, faire appel à ceux de nos concitoyens qui prennen
intérêt aux grandes découvertes, et les inviter à déposer le
montant de leurs souscriptions chez le secrétaire particulier
de votre Société qui se chargera de les transmettre à la
Société de géographie. Le Comité de patronage reçoit avec
reconnaissance même les sommes les plus modestes : les
noms des souscripteurs seront insérés au Moniteur
universel.
Dès que la souscription aura atteint le chiffre de
600,000 fr., minimum jugé nécessaire pour une expédition
d’un caractère exclusivement scientifique, il sera procédé à
l’armement spécial d’un navire, par les soins de M. Gustave
Lambert, chef de l’expédition, sous le contrôle du Comité
de surveillance et avec le concours technique d’un armateur
qui sera désigné par le Comité.
En sus du personnel maritime, des savants spéciaux
seront attachées à l’expédition.
Si, à la date du 1 er juillet 1868, le montant des souscrip¬
tions était insuffisant, il serait procédé au remboursement
intégral de chaque souscription.
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— 11 —
PROCÈS-VERBAUX.
Séance du S avril 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Il est donné lecture du procès-verbal de la dernière séance
dont la rédaction est adoptée.
M. le Président fait connaître les ouvrages qui ont été adressés
à la Société depuis cette séance et qui sont les suivants :
1° Mémoires de la Société des sciences naturelles de Cherbourg;
tome II de la seconde série ;
2° Bulletin de la Société centrale de l'Yonne pour l'encoura
gement de l'Agriculture , dixième année, 1866 ;
3° L'agronome praticien, journal de la Société d’agriculture de
l’arrondissement de Gompiègne, n° 54, mars 1867 ;
4° Une brochure in-8° intitulée : l 'Hermitage de St-Hélier et
L'Introduction du Christianisme à Jersey , par M. John Sullivan ;
5° Les numéros 10, 11 et 12 du tome LXIV des Comptes
rendus hebdomadaires de VAcadémie des sciences.
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M. le Président communique une lettre qu'il a reçue de
M. John Sullivan, président de la Société archéologique, scien¬
tifique et littéraire de Jersey, par laquelle ce dernier fait con¬
naître que cette Société, qui vient de se fonder, sollicite l’échange
de ses publications contre celles de la Société d’Orléans.
La Société, consultée, décide qu’il n'y a pas lieu pour le mo¬
ment de déférer à cette demande.
M. le Président communique ensuite une lettre qu’il a reçue
de M. Fée, directeur du Jardin-des-Plantes de Strasbourg, par
laquelle ce dernier remercie la Société de l'avoir inscrit au nom¬
bre de ses membres honoraires.
A cette lettre est joint un opuscule de M. Fée, sur YOdorat
et les Odeurs , dont l’auteur fait hommage à la Société.
Aucune section ne s’est réunie depuis la dernière séance.
M. Loiseleur continue la lecture de sa Monographie du château
de Sully-surLoire, lecture qu’il compte terminer dans une pro¬
chaine séance.
M. Charpignon donne ensuite communication d’une Etude sur
l’abbé Gendron, curé de Voves, qui eut l'honneur d’être appelé
près d’Anne d’Autriche pour soigner un cancer dont elle
mourut.
Cette notice est renvoyée par la Société à l’examen de la sec¬
tion de Médecine.
La séance est levée à neuf heures et demie.
Séance du samedi 20 avril 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
La séance est ouverte à huit heures moins un quart par la
lecture du procès-verbal de la réunion précédente. Ce procès-
verbal est adopté.
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— 13 —
En l’absence de M. Loiseleur, secrétaire, M. Mignon est appelé
au bureau pour le suppléer.
M. le Secrétaire-général fait connaître les ouvrages adressés
à la Société ; ce sont :
1° Bulletin agricole du Puy-de-Dôme ; mars 1867, n° 3 ;
2° Comptes-rendus hebdomadaires des séances de F Académie
des sciences, n 05 13 et 14; 2 et 8 avril 1867 ;
3° Bulletin des séances de la Société impériale et centrale
d?Agriculture de France , 3° série, tome II ;
4® Rapport sur une épidémie de grippe, dans l’arrondissement
de Cherbourg, en 1864, par M. Loysel, docteur en médecine ;
5° Bulletin de la Société protectrice des animaux, janvier et fé¬
vrier 1867 ;
6° Maître Jacques, journal populaire d’Agriculture, mars et
avril 1867 ;
7° Revue Britannique, n® 4, avril 1867 ;
8® Mémoires lus à la Sorbonne dans les séances extraordi¬
naires du Comité impérial, etc. (Archéologie).
9® Revue des Sociétés savantes des départements, n® de janvier
1867;
10® Annuaire de la Société philotechnique, 1868, tome
XXVIII ;
11® Mémoires de la Société des Sciences et lettres de Loir-et-
Cher, tome VII ;
12® Annales de la Société d'Agriculture de Châteauroux, n® 60;
13° Leçons élémentaires d'Agriculture , par M. Masure. Une
lettre d’envoi est jointe à cette brochure.
M. le Président donne lecture de cette lettre par laquelle
M. Masure fait hommage de ses Leçons élémentaires d’Agricul¬
ture à la Société : celle-ci, par l’organe de son Président, remer¬
cie M. Masure et décide que l’ouvrage de ce collègue sera ren¬
voyé à l’examen de la section d’Agriculture.
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— 44 -
La parole est ensuite accordée à M. Masure pour qu’il veuille
bien continuer la lecture de son intéressant travail, qui a pour
titre : Statistique agricole de la France.
Ce travail est renvoyé à la section d’Agriculture.
M. Fribourg donne ensuite lecture d'une Monographie de la
télégraphie électrique.
Ce travail est renvoyé à l’examen de la section des Sciences
et Arts.
M. de Chaulnes communique ensuite à la Société une notice
sur un ouvrage de M. Calemard de Lafayette ayant pour titre :
Le Poëme des Champs.
Ce travail est renvoyé à la section des Lettres.
Au commencement de la séance, la section de Médecine, qui
s’était réunie quelques jours auparavant, a fait connaître à l’as¬
semblée qu’elle avait nommé rapporteurs : M. Lepage, de l’ou¬
vrage de M. Crimolel ; M. Lorraine, de celui de M. Charpignon,
et M. Mignon de la notice de M. Cypricn Czajewski.
Séance du 3 mai 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et donne lieu à
une observation de M. l’abbé Desnoyers, qui fait remarquer que
les procès-verbaux doivent s’abstenir de toute appréciation sur
le mérite des travaux lus à la Société et réclame en conséquence
certaines modifications. Il est fait droit à cette observation et le
procès-verbal est ensuite adopté.
Depuis la dernière séance, la Société a reçu les ouvrages sui¬
vants dont M. le Secrétaire-général donne communication :
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— 15 —
1° Annales de la Société des Sciences et arts d'Indre-et-Loire,
tome XLYI, n 08 1, 2 et 3;
2° Archives de l’Agriculture du nord de la France, publiées
parle Comice agricole de Lille, n° 2, février 1867 ;
3° Bulletin des travaux de la Société départementale d'Agricul¬
ture de la Drôme, 2 e série, n° la.
■4° Bulletin n° 42 du Comice agricole de l'arrondissement
d'Orléans ;
5° Bulletin de la Société d'encouragement pour l’Industrie na¬
tionale, 2 e série, n° 170, février 1867 ;
6® Comptes-rendus hebdomadaires des séances de l’Académie
des Sciences, n 08 15 et 16; 15 et 22 avril 1867.
M. le Président de la section d’Agriculture fait connaître que
cette section a chargé M. Poucin du soin de faire un rapport à
la Société sur le travail qui lui a été communiqué par M. Masure,
l’un de ses membres, et qui a pour titre : Statistique agricole de
la France.
La même section a confié à M. Perrot le rapport à faire sur
un autre ouvrage de M. Masure qui a été offert à la Société et
qui est intitulé : Leçons élémentaires d'Agriculture.
Au nom de la section des Sciences et Arts, M. Bardou, son
Président, fait un rapport verbal sur le travail de M. Fribourg
relatif à la télégraphie électrique et dont la Société a reçu com¬
munication dans la précédente séance. Il conclut à l’impression
de ce travail dans les Mémoires de la Société. Ces conclusions
sont adoptées.
Dans la séance du 4* r février dernier, la Société a reçu l’hom¬
mage d’un Mémoire de M. Fribourg, l’un de ses membres, et de
M. Yavin, lieutenant de vaisseau, lequel sollicitait le titre de
membre correspondant de la Société. Ce travail a pour titre :
Mémoire sur m nouveau télégraphe électro-chimique à trans¬
mission automatique.
M. Bardou fait connaître que la section des Sciences et Arts a
chargé M. Nouël de faire un rapport sur ce travail.
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- 16 —
M. Nouel donne immédiatement lecture de ce rapport et con¬
clut à l’admission de M. Vavin, au nombre des membres corres¬
pondants de la Société.
La Société, par deux votes distincts, décide ensuite l’impres¬
sion dans ses Mémoires du rapport de M. Nouel et l’admission de
M. Vavin comme membre correspondant.
Avis de cette admission sera donné à M. Vavin par M. le
Secrétaire-général.
La parole est ensuite à M. Baguenault de Viéville, membre de
la section d’Agriculture. Il donne lecture du compte-rendu d’un
ouvrage de M. Isidore Pierre, membre correspondant de la
Société, lequel est intitulé : Recherches expérimentales sur le
développement du blé et sur la répartition dans ses différentes
parties des éléments qui le constituent , à diverses époques de végé¬
tation.
La Société décide que ce compte-rendu trouvera place dans
ses Mémoires.
Séance du 17 mai 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Après la lecture et l’adoption du procès-verbal, de la dernière
séance, M. le Secrétaire-général donne communication des
ouvrages qui ont été adressés à la Société et dont suit
l’énoncé :
1° Bulletin de la Société d’agriculture de la Drôme , 2° série,
n® 10 ;
2® L’enseignement agricole appliqué à l'instruction primaire ,
par Louis Gossin, brochure publiée par la Société d’agriculture
de Compiègne ;
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— 17 —
3” Bulletin des séances de la Société impériale et centrale
d'agriculture de France , rédigé par M. Payen, 3 e série, tome 2,
n° 4;
4° Bulletin de la Société protectrice des animaux, mars 1867 ;
S° Revue des Sociétés savantes des départements, 4 e série,
tom. V, février et mars 1867 ;
6° Bulletin de la Société d'horticulture d'Orléans, tome 2,
n° 5;
7° Tome I er des Annales de la Société des lettres, sciences et
arts des Alpes-Maritimes ;
8° Programme des prix et médailles mis au concours par la
Société d'encouragement, pour l'industrie nationale ;
9° N os 17 et 18 du tome LXIV des comptes-rendus hebdoma¬
daires de F Académie des sciences.
M. le Président a reçu et communique une lettre de M. Charles
Dubois, professeur, membre de la Société littéraire de Stras¬
bourg, demeurant en cette ville à la Faculté de Médecine, lequel
sollicite le titre de membre correspondant de la Société.
M. Charles Dubois est fils du Secrétaire de la Faculté de
Médecine de Strasbourg, bien connu à Orléans, où il a long¬
temps exercé les fonctions de Secrétaire de l’Académie.
Par un écrit joint à cette lettre, il prend l’engagement de
s’abonner aux Mémoires de la Société et de remplir toutes les
autres obligations imposées aux membres correspondants. Il
envoie de plus, à l’appui de sa demande, divers opuscules dont
il est l’auteur.
Cette demande et les ouvrages dont il vient d’être question
sont renvoyés à l’examen de la section des Lettres.
M. le Président communique de plus une lettre de M. Perrot,
membre de la Société et président du Comice agricole de l’arron¬
dissement d’Orléans, qui fait connaître que le concours annuel de
ce Comice aura lieu le 26 mai courant à Artenay, et que des
places seront réservées sur l’estrade à ceux des membres de la
t. xi. 2
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— 18 —
Société qui voudraient bien honorer cette solennité de leur
présence.
Depuis la dernière séance, la section des Lettres s'est seule
réunie; elle a chargé M. de Monvel, l'un de ses membres, de
l'examen et du rapport à faire sur l'étude qui a été communiquée
à la Société par M. de Ghaulnes dans la séance du 20 avril
dernier et qui est relative au Poëme des Champs de M. Galemard
de la Fayette.
M. le Président donne ensuite la parole à M. Loiseleur, qui
termine la lecture de sa monographie du château de Sully-sur-
Loire. Ce travail est renvoyé à l’examen de la section des Lettres.
Séance du 7 juin 1867.
Présidence de H. de Sainte-Mabie.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté.
Depuis cette séance, la Société a reçu les ouvrages suivants
dont M. le Secrétaire-Général donne communication ;
1° Mémoires de VAcadémie des sciences, arts et belles-lettres de
Caen , 1 er volume ;
2° Le n° de mai 1867, de Maître-Jacques , journal d’agricul¬
ture, publié à Niort ;
3° Le n° 3, mars 1867, des Archives de l’agriculture du nord
de la France , publiées par le Gomice agricole de Lille ;
4° Le Bulletin des séances de la Société impériale et centrale de
l’agriculture de France, 3 e série, tome 2, n° S;
5° Une brochure intitulée Le Crédit agricole par les réserves
de blé, d’après le système de M. Emile Pavy ;
6» Le n* d’avril 1867, du Bulletin de la Société protectrice des
animaux ;
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— 19 —
7° Le n° 88, mai 1867, de VAgronome praticien, journal de la
Société <Tagriculture de l’arrondissement de Compiègne ;
8° Le tome 8, 1866, des Mémoires de l’Académie des sciences,
belles-lettres et arts de Clermont-Ferrand ;
9° Le n° 83 du Bulletin de la Société archéologique de l'Or¬
léanais ;
10° Les n°» 19, 20 et 21 du tome LXIV des Comptes-rendus
hebdomadaires des séances de l’Académie des Sciences ;
11° Une brochure de M. le comte du Faur de Pibrac, membre
de la Société, intitulée : Découverte du tombeau de St-Liphard ;
12* Un volume intitulé : Le Paradis perdu de Milton, tra¬
duction nouvelle en vers français, précédée d’une notice sur
Milton et son poème, par J. Dessiaux, ancien principal de
collège.
A cet envoi est joint une lettre de l’auteur, membre corres¬
pondant de la Société, demeurant à Thiers (Puy-de-Dôme), par
laquelle il fait hommage de son ouvrage à la Société et la prie
d’en faire l’objet d'un examen détaillé.
Conformément à ce désir, l’ouvrage est renvoyé à l’examen de
la section des Lettres.
M. le Président, au nom de la section des Lettres, fait ensuite
un rapport verbal sur la demande de M. Charles Dubois, de
Strasbourg, qui sollicite le titre de membre correspondant, et sur
les ouvrages que ce dernier a envoyés à l’appui de sa demande.
Les conclusions de la section étant favorables à cette requête,
elles sont mises aux voix et adoptées. En conséquence,
M. Charles Dubois est proclamé membre correspondant de la
Société : avis de sa nomination lui sera donné par M. le Se¬
crétaire-général.
Depuis la dernière séance, la section des Lettres s’est seule
réunie : elle a entendu le rapport de M. de Monvel sur l’étude
de M. de Chaulnes relative au Poème des Champs, de M. Cale-
mard de la Fayette : communication de ce rapport sera donnée
h la Société dans une prochaine séance.
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Dans la même réunion, la section des Lettres a confié à M. de
Monvel le rapport à faire sur la Monographie du château de Sully-
sur-Loire, par M. Loiseleur.
M. Bardou, en son nom personnel, donne lecture d’une Note
sur la trichine et la trichynose.
Cette note est renvoyée à l’examen de la section des Sciences,
qui s’adjoindra, si elle en sent le besoin, un ou plusieurs mem¬
bres de la section de Médecine.
Séance du 21 juin 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
La séance est ouverte à huit heures moins un quart. Sur
l’invitation de M. le Président, M. le docteur Lorraine prend
place au bureau pour remplacer dans les fonctions de Secrétaire
M. Loiseleur, absent.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
M. le Secrétaire-général fait connaître les ouvrages adressés
à la Société depuis la dernière séance et qui sont :
1° Comptes-rendus hebdomadaires des séances de l'Académie
des Sciences, n os des 3 et 10 juin 1867.
2° Table des comptes-rendus de cette Académie, année 1866 ;
3® Mémoires de la Société d'Agriculture d'Angers, les quatre
premières parties du tome IX ;
4° Bulletin de la Société archéologique de l'Orléanais, 4 e tri¬
mestre de l'année 1866 ;
5° Bulletin de la Société d’Agriculture de la Mayenne, 8 e an¬
née, 3* et 4 e trimestres ;
6° Revue libérale, n° du 10 juin 1867 ;
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— 21 —
7° Bulletin mensuel de la Société des anciens élèves des écoles
impériales d’Arts et Métiers, n° 39 ;
8° Mémoires de T Académie du Gard, 1864-1865 ;
9° Etude historique sur la lutte de Strasbourg contre l’évêque
Walter de Geroldzech, par M. Charles Dubois ;
10° Topographie médicale de la ville de Constantine , par M. le
docteur Reboulleau.
A cet ouvrage est joint une lettre par laquelle l’auteur solli¬
cite le titre de membre correspondant de la Société. L’ouvrage
de M. Reboulleau et sa demande sont renvoyés à l’examen de
la section de Médecine.
M. le Secrétaire-général a encore reçu : 1° Une lettre de
M. Charles Dubois, de Strasbourg, qui remercie la Société de
l’avoir admis au nombre de ses membres correspondants, de¬
mande un exemplaire du réglement et offre d’envoyer bientôt un
ouvrage en rapport avec les travaux de la Société ; 2° une lettre
de M. Vavin qui remercie la Société de lui avoir conféré le titre
de membre correspondant et prie qu’on lui donne connaissance
des obligations que ce titre lui impose. M. Fribourg est chargé
de répondre à cette demande.
M. le Président fait ensuite connaître à la Société que la section
des Lettres l’a chargé de faire un rapport sur la traduction du
Paradis perdu de Milton, dont l’auteur, M. Dessiaux, a fait hom¬
mage à la Société dans la précédente séance.
Au nom de la section d’Agriculture, M. Poucin lit un rap¬
port sur le Mémoire de M. Masure, traitant de la statistique agri¬
cole. Il conclut à l’insertion de ce travail dans les Mémoires de
la Société, h l’exception toutefois du premier tableau compre¬
nant trois feuilles, lequel sera déposé aux archives.
Ces conclusions sont adoptées par la Société, qui décide de
plus que le rapport de M. Poucin trouvera place dans ses Mé¬
moires.
M. le docteur Mignon fait ensuite un rapport verbal touchant
une communication de M. le docteur Cyprien sur l’emploi de la
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scrofulaire comme remède anti-rabique. La section de Méde¬
cine, par l’organe de M. Mignon, propose le dépôt de cette note
aux archives ; le vote de la Société confirme cette proposition.
M. le docteur Lorraine, au nom de la même section, lit un
rapport sur l’étude de M. Charpignon relative à Y abbé Gendron ,
et conclut à l’insertion de cette étude dans les Mémoires de la
Société. L’Assemblée, consultée, adopte ces conclusions et dé¬
cide de plus que le rapport de M. Lorraine trouvera place dans
scs Mémoires.
Enfin M. de Monvel, au nom de la section des Lettres, lit un
rapport sur l’étude que M. de Chaulnes a consacrée au Poème des
Champs de M. Calemard de la Fayette.
Conformément aux conclusions de ce rapport, la Société dé¬
cide que l’élude de M. de Chaulnes sera insérée dans ses Mé¬
moires : le rapport de M. de Monvel prendra place à la suite de
cette étude.
Séance du 8 juillet 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie»
En l’absence de M. Loiseleur, Secrétaire, M. le Président in¬
vite M. le docteur Lorraine à le remplacer au bureau.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté.
Depuis cette séance, la Société a reçu les ouvrages suivants,
dont M. le Secrétaire-général donne communication :
1° Revue des Sociétés savantes des départements , n° d’avril
1867;
2° Revue britannique de juin 1867 ;
3° Comptes-rendus de la Société des sciences médicales, de
Paris, par le docteur Alix, 1865-1866 ;
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- 23 —
4° Bulletin de la Société de médecine pratique , 1866, 2 fas¬
cicules ;
5° Annales de la Société académique de Nantes ;
6° Bulletin des séances de la Société impériale de France ,
3* série, tome II ;
7° Bulletin n° 43 du Comice agricole d'Orléans ;
8° Comptes-rendus hebdomadaires des séances de F Académie
des sciences , n os des 17 et 24 juin 1867.
Au nom de la section des Sciences, M. Sainjon fait un rapport
verbal sur le Mémoire de M. Bardou, touchant la trichine et la
trichynose. Il propose l’insertion de cette notice dans les Mé¬
moires de la Société ainsi que la reproduction des deux planches
qui l’accompagnent. M. le rapporteur exprime de plus le vœu
de voir M. Bardou compléter son travail en y joignant une troi¬
sième planche représentant l’évolution de la trichine dans l’âge
adulte.
Ces conclusions sont adoptées.
M. Nouël lit un mémoire sur les plantes étrangères à notre
climat, découvertes récemment dans le département du Loiret.
Ce travail est renvoyé à l’examen de la section des Sciences.
M. Bimbenet commence ensuite la lecture d’une étude inti¬
tulée :Genabumsous l'administration romaine. Cette lecture sera
continuée dans la prochaine réunion.
Séance du 19 juillet 4867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
La séance est ouverte à huit heures moins un quart ; le pro¬
cès-verbal de la précédente est lu et adopté.
Depuis cette dernière séance, la Société a reçu les ouvrages
suivants, dont M. le Secrétaire-général donne communication :
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1® Maître Jacques, n® de juin 1867 ;
2° Bulletin des travaux de la Société d'Agriculture de la
Drôme, 2" série, n°* 17 et 18 ;
3° Bulletin de la Société d'Agriculture de Vaucluse, tome
XVI, 6 e livraison, juin 1867 ;
4° La casemate du bout du pont des Tourelles à Orléans, du
côté de la Sologne, par M. Collin, membre titulaire;
5° Précis analytique des travaux de l'Académie impériale des
sciences, belles-lettres et arts de Bouen, pendant l'année 1865-
1866, 1 vol in-8°;
6° Mémoires de la Société académique d'Agriculture, sciences,
belles-lettres et arts de l’Aube, année 1866, 1 vol. ;
7° Comptes-rendus hebdomadaires de l'Académie des sciences,
tome LXV, n°* des 1 er et 8 juillet 1867 ;
8° Annales de la Société impériale d’Agriculture, industrie,
sciences, arts et belles lettres du département de la Loire , année
1866, tome X, les 4 premières livraisons ;
9° Complément de l’exposé d’un système de crédit foncier rural
et de crédit agricole, par M. F. Grangé, broch. in-8° ;
10° L'agronome praticien, journal de la Société d’AgricuIture
de l’arrondissement de Compiègne, n° 56, juin 1867 ;
11° Revue des Sociétés savantes des départements , 4 e série,
tome V, n° de mai 1867 ;
12° Annales de la Société d'Agriculture, sciences, arts et belles-
lettres du département d’Indre-et-Loire, 106 e année, tome XLVI,
n* 8 4, 5 et 6.
Depuis la dernière séance, la section des Sciences et la sec¬
tion de Médecine se sont seules réunies. La première a chargé
M. Sainjon du rapport à faire sur le mémoire de M. Nouël relatif
à diverses plantes étrangères à notre climat, récemment décou¬
vertes dans le département du Loiret ; la seconde a nommé
M. Vaussin, rapporteur del'ouvrage de M. le docteur Reboulleau
sur la topographie médicale de la ville de Constantine .
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— 28 —
M. Bimbenet termine la lecture de son étude intitulée : Gêna-
bum sous Fadministration romaine.
L’examen de cette étude est renvoyé à la section des Lettres.
Séance du 2 août 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Après la lecture et l’adoption du procès-verbal de la dernière
séance, M. le Secrétaire-général fait connaître les ouvrages
adressés à la Société et qui sont les suivants :
1° Bulletin de la Société protectrice des animaux , n° du
2 mai 1867;
2° Comptes-rendus hebdomadaires des séances de l’Académie
des sciences , tome LXV, n 05 des 15 et 22 juillet 1867 ;
3° Comptes-rendus et mémoires du Comité archéologique de
Sentis, année 1866.
A ce volume est joint une demande d’échange.
La Société, faisant droit à cette demande, décide qu’elle
échangera à l’avenir ses publications contre celles du Comité
archéologique de Sentis et qu’il sera adressé à cette Société tout
.ce qui a paru du tome X des Mémoires de la Société, actuelle¬
ment en cours de publication.
Depuis la dernière séance, la section des Lettres et la section
des Sciences et arts se sont seules réunies.
La section des Lettres a chargé M. l’abbé Desnoyers du rap¬
port à faire sur le mémoire de M. Bimbenet, 'intitulé : Gena-
bum sous Vadministration romaine.
La section des Sciences a entendu le rapport de M. Sainjon
sur le mémoire de M. Nouël relatif à des plantes étrangères à
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notre climat, récemment découvertes dans le département du
Loiret.
M. Sainjon donne lecture de ce rapport qui conclut à l’inser¬
tion de la notice de M. Nouël dans les mémoires de la Société.
Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées.
Séance du 16 août 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
La séance est ouverte à huit heures.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu sans observations
et adopté.
Depuis cette séance, il a été adressé à la Société les ouvrages
suivants dont M. le Secrétaire-général fait connaître les titres :
1° Comptes-rendus des séances de l’Académie des sciences,
n os 8 et 6, tome LXV, 29 juillet et 3 août 1867 ;
2° Actes de la Société Linnéenne de Bordeaux, tome XXVI,
6" de la 3 e série, l re , 2 e et 3" livraisons ;
3° N° de juin 1867 du Bulletin de la Société protectrice des
animaux ;
4» N°* 5 et 6, mai et juin 1867 du Bulletin de la Société impé¬
riale d'horticulture française du département du Rhône ;
8° Une brochure intitulée : Les registres secrets du parlement
de Bordeaux, par M. Boscheron des Portes, président de la Cour
impériale de Bordeaux, membre correspondant de la Société.
A cette brochure est joint une lettre d’envoi.
La Société décide que des remerciements seront adressés en
son nom à l’auteur par M. le Secrétaire-général ;
6° Un bon pour retirer le deux derniers volumes des mé-
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— 27 —
moires de l’Académie des sciences, arts et belles-lettres de
Dijon.
M. Perrot obtient la parole et signale à l’attention de la Société
la découverte récente d’ossements fossiles d’animaux, ossements
qui viennent d’être trouvés à Loury dans une couche de gravier
de formation tertiaire. Ces ossements ont été déposés chez
M. Bouglé, oncle de l’un des membres de la Société.
Depuis la dernière séance, la section de Médecine s’est seule
réunie : elle a entendu le rapport de M. Vaussin, l’un de ses
membres, sur le mémoire de M. le docteur Reboulleau, ayant
pour objet la topographie médicale de la ville de Conslantine.
M. le docteur Vaussin obtient la parole et donne lecture de
son rapport qui conclut à l’admission de M. Reboulleau au
nombre des membres correspondants de la Société.
Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées à l’una¬
nimité.
La Société décide ensuite que le rapport de M. Vaussin pren¬
dra place dans les Mémoires qu’elle publie.
Séance du io novembre 1867.
Présidence de M. de,Sainte-Marie.
Après la lecture et l’adoption du procès-verbal de la dernière
séance, il est donné connaissance à la Société des envois qui lui
ont été faits depuis sa dernière réunion et dont suit l’énoncé :
1° Mémoires de la Société archéologique de l’Orléanais , tome
VII;
2° Bulletin de la même Société, n° 66, 1 er trimestre de 1867 ;
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3® Procès-verbal des séances du Conseil général du Loiret,
session de 1867 ;
4® Annales de la Société d'agriculture, sciences , arts et com¬
merce du Puy, Tome XVII, 1864-1865 ;
5° Mémoires de la Société d'agriculture, sciences et arts d’An¬
gers, Tome X, deuxième trimestre ;
6° Comptes-rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences,
treize numéros, du 12 août au 14 novembre 1867 ;
7° Revue des Sociétés savantes des départements, 4® série,
tome V, juin 1867, et tome VI, numéros de juillet, août et
septembre;
8® Distribution des récompenses accordées aux Sociétés
savantes des départements, le 27 avril 1867, brocb. in-8°;
9° Mémoires de la Société des sciences et arts de Vitry-lc-Fran-
çais, années 1861 à 1867, un vol. in-8°;
10° Annales de la Société d'agriculture, sciences, arts et belles-
lettres du département d'Indre-et-Loire, 106® année, Tome XLVI,
n°* 7 et 8 ;
11° Bulletin des travaux de la Société d'agriculture de la
Drôme, n°» 19, 20, 21 et 22;
12® Bulletin des séances de la Société impériale et centrale
d'agriculture de France, compte-rendu mensuel rédigé par
M. Payen, secrétaire perpétuel, 3® série, Tome II, n os 8,9, 10 ;
13® Bulletin de la Société protectrice des animaux, n® d’août
1867 ;
14° Annales de la Société d'agriculture de Chàteauroux, n® 63 ;
15® Maître Jacques, journal d’agriculture publié à Niort,
deux numéros contenant les mois de juillet, août, septembre,
octobre et novembre 1867 ;
16® Archives de l’agriculture du nord de la France, publiées
par le Comice agricole de Lille, tome XVI, n® 6, juin 1867 ;
17® Deux brochures de M. Collin, ingénieur en chef du
service de la Loire, membre de la Société, l’une intitulée :
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Etude sur les canaux latéraux à la Loire entre Briare et Nantes,
l’autre : Rapport sur la marche et les effets de la crue extraordi¬
naire de septembre et octobre 1866;
La Société vote des remercîments à M. Collin au sujet de cette
offre.
18° Bulletin n° 38 de l’Association scientifique de France ;
A cette brochure est joint une lettre de M. Le Verrier, prési¬
dent de ladite Association, qui fait connaître que le bulletin de
l’association des Sociétés scientifiques de France donnera sur les
ouvrages et les séances des Sociétés les résumés que MM. les
Présidents et Secrétaires voudront bien lui transmettre et que le
bulletin dont il s’agit sera adressé gratuitement aux Sociétés qui
enverraient elles-mêmes leurs publications à l’association.
La Société consultée décide qu’elle échangera à l’avenir ses
publications avec l'Association scientifique de France.
19° Rapport annuel des directeurs de Vinstitution Smithson-
nienne, séant à Washington (Etats-Unis), un vol. in-8°, texte
anglais ;
20° Mélanges (Miscellaneous Collections) publiées par la
même Société, tomes VI, VII, texte anglais ;
21° Rapport annuel du secrétaire de la guerre avec pièces justi¬
ficatives, un vol. in-8°, publié à Washington en 1866, texte
anglais ;
21° Procès-verbaux de l'Académie des sciences naturelles de
Philadelphie, année 1866, cinq numéros, texte anglais ;
22® Rapport annuel des conservateurs du Musée de zoologie
comparée du collège d'Harvard à Cambridge, 1866, brochure
in-8° en anglais ;
23° Rapport annuel pour 1866 de F office Jgénéral de chirur¬
gie de l’armée des Etats-Unis, adressé au ministre de la guerre,
à Washington, texte anglais.
Les cinq ouvrages qui précèdent sont envoyés par l’Institut
Smithson dont le siège est à Washington (Etats-Unis) et par
l’intermédiaire de M. Joseph Henry, secrétaire de cet Institut,
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- 30 —
et de M. Gustave Bossange, libraire à Paris, quai Voltaire, son
correspondant en France.
A cet envoi est joint une lettre de M. Joseph Henry, qui ré¬
clame un accusé de réception à lui transmettre, par l'intermé¬
diaire de M. Bossange, et l’envoi régulier des publications de la
Société, faute duquel l’Institut Sraithson se considérerait comme
autorisé à suspendre ses relations avec elle.
M. le Bibliothécaire est chargé de s’assurer si l’envoi des der¬
niers volumes des Mémoires de la Société a été fait h l’Institut
Smithson.
On renvoie également à l’examen de M. le Bibliothécaire une
lettre de M. le Président de la Société des Sciences naturelles de
Cherbourg, qui réclame un certain nombre de numéros des Mé¬
moires de la Société des Sciences et arts d’Orléans qui manquent
à celle qu’il préside. M. le Bibliothécaire est autorisé à faire
l’envoi de ceux de ces numéros qui seraient encore en la posses¬
sion de l’éditeur de la Société.
M. le Président donne lecture d’une lettre de M. le docteur
Gillebert Dhercourt, résidant l’été à St-Alban et l’hiver à Mo¬
naco, lequel remercie la Société de l’avoir admis au nombre de
ses correspondants honoraires et lui fait l’envoi d’un travail ma¬
nuscrit intitulé : Plan d'études simultanées de nosologie et de
météorologie ayant pour but de rechercher le rôle des agents
chimiques dans la production des maladies, exposé à la Société
d’Agriculture, sciences, belles-lettres et arts d’Orléans.
La Société décide que ce mémoire sera renvoyé à l’examen de
la section de Médecine.
M. Loiseleur demande et obtient la parole.
Il expose à la Société le projet d’expédition au pôle Nord,
conçu par M. Gustave Lambert, hydrographe et navigateur fran¬
çais , le but que se propose cette expédition, les questions scien¬
tifiques qu’elle est appelée à résoudre, le concours actif que lui
prête un comité de patronage composé des hommes les plus com¬
pétents et qui compte plus de trente membres de l’Institut. En
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— 31
terminant il engage la Société à décider qu’elle s’inscrit au nom¬
bre des souscripteurs et qu’elle invite ceux de nos concitoyens
qui s’intéressent aux grandes découvertes à déposer leurs of¬
frandes chez le Secrétaire particulier de la Société qui se char¬
gera de les transmettre à la Société de géographie.
La Société, faisant droit à cette double proposition, décide
qu’elle s’inscrit au nombre des souscripteurs pour une somme de
100 francs à prendre sur ses fonds et qui sera versée ultérieu¬
rement, et qu’elle autorise son Secrétaire particulier h faire,
sous le patronage de la Société et en son nom, l’appel dont
vient d’être question.
Elle décide de plus que l’exposé qui vient de lui être lu trou¬
vera place en tête du prochain volume de ses Mémoires.
Depuis la dernière séance, la section des Lettres s’est seule
réunie : elle a entendu un rapport fait par M. de Monvel, l'un
de ses membres, sur la Monographie du Château de Sully-sur-
Loire , dont M. Loiseleur est l’auteur.
M. de Monvel donne immédiatement lecture de ce rapport ;
après quoi la Société décide que le travail et le rapport trou¬
veront tous deux place dans ses Mémoires.
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MEMBRES TITULAIRES ÉLUS EN 1867.
SECTION D’AGRICULTURE.
M. Poucln.
SECTION DE MÉDECINE.
MM. Gbarplgnon.
Lorraine.
SECTION DES SCIENCES ET ARTS.
M. Dandler (Henri).
MEMBRES CORRESPONDANTS ÉLUS EN 1867.
MM. Vavin, Lieutenant de vaisseau, à Paris.
Dubote (Charles), à la Faculté de Médecine de Strasbourg.
Rebouileau, D r en médecine à Constantine (Algérie).
SOCIÉTÉS SAVANTES ADMISES A L’ÉCHANGE EN 1867
Ou omUe* dan0 la lUte publiée au tome X.
Comité archéologique de Senlis.
Association scientifique de France , à VObservatoire impérial ,
à Paris.
Société de géographie de Vienne [Autriche).
Société d'agriculture de la Mayenne.
Société académique du Puy.
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ÉTUDE CRITIQUE SUR LA POÉSIE AGRICOLE,
Par M. de Chaulnes,
Le Poëme des.Ch.amps,
De H. Charles Calehard de la Fayette.
Séance du 20 avril 1867.
Messieurs,
Je viens vous soumettre une étude philosophique et litté¬
raire. C’est l’examen d’une œuvre didactique qui a valu à
son auteur les lauriers de l’Académie française et les encou¬
ragements de M. Sainte-Beuve, moraliste très-suspect, mais
juge parfait dans l’art de bien dire.
Il s’agit du Poëme des Champs, composé par M. Calemard
do la Fayette, président de la Société d’Agriculture du
Puy.
Si quelques-uns d’entre vous m’accusaient de faiblesse
pour les gloires de mon clocher, je leur répondrais par les
vers du poète traduit à votre barre :
Terre du vieux Velay, féconde en beaux efforts,
Où depuis deux cents ans les miens couchent leurs morts,
Qui garde sur tes monts, noirs de pins, verts de hêtres,
Le culte de l'autel, le respect des ancêtres,
Les austères bonheurs, au foyer pur constants,
Et le grave dédain des caprices du temps ;
Et tes bois et tes lacs que l'imprévu décore
Ont charmé plus d’un cœur qui se souvient encore.
Mais à quoi bon rompre des lances dans cette enceinte
pour se faire pardonner l’amour du berceau de ses pères ?
t. xi. 3
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— 34 —
Est-ce que la cité de Jeanne-d’Arc, ma nouvelle patrie, ne
possède pas le respect des glorieux souvenirs?L’étranger qui
douterait de son patriotisme n’a qu’à jeter les yeux sur les
chefs-d’œuvre de la statuaire qui décorent ses places
publiques.
Il est une autre objection plus sérieuse, et je veux m’y
arrêter. Pourquoi, diront quelques critiques sévères, pour¬
quoi célébrer les mérites d’un poète inconnu? A quoi bon
encourager les essais d’une muse téméraire? Après les
œuvres immortelles d’Hésiode et de Virgile, n’est-il pas
imprudent d’offrir aux lettrés délicats des essais de Géor-
giques? Et si la poésie antique ne suffisait pas, Démocrite,
Xénophon, Aristote, Théophraste, Caton et Columelle,
Varron et Pline le jeune, n’ont-ils pas enseigné tout ce
qu’il était important de savoir sur l’économie rurale?
Messieurs, il est un principe d’esthétique qu’il importe
d’invoquer dans cette circonstance : le beau idéal, c’est-à-
dire le vrai qui resplendit, l’harmonie qui résonne, le bien
qui éclate, la vie qui s’épanouit puissante et ordonnée dans
sa sphère, en un mot la splendeur de l’ordre peut rencontrer
un interprète fidèle chez le montagnard comme chez l’habi¬
tant de la plaine, dans une humble cité comme au sein de
de la capitale. S’il en est ainsi, tendons la main au poète
patriote qui a voulu apporter sa modeste pierre à l’œuvre de
la décentralisation littéraire et agricole, et qui, dans cette
pensée, a composé un volume qui pourrait affronter l’exa¬
men le plus rigoureux de votre section d’Agriculture.
Applaudissons enfin le poète qui pourrait inscrire sur le
frontispice de son livre ces trois mots, chers à tous les
cœurs français :
Religion, Patrie, Agriculture.
Notre barde montagnard n’est pas un disciple de Florian ;
il ne se propose pas de conduire des moutons enrubannés
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sur les rives d’un Lignon imaginaire; sa muse, plus sérieuse,
déteste les mièvreries du xvnr siècle. M. de la Fayette est
un cultivateur, poète à ses moments de loisir; les produits
de sa belle terre de Senilhac ont toujours dignement figuré
dans nos assises agricoles : ami d’un sage progrès, esprit
philosophique et pratique, il a toujours encouragé les mé¬
thodes sanctionnées par l’expérience, vulgarisé les conseils
salutaires et creusé les problèmes d’économie sociale qui se
rattachent à l’agriculture.
Pour mettre un peu de méthode dans cette étude, je me
propose de la diviser en deux parties.
Dans la première, j’examinerai si M. de la Fayette a
atteint le but moral qu’il poursuivait, savoir : communiquer
à ses lecteurs ses sentiments spiritualistes et son culte pour
la patrie et l’agriculture ; dans le second chapitre, je ferai
passer au creuset d’un examen sévère la facture du poème.
Ce sera la partie philologique ou littéraire.
Je crois inutile de présenter, dans cette enceinte, l’éloge
de l’agriculture ; nous le savons tous, c’est la plus noble
des professions, c’est aussi la première que l’on rencontre à
l’origine des peuples. « Si j’ouvre les antiques archives du
genre humain, s’écriait notre éloquent évêque dans un
discours que vous n’avez pas oublié, à la première page,
avant la chute originelle, au temps même de la primitive
innocence, je trouve déjà l’agriculture. » Nous pouvons
ajouter que l’amour de cette profession engendre l’amour
de la patrie, car Cicéron a dit quelque part : « L’amour de
« la patrie, source de tant de vertus, existe au plus haut
« degré dans les populations agricoles qui se perpétuent sur
« l’héritage de leurs aïeux. C’est parmi elles, ajoute Caton,
« que naissent les plus braves soldats, strenuissimi milites
« gignuntur. »
Telle est la double impression qui a dominé notre poète
dans son entrée en matière :
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Intrépide soldat d'une modeste armée,
Soldat qui meurt sans gloire et vis sans renommée,
Conquérant méconnu du sol qui te nourrit.
Dans un siècle douteux, sain de corps et d’esprit,
Qui seul gardes toujours, sous une rude écorce,
Le sang vierge, la sève humaine dans sa force ;
0 toi qui vis et meurs où le ciel le voulut,
Aîné de la patrie, ô laboureur, salut!
Plus loin, notre poète, convaincu que le cultivateur dans
la solitude active et le silence animé de ses travaux, ren¬
contre à chaque instant l’œuvre de Dieu et, par conséquent,
ne saurait oublier le divin ouvrier, notre poète» dis-je,
s’écrie avec un chaleureux élan :
Moi, je rêve une France agricole et chrétienne,
Une France, Seigneur, qui de cœur t’appartienne,
Qui place au premier rang, sans luttes, sans débats,
Le plus noble labeur que l’homme ait ici-bas ;
Qui, sachant le temps prompt, la vie expiatoire,
Ambitionne moins de luxe et moins de gloire.
Vous le savez tous, Messieurs, l’agriculture est en souf¬
france depuis plusieurs années ; la crise sévit sur nos cam¬
pagnes avec une intensité qui préoccupe à juste titre les
économistes. Les uns, n’étudiant le problème social que par
son côté matériel, dénoncent la vilité du prix des grains
comme la cause première de ce malaise ; d’autres s’en rap¬
portent à l’avenir pour rétablir l’équilibre, et proclament la
liberté du commerce le remède suprême, la panacée qui
doit guérir la plaie sociale. Il est, suivant moi, un mal plus
intense et plus dangereux, qui ronge la société agricole depuis
nombre d’années, et que l’on considère avec des yeux trop
indifférents : c’est l’absentéisme. Ainsi que le disait un
agronome éminent, M. Pépin-le-Halleur : « Les populations
« sont à la fois déplacées et déclassées ; elles ont déserté
« les campagnes moralisatrices et créatrices des produits
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« agricoles, pour venir encombrer les villes démoralisa¬
it trices et créatrices des produits industriels. Par suite,
« la production agricole n’est plus en rapport régulier avec
« les besoins de la consommation ; de l’encombrement des
« villes et des variations trop brusques dans les conditions
« générales de l’alimentation sont nées des crises sociales
« et politiques qui ont ébranlé les bases de la société. » Il
importe donc de réagir contre cette funeste tendance et de ra¬
mener le laboureur àla vie des champs, à cette vie des champs
qui, suivant Columelle, est voisine, sans aucun doute, sinon
parente de la sagesse, vita rustica sine dubitatione proxima
etquasi consanguinea sapientiæ est. Voici le touchant reproche
qu’inspire au poète le désordre que nous venons de si¬
gnaler :
Loin du pays natal, loin des collines vertes,
Loin des calmes vallons, oasis entr’ouvertes
Aux regards du soleil, aux baisers du printemps,
Franchissant les sommets qu’assiègent les autans.
Vers les cités sans Dieu qui nous ouvrent leur porte,
Pourquoi fuir, montaguard, et quel vent vous emporte?
Voyageur dont l’ivresse elle-même est morose,
Qu’aurons-nous donc trouvé qui valût une rose,
Un soupir de la nuit, un parfum du saint lieu,
Le baiser d’une mère et la crainte de Dieu?
Il est un autre absentéisme dont, grâce à Dieu, les ravages
se fout moins sentir dans notre Orléanais que partout
ailleurs ; je veux parler de celle mode qui entraîne le grand
propriétaire à dépenser parfois sottement, dans la capitale,
des revenus qu’une sage économie sociale voudrait voir
employés sur place. Cette habitude est désastreuse pour la
jeunesse riche, qui s’abrutit et s’étiole au milieu des jouis¬
sances de Paris. Elle est aussi désastreuse pour les cam¬
pagnes, en établissant entre le propriétaire et le cultiva-
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leur des intermédiaires qui, flattant le premier et oppres¬
sant le second, font naître des haines coupables. Pour
attirer les uns et les autres à l’amour de la vie des champs,
il faut célébrer l’amour du sol natal et peindre les joies
de la famille. L’amour du foyer domestique est un senti¬
ment qui peut s’affaiblir, mais non disparaître du cœur de
l’homme. Vous vous rappelez tous, Messieurs, cette histoire
émouvante du sauvage transporté en France. Cet homme,
dont le cœur était resté rivé à la mère patrie, avait parcouru
avec indifférence les splendides ombrages du Jardin-des
Plantes, et son âme était demeurée impassible devant ces
magnificences. Mais voilà qu’un jour il s’arrête subitement
devant un modeste arbuste ; son œil s’enflamme, un torrent
de larmes s’échappe de sa paupière, des cris de joie se font
entendre, il pleure et rit à la fois : l’émotion le suffoque.
D’où vient cette crise inattendue ? Ah ! elle s’explique bien :
notre sauvage a retrouvé, à plusieurs milliers de lieues,
l’arbuste qui ombrageait sa cabane; il l’embrasse avec
amour et commence avec lui un monologue attendrissant;
enfin, il est envahi par ce mal terrible et doux à la fois, qui
faisait mourir de langueur le montagnard suisse, au milieu
des splendeurs deTrianon, lorsque l’air du ranz des vaches
venait frapper son oreille.
Ces regrets du sauvage et de l’habitant des Alpes me re¬
mettent à la mémoire ces paroles du sage d’Israël, exprimées
dans nos livres saints, avec cette hardiesse et cette poésie
orientale qui font l’admiration des esprits délicats :
« Bois de l’eau de ton puits, et que l’étranger ne partage
« point avec toi les sources de ta joie ; réjouis-toi, fils de
« l’homme, avec l’épouse de tes jeunes années; qu’elle soit
« pour toi la gazelle des grâces et la biche des amours;
« que ta chaste tendresse te console et te fortifie toujours. »
Tel est le sentiment que M. de la Fayette a voulu célébrer,
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et nous pouvons dire qu’il Ta fait avec une mélancolie
charmante :
O doux mal dont on meurt, poison rempli de charme!
Philtre du souvenir, pétri dans une larme,
Mal du pays, doux mal, sois béni. — J'ai connu
Ton ineffable angoisse — et je suis revenu,
Et j’ai repris racine au versant solitaire
Où le vent des hauts lieux chante ton hymne austère,
Et je borne mes vœux dans l’étroit horizon,
Où rit sous les sapins la petite maison,
Où l’aubépine en fleurs et la verte charmille
Enclosent, doux bercail, la petite famille.
Si je ne craignais pas de fatiguer votre attention, je com¬
pléterais le tableau de cet intérieur, au milieu duquel le
héros de Sébastopol est venu chercher le calme de la vie
des champs ; je vous parlerais des caresses prodiguées à la
jeune famille par un prélat que la mort a moissonné, mais
qui a laissé dans le pays des souvenirs de bonté qui rap¬
pellent le cœur de Fénelon. Il est un point cependant que
je ne puis passer sous silence : c’est l’exposition de la
science agricole de notre poète. En abordant ce terrain,
Messieurs, je m’épouvante, car j’ai dans la mémoire la spi¬
rituelle, mais caustique remarque d’Apelles au cordonnier
qui critiquait ses œuvres : nesutor ultra crepidam! Ce qui
me rassure, toutefois, c’est que mon compatriote a fait ses
preuves. M. de la Fayette, qui est un esprit sagement li¬
béral, célèbre le progrès en agriculture :
Moi, je crois au progrès et je suis fier d'y croire.
Mais, comme il est chrétien, il fait ses réserves :
Le progrèâ, sans le Christ, c’est mensonge ou folie.
Arrivons maintenant à des détails quelque peu réalistes,
mais qui intéresseront certainement votre section d’Agricu -
ture.
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Un des chapitres les plus importants pour le cultivateur
est le choix d’un troupeau, l’adoption d’une race; notre
agriculteur se prononce carrément pour la race bovine du
Mezenc (montagne de la Haute-Loire) :
Famille peu connue et rarement décrite.
Si Ton s’étonnait de cet enthousiasme, je répondrais par
ce principe d’agriculture : Une race doit avoir des qualités
en rapport avec les besoins du pays. Exemple : ce qui dis¬
tingue la petite race de moutons de Sologne, c’est la so¬
briété ; si elle était vorace, les bruyères de cette contrée lui
offriraient une nourriture insuffisante. En conséquence,
dans une province riche en fourrages naturels, mais où les
agriculteurs n’emploient les chevaux que pour la locomo¬
tion à la ville et pour la reproduction, mais jamais au la¬
bourage, il était important que la race bovine offrît des
qualités spéciales ; mais laissons parler le poète :
Oui, nos sujets seraient plus souvent admirés,
Si, sortant de plus loin, et d’aïeux plus titrés,
Oisifs, efféminés, faits pour l’engrais précoce,
Nos animaux venaient d’Angleterre ou d’Écosse;
Mais nos rudes pays labourent sans chevaux,
Et nos bœufs au labour craignent peu de rivaux.
Mais notre race enfin nous rend plus d’un office :
Le lait, le trait, la chair, c’est triple bénéfice.
Très-souvent, de la sorte, en son milieu champêtre,
Une race indigène aura sa raison d’être,
Bien que les grands savants, qui jugent de très-haut,
Aient prononcé contre elle un arrêt par défaut.
Voici maintenant le portrait d’un sujet de celte race, por¬
trait que Sainte-Beuve compare à certains passages des
Géorgiques ; puisse-t-il aussi mériter les suffrages d’un
disciple de Dombasle :
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Portant haut, bien campé sur un jarret d'acier,
Trapu, tout près de terre, encore un peu grossier;
Croupe longtemps étroite, et déjà suffisante;
Le rein large et suivi, l'encolure puissante,
Le garrot s’évasant en un large plateau,
L’épaule nette et forte à porter un château ;
La poitrine, en sa cage, ample et si bien à l’aise,
Qu’il faudrait l’admirer dans une bête anglaise;
Sobre et fort, patient et dur, bon travailleur,
A ce point qu’un Salers à peine fut meilleur ;
Lent à croître, mais apte à la graisse à tout âge,
Tel est le pur Mezenc, taureau demi-sauvage.
Vous connaissez tous, Messieurs, la jurisprudence réglant
le métayage ; ce système excite la généreuse indignation du
poète :
Je dénonce et flétris ce contrat tyrannique,
Qu'inflige aux plus petits un métayage unique,
Métayage en dehors de tout pacte normal,
Où l’un a tout le lucre et l’autre tout le mal,
Où le colon subit la contrainte immorale
D’un fermier étranger à toute œuvre rurale;
Lequel jamais aux champs ne tournera ses pas,
Qui ne conseille rien, qui ne réside pas,
Qui menace en passant, qui rançonne, qu’on paie.
Voici d’autres conseils dont je soumets l’examen aux dis¬
ciples de Triptolème :
Vous ne pouvez partout, en des œuvres actives,
Etendre en môme temps vos initiatives ;
De môme le colon souvent sera contraint
De concentrer sa tâche en un cadre restreint.
Eh bien! sans ajourner vos projets aux calendes,
Sans perdre de longs jours à respecter les landes,
A laisser d’humbles champs improductifs pour tous,
Variez les moyens, cherchez autour de vous;
Vous trouverez encore plus d’un hardi manœuvre
Prêt, dans un autre pacte, à tenter une autre œuvre.
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A de vaillants piocheurs, chômant sur le pavé,
Concédez pour deux ans, pour deux récoltes pleines,
Les plus ingrats quartiers de vos douteuses plaines,
Deux récoltes et trois, s’il le faut. — Donnez-leur,
D’autant plus que le sol aura moins de valeur.
D’autant que l’entreprise offrira moins de chance,
Donnez, sachez donner un secours, une avance.
Et vos plus tristes champs, conquis à peu de frais,
Dans l’or des blés nouveaux souriront au progrès.
Je termine ces citations par un hommage rendu aux agri¬
culteurs modernes :
O vulgarisateurs du labeur nourricier :
Parmentier, Duhamel, Thouin, Leclerc, Tessier,
Daubenton, le Nestor aimé des bergeries,
D’autres qui sont aussi chers à d’autres patries,
Young, Sainclair, Schwerz, Thaer, Fellembert, noble amant
De la culture offerte en noble enseignement
A tous ceux de nos jours : Vilmorin, nom qui brille
Deux fois, — modeste et pur dans la même famille,
Bella, Lullin, Huzard et Jaubert de Passa,
Et Royer qu’un travail surhumain écrasa,
Ivart, — et toi, surtout, Dombasle, ô maître illustre !
Vous qui nous révélez les mystères du sol,
Payen, Chevreul, Regnier, Barrai, Boussingaut, Moll,
Gourcv, le voyageur, infatigable apôtre,
Toi, Caumont qui, trente ans à ton œuvre fidèle,
Prodiguas, sans compter jamais, l'argent, le zèle,
La science et le cœur, ô père des congrès,
S’adresse, obscur témoin, l’hommage de ces vers.
Si jusqu’ici nous n’avons pas établi de comparaison entre
la poésie de Virgile et celle de M. de la Fayette, ce n’est pas
sans motif ; le cygne de Mantoue est plus poète que philo¬
sophe et, quoi qu’en dise son traducteur Delille, la posté¬
rité a plus de confiance dans son goût littéraire que dans
ses observations rurales.
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Nous renvoyons donc à la seconde partie de ce travail ce
parallèle pour d’autres rapprochements non moins piquants
mais plus instructifs.
L’antiquité grecque a produit un professeur d’économie
rurale, dont les enseignements pleins de charme et de poésie
méritent de trouver leur place dans celte étude : c’est
Xénophon. On nous permettra de comparer les Economiques
avec le De rerustica, de Caton, quoique ces deux ouvrages
soient en prose; après quoi nous reviendrons au Poème des
Champs : de cette triple comparaison peuvent jaillir des aper¬
çus intéressants, et surtout un enseignement moral des
plus salutaires.
Xénophon, Messieurs, que l’on pourrait surnommer
l’homme universel, n’a pas seulement, comme Caton, écrit
des recettes, indiqué des secrets et des formules, et réuni
les trésors de son expérience pour faciliter un gain qui est
l’unique objet des vœux du philosophe romain ; Xénophon
est un poète, un artiste, il tient aux belles formes, à l’har¬
monieux arrangement; s’il eût vécu au xvii* siècle, je
m’imagine qu’il aurait voulu professer l’économie sociale à
la façon du cygne de Cambrai, c’est-à-dire en dotant son
pays d’un chef-d’œuvre littéraire, peut-être plus remar¬
quable par la forme que par la solidité du fond ; dans le
cadre heureux de ses dialogues, tout est paré de cette sou¬
plesse et de cette grâce dont la langue grecque a un peu
gardé le secret.
Voici en quels termes il célèbre l’agriculture :
« Les plus heureux mortels ne peuvent se passer d’agri¬
culture. En effet, les soins qu’on y donne, en procurant des
plaisirs purs, augmentent l’aisance, fortifient le corps et
mettent en état de remplir les devoirs de l’homme libre. Ces
fleurs qui ornent les autels et les statues des dieux, et qui
font quelquefois la parure des hommes, c’est elle qui nous
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les offre en flattant notre odorat, en charmant nos yeux.
« Cè n’est pas tout, la terre enseigne elle-même la justice
aux esprits réfléchis, car elle comble de bienfaits ceux qui
la comblent de soins. »
Bien, sans doute, n’est plus gracieux que ce passage ;
mais voici des observations d’une délicatesse encore plus
exquise; elles révèlent le moraliste :
« Je puis citer des maris qui se comportent si sagement
à l’égard de leurs femmes qu’ils trouvent en elles des res¬
sources pour améliorer leur fortune, tandis que d’autres les
élèvent de manière à accélérer la ruine de leur maison. A
qui faut-il s’en prendre, de l’homme ou de la femme ? Lors¬
qu’un troupeau est constamment en mauvais état, c’est le
berger qu’on accuse. Un cheval a-t-il coutume de blesser
ceux qni l’approchent, on s’en prend au cavalier. Si une
femme, bien élevée par son mari, se gouverne mal, elle
seule est coupable ; mais si le mari la laisse dans l’ignorance
de l’honnêteté et du beau et qu’il l’emploie, malgré cette
ignorance, n’est-ce pas le mari que l’on doit justement
blâmer. »
Xénophon veut encore qu’une atmosphère religieuse en¬
vironne le ménage rural :
« Ischomachos, est-ce toi qui a rendu ton épouse capable
des soins qui la regardent?
— Oui, mais non pas avant d’avoir sacrifié aux dieux,
pas avant de leur avoir demandé, pour moi, la grâce de la
bien instruire, et, pour elle, le don de bien apprendre ce
qui pouvait contribuer à notre bonheur commun. »
Encore une seule citation, Messieurs, et je passe à
Caton :
« Une des fonctions de ton sexe qui, peut-être, ne te
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plaira pas, dit l’interlocuteur de Xénophon à son épouse,
sera de donner tes soins à ceux des esclaves qui tomberont
malades. »
Voici la réponse :
« Que dis-tu? je n’aurai pas de plus grand plaisir, puisque,
reconnaissants de mes bons offices, ils doubleront leur
attachement pour moi. »
C’est presque de la charité chrétienne !
Avec l’économie rurale des Romains, nous retombons
dans la barbarie; il semble que la morale des habitants du
Latium bannisse la tendresse comme un sentiment efféminé.
Le vertueux Caton, pour employer le langage reçu, car
ce Romain, ivrogne et usurier, ne fut guère vertueux, le
vertueux Caton a composé un traité d’agriculture, intitulé :
De re rustica ; voyons s’il renferme quelques étincelles de
cette haute philosophie qui domine dans le Poème des
Champs, et que l’on retrouve dans les Economiques, de
Xénophon.
Caton est plus utilitaire que moraliste; obligé de consacrer
son temps à gouverner les affaires de la république, il ne
peut plus résider ni diriger l’exploitation de son domaine;
il a un fermier « villicus , » auquel il prescrit une vigilance
extrême, « disciplinà bonà utatur, que sa conduite soit
bien réglée. »
Il ne lui accorde aucune indépendance d’esprit : « Il ne
« se croira pas plus sage que son maitre ; il n’aura pour
« amis que les amis de son maitre. » C’est avant tout un
instrument de travail : « Qu’il se lève le premier et se
« couche le dernier, primus cubitu surgat; postremus
« cubitum eat. » Nous l’avons déjà dit, il n’a d’autre morale
que l’intérêt ; en voici la preuve : « Il doit flatter les bou-
« viers afin que leurs bêtes soient bien soignées, bubulcis
« obsequitor quo libentius boves curent. »
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Un propriétaire qui, en l’an 1867, imposerait une épouse
à son fermier serait envoyé à Charenton; à Rome, on
pensait autrement : « Si le maître, dit Caton, daigne marier
« le fermier, celui-ci doit accepter l’épouse et se déclarer
« content, si eam tibi dederit Dominus uxorem, ea esto
« contentus. » Au reste, peu importe pour Caton que la
femme aime son mari, l’essentiel est qu’elle le craigne, « ea
« te metuat. » On s’imagine peut-être que l’austère philo¬
sophe désire que les jours de fête soient célébrés par l’inter¬
ruption des travaux? Erreur. « Pendant les jours de fête,
« on peut au moins curer les fossés, paver la voie publique,
« tailler les haies, bêcher les jardins, tresser des claies,
<i arracher les épines, broyer les grains, enfin nettoyer
« partout, per ferias potuisse fossas , veteres tergeri , via ru
« publicam muniri, vepres recidi, hortum fodiri, pratum
« purgari , virgas vinciri, spinas runcari, expinsi far mun-
« ditias fieri. »
Depuis que le christianisme est venu acclimater la charité
dans un monde qui ne connaissait même pas la philan-
throphie, le premier sentiment qui domine le maître d’un
serviteur, visité par la maladie, c’est le désir de l’environner
de soins. Dans la société romaine, un esclave n’était pas un
homme : c’était un meuble qu’on pouvait vendre, acheter,
échanger, mutiler et détruire ; en conséquence, il ne se
trouve pas dans l’âme de Caton une seule fibre qui vibre
quand son esclave est malade. Voici ses étranges paroles :
« Cum servi œgrotarint , cibaria tanta dari non oppor-
« tuisse, il y a eu des esclaves malades, il ne fallait pas tant
« leur donner à manger. » Qu’on me permette de citer une
parole qui a dû précéder les coups de verges que les cruels
patriciens prodiguaient àleurs serviteurs : « Cogitato te nihil
« fiat , nihilo minus sumptum futurum, songez bien que
« l’oisiveté n’empêche pas la dépense de courir. » Comment
nourrira-t-on les esclaves ? « Avec des compotes faites avec
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« des olives tombées, pulmentarium familiœ oleœ caducœ
« fiant-, leur boisson sera du vin cuit que l’on servira l’hiver
« aux bœufs, ou bien on y ajoutera de l’eau et on le donnera
« en guise de piquette aux esclaves. » Mais si l’esclave ne
peut plus travailler parce qu’il est malade ou décrépit, peut-il
espérer de jouir de cette retraite accordée aux vieux servi¬
teurs dans la famille chrétienne ? Hélas ! non ; l’utilitaire
Caton enseigne : « que le père de famille vende l’huile si
« elle est chère, qu’il vende ce qui reste de blé et de vin,
« qu’il vende les vieux bœufs, les veaux sevrés, les agneaux
« sevrés, la laine, les peaux, les vieilles charrettes, les
« vieilles ferrailles, le viel esclave, I’esclave malade, et
« tout ce qu’il peut avoir chez lui d’inutile, il doit le
« vendre. »
Telle est la morale du vertueux Caton, que Plutarque ne
pouvait s’empêcher de flétrir. Telle n’est pas celle du Poème
des Champs; nous ne rencontrons jamais dans cette œuvre
cet égoïsme cuirassé contre les générosités les plus élémen¬
taires. Notre poète s’est souvenu que le Christ, en signant
par sa mort la charte d’affranchissement du genre humain,
avait inauguré la véritable liberté, la véritable égalité, la
véritable fraternité; admirable code philosophique qui res¬
plendit sur les siècles modernes et les éclaire d’une auréole
divine.
La morale du Poème des Champs est jugée ; on peut affir¬
mer que notre examen lui a été favorable. Voyons mainte¬
nant si la critique littéraire n’aura que des éloges à pro¬
diguer à cette œuvre didactique.
Dans une élude sur Virgile, fort remarquable du reste,
mais sur laquelle nous faisons nos réserves, M. Sainte-Beuve
a dit : Virgile a été le poète du Capitole. Il n’a pas cessé,
dans les âges les plus dévastés et les plus divers, d’apparaître
comme une puissante et magique personnification de je ne
sais quel charme regretté et non tout-à-fait perdu ; il n’a
pas cessé d’être l’enchanteur Virgile. »
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Après un tel hommage, il serait imprudent de mettre au
niveau d’une poésie si parfaite l’essai du barde velaisien ;
tel n’est pas notre but : nous voulons examiner si M. de la
Fayette s’est quelquefois rapproché de celui qu’il saluait
comme son maître :
Épris du doux Virgile, et plein de ses leçons,
J’aime les prés touffus et les grasses moissons.
Voici en quels termes le cygne de Mantoue décrit les
travaux du laboureur :
Uultum adeo rastris glebas qui frangit inertes
Vimineasque trahit crûtes juvat arva; neque ilium
Flava Ceres alto necquicquam spéclat olimpo,
Et qui,proscisso quoe suscitât cequore terga,
Hursus in obliquum verso perrumpit aralro,
Exercelque frequens leüurem, atque imperat arvis.
Passage que M. Parisot a traduit en ces termes :
« Le laboureur qui, le râteau ou la herse à la main, brise
« de son champ les glèbes stériles ne travaille pas en vain ;
« Gérés, du haut des deux, jette aussi un regard favorable
« sur celui qui, écrasant les mottes dont la charrue a
« hérissé le sol, croise par de nouveaux sillons les sillons
« déjà tracés, tourmente la terre sans relâche et la dor
a mine. »
M. de la Fayette a célébré les premiers essais d’une nou¬
velle charrue ; j’aime à rapprocher ce tableau de celui que
nous venons d’admirer :
Mais le bon laboureur, à la mâle carrure,
Se tient sûr de son fait — il a réglé l’entrure,
Mis la charrue en ligne aux marques du sillon,
Serré lavis du coutre et saisi l'aiguillon ;
Son rude appel émeut le robuste attelage;
Le soc plonge et s'aiguise en son large sillage,
La terre, en lourds monceaux, bondit comme un flot noir,
Et son débris écume aux lèvres du versoir.
Le bouvier, sans quitter le manche qu'il manœuvre,
Se détourne parfois et sourit à son œuvre;
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Car l’instrument nouveau vient d’ouvrir, sans broncher.
Une fosse où pourrait un homme se coucher.
Les plus récalcitrants conviennent de la chose ;
Et la grande charrue a déjà gain de cause ;
Et tandis que chacun applaudit au vainqueur,
Lui, le joyeux bouvier, se hâte de tout cœur,
Cherche des yeux, au bout du champ, un point de mire,
Et s’admire à lui seul tout autant qu’on l’admire ;
On part, il continue, et sa lente chanson
Promet au bon labour la plus belle moisson.
Un critique doit être impartial : ce tableau charmant ren¬
ferme quelques imperfections : entrure et coutre sont des
expressions techniques auxquelles la poésie n’a pas ouvert
les portes du Parnasse.
La figure manque d’exactitude dans le vers suivant :
La terre, en lourds morceaux, bondit comme un flot noir.
La motte de terre, objet solide, ne peut être comparée à
un flot de la mer.
Le débris de la terre ne peut écumer.
Ces réserves faites, le morceau est achevé ; nous signalons
même dans ce passage un vers plein d’harmonie imitative :
Le soc plonge et s’aiguise en son large sillage.
Voici une invocation de Virgile, très-populaire dans les
classes, et dont le style grandiose a dû se graver dans vos
esprits :
Salve magna [arens frugum Saturnia lellus
Magna virum ; sibi res antiques laudes et artes
Ingredior sanctos ausus recludere fontes
Ascrceumque Cano Romana per oppida carmen.
« Salut, terre de Saturne, féconde en productions ; en
« héros féconde, salut ! Je chante un art qui fit la gloire et
« l’étude de nos ancêtres ; je r’ouvre pour toi les sources du
« Permesse, et je vais répétant, dans les villes d’Italie, les
« vers du vieillard d’Ascra. »
t. xi. 4
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Voici, à présent, une invocation du poète moderne :
O nature invaincue, insoumise, rebelle,
J’adore, en t’admirant fière et presque plus belle,
J’adore, — car voyant à toute heure, en tout lieu,
Derrière tes splendeurs passer l’ombre de Dieu ;
J’ai le mot du secret divin dont je m’enivre,
En sentant dans ton sein tout palpiter, tout vivre.
Je pourrais, Messieurs, si je ne craignais pas d’abuser de
vos moments, multiplier les rapprochements et vous montrer
que le barde velaisien a été fidèle à ce précepte d’Horace :
« les poètes doivent instruire et plaire à la fois, aut pro-
« desse volunt aut delectare poctæ. »
Et cet autre conseil non moins sage que le précédent :
Scribcndi récit sapere est et principium et Fons.
Mais je dois blâmer les vers suivants :
Le laboureur qui verse.
L’abondance à pleins chars, la vie à pleines cruches.
L’hypothèse ardente est un coursier sans mors,
Un ouragan qui
.... contre la rive échevelle les mers.
Il est quelques autres imperfections de ce genre que le
poète a dû faire disparaître dans sa nouvelle édition.
Je préfère, mettre sous vos yeux un passage que
M. Sainte-Beuve approuve et que je trouve trop réaliste :
Ailleurs, un bon gros porc anglais, face gourmande,
Blanc et rose, et charmant pour l’école flamande,
De son petit groin, noyé dans son gros cou,
Flaire si la pâtée arrive vers son trou,
Tandis que dame truie, amorçant de caresse
Ses petits yeux chinois, clignotant dans la graisse,
Des plus doux grognements qu’amour ait inventés
Rappelle ses gorets épars de tous côtés ;
Gorets n’écoutent point : l’un, courant en maraude,
Avec concupiscence autour des froments rôde;
Un second, cachant mal son tragique dessein,
S’essaierait volontiers à croquer un poussin,
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Et, certes, n’en ferait qu’une mince bouchée
Si, d’un bec menaçant, la poule effarouchée,
Ne paraissait devoir, en ce cas hasardeux,
Au ravisseur sournois manger un œil ou deux.
Sans vouloir relever le drapeau de l’école littéraire de
l’Empire, qui s’escrimait en périphrases, je ne puis non
plus tendre la main aux admirateurs des Courbet, des
Champfleury et des Flaubert.
Non, Messieurs, je n’admettrai jamais qu’entre le vrai et
le beau on puisse toujours tirer un trait d’égalité; il existe,
je le sais, entre eux de mystérieuses harmonies, mais il faut
prendre garde et ne pas franchir à la légère la barrière qui
sépare le monde invisible du monde réel. Sans doute,
Boileau a eu raison de s’écrier :
Rien n’est beau que le vrai, le vrai seul est aimable!
Car la poésie trouve dans les grandes vérités de l’ordre
moral d’admirables ressources ; mais il y a des réserves à
faire. Hélas ! le règne des grâces est bien loin de nous.
Non, mille fois non, le poète, l’artiste, ne peuvent libre¬
ment étaler les tristes réalités de notre société, travaillée par
la décomposition ; ils ne peuvent, bravant toute pudeur,
exposer au grand jour la hideuse vérité du vice. Non, je ne
connais pas le beau, le beau véritable en dehors de la mo¬
rale et de la vertu ; la beauté, il faut la chercher dans les
sublimes élévations de la pensée, dans la noblesse des sen¬
timents, sur ces sommets sereins qu’habitent les vertus
héroïques ; il faut la demander aux passions viriles, aux
grandes scènes de l’histoire, aux mâles inspirations du
cœur. Le poète n’est point un copiste ; la poésie vit d’idéal
et n’a que faire d’une vérité brutale et décourageante.
D’autres, peut-être, chanteront les défaillances honteuses,
les défections coupables, les victoires sacrilèges, l’apothéose
de la matière ; à nous de célébrer la force et la douceur dans
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— 52 —
l’adversité ; il nous va mieux de partager les tristesses de
ceux qui sont tombés victimes du droit et du devoir, et,
lorsque tant d’âmes se penchent vers la terre, il nous va
mieux de regarder au ciel : la vraie grandeur est là, la vraie
beauté est là, la poésie est là.
Vous me pardonnerez, Messieurs, cette digression ; mon
but était moins de protester contre le portrait réaliste et
très-innocent que j’ai placé sous vos yeux, que de flétrir les
tendances d’une école qui vise à la popularité.
M. Sainte-Beuve reproche aussi au poète velaisien son
ton agressif contre les libres penseurs. Nous pourrions invo¬
quer l’exemple d’Homère et de Virgile, qui ne manquèrent
jamais de célébrer la divinité aux débuts de leur épopée;
mais nous avons une meilleure réponse. Il faut en prendre
son parti; l’école des Parny, des Naigeon, des Sylvain
Maréchal est évanouie : elle a été vaincue par les Royer-
Collard, les Chateaubriand, les Cousin et les Guizot. Saluons
avec enthousiasme cette renaissance du drapeau spiritua¬
liste !
En résumé, les échos affaiblis d’une muse chère à mon
cœur sont arrivés jusqu’à moi ; j’ai rencontré dans cette
poésie de la mère patrie, dans ces peintures de mes chères
montagnes, dans ces tableaux de la vie de famille des sou¬
venirs d’enfance; j’y ai trouvé surtout un enseignement
moral et salutaire, et j’ai voulu vous faire partager mon ad¬
miration. Si j’ai réussi, je remercierai mes nouveaux compa¬
triotes d’avoir applaudi le poète agriculteur, dont l’œuvre
confirme ce principe d’esthétique : « l’enthousiasme
poétique est comme une apparition du divin dans l’homme ;
c’est comme un contact de Dieu qui le fait tressaillir. »
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RAPPORT
sur
L’ÉTUDE QUI PRÉCÈDE,
Par M. B. de Monvel.
Séance du 21 juin 1867.
C’est pour obéir à votre désir et aux prescriptions de •
l’article 30 de notre réglement que j’ai entrepris l’examen
critique de l’étude si remarquable sur le Poème des Champs,
de M. Calemard de la Fayette, dont nous a fait part notre
honorable collègue M. de Chaulnes. Pour répondre à votre
intention, j’ai dû lire à tête reposée, et en vous remerciant
tacitement, une œuvre rare à notre époque, un poëme conçu
dans l’ordre des inspirations les plus pures et les plus
élevées, riche en beautés saisissantes; éncore bien qu’à
l’exécution, quelques négligences trahissent trop souvent le
feu et l’emportement d’une plume novice qui, éblouie par
les richesses de son sujet, a cessé d’écouter la voix du
maître :
Vingt fois sur le métier remettez votre ouvrage.
On regrette de voir se représenter si souvent des enjam¬
bements que ne justifient ni le sens, ni l’effet; des césures
placées à faux entre le nom et son adjectif; enfin des rimes
avec le composé, défauts graves autrefois, trop légers peut-
être aujourd’hui, et que fera, nous l’espérons, disparaître
une nouvelle édition ; mais ce qui restera, c’est un ouvrage
tracé suivant un plan large et fermement arrêté, dans un
but dont l’esprit saisit tout d’abord la grandeur, la sagesse
et l’utilité pratique, et ce sont là, n’en doutons pas, les qua-
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lités tout exceptionnelles qui ont fixé à bon droit, sur la tête
de M. de la Fayette, les lauriers de l’Académie française, et
qui ont assuré au triomphe du laboureur velaisien les
applaudissements d’un lettré comme M. de Sainte-Beuve,
d’un homme de goût comme M. de Chaulnes, et, je l’espère,
aussi les vôtres, n’eussiez-vous sous les yeux que les cita¬
tions si discrètement choisies de notre collègue. Trop dis¬
crètement peut-être, car nous regrettons que, trop préoc¬
cupé du désir de se borner, M. de Chaulnes ait passé sous
silence, dans son étude, les belles stances du livre II, con¬
sacrées à l’assise vraiment magique de la statue de Notre-
Dame-de-France, dont le brouze, comme l’on sait, fut
fourni par les canons pris à Sébastopol, munificence tout
impériale dont M. de la Fayette éternise le souvenir avec la
précision correcte et digne de l’épigraphie:
.Nous avons admiré
Comment, quand le métal restait inespéré,
L’Empereur, dont un geste est déjà de l’hisloire,
Pour premier souscripteur nous montra la victoire.
. Deux jours après les canons étaient pris!
En remerciant M. de Chaulnes de son savant et moral pa¬
rallèle entre les aphorismes inhumains du vieux Caton, et
les conseils si élevés, si moraux de Xénophon, nous ne le
suivrons pas dans sa comparaison entre M. de la Fayette et
l’auteur des Géorgiques. Quelque appréciation qu’on donne
à leurs préceptes, les Géorgiques ont un but essentiellement
didactique, et encore bien qu’on sente, au parfum rustique
de ses meilleurs vers, qne M. de la Fayette s’est en quelque
sorte imprégné de Virgile, il n’enseigne pas pourtant, il
loue, et son poëme serait une brillante, mais chrétienne
paraphrase du Beatus ille, d’Horace, plutôt qu’un écho des
Géorgiques. Il a dû, dès lors, multiplier ses tableaux, ses
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descriptions, et il l’a fait avec un bonheur et une hardiesse
remarquables. Que M. de Chaulnes me permette donc de
m’associer sans restrictions, autant qu’indigne le puisse,
aux éloges décernés par M. de Sainte-Beuve à quelques-
unes de ces peintures vivantes, et surtout à celle de l’insi¬
dieuse truie anglaise. Je pense, avec le judicieux Aristarque
que notre collègue a nommé, que c’est dans ce genre de
poésie que le mot propre, le nom de la chose a sa place, sa
place voulue, et quand M. de la Fayette emploie hardiment
le mot contre , le mot versoir, les mots ligne, entrure, gro¬
gnement, goret, je le loue d’abord d’employer le mot propre,
ensuite d’éviter une périphrase énervante, sans recourir au
Dictionnaire de l'Académie, qui ne s’ouvre que bien rarement
aux termes de métier, lors mème,qu’ils sont devenus fami¬
liers à tous comme entrure, et surtout versoir.
J’adhère, et de tout mou esprit, à l’interprétation que
donne notre collègue à l’aphorisme :
Rien n'est beau que le vrai
Et je pense avec lui qu’en le traçant Boileau n’a jamais
voulu dire que par cela même qu’une chose était vraie elle
devenait belle. Voltaire a développé cette pensée par une
scolie tellement crue que je n’ose la répéter ici.
Le beau n’est vrai que dans son cadre, changez le cadre
et le beau devient laid, ridicule ou dissonnant : le beau
n’est donc que relatif, et, sans prétendre m’ériger en cen¬
seur, c’est là ce que les maîtres eux-mêmes oublient peut-
être trop souvent, aujourd’hui, et ce que n’a jamais perdu
de vueM. de la Fayette.
Le poète velaisien rêve la France agricole et chrétienne.
Il veut que chacun cultive son champ. Peut-être exige-t-il
trop. Nous n’en sommes plus au partage de Josué et à la loi
du Jubilé, et le vœu philanthropique de M. de la Fayette
nous rappelle involontairement le mol plaisant de Mazères :
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« Qui est-ce qui n’a pas 15,000 fr. de rente? » Ce n’est pas
là, comme dit Molière, matière à de grands châtiments , et
encore moins l’ambition charitable de nous voir tous pénétrés
des vérités de notre sainte religion. C’est pourtant sur ce
point que M. de Sainte-Beuve fait scission complète avec
M. de la Fayette, mettant ainsi en oubli sa maxime de
Béranger :
Qu’on puisse aller môme à la messe,
Ainsi le veut la liberté !
Pour ce seul fait de vouloir qu’avant tout l’homme des
champs soit chrétien, M. de Sainte-Beuve dresse réqui¬
sitoire contre l’auteur pour attaque et diatribe contre les
libres penseurs et le rationalisme.
Jetons donc un coup d*œil sur les passages si hautement
incriminés. Serait-ce celui-ci :
Le progrès sans le Christ, c’est mensonge ou folie.
Ou bien plutôt ce dernier :
Pour nous, chrétiens, ces rois, ces docteurs, ces héros,
Ces croyants, ces martyrs, qui lassent les bourreaux,
Soyons fiers, car ce sont nos aînés, nos ancêtres :
Fiers? non. — 11 faut rougir d’avoir eu de tels maîtres.
C’est ce qu’on nous dira dans maint docte sermon.
Croyons à Lélia , croyons à Saint-Simon ,
Croyons au grand Mapah , croyons au Phalanstère ,
Croyons au circulas , croyons à ciel et terre ,
Adorons le néant , adorons Y Antéchrist,
Croyons à tout, à rien !... mais croire en Jésus-Christ!
Vanité du savoir ! sans ta foi, sans ta flamme,
O Christ ! c’est le néant qui règne et monte à l’âme !
..
Ambitieux du rien, conquérants de l’exil,
Qui vous précipitez sur des pentes funèbres,
Altérés de néant, affamés de ténèbres,
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Parce qu'ayant soufflé sur le divin flambeau,
Vous avez le besoin de finir au tombeau,
Et que pour boire en paix vos ivresses amères
Il vous faut renier le credo de vos mères!...
Un mot, un seul mot à ce sujet.
La libre pensée n’est comptable qne de Dieu seul. Gran¬
dement méconnue et outragée au milieu des ténèbres et des
violences du moyen-âge cette vérité brille aujourd’hui de
tout son éclat, et nul ne se risquerait à la contester, surtout
dans notre France à qui Voltaire, accomplissant, et bien à
son insu peut-être, une mission divine, l’a conquise et
assurée sans retour.
Mais si la pensée se traduit en actes, et les écrits sont des
actes, refusera-t-on le droit de réponse à ceux que ces écrits
viennent troubler dans des croyances qui leur sont chères,
à ceux qui s’alarmant à tort devant des doctrines qu’un jour
voit naître et mourir, pour renaître et mourir encore à
quelques siècles d’intervalle, craignent dans la faiblesse de
leur foi, encore mal assurée, pour l’avenir de leur descen¬
dance et de la société humaine ? Verrons-nous renaître
cette triste coalition du philosophisme qui envoya mourir
Gilbert à l’hôpital ? Hé, mon Dieu, ce ne sont pas les gram¬
mairiens seulement, ce sont tous les sages qui disputent :
Deus tradidit mundum disputationibus. C’est là de mauvais
latin, c’est vrai ; mais la pensée est bonne en soi et se tra¬
duit naturellement par celle-ci : C'est du choc des opinions
que jaillit la vérité. Laissons donc les sages disputer, tant
qu’ils ne se battent pas. Jusque là : liberté à toutes les
opinions, liberté et, s’il se peut, charité, qui bien souvent
manque dans les deux camps. Iliacos intrà muros peccatur
et extra.
Mais, dira-t-on peut-être, émettre le vœu que nos culti¬
vateurs ne se laissent pas embaucher dans le phalanstère ou
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envelopper dans le circulus, n’est-ce pas contrevenir à l’ar¬
ticle 1" de nos statuts qui nous interdit tout examen de
questions religieuses et politiques ?
Un mot encore, car ici il est indispensable de s’enten¬
dre; qui dit examen dit controverse, et l’abus du § 3
de l’article 1 er nous forcerait à éconduire Cléanthe et sa
belle prière, Jean-Baptiste Rousseau et ses Odes, Lamar¬
tine et ses méditations, sans compter Guizot, Thierry,
Michelet, Martin, que nous laisserions se morfondre à notre
porte, sous prétexte que leurs admirables traités d’histoire
sont remplis de considérations politiques.
A d’autres, s’il vous plaît! ne confondons pas un élan
d’inspiration poétique, un sarcasme de quelques vers ou de
quelques lignes, ou l’élude d’un fait et de ses accessoires
avec un traité ex professo, et ouvrons et notre porte et nos
oreilles à tous ceux d’entre nous qu’une piqûre de la taren¬
tule conduirait à devenir, ne fût-ce que pour un jour, des
Lamartine ou des Guizot.
L’étude très-remarquable, très-consciencieuse, quoique
parfois un peu sévère, de notre honorable collègue M. de
Chaulnes, nous a fait connaître et fera, nous l’espérons,
recherchera quelques-uns de nousunpoëme original, sinon
nouveau, dans son sujet, presque toujours irréprochable
dans sa forme, large dans son plan, pur et élevé dans son
but. M. de Chaulnes est, autant qu’on peut l’être, dans les
conditions de l’article 38 de notre règlement, et c’est avec
de sincères applaudissements que le rapporteur conclut à
l’insertion de cette étude dans les Mémoires de la Société.
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DEUXIÈME NOTICE
sur
QUELQUES PLANTES DU DÉPARTEMENT DU LOIRET,
Par M. Nouel.
Séance du 8 juillet 1867.
Il y a un an, lorsque je vous présentais une notice sur
quelques plantes encore non publiées du département du
Loiret, je vous disais que si l’année de recherches et
d’études dans laquelle nous allions entrer m’apportait son
contingent d’heureuses découvertes, je me proposais d’en
faire l’objet d’une seconde notice, faisant naturellement
suite à la première et lui servant de complément. L’accueil
que vous avez bien voulu faire à mon premier travail a été
pour moi, et pour ceux qui me prêtent leur concours dévoué,
un puissant encouragement, et vous pourrez juger par le
nombre des espèces que signale cette seconde notice,
nombre supérieur à celui de lapremière, que nos recherches,
au cours de l’année 1866 , n’ont pas été infructueuses.
PREMIÈRE SÉRIE.
Plantes nouvelles .
16 . Lepidium drab») LIN.
Plante du midi de la France, qui se rencontre néanmoins
dans plusieurs localités de l’intérieur. Elle est très-rare
pour la flore du Centre, d’après M. Boreau. *
Je l’ai découverte dans un champ de vigne sur la commune
d’Olivet, en mai 1866 . Elle y croît abondamment sur une
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petile étendue de terrain. C’est sans nul doute à sa racine
vivace et stolonifère et à sa végétation printanière qu’elle
a dû de résister jusqu’ici au travail destructeur de la houe
de nos vignerons.
99. Elatlne paludoaa, Senb. var. H ex and r a, G. G. Fl. de Fr.
Elaftlne hexandra, D G. Fl. fr.
Espèce rare dans le Centre, que je ne vois indiquée dans
aucune de nos flores. Nous l’avons trouvée, M. Humnicki
et moi, en septembre 1866 , sur les bords de l’étang de la
Folie, près de Châteauneuf.
99. Erodlum moschatum, LIN.
Plante du Midi et de l’Ouest.
M. Rimbertl’a rencontrée à Fourneaux, rive droite de la
Loire, entre La Chapelle et Saint-Ay. Sans rien préjuger
sur la cause de l’apparition fortuite de cette plante en ce
lieu, nous ferons remarquer qu’on la rencontre en Maine-
et-Loire, qu’elle n’est pas rare en Normandie et que la flore
parisienne l’admet parmi les plantes qui lui sont acquises.
Nous croyons donc aussi pouvoir l’inscrire dans la flore du
Loiret.
99. Trifolium angustlfollum, LIN.
Plante annuelle des provinces du midi et de l’ouest de la
France, où elle se plaît sur les coteaux arides.
Les auteurs des flores locales s’accordent à dire que ce
trèfle ne se rencontre que rarement dans nos provinces
centrales. Néanmoins, M.Boreau le signalant comme ayant
été trouvé # à Meung, où M. G. Auvert l’a également recueilli,
il y a quelques années ; M. Berthelot l’ayant rencontré au
bord du ruisseau de l’Egoulier, faubourg Saint-Marc, et
moi-même, en ayant recueilli plusieurs beaux pieds sur les
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terres de l’Isle, en juin 1866 , je me crois autorisé à l’ins¬
crire parmi les plantes rares qui sont définitivement acquises
à la flore de notre département.
M. Trifolium «trletum, LIN.
— Icevlgatum, DESF. GG. fl. de Fr.
Plante des prairies sèches des provinces méridionales et
de la vallée de la Loire, selon les auteurs de la flore de
France. M. Boreau, qui la donne comme rare pour le
Centre, l’indique d’une manière générale en Sologne.
Elle a été trouvée pour la première fois dans le Loiret en
juin 1866 , par M. Humnicki, à La Ferté Saint-Aubin, à
proximité de la station du chemin de fer.
Sfl. Trifolium filiforme) LIN.
— mlcranthum, VIVIÀNI.
La synonymie que je joins au nom linnéen a pour but de
bien indiquer quel est le trèfle dont j’ai à parler. On sait, en
effet, que dans la section des Chronosemium la nomenclature
des auteurs est un peu confuse. Cette synonymie est d’ail¬
leurs celle qu’adoptent les auteurs de la flore de France,
ainsi que M. Boreau dans la flore du Centre.
L’espèce qui m’occupe, ainsi précisée, est une plante
rare dans le Centre et qui n’a pas encore été signalée dans le
Loiret. M. Godron lui donne pour habitat la Provence, le
Languedoc, Bordeaux et aussi la vallée de la Loire. En¬
couragé par ces indications, M. Rimbert s’est mis à la
recherche de ce trèfle sur les coteaux de notre fleuve, et il
l’a découvert dans les gazons de la rive droite, entre La
Chapelle et Saint-Ay. Il est à croire que la petite taille et la
forme grêle de ce trèfle, si bien caractérisé par le nom de
Trifolium filiforme, l’avaient jusque là caché aux regards
des botanistes du pays.
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S*. Agrlmoala odorat», MILLER»
Cette plante n’a pas encore été signalée dans le Loiret.
Elle a été découverte par MM. de Morogues et Déséglise
dans les terrains sablonneux de la commune de Sigloy.
M. Boreau ainsi que les auteurs de la flore parisienne ne
l’indiquent que dans un petit nombre de localités. Est-elle
rare, en effet, ou bien n’est-elle pas plus répandue qu’on ne
croit? Il est facile, en effet, delà confondre avec YAgrimonia
eupatoria, dont elle offre, à la première vue, les caractères
principaux. Elle s’en distingue par sa taille plus élevée, par
ses feuilles à segments plus amples et parsemées en-dessous
de glandes résineuses odorantes, par son calice sillonné
seulement dans son milieu et renfermant ordinairement
deux akènes. J’entre dans ces détails pour appeler sur cette
espèce l’attention des botanistes herborisateurs.
33. Eplloblum Iftneeol&iam, SE B. et MAURL
Bien qu’elle ne soit pas rare dans la vallée de la Loire, où
les auteurs de la flore de France l’indiquent à Nantes, à
Angers, à Saumur, etc., cette plante n’avait pas été signalée
dans le Loiret. Elle a été découverte par MM. Eud. de Mo¬
rogues et Déséglise, l’été dernier, sur la commune de
Vannes, en Sologne.
34. Amml majai, LIN.
Cette ombellifère est commune dans les champs stériles
des provinces méridionales et occidentales de la France.
Néanmoins, elle se rencontre par pieds isolés dans bien des
localités de l’intérieur. Toutes les flores particulières la
mentionnent. J’en ai rencontré plusieurs pieds sur la ferme
de l’Isle, en juin 1866.
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La dissémination de YAmmi majus sur bien des points du
sol de la France me porte à croire que c’est une plante très-
disposée a la naturalisation et que nous pouvons l’inscrire
dans notre flore. Elle a contre elle d’être annuelle et de ne
pouvoir atteindre sa maturité avant l’époque de la fenaison.
La faulx lui fait une guerre de destruction. On comprend
que tout pied qui lève dans une prairie artificielle est destiné
à périr dans sa fleur et à disparaître sans laisser de
postérité.
SS. Cirsium hybrldum, KOCH.
— palustrl oleraceum, NŒGELI.
Ce Cirsium, par son rhizome, sa tige et ses feuilles, se
rapproche du C. oleraceum, et par son inflorescence, ses
bractées, ses capitules, il rappelle le C. palustre.
On le considère comme un hybride de ces deux espèces.
On l’a signalé sur plusieurs points de la France et toujours
comme rare.
M. Humnicki l’adécouvert dans les prairies marécageuses
des Mauves de Meung, au mois d’août 1866, en même temps
qu’il constatait la présence dans ces mêmes prairies du
Cirsium oleraceum. On sait d’ailleurs que le C. palustre est
commun dans le pays. Il a donc rencontré l’espèce hybride
inter parentes, comme disent les botanistes.
SS. Pyrola rotandlfolla, LIN.
Plante des plus rares dans le centre de la France, d’après
M. Boreau. C’est donc une très-bonne acquisition pour la
flore du Loiret, d’autant mieux que j’ai deux localités à
signaler.
M. Merlet, curé de Courtenay, me l’a envoyée l’année
dernière avec cette note : « J’ai trouvé ce Pyrola dans le
bois qui est à droite en arrivant de Courtenay à la maison
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du Sabot. » Cette localité est à 6 kilomètres sud de Cour-
tenay.
M. Rimbert, de sou côté, l’a recueillie à Malesherbes, il y
a quelques années.
S». Staehya alpins, LIN.
Bien que cette plante se rencontre çà et là dans presque
toute la France, elle n’a jamais été signalée dans le dépar¬
tement du Loiret.
Je l’ai reçue de M. Merlet, qui l’a découverte dans le bois
de Liffert, à 1 kilomètre de Courtenay. Elle y est assez
rare.
8®. MereurlalU perennls, LIN.
Cette plante n’est pas rare en France. Mais comme elle
n’a pas encore été citée comme propre au département du
Loiret, je dois faire connaître que je l’ai reçue de Neuville
(M. Badinier) et de Courtenay, bois de l’Hopitau (M. Mer¬
let).
SS. Heleoeharls unlglumU, KOCH.
Selrpus unlglumU, LINK.
Cet Heleocharis, qu’aucune flore n’indique dans notre
département, ne paraît cependant pas y être rare. Il ne s’agit
que de le distinguer de YHel. palustris. C’est ce qu’a fait
M. Humnicki, et, ( en fort peu de temps, il m’a signalé cette
plante dans plusieurs localités de nos environs : entre Saint-
Cyr-en-Val et le château de la Porte, sur les bords de l’étang
Limère et sur les bords de la Bionne, entre Boigny et
Ségris. Averti de celte rencontre, j’ai cherché de mon côté
sur les terres de l’Isle, et je l’ai trouvée dans un fond maré¬
cageux, près de la ferme et dans le petit étang de la
Roture.
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DEUXIÈME SÉRIE.
Plantes adventices ou introduites .
M. Hlrsehfeldla adpreua, MŒNCH.
Slnapli lncana, LIN.
J’ai rencontré cette crucifère dans un champ de luzerne,
sur la ferme de l’Isle, en juin 1866.
C’est une plante du Midi de la France, où elle croît dans
les terrains sablonneux et arides. On la rencontre néanmoins
dans diverses provinces de la France, ainsi que les flores
locales en font foi. M. Boreau la cite à Ncvers et à Yierzon.
11 est à croire que dans ces localités, comme dans celle de
l’Isle, elle doit son apparition aux graines des prairies arti¬
ficielles.
41. flsatln tlncCorla, LIN.
(Pastel des Teinturiers.)
J’ai reçu cette plante de M. l’abbé Badinier, qui l’a ren¬
contrée, par pieds isolés, à Saint-Germain, près de Neuville-
aux-Bois, et à Galerand, près de Courcy-aux-Loges. J’en ai
moi-même trouvé deux pieds dans une pièce de trèfle
incarnat, au printemps dernier, sur la commune d’Olivet.
Vlsatis tinctoria se rencontre en divers lieux de la
France, dans des conditions différentes, tantôt rare, tantôt
assez abondante. Pour me borner au département du Loiret,
je ferai remarquer que cette plante, dans son pays natal,
aime les coteaux exposés au soleil, les murs, les pentes
pierreuses. Lors donc que nous la rencontrons dans les
plaines fertiles du Gàtinais, ou bien à Olivet, dans un trèfle
printanier, il est évident qu’elle a été introduite accidentel¬
lement.
t. xi. 5
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— 66 —
49. Seieli Libanotli, KOCH.
AthamaDta Llbanothis, LIN.
Cette belle ombellifère aime les bois montagneux. Les
flores particulières attestent qu’elle se rencontre dans toutes
les parties de la France ; mais elle est toujours citée comme
rare.
• M. Rimbert en a rencontré un pied en belle végétation
entre Fourneaux et Saint-Ay, sur le coteau calcaire de la
rive droite de la Loire, le 12 juillet 1866. La nature du sol
et l’exposition justifiaient sa présence en ce lieu ; mais la
rencontre d'un seul individu n’autorise pas à considérer la
plante comme acquise à la flore du pays.
49. Centaure» aolatltlalla, LIN.
Plante de nos provinces méridionales, dont elle in¬
feste les cultures. Elle se répand à l’intérieur à l’aide des
graines de luzerne ou par toute autre cause accidentelle.
C’est dans une prairie artificielle que je l’ai rencontrée, en
juin dernier, sur la commune de Saint-Denis-en-Val.
Cette plante est connue pour être très-peu stable. Il est
probable qu’elle ne restera pas longtemps dans cette loca¬
lité.
44. Quereiia suber.
C’est le chêne dont l’écorce épaisse et légère est connue
sous le nom de Liège. On sait que cet arbre forme de
grandes forêts dans les contrées méditerranéennes de l’Eu¬
rope, particulièrement en Espagne où son exploitation est
d’un produit considérable.
Une plantation de chênes-liége a été faite, vers 1830,
autour d’une pièce de terre ensablée, près de la ferme de
Melleray, commune de Saint-Denis-en-Val; elle s’y est
maintenue jusqu’à ce jour. On compte 42 pieds de ce chêne
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— 67 —
autour de ce champ. Ils sont généralement d’une mauvaise
venue, peu élevés, et ne font chaque année que de fort
médiocres pousses. On remarque de grands vides dans leurs
rangs. Cette plantation est très-probablement une tentative
d’acclimatation. Aurait-elle été provoquée par le renseigne¬
ment qu’on lit dans la flore de l’abbé Dubois : « J’ai vu dans
les jardins du château de Villefalier (Sologne) un liège d’une
grosseur considérable. Il a péri dans un hiver rigoureux. »
Cet arbre, pour arriver à une grosseur considérable, avait
traversé bien des hivers sans souffrir. On pouvait donc
ne pas trop redouter la destruction du chêne-liége par le
froid de nos hivers. De plus, on dit ce chêne très-accommo¬
dant sur le choix du terrain. Ainsi on lit dans le Prodomus
florœ hispanicæ : Crescit in quolibet solo sed prœcipuè in
arenoso. Il est certain qu’à Melleray le Quercus suber a été
bien servi en sable et en mauvais terrain. Quoi qu’il en
soit, le propriétaire qui serait tenté d’essayer la culture du
liège dans nos contrées fera bien d’aller au préalable visiter
et étudier la plantation que je viens de signaler. Quant aux
botanistes, je les engage aussi à y aller. Ils auront le plaisir
de recueillir au printemps, sur les pieds les moins rabougris,
de jolis et frais échantillons munis de leurs organes floraux,
et à l’automne quelques branches fructifères dont ils enri¬
chiront leurs herbiers.
Pour terminer cette nomenclature de plantes étrangères à
notre climat, j’ajouterai que sur une pièce de terre de la
ferme de l’isle, dans une prairie artificielle, j’ai rencontré,
au mois dernier, les espèces suivantes :
45. Raplstram orientale, D G.
46. üllene qulnquevulnera, LIN.
49. Daaeus a are as, DËSF.
49. Daueas murlcatus, LIN.
49. Daaeus maximas, DESF.
56. Mlcrolonchus Durliel, SPACH,
51. Echlum plantaglncam, LIN.
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— 68 —
5*. Tri se tu su neglectum, RŒMER.
M. Kœlerla Salzmannl, BOISS.
M. Rimbert, dans les mêmes conditions, a rencontré à
Fourneaux une plante que je crois devoir placer à la suite
des miennes :
54. Erodlum elconlum, WILLD.
Toutes ces plantes, qui sont propres aux régions médi¬
terranéennes, ont été évidemment introduites par les graines
que le commerce nous apporte. La plupart ne sont pas
même nommées dans les flores des régions centrales. Il est
bon toutefois de remarquer qu’ayant été rencontrées en été,
elles provenaient de semis faits l’année précédente et que,
par conséquent, elles avaient supporté sans souffrir l’épreuve
d’un de nos hivers.
Ne soyez pas surpris, Messieurs, du soin que j’apporte à
noter l’apparition dans nos plaines de ces plantes importées
accidentellement et qui, pour la plupart, paraissent ne
devoir faire chez nous qu’un court séjour. Il y a dans le
mouvement de ces plantes, qui nous arrivent par des voies
quelquefois mystérieuses, qui nous quittent sans causes
bien connues, qui préfèrent telle station à telle autre, il y a
quelque chose qui rappelle les mœurs, les migrations, les
déplacements instinctifs des espèces du règne animal. C’est
une étude à part qui introduit comme un élément de vie
dans celte science de la botanique à laquelle on pourrait
reprocher peut-être une certaine monotonie. Quel est le
botaniste qui ne s’estimera heureux d’apprendre que, sans
sortir du cercle de ses herborisations journalières, et pres¬
que sous ses pas, il lui est donné, comme je l’ai expérimenté
l’année dernière, de rencontrer, pleines de sève et de vie,
des plantes méridionales dont il pourra suivre le dévelop¬
pement, qu’il pourra analyser dans leur fraîcheur et, enfin,
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— 69 -
classer dans son herbier en beaux échantillons? Et puis,
lorsqu'une plante étrangère au pays s’offre pour la première
fois à nos regards, savons-nous quelle destinée lui est ré¬
servée ? Ne serait-elle pas l’avant-garde d’une colonie qui
vient prendre possession du sol et demander sa place au
soleil? En voici un exemple frappant. L’illustre De Can-
dolle, dans le supplément de sa flore française imprimée en
1815, disait, en parlant du Crépis setosa (Hall.) : Cette
plante est commune en Toscane, en Ligurie et surtout dans
le Piémont, mais je ne l’ai jamais vue en France. En 1828,
Duby (bot. gall.) annonce qu’on l’a rencontrée aux environs
d’Avignon. L’année dernière, elle s’est montrée, à ma con¬
naissance, dans deux stations de notre département : à
Saint-Ay et à Saint-Jean-de-la-Ruelle. Cette année, j’en ai
rencontré un pied en belle végétation sur Saint-Denis-en-
Yal; et voilà que M. Eud. de Morogues m’apprend que,
dans une herborisation, à Sigloy, à peu de distance de la
levée de la Loire, il en a rencontré une abondante moisson.
— De son côté, M. Franchet, dans une savante notice sur
la distribution géographique des plantes de Loir-et-Cher,
fait connaître plusieurs localités où cette plante s’est mon¬
trée, et il ajoute que bientôt, sans doute, elle envahira la
France. Faisons donc bon accueil à ces plantes voyageuses
que le Midi nous envoie. Ne leur refusons pas l’honneur
d’être inscrites dans nos catalogues. Qui sait si quelqu'une
d’entre elles n’est pas destinée à enrichir définitivement la
flore du pays, à émailler nos prairies et nos moissons, et si
un jour, un jour de fête, elle n’ira pas parer la tête de la
bergère : je parle, bien entendu, de la bergère du poète.
Qui cueille au champ voisin ses plus beaux ornements.
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— 70 —
TROISIÈME SÉRIE.
Localités nouvelles.
J’inscris dans cette série, ainsi que je l’ai annoncé précé¬
demment, les localités dans lesquelles ont été trouvées des
plantes déjà indiquées comme appartenant au département
du Loiret, mais qui sont encore réputées rares et qui méri¬
tent d’être signalées au point de vue de leur distribution
géographique. A leur découverte se rattache un intérêt
moindre qu’aux-espèces nouvelles. Je passerai plus rapide¬
ment.
U. iliymbrlnm aspernm, LIN.
A quelques localités indiquées dans la flore du Centre et
dans la flore de Paris, on peut ajouter Bougy, Chilleurs et
Galerand, près de Courcy-aux-Loges, où cette plante a été
recueillie par M. le docteur Lallier. Elle a été aussi ren¬
contrée sur la commune de Saran, par M. Berlhelot, il y a
quelques années.
M. Sftlene galllca, LIN.
Plante des moissons, répandue dans presque toute la
France. Assez rare dans le Centre, selon M. Boreau, qui
cite, entre autres localités, les environs d’Orléans, sans
préciser le lieu.
M. Rimbert l’a recueillie à Mareau-aux-Prés, sur les bords
de la Loire.
SV. Llnum GaUlcum, LIN.
Plante peu commune dans le Centre, selon M. Boreau,
qui l’indique à Cernoy et à Saint-Firmin, dans notre dépar¬
tement.
Elle a été trouvée à Saint-Brisson, sur la ferme de la
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— 71 —
Renaudière, par M. Bardin; et à Courtenay, près des Gros-
Aulnes, à 4 kilomètres de celte ville, par M. Merlet. Elle y
est assez rare.
W. Trifolium elcgans, SAVI.
Trèfle rare, indiqué jusqu’ici vaguement dans la forêt de
Montargis.
Je l’ai reçu de M. Merlet, qui le rencontre assez commu¬
nément dans le bois du Sabot et le long des chemins, à
Courtenay.
M. Rimbert en a rencontré quelques pieds sur les bords
de la Loire, à Fourneaux, près de Saint-Ay. Auguste de
Saint-Hilaire l’a recueilli autrefois dans le bois de
Plissai.
M. Sednm elegans, LE J., Fl. sp.
Cette plante a été signalée sur les limites de notre dépar
tement : à Malesherbes, par M. Boreau; à Dordives et à
Thurelle par MM. Coss. et Germain. — Les botanistes
d’Orléans apprendront avec satisfaction que M. Humnicki
l’a découverte dans une localité centrale où elle est abon¬
dante, à Olivet, à proximité du château de la Source.
M. Valerlanella eoronata, D G. Fl. fr.
— hamata, BAST.
Plante rare dans le Centre, d’après M. Boreau. Dubois
l’indique dans les champs incultes et les plaines du côté de
Saran.
Je l’ai trouvée dans deux localités, sur les terres de l’Isle,
en juin 1866.
M. Rimbert l’a aussi rencontrée sur les terres de la Bou-
verie, entre La Chapelle et Fourneaux.
•fl. Clrslum oleraceam, S CO P.
Se trouve à Malesherbes (Boreau) ; à Meung, dans les
Mauves (M. Rimbert et M. Humnicki).
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Je l’ai reçu de Courtenay, où il est commun dans les prés
mides (M. Mcrlet, 1866.)
•9. Centaure a maeulosa, LÀM.
On sait que cette centaurée se rencontre çà et là dans le
val de la Loire, et on pense communément qu’elle est
amenée par les eaux du fleuve. A ce point de vue, la con¬
naissance d’une localité nouvelle ne présenterait aucun
intérêt ; mais j’ai à signaler une station que ni crue ni dé¬
bordement n’ont jamais pu atteindre.
C’est sur les hauteurs du coteau des Yernelles, en aval de
Saint-Denis-de-l’Hôtel, que M. Humnicki a découvert celte
centaurée en octobre 1866. Elle y croît abondamment. C’est
donc là une localité que l’on doit regarder comme primitive,
où la plante se conserve spontanée sans qu’il y ait lieu de
la supposer introduite. Cette découverte a son intérêt au
point de vue de la distribution géographique de l’espèce.
On peut même supposer que de ce point elle se serait ré¬
pandue dans le val qu’arrose la Loire.
U. Vtricnlarla mlnor, LIN.
Plante peu commune. La flore de Paris l’indique à Ma-
lesherbes. M. End. de Morogues l’a découverte dans l’étang
des bois, près du château de Lacaille, commune de Tigy,
en Sologne.
64. A trop a belladona, LIN.
Cette belle plante est citée par la flore parisienne comme
ayant été trouvée à Malesherbes et à Dordives.
C’est de cette dernière localité que je l’ai reçue, parl’en-
tremisede M.Merlet, qui m’avertit qu’elle était très-commune
dans le pays, il y a quelques années, mais qu’elle tend à
disparaître, peut-être par suite de l’usage qu’en font les
habitants pour guérir la gale des moutons. Elle se trouve
encore près de l’ancien château du Mez.
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— 73 —
M. Verbaseum nlgrom, LIN.
Reçue de Courtenay où elle est très-commune (M. Merlet.)
Un pied de cette belle plante a été rencontré sur les
grèves de la Loire, près d’Orléans, par M. Humnicki, au
mois d’août dernier. Il y avait probablement été amené par
les eaux du fleuve, car cette station ne convient nullement
à cette plante.
M. Phellpæa arenarla, WALPERS.
Orofeanehe arenarla, BORKHAUSEN.
Cette belle orobanchée est assez répandue sur les rives
de la Loire. M. Boreau l’indique à Briare, à Châteauneuf, à
Orléans. Elle a été trouvée à Combleux et à l’ile Arrault,
par M. Berthelot; à Saint-Ay, par M. Rimbert. Je l’ai ren¬
contrée deux fois l’an dernier sur les levées de la Loire, aux
environs de la ferme de l’Isle. On la suit jusqu’en Loir-et-
Cher dans les îles de la Loire, où elle est indiquée par
M. Franchet. Elle croît toujours sur les racines de YArte-
misia campestris. L’échantillon que l’on voit dans l’herbier
de Saint-Hilaire, étiqueté : Orob. cœrulea est le Phel. are-
naria. Il est facile de s’en convaincre en l’examinant de prés
et en tenant compte d’une note manuscrite où cet habile
observateur signale quelques caractères par lesquels cette
plante lui paraît se séparer de celle que De Candolle décrit
sous le nom d ’Orobanche cœrulea.
•9. Mentht refera, Sm. Fl. brit. G. et G. Fl. de Fr. — BOR. Fl. cent. 2 e édit.
Mentha saliva, var. rubra. C, et G. Fl. paris.
Plante rare pour le Centre. M. Boreau cite Malesherbes
et Saint-Jean-de-la-Ruelle. Rencontrée, le 27 août 1866, sur
les bords de la Loire, entre Saint-Ay et Meung ; assez abon¬
dante près de la source dite de la Croix, par MM. Hum¬
nicki et Ern. Nouel.
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— 74 -
69. Uttorella l«cuatrl«) LIN.
Cette plante me parait être assez rare dans le département
pour que je croie devoir signaler une localité, à proximité
d’Orléans, où elle est abondante. C’est sur les bords du
petit étang de la Roture, commune de Saint-Denis-en-Val,
à peu de distance de la ferme de l’Isle.
09. Alllnm urslnuin, LIN.
Cet Allium n’est cité par M. Boreau,dans le département
du Loiret, que dans une seule localité, à Autry, à 10 kilo¬
mètres sud de Gien.
Je l’ai reçu de M. Merlet, en mai 1865, des environs de
Courtenay, avec la note suivante :
« Devenue commune dans les bois qui bordentl’étang du
« Sabot, cette plante se multiplie promptement. Les vaches
« la mangent volontiers ; mais elle communique au beurre
« une saveur très-désagréable. Elle est connue dans le pays
« sous le nom d’ail de couleuvre. »
90. Splranthes «estival!*, RICH.
A quelques localités indiquées dans la flore du Centre,
on doit ajouter : La Ferté-Saint-Aubin (M. Humnicki) et
l’étang des Gâtis, près de Courcy (Ern. Nouel).
9*. Cephalanthera enslfolla, RICH.
La flore parisienne cite cette plante comme ayant été
trouvée à Malesherbes.
M. Boreau ne l’indique pas dans le Loiret.
Elle a été trouvée par M. Rimbert dans les bois taillis de
la commune de Chaingy.
99. Carex paradoxa, WILD.
Espèce rare en France, particulièrement dans le Centre,
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— 75 —
où M. Boreau ne cite que deux localités : Saint-Aignan
(Loir-et-Cher) et Malesherbes (Loiret).
M. Rimbert, en 1865, et M. Humnicki, çn 1866, l’ont
trouvée dans les Mauves de Meung, sur deux points assez
distants l’un de l’autre. C’est donc une bonne localité indi¬
quée aux botanistes.
M. A. Franchet l’a découverte à Saint-Lubin, près de
Blois.
93. Cftrex lævlgftta, SMITH.
— blllgularU, D. C.
Espèce rare, indiquée par M. Boreau d’une manière peu
précise entre la Porte et Saint-Cyr. — M. Humnicki l’a dé¬
couverte sur la Ferté-Saint-Aubin, au bord du Cosson,
depuis la station du chemin de fer jusqu’à la ferme de Mai¬
sonneuve. Elle y est assez abondante.
94. Cftrex fillformls, LIN.
Espèce rare, indiquée à Malesherbes et à Sceaux. Elle a
été trouvée par M. Rimbert aux Mauves de Meung, dans
des prés tourbeux, entre la Châlerie et Flit.
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RAPPORT
AC NOM DE LA SECTION DE MÉDECINE
SUR
UN MÉMOIRE DE M. LE DOCTEUR GILLERERT D'HERCOURT,
AYANT POUR BUT DE RECHERCHER LE RÔLE DES AGENTS
COSMIQUES DANS LA PRODUCTION DES MALADIES ;
Par M. le Docteur Charpignon.
Séance du 20 décembre 1867 .
M. le docteur Gillebert d’Hercourt, membre correspon¬
dant de votre Société, vous a envoyé un mémoire ayant
pour but de rechercher le rôle des agents cosmiques dans
la production des maladies, avec prière de soumettre ce
travail à l’examen de votre section de Médecine. Vous avez
répondu à son désir, et je viens vous rendre compte de cet
examen.
Pour arriver à établir le rapport qui peut exister entre
les phénomènes météorologiques et le développement des
maladies, notre confrère et collègue propose une statistique
faite sur une échelle aussi grande que possible. Inspiré par
des considérations scientifiques et pratiques faciles à com¬
prendre, M. Gillebert d’Hercourt, pour réaliser celte statis¬
tique, s’adresse aux médecins, d’abord, et ensuite aux So¬
ciétés savantes.
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— 77 -
Le mode d’exécution consisterait à nommer dans chaque
Société une commission de médecine qui, recevant men¬
suellement les tableaux dressés par les médecins de toutes
les communes du département, en ferait le dépouillement
et communiquerait à la Société le résultat des groupes de
maladies développées chaque mois, ainsi que le rapport
des maladies avec les chiffres de la population. Ce tableau
récapitulatif serait inséré dans les Bulletins des Sociétés,
pour servir à un travail d’ensemble. Pour subvenir aux
frais d’impression, pour répondre aux exigences de temps
qu’un travail long et périodique imposerait à un médecin,
l’auteur propose de recourir aux Conseils généraux et mu¬
nicipaux et à un employé auxiliaire.
Une fois la centralisation de cette statistique médicale
opérée, je ne sais trop en quelles mains, puisque l’admi¬
nistration supérieure a décliné cette tâche, il serait dressé
un tableau de concordance des maladies et de leurs dates
d’apparition avec les variations et modifications atmosphé¬
riques qui auraient correspondu à ces dates. Ce dernier
travail serait facile, par suite des nombreux centres d’ob¬
servations météorologiques qui sont chaque jour créés
dans les villes et communes par l’initiative du gouverne¬
ment.
Tel est, Messieurs, l’objet du mémoire que, dans son
zèle pour la science, M. Gillebert d’Hercourt vous a sou¬
mis, et pour la réalisation duquel il demande votre con¬
cours.
Quel que soit le travail qui pourrait incomber à votre
section de médecine, quelle que soit la contribution que la
Société devrait s’imposer et quelque doute qu’on puisse
élever sur votre compétence dans cette question, nous n’hé¬
siterions cependant pas à solliciter votre concours et à
nous charger du travail proposé, si nous reconnaissions
autant d’importance que M. Gillebert d’Hercourt à la sta-
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— 78
lislique des maladies récentes et à leur concordance avec
les variations atmosphériques ; et si, au lieu de voir dans
notre participation un travail isolé, et par suite de peu de
valeur, nous nous sentions appuyés sur un ensemble d’ac¬
tions fonctionnant avec régularité , sous une direction
centrale constituée et revêtue d’un caractère scientifique
ou administratif.
Mais la valeur scientifique et pratique d’une statistique
médicale reposant sur le rapport des influences atmosphé¬
riques et des états pathologiques du corps, n’a pas une im¬
portance tellement directe, invariable et exclusive comme
élément de diagnostic dans les maladies, qu’il faille en
tenir compte à l’exclusion des autres causes morbifiques,
aussi fréquentes et aussi puissantes.
En effet, quoique dans un grand nombre de maladies
récentes, la pesanteur de l’air, l’état hygrométrique, élec¬
trique ou ozonométrique de l’atmosphère, la chaleur et le
froid, les vents, les émanations paludéennes, miasmatiques
ou telluriques, soient des causes très-positives de pertur¬
bations des fondions et de la constitution des organes du
corps humain, il n’en est pas moins vrai que ces grandes
causes capables de déterminer des maladies, ne le font ni
toujours, ni sur tous, ni de la même manière. Elles sont,
très-souvent, atténuées par les résistances des organismes
individuels, par les prédispositions accidentelles dues au
genre de vie, à l’activité plus ou moins grande, à l’alimen¬
tation plus ou moins capable d’élever Ou d’affaiblir la force
de résistance; elles sont encore atténuées par l’état moral
individuel ou collectif. Ces nombreuses circonstances, se¬
condaires en apparence, paralysent ou modifient par leur
intervention, l’influence des agents extérieurs ou des Cir-
cumfusa, comme on dit en hygiène, et par cela même ces
circonstances prennent, parmi les causes de maladies, un
rang au moins égal aux influences atmosphériques. L’action
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— 79 —
des agents cosmiques n’est donc pas une cause absolue dont
il faille tenir compte, à l’exclusion des autres causes, dans
le développement des maladies.
Supposant, à une certaine époque, les phénomènes mé¬
téorologiques bien constatés ainsi que les maladies y ayant
correspondu, il est certain qu’à un demi-siècle de distance,
on n’aura pas les mêmes maladies, elles auront varié pour
le nombre et dans la forme. En effet, l’état politique et éco¬
nomique aura changé, ainsi que le mode d’activité sociale,
comme aussi la manière, la facilité et la difficulté de vivre,
comme encore les dispositions intellectuelles générales et
les conditions physiques du pays. Or, avec ces puissantes
causes de modification de l’organisme humain, le mode et
le degré d’impressionnabilité aux actions morbigènes ne
sera plus le même, et les constitutions médicales ne se re¬
produiront ni avec la même physionomie, ni dans le même
rapport avec les conditions atmosphériques notées cinquante
ans auparavant.
Si l’homme peut modifier et atténuer les influences atmos¬
phériques par des causes diverses, il n’en est pas de même
pour l’animal et encore moins pour le végétal. Il y a, en
effet, entre certains phénomènes atmosphériques et les
altérations que le blé, la vigne, ou d’autres plantes, peuvent
éprouver un rapport direct et constant, un rapport de cause
à effet, et on comprend l’intérêt que l’agriculture doit avoir
à observer les conditions de ce rapport. Une statistique
établie dans des cas semblables doit fournir des renseigne¬
ments plus exacts et conduire à des résultats plus pratiques
que celle qu’on chercherait à établir sur le rapport des
mêmes influences avec la pathogénie humaine.
Bien loin de nous, cependant, de rejeter l’importance
des influences météorologiques sur le corps humain, il y a
là un grand principe de pathologie, et le médecin s’en préoc¬
cupe toujours. Nous avons seulement voulu rappeler que
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le rôle des variations atmosphériques n’était qu’un des
éléments de la causalité des maladies, un des groupes de
l’étiologie, et que, malgré l’importance de cette partie de
l’étiologie, nous ne pensions pas qu’elle dût, à l’exclusion
des autres, être élevée à la hauteur d’une loi de statistique
qui, par cela même, serait incomplète.
Notre seconde objection à l’adoption du projet de
M. Gillebert d’Hercourt, c’est le peu d’avantage qu’il y aurait
dans le concours très-restreint d’un petit nombre de mé-
décins fournissant les renseignements demandés.
Pour décider les médecins de toutes les communes de
France à donner les notes nécessaires à la statistique en
question, il faut plus que l’initiative individuelle ou la
simple recommandation des Sociétés savantes : il faut l’invi¬
tation précise d’une autorité supérieure, soit celle de
l’Académie de médecine, soit celle d’un ministre. Or,
comme le dit M. Gillebert d’Hercourt, l’Académie n’a pas
admis l’urgence d’une mesure semblable, et M. le Ministre
de l’Agriculture et du Commerce n’a pas voulu charger
l’Administration de la direction de cette affaire.
D’après les considérations qui précèdent, la section de
Médecine a l’honneur de vous proposer d’engager M. Gil¬
lebert d’Hercourt a compléter son projet de statistique, de
manière à lui donner un intérêt tellement pratique et
général, que l’Administration supérieure n’hésite plus à le
prendre sous sa protection.
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MONOGRAPHIE
Dü
CHATEAU DE SULLY-SUR-LOIRE,
Par M. Jules Loiseleur.
Séance publique du 3i août 1866
et Séances ordinaires de mars , avril et mai 1867.
I.
Rosny et Voltaire ! Il semble que ces deux noms résument
toute l’histoire de co château et aient effacé tous ses autres
souvenirs. Qui a bâti ces murs épais, ces vastes salles évi¬
demment antérieures au ministre de Henri IV? Qu’importe !
Qui a ruiné ces créneaux, abattu ou découronné ces fortes
tours ? Qu’importe encore ! Montrez-moi, dira d’abord tout
visiteur, le petit cabinet où le vieux Sully dictait ses Mé¬
moires; montrez-moi le théâtre où Voltaire fit jouer
Artémire.
Avant Rosny, avant Voltaire, ce château pourtant avait
une histoire. Trois familles illustres l’avaient possédé quand
Maximilien de Béthune y vint abriter sa verte et morose
vieillesse. Lorsque Voltaire y esquissa la Henriade, Sully
avait déjà reçu beaucoup d’autres hôtes illustres, célé¬
brés même à de meilleurs titres. 11 avait vu passer dans ses
murs Mazarin et Louis XIV, Charles VII et Jeanne d’Arc.
t. xi. 6
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Et ce n’est pas une des moindres curiosités de ce château
qu’il ait abrité, à trois siècles d’intervalle, la vierge héroï¬
que et son détracteur. C’est peut-être dans les Nuits blanches
de Sully, c’est au sein de la société railleuse, légèrement
cynique et dédaigneuse de sa propre illustration qui s’y
donnait rendez-vous, que Voltaire a puisé la première idée
de son malheureux poème.
Avant donc d’introduire le lecteur dans les appartements
du vieux Rosny et dans la salle où fut jouée Artémire, il
est d’autres souvenirs que nous devons évoquer.
II.
Jeune d’Arc à Sali y.
La baronnie de Sully était mouvante en plein fief de l’é¬
vêché d’Orléans, et relevait de la tour de la Fauconnerie,
appartenant à cet évêché. Le titulaire était un des quatre
barons tenus de porter l’évêque d’Orléans à sa première
entrée dans sa ville épiscopale. Les évêques avaient fait éle¬
ver à la tête du pont de Sully une tour dont on trouve en¬
core des traces dans les caves d’une maison bâtie en face du
pont actuel. C’était cette tour qui constituait la seigneurie
d’où dépendait la baronnie de Sully. Elle était l’œuvre de
Manassés de Seignelai, l’un de ces évêques qui, en 1218, la
remit, ainsi qu’un solide bâtiment qu’il avait annexé au
château et qui commandait la ville et le fleuve, entre les
mains du roi Philippe-Auguste, sous condition de la resti¬
tuer dès que la guerre viendrait à cesser (1).
Il est extrêmement probable que les premiers seigneurs
(l) Histoire manuscrite de l’Orléanais, par le chanoine Robert-Hu¬
bert. Mss. de la bibliothèque d’Orléans.
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— 83 —
de Sully furent libres. Fruit de la conquête et prix du sang
de ses maîtres, leur terre ne relevait que d’eux-mêmes et
ils la tenaient en franc-aleu. A quelle époque et pour quel
motif cette liberté première fit-elle place à la vassalité envers
l’évêché d’Orléans ? Ces deux questions furent longuement
agitées dans un procès soutenu par Rosny contre l’évêque
d’Orléans, Nicolas de Netz, qui demandait récompense de
l’érection de la terre de Sully en duché et des droits que
cette érection lui enlevait. Nous reviendrons sur ce curieux
procès. Contentons-nous de dire en ce moment que, dès
l’année 1294, la veuve d’un baron de Sully, Henri, III e du
nom, se reconnaissait, au nom de ses enfants, feudataire de
l’évêché d’Orléans (1).
« La terre de Sully, dit André du Cbesne (2), a été de
toute antiquité fort noble et enrichie du titre de baronnie.
La liste des premiers seigneurs qui l’ont tenue finit en une
fille appelée Agnès de Sully que Guillaume de Champagne,
alors comte de Chartres, épousa clandestinement. Pour rai¬
son de quoi, Thibault, son père, le priva de sa succession.
Mais ses descendants demeurèrent seigneurs de Sully, dont
ils prirent le surnom, et en jouirent de père en fils jusqu’à
Marie, héritière de Sully et de Craon qui, par. son mariage
avec Guy, comte de La Trimouille, gouverneur du pays et
duché de Bourgogne, porta la baronnie de Sully dedans la
maison de La Trimouille où elle est demeurée plus de deux
cents ans. »
Ceux qui parcourent le château de Sully et qui n’y cher¬
chent que le souvenir de Rosny et de Voltaire, ne se dou¬
tent guère que, de ces murs à demi-ruinés, sont sorties
deux des plus grandes maisons de l’Europe.
( i) Second, factum pour le duc de Sully contre l’évêque d'Orléans,
p. 10, et Dissertation sur l’offrande de cire appelée les Gouttières, par
Polldche, p. 21.
(2) Histoire de la maison de Béthune, in-f°, p. 68.
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Cette Marie de Sully dont parle du Chesne, épousa en
secondes noces le connétable d’Albret (1) dont Henri IV
était le descendant à la septième génération. Les Bourbons
de la branche ainée, et plusieurs maisons souveraines en¬
core existantes, sont donc issus de ce second mariage. Du
premier sortirent les princes de Talmont qui eurent long¬
temps des prétentions au royaume de Naples et dont une
descendante donna naissance au père du grand Condé (2).
Marie de Sully avait en effet laissé des enfants de ses
deux mariages et la terre de Sully était échue au fils issu de
la première union (3). C’était ce Georges de La Trimouille
qui fut le favori et le mauvais génie de Charles VII. Avant
d’être à la tête du gouvernement de ce prince, il avait
commencé par lui faire la guerre. En 1418, quand Charles,
qui venait de s’attribuer le titre de régent de France,
avait à lutter à la fois contre sa mère et contre le duc de
Bourgogne, La Trimouille s’était rangé du parti de ces der¬
niers. L’évêque de Clermont, Gouge de Charpaignes, comp¬
tait parmi les adversaires les plus déclarés des Bourgui¬
gnons et, signalé comme Armagnac, il s’était vu, en juin
1418, contraint de s’enfuir devant l’invasion de la capitale.
Arrivé à Jargeau, il tomba entre les mains de La Trimouille
qui crut donner à ses protecteurs une preuve utile de dé-
voûment en renfermant l’évêque dans les prisons de sa for-
(1) Le 27 janvier 1400. En 1402, le connétable d’Albret prenait le
titre de seigneur de Sully. Uss. du chanoine Hubert.
(2) Charlotte-Catherine de La Trimouille épousa, le 16 mars 1586,
Henri I« r de Bourbon, prince de Condé. Elle fut mère de Henri H, mort
en 1646, dont le plus grand titre à la gloire, comme l’a dit Voltaire,
fut d’avoir donné le jour au grand Condé.
(3) Il faudrait dire de la seconde, pour être tout-à-fait exact; car
Marie de Sully, quand elle épousa Guy VI de La Trimouille, était déjà
veuve du fils du duc de Berry, neveu de Charles V. Mais elle n’avait
pas eu d'enfants de ce mariage.
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— 85 —
teresse de Sully. II l’y retint plusieurs mois, sourd à toutes
ses réclamations et protestant qu’il ne le relâcherait qu’en
échange d’une grosse rançon.
Les conseillers du nouveau régent et, en première ligne,
Tanneguy-Duchâtel, lui persuadèrent de saisir cette occa¬
sion d’asseoir son autorité naissante et de l’affirmer par un
coup d’éclat. En conséquence, le prince vint mettre le siège
devant le château de Sully (15 novembre 1418) et somma
La Trimouille de se ranger à son parti et de remettre l’é¬
vêque en liberté. Ces deux conditions furent aisément accep¬
tées ; mais le maître de Sully n’en conserva pas moins, dès
lors et toute sa vie, un pied solidement établi dans le camp
du duc de Bourgogne (1). Mieux eût valu cent fois, pour
Charles VII, garder ce perfide auxiliaire pour ennemi dé¬
claré que de subir pendant tant d’années sa déplorable
influence.
Les Anglais, commandés par Salisbury, avaient pris
Sully en 1428, ainsi que beaucoup d’autres places des
bords de la Loire. La Trimouille en obtint la restitution.
« On le soupçonna d’avoir vendu à l’Angleterre, pour
quelques deniers, son maître et son pays, dit à ce sujet un
historien de Jeanne d’Arc; la facilité avec laquelle on
rentra en possession de sa ville de Sully donne beaucoup de
poids à ces soupçons (2). »
Nous ne voulons pas revenir ici sur ce que nous avons dit
à propos du château de Gien (3), des luttes du connétable de
Richemont avec ce malfaisant personnage qui tenait le roi
(1) Recueil de Godefroy, p. 436 ; Chronique du chancelier Cousinot,
p. 172 et 174, et Hist. de Charles VII, par M. Vallet de Viriville,
1.1, p. 140.
(2) Histoire de Jeanne iTArc, par l’abbé Barthélémy de Beauregard
1.1, p. 332.
(3) Monographie du château de Gien-sur-Loire, au t. IV, p. 213 des
Mémoires de la Société des Sciences et Arts d’Orléans, 2* série.
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enfermé au château de Sully pendant qu’on se battait pour
lui dans les plaines de Patay. Rappelons seulement qn’a-
près cette bataille, Jeanne d’Arc courut à Sully dans le but
d’obtenir de Charles VII qu’il rendit ses bonnes grâces à
l’homme qui avait décidé la victoire. Ses instances furent
inutiles : le connétable offrit en vain de s’humilier, d’implo¬
rer à genoux du ministre la permission de rester sous les
armes ; La Trimouille, pour toute réponse, lui fit signifier
l’ordre de quitter l’armée (1). Esclave des volontés de l’om¬
brageux favori, le roi semblait prendre à tâche de s’aliéner
ses défenseurs. En vain la Pucelle et le duc d’Alençon le
supplièrent de venir jusqu’à Orléans remercier les capitaines
qui venaient de verser leur sang dans les champs de Patay.
Il ne voulut pas même faire les dix lieues qui le séparaient
de cette ville dont les rues étaient déjà tapissées dans l’ex¬
pectative de son arrivée : Charles s’arrêta à Châteauneuf-
sur-Loire où les seigneurs et les capitaines vinrent déli¬
bérer en sa présence : le conseil terminé, il retourna de suite
à Sully (2).
Après l’échec éprouvé devant Paris et la retraite des
troupes royales vers la Loire, ce prince vint de nouveau
s’enfermer dans le château de son favori où il resta plus
d’un mois (mars 1430). Il y présida la réunion des Etats de
Languedoc dont il obtint une aide de 200,000 livres, des¬
tinée à pourvoir aux frais qu’avait occasionnés son sacre et
à continuer la guerre (3). Cette fois Jeanne d’Arc l’accom¬
pagnait, en butte à la sourde hostilité des conseillers les
plus intimes du souverain, Regnauld de Chartres et La Tri-
(1) Chronique de la Pucelle , par Cousinot de Montreuil, p. 308 et
suiv ; Gruel, Procès , au t. IV, p. 320 du Procès de Jeanne d*Arc y pu¬
blié par M. Quicherat.
(2) Chronique de la Pucelle , p. 309.
(3) Dom Vàissktte, Eût, de Languedoc , t. IV, p. 475.
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mouille. Un récent échec qu’elle venait d’éprouver devant
La Charité donnait beau jeu à ses adversaires. Les finances
étaient alors entre les mains du seigneur de Sully qui ne
fut pas étranger à cette nouvelle mésaventure, car, suivant
Perceval de Cagny, le siège dut être levé <r pour ce que le
Roy ne fist finance d’envoyer à la Pucelle vivres ni argent
pour entretenir sa compaignie. » Jeanne avait dû abandon¬
ner sa faible artillerie devant la place (1) et cette perte,
dont on grossissait l’importance, devenait contre elle un
texte incessant de récriminations. Aussi se montrait-elle, au
dire de Cagny, très-mal contente des gens « du conseil du
« roy sur le faict de la guerre et de la manière qu’ils te-
« naient pour le recouvrement de son royaulme. »
Les efforts de l’ennemi devaient se concentrer sur
les confins de l’Ile-de-France et de la Champagne. Reims
qui avait acclamé le nouveau roi, se voyait plus particuliè¬
rement menacée. Les habitants s’adressèrent à Jeanne,
la conjurant de les secourir. On peut lire dans le Recueil
de M. Quicherat (2) les deux lettres qu’elle leur écrivit de
Sully les 16 et 28 mars 1430 et par lesquelles elle leur pro¬
met de voler à leur secours. « Si vos ennemis sont devant
« vos portes, leur dit-elle, je leur ferai chausser leurs épe-
« rons si à la hâte qu’ils ne sauront par où les prendre. »
Lasse enfin de tous les obstacles qu’on lui suscitait, bien
convaincue qu’on ne la laisserait marcher au combat ni avec
le roi ni sans lui et qu’il y avait parti arrêté d’éteindre sa
renommée dans une oisiveté sans gloire, Jeanne prit un
parti violent, celui de s’échapper de Sully sans avertir
personne.
Un matin, sous le prétexte d’une promenade aux envi¬
rons, elle sortit du château à cheval, et, suivie seulement
(1) J. Chartier, 1. 1, p. 117, et Godefroy, p. 332, 381.
(2) T. V, p. 159 et soiv.
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de Pierre d’Arc, son frère, de son maître d’hôtel, Jean d’Au-
Ion, et de quelques fidèles compagnons de sa fortune, elle
se dirigea vers le Nord. « Elle fit semblant d’aller en aucun
« esbat, dit Perceval de Cagny, et sans retourner, s’en
« alla à la ville de Lagny-sur-Marne pour ce que ceux delà
« place fesoient bonne guerre aux Anglais. » Il paraît qu’a¬
vant de partir elle avait chargé son chapelain de prier le
roi, au cas où elle ne devrait plus le revoir, d’instituer des
messes pour le repos de l’âme de tous ceux qui auraient
succombé dans la guerre de la délivrance (1).
Ce sinistre pressentiment ne la trompait pas. Elle avait
quitté Sully le 28 mars : le 23 mai elle était aux mains des
Bourguignons.
III.
U Motte-Pot la.
En 1562, époque où il fait de nouveau figure dans l’his¬
toire, le château de Sully appartenait à un arrière-petit-fils
de ce Georges de La Trimouille, ministre de Charles Vil.
Louis III de La Trimouille n’était pas seulement un hardi
soldat comme son bisaïeul tué à Pavie (2), comme son
grand père (3) tué à Marignan, comme son père (4) fait
(1) Procès de réhabilitation , publié par Quicherat, t. 111, p. 112 et
Vie de Jeanne d'Arc , par Abel Desjardin, p. 124.
(2) Louis II de La Trimouille, qui fut, au dire de Guichardin, l’un
des premiers capitaines du monde. C’est lui qui fit prisonnier, à la ba¬
taille de St-Aubin-du-Cormier, le prince qui fut depuis Louis XII.
(3) Charles de La Trimouille.
4 (A) François de La Trimouille. Il existe encore dans les environs de
Sully deux fermes dont l’une s'appelle Pavie et l’autre Marignan, en
souvenir sans doute de Louis et Charles de La Trimouille.
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prisonnier dans la première de ces batailles ; c’était anssi
nn fervent catholique. Sa mère, Anne de Laval (1), lui avait
transmis, avec ses prétentions au royaume de Naples, un
zèle ardent pour les intérêts de la foi. En récompense des
services qu’il rendit dans les premières guerres de religion,
Charles IX érigea sa vicomté de Thouars en duché (2).
Louis de La Trimouille se signala dans mainte occasion
par son ardeur contre l’hérésie. Les calvinistes, à leur tour,
ne lui ménagèrent pas les représailles, et Sully subit natu¬
rellement le contre-coup de la haine qu’ils portaient à son
maître.
Ce fut dans les derniers mois du règne de François II
que la réformation s’introduisit dans cette petite ville. « A
« cette époque, dit Théodore de Bèze, dix ou douze des
« plus apparents de Sully se désistèrent d’aller à la messe
« et autres cérémonies (3). »
Il y avait dans l’enceinte même du château une église
collégiale dédiée à saint Ythier et composée de douze cha¬
noines séculiers et de treize chapelains. Les seigneurs de
Sully se disaient fondateurs de ce collège et, comme tels,
ils en étaient collateurs et patrons (4), c’est-à-dire qu’ils dis¬
posaient de ces prébendes. Ces places, selon Théodore de
Bèze, servaient ordinairement de récompense aux servi-
(1) Elle était fille de Guy XV, comte de Laval et de Charlotte d’Ara¬
gon, princesse de Tarente. C’est à cause de cette alliance que les sei¬
gneurs de La Trimouille, ducs de Thouars, ont dans la suite pris le
titre de princes de Tarente et fondé leurs prétentions sur le royaume
de Naples et qu’ils ont eu la permission d’envoyer au congrès. (Anselme,
t. IV, p. 169.)
(2) Voyez dans l'Histoire de la maison de France du P. Anselme,
t. IV, p. 152, les lettres-patentes données à Gaillon au mois d'oc¬
tobre 1563. .
(3) Histoire ecclésiastique, t. I er , liv. V, p. 472.
(4) Hubebt. Bist. mss. du pays Orléanais, t. I er .
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teurs de leur maison « gens volontiers ignorans et accou-
« tumés à tonte dissolution, infestants le reste de la ville,
« de sorte que les habitants d’icelle ont été longtemps en
« proverbe à leurs voisins comme gens sans esprit et inu-
« tiles (1). »
Il faut, bien entendu, n’accepter que sous bénéfice d’in¬
ventaire cette appréciation de Tardent sectaire tant sur les
mœurs des chanoines que sur l’esprit des habitants de
Sully.
D’après un usage ancien, les quatre ordres mendiants
établis à Orléans envoyaient chaque année et à tour de rôle
un des leurs prêcher le carême à Saint-Ythier. C’était, celte
année-là, à un moine Augustin que devait échoir celte
pieuse mission. Mais les Augustins étaient suspects aux
chanoines de Saint-Ythier et sans doute à juste titre, car
Bèze donne à entendre qu’il avait pratiqué des intelligences
parmi eux et que les réformés de Sully s’étaient arrangés
pour qu’on leur envoyât un Augustin « à leur dévotion. »
Les chanoines éventèrent cette mine et, au lieu d’un Au¬
gustin, ils demandèrent un Cordelier.
Voyant leur petite trame rompue, les protestants de
Sully levèrent le masque et appelèrent d’Orléans un mi¬
nistre de la religion réformée, capable de tenir tête au
Cordelier et de paralyser l’effet de sa parole. Il n’était pas
rare à celte époque de voir les ministres des deux religions
se livrer publiquement à des controverses, à des confé¬
rences théologiques dont le colloque de Poissy, qui se pré¬
parait à cette époque, offre un exemple mémorable. Dans
ces joutes oratoires, chaque parti tentait l’impossible entre¬
prise de convaincre son adversaire. On se jetait les argu¬
ments à la tête, quelquefois aussi les lourds volumes où
(1) Hisl. eccl., loc. cit.
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on les avait puisés, et le colloque finissait alors par une
mêlée générale.
Le ministre appelé par les dissidents de Sully entama
naturellement une controverse avec le Cordelier qui, à ce
qu’il paraît, n’était pas de force à lui tenir tête. Enhardis
par le succès de leur pasteur, les réformés ne cachèrent plus
leurs sentiments et leurs pratiques : ils s’assemblèrent pu¬
bliquement trois fois par semaine. L’amour de la nouveauté
attira tout d’abord beaucoup de gens à ce prêche. Un jour
qu’une foule nombreuse y assistait, un gentilhomme des
environs, nommé La Motte-Potin, venu là par curiosité et
nullement par sympathie pour la doctrine nouvelle, se leva
tout-à-coup et dit à haute voix que s’il y avait seulement
autour de lui dix hommes de bonne volonté, il se faisait
fort de mettre en morceaux tous ces hérétiques. Il sortit
sur ces paroles et, comme c’était un homme violent
et connu pour tel, personne n’osa relever cette me¬
nace.
Telle fut l’origine de l’église réformée de Sully. Les évé¬
nements qui, vers cette époque, agitèrent la France : le
colloque de Poissy, l’édit de tolérance accordé en janvier
1562, le massacre de Vassy, la guerre civile qui en fut la
suite, tous ces événements donnèrent au parti protestant
une consistance qui jusque là lui avait manqué. La réaction
féodale chercha un appui dans le calvinisme et l’exploita à
son profit. La nouvelle religion fournit aux princes et au
parti politique qui s’abritait sous son manteau une armée
et un drapeau : la liberté de conscience. Le prince de
Condé, devenu le chef avoué de ce mouvement plus poli¬
tique encore que religieux, s’empara d’Orléans dont il fit la
place d’arme du calvinisme et où Théodore de Bèze, le di¬
plomate du parti, vint lui prêter l’appui de sa parole et de
son zèle.
Maîtres alors de toutes les villes des bords de la Loire
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— 92 —
qui avoisinent Orléans, de Menng, de Cléry, de Beaugency,
de Jargeau, les réformés tournèrent les yeux vers Sully et
s’entendirent avec leurs coreligionnaires de cette ville pour
aviser aux moyens de s’en emparer. La chose était difficile
tant que Louis de La Trimouille habitait le château. Mais,
vers le milieu de juin 1562, les luttes religieuses qui en¬
sanglantaient l’ouest de la France, le contraignirent à se
rendre en Poitou où était le siège de sa vicomté de Thouars.
Il était gouverneur de cette province dans laquelle, depuis,
il commanda l’armée royale au moment du siège de Poi¬
tiers par les troupes catholiques. Louis de La Trimouille,
en partant, laissa le commandement de la ville et du châ¬
teau de Sully au seigneur des Guetz, son cousin. Ce der¬
nier était un esprit doux autant qu’habile qui, comprenant
le péril de sa position, entreprit de calmer les esprits et,
par une fermeté mêlée de modération, parvint à maintenir
les réformés de Sully et à briser leurs trames. Malheu¬
reusement La Trimouille eut besoin de lui en Poitou et il
dut quitter Sully.
Le moment parut favorable au synode d’Orléans pour
s’emparer de cette ville. On se rappelle que le pont de
Sully était défendu par une grosse tour reliée au château,
qui commandait à la fois la ville et la rivière, et dont les
maîtres pouvaient à leur gré couper les vivres envoyés aux
calvinistes d’Orléans. On comprend donc de quel intérêt
était, pour ces derniers, la possession de ce passage impor¬
tant qui les mettait en communication avec la haute Loire
et avec leurs coreligionnaires du Berry.
Mais il y avait à Sully un catholique ardent qui avait l’œil
ouvert sur toutes ces menées. C’était ce seigneur de La
Motte-Potin, que nous avons va tenir un langage si mena¬
çant dans le premier prêche ouvert à Sully. Après le départ
du seigneur des Guetz, il courut à Aubigny où le conné¬
table de Montmorency, l’un des triumvirs, se trouvait alors,
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— 93 -
à la tête de l’armée royale qui venait de forcer Bourges à
capituler (31 août 1562).
Admis en présence du connétable, il lui peignit vivement
le danger que courait Sully, restée seule fidèle au roi et à
la religion au milieu de tant d’autres villes des bords de la
Loire tombées aux mains des hérétiques. Sully bien gardée
pouvait affamer Orléans, déjà privée des vivres de la basse
Loire par le duc de Montpensier, maître de Blois et de
Tours. Mais le connétable avait d’autres affaires. Il passa
par Sully, nomma La Motte-Potin gouverneur de la ville et
du château, et lui laissa cinquante argoulets pour les dé¬
fendre : les argoulets étaient des arquebusiers à cheval, des
espèces de chevau-légers. C’était une bien mince garnison
pour résister à une population fanatisée et aux forces que
Condé et Coligny, réunis à Orléans, pouvaient diriger sur
Sully. Aussi La Motte-Potin comprit-il qu’il fallait tempo¬
riser et faire le mort. Il prêta même l’oreille aux ouvertures
que Coligny lui fit faire, et il s’engagea à ne pas intercepter
les vivres dirigés sur Orléans.
Mais quand commencèrent les revers du parti huguenot,
après la prise de Rouen par le duc de Guise, après la
bataille de Dreux où le prince de Condé fut fait prisonnier,
La Motte-Potin leva la tête, et ceux du parti réformé, qu’il
avait ménagés jusque-là, commencèrent à trembler. Il ran¬
çonna les uns, il fit jeter les autres dans les basses-fosses
du château, et cela malgré les lettres, les énergiques remon¬
trances et les menaces qui lui furent adressées d’Orléans.
Tous les réformés, à l’exception de trois ou quatre, se rési¬
gnèrent à quitter la ville.
Coligny résolut d’avoir raison de ce manque de foi. Il
venait de rassembler les débris de l’armée calviniste, dé¬
moralisée par la défaite de Dreux et, après avoir remis à
son frère Dandelot le commandement d’Orléans, d’où tous
les catholiques furent expulsés, il avait passé la Loire à
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Beaugency. Son bat était d’occuper la Sologne et le Berry
afin d’empêcher que le duc de Guise, qui se préparait à
assiéger Orléans, logeât ses troupes dans ces deux contrées.
Etant à Sennely, le 14 janvier (1562-63), il jugea le moment
venu de mettre La Motte-Potin à la raison.
Préliminairement il envoya à Sully, le 16 janvier, un
trompette chargé de sommer le gouverneur d’avoir à livrer
des vivres et à envoyer au camp de l’amiral trois députés
afin de s’entendre avec ce dernier. Potin répondit qu’il
n’avait point de vivres à donner et qu’il ne consentirait à
envoyer à l’amiral trois notables de Sully que si, en
échange, on lui envoyait trois gentilshommes.
Sur cette fière réponse, Coligny chargea deux de ses
capitaines, les sieurs de Boucard et de Dampierre, de
marcher sur Sully avec quelques pièces d’artillerie. Bou¬
card somma d’abord Potin de livrer la ville et le château,
et, sur le refus énergique de ce dernier, il commença, le
19 janvier, à battre en brèche les murailles.
Dès que la brèche fut ouverte, La Motte-Potin se retira
dans le château avec sa petite garnison, et Boucard, péné¬
trant dans la ville sans résistance, tua au hasard tous ceux
qu’il rencontra dans les rues. Tous les réformés ayant quitté
Sully, il ne craignait pas de frapper sur des coreligion¬
naires. Trente-six prêtres furent compris dans ce massacre.
D’autres, qui essayèrent de se sauver à la nage, furent
noyés (1). Potin, comprenant l’inutilité de la résistance,
entra en composition pour la reddition du château et obtint
la vie sauve; « en quoi se fit une faute, dit le doux Théodore
« de Bèze, à savoir que Potin, cause de tout ce mal, ne fut
« pendu, comme il l’avait bien mérité. »
Boucard pilla le château et les églises ; après quoi il re¬
tourna près de l’amiral, laissant à Sully trois cents hommes
(1) De Thoo, t. IV, p. 507.
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de garnison sons les ordres du capitaine Uzas(l). Quant à
Dampierre, jaloux des exploits de son collègue, il fit route
vers Gien. Mais il trouva dans cette place trois compagnies
d’Espagnols et une de Français que le duc de Guise y avait
envoyées dans le but de former un cordon de troupes destiné
à cerner la ville d’Orléans : il dut rebrousser chemin au
plus vite.
François de Guise, en effet, assiégeait Orléans, défendue
par Dandelot, frère de Coligny. Ce dernier venait de passer
en Normandie, contraint par les reîtres qu’il commandait
d’aller au-devant de l’argent qui devait les solder et qu’on
attendait d’Angleterre. De tons côtés, les affaires des calvi¬
nistes périclitaient : Guise avait surpris Etampes et Pithi-
viers; il était maître de la plupart des communes de la
Sologne, voisines d’Orléans, et resserrait chaque jour le
cercle dans lequel il enfermait cette ville. « Orléans, disait-
« il, c’est le terrier où se retirent les renards ; il suffira de
« les y forcer pour les chasser ensuite par toute la France. »
Le 6 février, il s’empara du Portereau ; le 9 il surprit le fort
des Tourelles, et, maître de cette forteresse célèbre, il
attendit, pour battre en brèche le pont et les retranche¬
ments qu’elle commandait, la grosse artillerie qui lui était
envoyée de Nantes. Cette artillerie ne pouvait arriver qu’au
milieu de février, et l’attaque générale fut en effet remise à
cette époque.
Pour utiliser les huit ou dix jours d’inaction qui lui
étaient imposés, Guise résolut de reprendre Sully; c’était
la dernière place qui restât aux réformés au-dessus d’Or¬
léans. Il remit le soin de cette expédition à deux capitaines,
(1) De Thou, loc. cit. — Bêze dit 200 hommes. — Le Boucard
dont il est ici question était gentilhomme ordinaire de la Chambre du
roi. C’est le môme que le prince de Condé nomma, le 30 septembre
1567, gouverneur d’Orléans, en remplacement du capitaine La Noue.
Rech. de Lottin , t. II, p. 463. Il mourut en janvier 1568.
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— 96 —
Richelieu et Brion. Ce dernier, jadis huguenot par mauvaise
humeur, venait de se refaire catholique par nécessité;
n’étant, disait-il, à M.de Guise ou à l’amiral qu’autanl qu’il
lui plaisait (1).
Brion et Richelieu, munis de quelques pièces d’artillerie,
se rendirent devant Sully et sommèrent le capitaine Uzas
de rendre la place. Quoique inférieur en nombre, Uzas fit
bonne contenance et finit par traiter à des conditions hono¬
rables. Il fit valoir la clémence jadis déployée envers La
Motte-Potin, et obtint pour lui et ses soldats la permission
de sortir en armes et insignes au vent. Il stipula de plus
que la ville ne serait pas pillée, ni les habitants maltraités.
« Nonobstant cet accord, dit Théodore de Bèze, la plupart
« des soldats furent dévalisés d’armes et d’argent, les mai-
« sons de ceux de la religion pillées, plusieurs d’iceux ran-
« çonnés, autres chassés dehors, autres retenus prisonniers,
« et leur dura cette affliction jusqu’à la publication de la
« paix (2). »
Ainsi, dans ces horribles luttes, chaque parti reproduit
fidèlement les excès qu’il reproche à ses adversaires. Les
représailles suivent les violences, suivies elles-mêmes
d’aulres repiésailles, et l’histoire indécise a le temps à
peine de s’indigner contre les bourreaux, transformés pres¬
que immédiatement en victimes.
En revenant de cette obscure expédition, Brion et Riche¬
lieu trouvèrent toutes choses préparées pour l’assaut d’Or¬
léans qui devait avoir lieu le 18 février. Ce jour-là même,
le pistolet d’un fanatique frappait François de Guise et
vengeait le massacre de Vassy.
(1) Histoire du Berry, par U. Louis Ratkal, t. IV, p. 64.
(2) Hist. eccl., t. 1 er , p. 266.
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IV.
B«»T achète Sully.
Par un revirement assez fréquent dans ces temps de
subites conversions et d’ébranlement de toute certitude re¬
ligieuse, le ûls de Louis de La Trimouille déserta la cause
qu’avait servie son père et embrassa la religion réformée.
Claude de La Trimouille, duc de Thouars, prince deTarente
et de Talmond (1), combattit sous les drapeaux du Béarnais
à Coutras, à Ivry, aux sièges de Paris et de Rouen, et à la
bataille de Fontaine-Française (2). Ainsi s’explique sa liaison
avec Rosny et comment il consentit à lui vendre la terre de
Sully.
Ce fut en 1602 (3) que l’illustre ministre de Henri IV acheta
cette terre. Maximilien de Béthune rentrait ainsi dans une
propriété de famille, car il descendait par Anne de Melun,
son aïeule, de la seconde race des seigneurs de Sully (4),
quoique Tallemant des Réaux ait insinué « qu’il venoit
« d’un Ecossais nommé Béthun, et non de la maison des
(1) Il était né en 1566 et avait épousé Charlotte Brabantine de Nassau,
protestante zélée, fille du prince d’Orange, Guillaume de Nassau, et de
Charlotte de Bourbon-Montpensier.
(2) Sainte-Marthe : Histoire de la maison de la Trémoille , p. 247.
(3) Par contrat du 15 juillet : date citée aux factums contre l’évêque
d'Orléans.
(4) Par une rencontre heureuse, ce même duc (Rosny) se trouve être
issu de la race des anciens seigneurs qui ont possédé autrefois, avec
tant de renom, cette terre de Sully. Estant véritable qu’Annc de
Melun , dame de Rosny, son aïeule, descendait d’Adam, vicomte de
Melun et de Jeanne de Sully, son épouse, laquelle était sœur de
Henry, vicomte de Sully, grand bouteiller de France, en 1307.
Duchesne, Histoire de la maison de Béthune , in-f°, p. 69.
T. XI. 7
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— 98 -
« comtes de Béthune. » Rosny forma le projet de reprendre
le grand nom et de recomposer la grande fortune de cette
vieille maison de Sully, dont le riche héritage s’était partagé
entre les nobles familles de La Trimouille et d’Albret.
Le prix de la baronnie de Sully et des seigneuries de
Saint-Gondon et de Molinfrou qui en dépendaient fut de
126,000 livres (1). En même temps, le ministre achetait de
Charles de Gonzagues de Clèves, duc de Nevers, alors dé¬
tenteur des anciens domaines des d’Albret, les terres
d’Orval, d’Epineuil, de Bruètes, de la Chapelle-dam-Gilon et
de Boibelle qu’il joignit à la baronnie de Sully : il réunis¬
sait ainsi dans sa main presque tout ce qui avait composé
la fortune territoriale des anciens Sully (2), et ses domaines
s’étendaient jusqu’aux portes de Jargeau (3). Le prix de
ces nouvelles acquisitions fut de 210,000 livres.
Toutes ces sommes furent payées par le ministre sur le
montant d’une gratification annuelle de soixante mille livres
que le roi lui donnait, à la charge d’en employer les deniers
en acquisitions d’immeubles (4). Henri IV connaissait les
habitudes des surintendants et le faible du sien en parti¬
culier : il croyait par là faire la part du feu. Tout austère
qu’on aime à se le représenter, Rosny n’était rien moins
qu’un puritain et, cédant lui-même à des habitudes qu’il
condamnait chez les autres et qu’à la fin il réprima, il pré¬
levait volontiers de forts pots-de-vin sur les concessions de
fermes et sur les grosses commandes qu’il faisait pour l’Etat.
(1) C’est le prix attesté par les factums contre l’évêque d’Orléans. Ce
prix serait de 156,000 livres, s’il fallait en croire les (Economies.
(2) M. Raynal, Histoire du Berry , t. 1 er , p. 69.
(3) C’est ce que dit Sully lui-même lorsqu’il parle de l’assemblée des
protestants tenue à Jargeau, en 1608, et où il représenta le roi.
(Economies , t. VII, p. 415.
(4) (Economies , t. VI, p. 334.
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— 90 -
Un jour qu’il passait dans la cour du Louvre, il fit un faux
pas en saluant le roi qui le regardait du haut d’un balcon.
« Si le plus fort de mes Suisses, dit en riant le monarque,
« avait autant de pots de vin dans la tête que celui-là en a
« dans la poche, il serait tombé tout de son long. » L'anec¬
dote, il est vrai, nous a été conservée par Tallemant; mais
elle résume l’opinion de Henri IV qu’attestent d’autres té¬
moignages contemporains, et c’est par là qu’elle mérite droit
de cité dans l’histoire.
Quatre ans après les acquisitions que nous venons de
relater, Henri IV, qui préparait une expédition contre le duc
de Bouillon, chef du parti huguenot et allié des protestants
d’Allemagne, se rendit un matin à l’arsenal ; c’était là que
logeait Rosny en qualité de grand-maître de l’artillerie. Le
roi lui ût part de ses projets contre Sedan, ville forte qui
appartenait au duc de Bouillon, et lui ordonna de préparer
un équipage de siège « proportionné à la réputation de la
« place et de celui qui était dedans. » Puis, comme il pré¬
voyait que la goutte l’empêcherait de présider lui-même à
celte expédition, il ajouta que c’était sur lui, Rosny, qu’il
comptait pour conduire cette entreprise, et qu’il voulait que
l’autorité de son général fût relevée par une dignité assortie
à cette haute position. Rosny dut donc désigner au roi celle
de ses terres à laquelle il désirait voir attacher le titre de
duché-pairie.
11 désigna Sully. Les lettres d’érection furent signées
deux jours après cette entrevue (12 février 1606) (1). Le jour
où le nouveau duc vint, pour la première fois, prendre son
siège à la grand’chambre, il n’y eut aucun des seigneurs de
la Cour, si titré qu’il fût, qui se dispensât de lui faire cor¬
tège. Tous les princes du sang, le comte deSoissons excepté,
(1) On les trouve aux preuves de VHistoire de la maison de Béthune ,
d’André Duchf.sne, p. 320.
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— 100 —
assistaient à la séance. Soixante des assistants, choisis
parmi les plus qualifiés, avaient été invités à venir, au '
sortir de la séance, dîner à l’arsenal où avait été préparé nn
magnifique festin « de chair et poisson. » Quand il arriva
au logis, suivi de son noble cortège, Rosny fut bien surpris
d’y trouver le roi lui-même, venu là pendant la cérémonie et
déjà tout attablé.
— Monsieur le grand-maître, cria Henry IV, je suis venu
au festin sans prier. Ferai-je un mauvais dîner?
— Cela pourrait bien être, Sire, car je ne m’attendais
pas à un honneur si excessif.
— Je vous assure bien que non, reprit le Béarnais ; j’ai
visité vos cuisines en vous attendant, où j’ai vu les plus
beaux poissons qu’il est possible et force ragoûts à ma mode.
Et même, pour ce que vous lardiez trop, à mon gré, j’ai
mangé de vos petites huîtres de chasse, les plus fraîches
que l’on saurait manger, et bu de votre vin d’Arbois, le
meilleur que j’aie jamais bu (1).
V.
Lefl Constructions de Rosny.
Rosny était économe, mais sans parcimonie étroite. Son
économie était celle de l’homme qui sait régler ses revenus
afin d’en faire le meilleur emploi possible. Tout en blâmant
les grosses dépenses que le roi consacrait à ses bâtisses,
il bâtissait lui aussi, mais avec mesure et prévoyance. Il fit,
au chef-lieu de son duché, de notables améliorations et res¬
taura le château qui, après les sièges qu’il avait subis, avait
(1) (Economies royales, t. VII, p. 35, édit. Petitot.
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— 101 —
grand besoin de ces travaux réparateurs. Avant d’expliquer
ce que furent ces restaurations, disons en quoi consistait le
château de Sully lorsque le grand ministre en devint pro¬
priétaire. Cette description, que nous ferons du reste aussi
sommaire que possible, aura l’avantage d’initier nos lec¬
teurs à la connaissance du château actuel. '
Ses dispositions sont celles de presque tous les châteaux
bâtis en plaine postérieurement au xm® siècle. La forme
est celle d’un parallélogramme, ou, pour être tout-à-fait
exact, d’un trapèze. Deux côtés adjacents sont occupés par
les bâtiments; les deux autres étaient défendus par des
courtines couvertes sous l’une desquelles régnait une gale¬
rie, et par une tour de coin sous laquelle étaient les cachots
et les oubliettes (1). Elle est aujourd’hui rasée presque au
niveau du sol. La Loire venait battre le pied du donjon et
de profonds fossés dans lesquels Rosny fit couler depuis les
eaux d’une petite rivière, La Sange, entouraient les autres
bâtiments et les courtines. Au fond de la basse-cour, entou¬
rée d’eau comme le reste, une porte et une poterne ayant
chacune leur pont-levis étaient pratiquées près du bâtiment
d’habitation et donnaient accès à la cour centrale. Le visi¬
teur, arrivé dans cette cour, devait, pour pénétrer dans le
donjon, franchir un second pont-levis jeté sur un fossé et
une porte défendue par deux tourelles dans l’une desquelles
se trouvait l’escalier.
Ce donjon, qu’on appelait le gros château, est un vaste
parallélogramme flanqué à chacun de ses quatre angles
d’une tour aujourd’hui démantelée. Il est composé d’un rez-
de-chaussée et de deux étages ; le second communiquait
(1) Cette tour ne plongeait pas, comme à présent, dans les eaux de
la petite rivière de Sange, qui fut amenée là par Rosny ; elle se liait au
solide édifice bâti par les évêques d’Orléans pour commander le pont
et d’où relevait la seigneurie de Sully.
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102 —
aux chemins de ronde. Une salle qui passait pour la plus
vaste qu’il y eut en France et que chauffait une immense
cheminée pratiquée dans le pignon de l’ouest à gauche,
occupait tout le premier étage (1). Elle est aujourd’hui
coupée par un mur de refend. C’était là que siégeait le tri¬
bunal.
L’habitation ordinaire du châtelain n’était pas dans le
donjon, mais bien dans le petit bâtiment à gauche de la
porte d’entrée et dans la tour qui le termine, la seule qui
ail gardé son couronnement. Dans l’origine, tous les jours
étaient pris sur la cour intérieure : ce fut Sully qui perça
les fenêtres qui donnent sur les fossés. De cette tour par¬
tait une galerie qui allait rejoindre la tour de coin, dite des
oubliettes.
A quelle époque remontaient ces diverses constructions?
C’est une question à laquelle il n’est pas aisé de répondre
avec précision. Deux pièces inscrites au catalogue du baron
de Joursanvault indiquent qu’en 1411 le château de Sully fut
assiégé (sans doute par les Bourguignons) et en partie détruit,
et que l’année suivante on procéda aux réparations ainsi qu’à
l’inventaire du mobilier (2). Le maître de Sully était alors
Georges de La Trimouille et nous admettons en effet que
le bâtiment d’habitation dont nous venons de parler peut
remonter à son époque. Mais le donjon est probablement
d’une date un peu postérieure. Ce vaste édifice, qui a sans
doute succédé aux constructions des premiers barons de
Sully, dénote, dans ses parties principales, un monument
de la seconde moitié du xv e siècle et serait alors l’œuvre de
(1) M. Viollet-le-Duc, Dict. de VArch . franoaise % t. III, p. 162.
(2) On lit ce qui suit au tome II, p. 141 et 142 de ce catalogue :
Siège du château de Sully ; — pionniers, charpentiers envoyés au châ¬
teau avec les gens de guerre : 1411. — Et sous la date de 1412 Répa¬
rations faites au château de Sully ; inventaire du mobilier.
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— 103 —
Louis II de La Trimouille, le héros de Saint-Aubin et de
Pavie, ou celle de Louis I er , son père.
Ces explications données, voyons quelles améliorations
Maximilien de Béthune apporta à son château dont il res¬
pecta le plan primitif. L’abbé de l’Ecluse a donné un aperçu
de ces travaux dans un chapitre supplémentaire placé à la
fin de ses Mémoires de Sully et qui mérite toute croyance,
car il a été rédigé, il y a un peu plus d’un siècle, d’après des
documents communiqués par la famille.
« Il embellit, dit-il, les dehors de Sully par des jardins
dont les plants sont les plus beaux du monde et par un canal
fort long et fort large qui s’entretient d’eau vive par le
moyen de la petite rivière de Sange qu’il y fit passer et qui,
de là, va se perdre dans la Loire. Il y ajouta une machine
pour porter de l’eau à tous les bassins et jets d’eau dont ces
jardins étaient remplis : la machine subsiste encore (1745) ;
mais on a laissé périr toutes ces pièces d’eau (1).
« A l’égard du château, il le fit couvrir d’ardoises ; il en fit
boiser, peindre et dorer presque tous les appartements, et
pratiquer dans l’épaisseur des murs les galeries qui pren¬
nent depuis le petit corps de logis de l’entrée jusqu’au gros
château. (Ces galeries sont aujourd’hui remplacées par un
bâtiment assez vaste, mais sans caractère, qui date de la fin
du règne de Louis XV). La basse-cour et une seconde
basse-cour qu’on appelle autrement le petit parc sont en¬
core son ouvrage. Il y a, dans cette seconde cour, plusieurs
éminences ou monceaux énormes de terre qu’on voit bien'
avoir été faits de main d’homme. Cette dépense, qui n’est
d’aucune utilité, qui produit même un effet fort désagréa¬
ble, a de quoi surprendre ceux qui ne savent pas que le duc
de Sully ne trouva point d’autre moyen de faire subsister
(1) On ne les a pas rétablies depuis ; il n’y a plus trace de la ma¬
chine, elles jardins sont eux-mêmes fort abandonnés.
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— 104 —
«ne infinité de pauvres qui demandaient du travail dans
un temps de cherté.
« La collégiale de Saint-Ythier était anciennement une
petite église qui touchait presque au château; il la fit trans¬
porter au milieu de la ville ; ou plutôt, il en fit, à ses frais,
une très-belle église, couverte d’ardoises, sans parler de
plusieurs autres ouvrages dont cette ville lui a l’obligation,
entre autres d’un Hôtel-Dieu qu’il y fonda (1). »
Nous bornons là cette citation et nous rejetons en note
d’autres détails relatifs au château qui nous occupe et qui,
pour la plupart des lecteurs, seraient dénués d’intérêt (2).
(1 ) Mémoires de Sully, t. III, p. 368 de l’édit. in-4°. L’abbé de l’Ecluse
se trompe très-probablement sur le fait de l’Hôlel-Dieu. Un des admi¬
nistrateurs de cet établissement nous a certifié qu’il y existe des titres
établissant qu’il existait bien avant Rosny.
(2) Un certain Chastignier, chroniqueur indigène et contemporain du
grand Sully, dans un recueil aussi énorme qu’indigeste, resté manus¬
crit à juste titre et intitulé : Sommaire des temps depuis la création du
monde jusqu en Van 1623, attribue à Rosny la construction de la tour
dite de Réthune dont « le grand maistre, dit-il, posa la première pierre
c( entre le chasteau et la ville » et celle de la grande muraille du parc
destinée à préserver le château des inondations.
Ce dernier trjavail fut sans doute entrepris après la grande inonda¬
tion d’octobre 1608 qui emporta le pont de Sully et où le duc faillit
perdre la vie en portant secours aux inondés. L’Estoile,* coll. Petitot,
t. XLVIII, p. 180 ; l’abbé Pataud, Histoire manuscrite d’Orléans ,
p. 453, Mss. de la bibliothèque d'Orléans.
Quant à la tour de Béthune, nous estimons que Pierre Chastignier
s’est trompé en l’attribuant à Rosny et en fixant à l’année 1605 la date
de sa construction. Nous eussions volontiers passé sous silence
ces erreurs si quelques écrivains qui se sont occupés de Sully
(M. Edouard Fournier, Album archéologique , M. Vergnaud, Album
du département du Loiret) ne les avaient partagées et reproduites, at¬
tribuant ainsi à l’œuvre diffuse de Chastignier une valeur et une auto¬
rité qu’à notre avis elle est loin d’avoir. Un document authentique
rédigé par le notaire de Rosny nous paraît de nature à lever toute
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C’est un malheur inhérent à toute description qu’il faille,
pour la bien comprendre et s’y intéresser, connaître déjà
l’objet décrit et quelquefois même la lire en sa présence.
La forme littéraire ne saurait ici relever l’aridité du sujet.
Le château de Sully en effet manque de pittoresque. Il n’est
pas, comme la plupart des grandes demeures féodales,
perché au sommet d’une montagne aux pieds de laquelle se
incertitude sur le point dont il s’agit. Nous l’avons découvert dans l’é¬
lude de M. Pandevant, notaire à Sully, homme aussi aimable qu’ins¬
truit, lequel a mis à notre disposition, avec la plus cordiale obligeance,
tous les renseignements qu’il a en sa possession, comme successeur de
Picbery, notaire de Rosny. Ce document est un des devis des travaux
que le ministre voulait faire exécuter à son château. Il porte la date du
22 juin 1639 : on y lit ce qui suit :
« Il faut abattre la tour où est à présent l’imprimerie jusqu’au rez-
de-chaussée et icelle relever de quatre thoises de hauteur de muraille
qui aura deux pieds et demi d’espoisseur; dedans laquelle sera fait trois
fenestres en forme de vitres d’église, lesquelles auront de largeur cha¬
cune cinq pieds et de hauteur quinze pieds, qui seront faites de pierre
de Briare.
« Plus, faut faire une arcade aussi de pierre de Briare pour servir à
entrer de la galerie dedans la tour , laquelle sera pratiquée de la plus
grande largeur et hauteur que le lieu le pourra permetlre. »
Nous nous bornons à ce court extrait d’où ressortent, outre les
deux points que nous voulions établir, d’autres renseignements inté¬
ressants.
On y trouve d’abord la preuve qu’il existait à Sully une imprimerie,
ce qui confirme le fait, contesté par quelques bibliographes, de l’im¬
pression dans ce château des premiers volumes des (Economies . Sully
se borna à relever de quatre toises la tour où était cette imprimerie et
ces travaux n’eurent pas lieu en 1605, mais en 1639.
On y voit, de plus, que les fenêtres de la tour n’étaient pas carrées,
comme aujourd’hui, mais en forme de vitres d'église. Celles du bâtiment
voisin, qu’on appelait le petit château, avaient la même forme : elles
étaient arrondies et légèrement ogivales, comme il est encore facile de
s’en assurer en visitant le salon de M. le comte de Béthune.
Ce document établit enfin qu’il existait une galerie communiquant
de la tour de Béthune où était l’imprimerie à la tour du coin dite des
Oubliettes, située à l’angle d’intersection des courtines.
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— 106 -
déroule quelque vallée riante ou sauvage, quelque villa,
agréablement groupée sur les flancs de la colline. Il est bâti
sur un terrain plat, de niveau avec la Loire qui, même, ne
bat plus aujourd’hui ses murailles, séparée qu’elle en est,
par une levée moderne. Le donjon qui fait face au fleuve
est un lourd quadrilatère à fenêtres carrées, flanqué d’une
tour à chaque angle, ceinturé de mâchicoulis, mais à peu
près dépourvu de style et d’ornementation. Ce n’est plus
un édifice intact et ce n’est pas encore une ruine. Trois de
ses tours ont perdu leur couverture en poivrière ; la qua¬
trième, effondrée', béante et à demi-croulée est comme
coupée en deux de haut en bas par quelque sabre de géant.
Ce n’est pas l’épée de Roland qui a fait cette œuvre de des¬
truction, c’est le canon révolutionnaire tiré par l’un des der¬
niers ducs sur sa propre demeure, dans l’intérêt de sa con¬
servation individuelle.
Le petit château, réuni au gros par un bâtiment du temps
de Louis XV qui fait disparate avec ses deux voisins, pré¬
sente une étroite façade à mâchicoulis où l’œil distingue
encore les larges baies cintrées tracées parlamain du grand
Sully et bouchées en partie pour faire place à des fenêtres
carrées. La tour de Béthune qui le termine à l’angle sud-
est, quoiqu’elle soit la seule intacte du château, n’a rien de
la puissance et de l’imposante solidité qui distinguent les
forteresses féodales. On sent qu’elle date d’une époque où
le seigneur n’avait plus rien à craindre de ses voisins ni de
la royauté. Tout infatué de ses droits seigneuriaux, tout
féodal qu’il était dans ses allures, Rosny n’avait rien d’un
haut baron du quatorzième siècle. Il précédait Richelieu et,
loin de relever les nids des vautours du moyen-âge, il aidait
volontiers son maître à les abattre. Aussi jeta-t-il à bas
sans pitié, dès les premiers temps de sa prise de posses¬
sion, l’édifice bâti par les évêques d’Orléans qui fermait
une partie de la cour à l’ouest et fit-il passer une petite
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— 107 —
rivière sur ses ruines (1), donnant ainsi à l’intérieur de sa
résidence l’air, la vue, les lointaines perspectives qui lui
manquaient, mais lui retranchant par cela même ce carac¬
tère propre à la forteresse féodale qui est d’être fermée
des quatre côtés et inaccessible de toutes parts. Sully, alors
au faîte de sa grandeur, surintendant des finances, grand
voyer, grand maître de l’artillerie, gouverneur de plusieurs
provinces, se croyait bien mieux défendu par ses titres que
par les remparts d’une forteresse. La mort du roi et les
guerre de religion se chargèrent de le détromper.
VI.
Henri IF a-t-II habité Sully?
« Tout près de la tour de Béthune se trouvait la chambre
« qu’habitait Henri IV dans ses trop rares visites au châ-
« teau de son ami. Cette grande salle, située au premier
« étage, a conservé tous ses anciens ornements. »
Ainsi parle M. Edouard Fournier dans une courte notice
sur le château de Sully (2). M. Fournier est auteur d’un
livre plein de recherches savantes et agréables destinées à
redresser une foule de faits, de mots et d’anecdotes tenus
pour parfaitement avérés par l’histoire qui met trop souvent
la vraisemblance à la place de la vérité. Il eut bien fait,
nous le croyons, d’exercer son pyrrhonisme habituel sur
ces prétendus séjours de Henri IV à Sully. Il faut dire à la
décharge de M. Fournier que ce fait est une tradition chère
(1) Il lui substitua toutefois une courtine assez basse, combinée de
façon à ne point masquer les vues du premier étage.
(2) Albura archéologique , p. 4.
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— 408 —
à tous les habitants de Sully. C’est pour eux parole d’Évan-
gile, et le concierge du château, pour corroborer la tradi¬
tion, montre aux visiteurs la chambre où couchait le bon roi.
On va voir pourtant que rien n’est moins certain que ces
séjours de Henri IV à Sully. Nous avons fait de conscien¬
cieuses recherches sur ce point et nous sommes arrivé à
nous convaincre non-seulement que le monarque ne fit pas,
comme le dit M. Fournier, de rares visites à Sully, ce qui
en suppose au moins deux ou trois, mais que le seul et
unique voyage qu’il médita d’y faire n’eut probablement pas
lieu (1). Nous allons mettre sous les yeux du lecteur les
pièces du procès : elles ne sont pas, comme on va le voir,
dénuées d’intérêt historique.
C’est en 1606 que Henri IV forma le projet d’aller rendre
visite à son ministre. Ce projet est constaté par deux témoi¬
gnages contemporains.
Le premier, et le seul que M. Fournier ait connu, est celui
de Malherbe. Ce poète avait été invité à venir à Fontaine¬
bleau assister au baptême du dauphin, baptême que le roi
n’avait pas voulu faire à Paris, à cause de la peste qui dé¬
solait alors la capitale.
Malherbe écrit de Fontainebleau à son ami Peiresc, le
5 octobre 1606 :
« Demain, nous allons à Nemours, puis à Montargis, puis
à Briare, puis à Sully, et enfin en tant de lieux que je ne
sais où j’en suis. La peste de Paris serait bien plus suppor¬
table que toutes ces incommodités. »
Le second est celui de M. de La Force, capitaine des
gardes, alors de quartier, qui écrivait le dix-sept octobre à
sa femme :
(1) C’était aussi l’opinion de M. Berger de Xivrey, membre de l'Ins¬
titut. Ce savant et regrettable éditeur du Recueil des lettres missives de
Henri IV, consulté par nous, s’est rangé à cet avis.
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— 109 —
« Leurs Majestés partirent hier d’ici (de Fontainebleau),
pour faire un voyage de huit ou dix jours, et vont jusqu’à
Briare pour visiter le canal qui se fait afin de joindre les
deux rivières, et crois qu’elles passeront à Sully, chez M. le
duc de Sully (1). »
Ainsi le départ de Fontainebleau pour Montargis, annoncé
d’abord pour le 6 octobre, n’eut lieu que le 16 du même
mois. On voit par une lettre de Henri IV à Madame de
Monglat, gouvernante des enfants de France, qu’il coucha le
19 octobre à Nemours (2). Le 22 du même mois, il est à
Montargis où il écrit à ses très-chers et bons amys, les
sieurs Estats généraux des provinces unies des Pays-Bas (3).
Il y est encore le 23, comme il appert de deux lettres, l’une
du prince lui-même à sa maîtresse, la marquise de Ver-
neuil (4), et l’autre du duc de Sully au lieutenant de Blois,
toutes deux datées de Montargis, le 23 octobre (5).
Mais on peut supposer du moins que le voyage du roi à
Briare, annoncé par M. de La Force, eut lieu le 26.
On lit, en effet, dans une lettre de ce dernier à sa femme,
écrite de Montargis et datée du 25 :
« Le roi fut hier à la chasse. Le cerf nous mena si loin
qu’il en a couché dehors au village, et en est revenu ce matin
à dix heures. Il ne se parle plus de contagion. Cette
demeure ici est fort belle, en beau pays. Le roi ira demain
ou après-demain jusquà Briare, voir l’ouvrage du canal qui
doit faire joindre la rivière qui va à Lydn avec la rivière de
Loire. La reine l’attend ici. »
(1) Mémoires de La Force, t. I er , p. 441.
(2) Recueil des lettres missives de Henri IV, dans la Collection de do¬
cuments inédits sur l'Histoire de France, t. VH, p. 19.
(3) Même recueil, t. Vil, p. 20.
(4) Idem, p. 21.
(5) (Economies , t. VIII, p. 141, édit. Petitot.
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— 110 —
On voit qu’il n’est plus question d’aller à Sully. Mais, au
moins, le roi est-il parti pour Briare le 26 ou le 27, suivant
l’indication précise contenue dans la lettre de son capitaine
des gardes ? Il n’y est pas allé la 27, car ce jour-là il écrit à
la grande duchesse de Toscane une lettre datée de Mon-
targis (1), et quant à la journée du 26, il la passe sur la
route de Montargis à Nemours, courant au-devant de la mar¬
quise de Verneuil, partie ce jour-là même à neuf heures du
matin de Courances, petit village situé sur la limite des
départements de Seine-et-Oise et de Seine-et-Marne. Il lui
écrit en effet le 25 octobre :
« Mon cher cœur, je ne fauldray d’estre demain à six
heures et demie ou sept entre vos bras : ne vous levés pas
plus tost, car quant vous partirés à neuf heures de Cou-
rance, c’est assés (2). »
La cour dut quitter Montargis le 30 octobre ou le 31 au
plus tard (3). On a sur ce point le témoignage de Bassom-
pierre qui nous apprend qu’elle revint vers la Toussaint à
Fontainebleau (4), et celui de Malherbe qui écrit le 9 no¬
vembre à Peiresc que le roi, à cette date, est déjà depuis
huit jours à Paris.
Nous n’avons trouvé aucun renseignement sur l’emploi
des journées du 28 et du 29 octobre, et ces deux jours sont,
comme on voit, les seuls pendant lesquels le voyage de
Briare et de Sully ait pu s’effectuer. Mais, d’une part, Bas-
sompierre parle de la résidence de Henri IV à Montargis
comme d’un séjour continu, non coupé ni interrompu par
(1) Lettres missives , t. VII, p. 899*
(2) /dm, môme volume, p. 22.
(3) Elle y était encore le 30 : c’est ce qui résulte d’une lettre de
Henri IV à M. de Fresnes-Canaye, son ambassadeur à Venise, en date,
à Montargis, du 30 octobre, id. ibid.
(4) Mémoires de Bassompierre, t. XIX, p. 368, eoll. Petitot.
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un voyage. « Il s’alla, dit-il, tenir à Montargis. » D’un autre
côté, si l’on veut bien réfléchir qu’à cette époque la cour
mettait plus de quatre jours à aller de Fontainebleau à
Montargis, puisque, partie le 16 de la première de ces
villes, elle n’était encore le 19 qu’à Nemours, ainsi que nous
l’avons vu plus haut, on se demandera comment Henri IV
aurait fait en deux jours, tant à l’aller qu’au retour, les
deux fois seize lieues qui séparent Montargis de Sully, et
comment il aurait encore trouvé moyen, dans ce court
espace de temps, d’inspecter les travaux du canal et de faire
une visite à son ministre. Cette visite, il faut évidemment
la supposer assez longue et d’une durée suffisante pour
expliquer le déplacement et le long détour qu’elle imposait
au roi.
Comment comprendre d’ailleurs qu’un tel honneur fait par
le roi à un de ses sujets soit demeuré inaperçu des contempo¬
rains ? Comment ceux qui ont relaté le projet auraient-ils né¬
gligé d’en mentionner l’exécution ? Comment ni Bassom-
pierre, ni M. de La Force, capitaine des gardes alors en quar¬
tier, niaucun desnombreux rédacteurs de mémoires de cette
époque, si féconde en écrits de cette nature, n’en ont-ils
tenu note? Comment admettre surtout queSully lui-mème
se soit tu sur un événement si glorieux pour lui, si bien fait
pour chatouiller sa vanité, alors qu’il se fait rappeler avec
tant de complaisance toutes les visites que son maître lui a
faites taqt à Rosny qu’à l’Arsenal? Comment un pareil hon¬
neur serait-il sorti de sa mémoire ? Comment ses secré¬
taires n’auraient-ils pas trouvé sur cette illustre visite quel¬
ques notes ou renseignements dans ces petites hormoires
vertes du cabinet de derrière où le ministre déchu mettait
en liasse tous ses papiers (1). [CEconomies , t. VII, p. 87.)
(1) Le prétendu séjour de Henri IV à Sully n’ayant d’autre fonde¬
ment historique que les lettres de Malherbe et de La Force* en date
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Concluons donc que si le voyage à Sully fut en effet mé¬
dité et annoncé comme l’attestent Malherbe et M. de La
Force, les présomptions les plus graves, les vraisemblances
les plus pressantes, indiquent qu’il resta en projet. Il existe
dans les mémoires de Villeroy un passage qui jette du jour
sur ce revirement, fort habituel, à ce qu’il paraît, au Béar¬
nais. C’est celui où ce ministre remarque que les voyages
dont on formait le projet n’étaient presque jamais réalisés,
en sorte qu’il suffisait presque d’entendre annoncer que la
cour irait quelque part pour qu’on fût à peu près assuré
qu’elle n’irait pas.
Cependant, toute tradition, même erronée a son filon
de vérité. Il y a eu longtemps au château de Sully, un ap-
toutes deux de 1606, on comprend que notre démonstration et nos
recherches n’ont pas besoin de s’étendre à d’autres années. Il faut se
rappeler d’ailleurs que la terre de Sully ne fut érigée en duché-pai¬
rie qu’au mois de février de cette même année 1606. De plus, l’itiné¬
raire des rois de France (ap. pièces fugitives pour servir à l’Histoire
de France, Paris, 1759, in4°, t. 1 er ) depuis l’année 1602, époque où
Rosny devint propriétaire de Sully jusqu’au 14 mai 1610, date de la
mort de Henri IV, ne relate aucun séjour de ce prince à Sully (ce qui,
par parenthèse est encore un puissant argument en faveur de la thèse
que nous soutenons) et n’en relate que deux à Montargis, celui d’oc¬
tobre 1606 dont nous parlons et un autre dans l’automne de 1605.
Henri IV revenait alors de son expédition en Limousin où il avait
fait tenir les Grands jours. On peut suivre son itinéraire dans le
tome VI du Recueil de ses lettres missives et dans l’itinéraire des rois
de France cité plus haut. Il partit de Limoges le 24 octobre ; il était le
28 à Châteauroux ; il passa par Vatan, Vierzon, Aubigny. (Lettre du 26
octobre à la reine, p. 558.) C’est de cette dernière ville qu’il vint à
Montargis d’où il dut partir de suite pour Fontainebleau, car on voit
par les Mémoires de Sully (t. VI, p. 291), qu’il y était le 31 octobre,
n’ayant mis que trois jours pour venir de Châteauroux. Sully d’ail¬
leurs n’accompagnait pas le roi ; il était resté à Limoges pour payer
et licencier les troupes. On comprend que, revenant d’une expédi¬
tion, Henri IV ne se détournait pas de sa route pour aller en partie de
plaisir chez son ministre et chez son ministre absent. On voit d’ailleurs
par ses lettres qu’il était malade de la diarrhée.
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— 113 —
partement dit de Henri IV ; tel est sans doute le seul fonde¬
ment de celle qu’on conserve si précieusement dans cette
petite ville et qui est d’ailleurs bien antérieure à la publi¬
cation, encore assez récente, des lettres de Malherbe à Pei-
resc et des Mémoires de La Force. Voici l’appartement de
Henri IV, comment ne pas conclure qu’il a habité la cham¬
bre qui porte son nom?
Si les habitants de, Sully avaient connu et lu avec atten¬
tion la phrase où l’abbé de l’Ecluse parle de cet apparte¬
ment, ils se seraient évité une erreur bien naturelle.
« L’appartement principal du château, dit cet écrivain,
est celui que Sully y fit accommoder en mémoire de Henri-
le-Grand et qu’on appelle pour cela l’appartement du
roi (1). »
Ainsi l’appartement dont il s’agit n’était point destiné au
logement du roi. Ce n’est qu’après la mort de ce prince et
pour perpétuer son souvenir que Sully le fit accommoder.
C’était un monument durable de sa reconnaissance envers
le maître qu’il regretta jusqu’à la fin de ses jours, analogue
à celui qu’il disposait à la même époque dans la grande
salle du château de Sully.
« Il voulut, ajoute en effet l’abbé de l’Ecluse, laisser un
autre monument de sa reconnaissance envers ce prince
dans la grande salle de Sully. Cette salle qui, après celle de
Montargis, est la plus grande qui soit en France, a vue sur
la Loire. Henri IV y est peint dans un tableau de la pre¬
mière grandeur, sur un parfaitement beau cheval alezan :
c’est, de toutes les figures de ce monarque, la plus parfaite
et la plus ressemblante. Ce tableau sert à décorer la che¬
minée qui est extraordinairement grande, toute incrustée
de menuiserie, et couverte, tant en face que sur les côtés,
de cartouches en peinture, chacun avec un emblème et une
(t) Supplément, t. III, p. 369.
T. XI. 8
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— 114 —
devise, ayant rapport soit au roi, soit au duc de Sully. Un
de ces cartouches a quelque chose de singulier. 11 est en
face et représente le soleil, jetant une lumière faible et
pâle : au-dessous paraît la lune, aussi brillante que le soleil
l’est peu, et, plus bas, la terre qui semble obscurcie par ce
grand éclat de la lune. C’est le seul de ces emblèmes qui
n’ait point de devise, et celle affeclation achève de prouver
qu’il renferme quelque chose de mystérieux. »
Voilà donc qui est entendu : la grande salle du château
de Sully et l’appartement du roi, décoré d’emblèmes et d’or¬
nements pareils à ceux de cette grande salle, étaient deux
monuments analogues et contemporains, destinés» dans la
pensée du duc de Sully, à lui rappeler constamment le sou¬
venir du grand homme dont il avait été l’ami et à perpétuer
le témoignage de sa reconnaissance et de ses regrets.
VII.
Lt vie 4e Rosny à Sully. — Ses procès.
Ces regrets durèrent autant que sa vie : le coup en effet
était de ceux dont un grand politique comme était Sully ne
se console pas. Il assistait, encore plein de sève et d’années,
à l’écroulement de l’œuvre à laquelle pendant si longtemps
il avait coopéré. Les grands projets qu’il avait préparés ou
réalisés en commun avec son maître, les canaux, les manu¬
factures, les magnaneries, toutes les créations de son génie
étaient mises en oubli : les millions qu’il avait rassemblés
à l’Arsenal étalent au pillage. L’aristocratie des princes
et des grands officiers jetait un cri de triomphe sauvage
sur le cadavre de la monarchie absolue morte avec Henri IV.
« Le temps des rois est passé, celui des grands et des prin¬
ces est revenu, » c’était le cri universel (1). Chacun ne
p
(1) C’est le langage de Sully lui-même.
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— 145 —
songeait « qu’à se faire bien valoir, » et à profiter de l’inex¬
périence de la régente, de la vanité de ses favoris, de l’inca¬
pacité de ses ministres et du désordre général, pour tirer à
soi les plus gros morceaux.
On comprend, en présence d’un tel spectacle, l’attitude
sévère et réprobatrice de l’ancien ministre et les longs ef¬
forts qu’il tenta pour conjurer ce naufrage général de toutes
les conquêtes d’un long règne. Et quand enfin les passions
liguées contre lui précipitèrent sa chute, on comprend son
isolement hautain, ses douloureux retours sur le passé,
l’amer plaisir qu’il trouvait à s’entourer des souvenirs de
l’époque où la France, grâce à lui, avait été si forte et si
glorieuse. De là ces monuments élevés à Henri IV, ces sou¬
venirs, ces devises, ces emblèmes partout reproduits dans
ses châteaux ; de là ce cartouche de la grande salle de Sully
dont l’abbé de l’Ecluse a feint de ne pas comprendre l’allé¬
gorie et qui représente sans doute la terre souffrant de
l'obscurité du soleil, qui est le roi, et à laquelle, toute
brillante qu’elle est, la lune qui symbolise la régente et son
entourage, ne communique ni éclat ni fécondité.
Cette opposition toutefois fut prudente et pleine de mé¬
nagements. Que Sully ait boudé le nouveau pouvoir, on
n’en saurait douter ; mais il le montra peu, autant dans l’in¬
térêt du parti calviniste qui le reconnaissait pour chef, que
dans l’espoir longtemps caressé de redevenir nécessaire. Il
avait conservé quelques-unes de ses grandes charges, con¬
sidérées, à cette époque, comme une propriété : il était
gouverneur du Poitou, grand-voyer, directeur de l’artille¬
rie et des fortifications. Si donc il ne sut pas éviter cette
fièvre de pessimisme qu’un spirituel académicien de nos
jours appelle la maladie du pouvoir perdu, si sa retraite de
Sully fut austère et morose, du moins ne fut-elle pas oi¬
sive. Il échappa à l’ennui qui dévore ces grandes existences
le jour où l’inoccupation leur est imposée.
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Il partageait tout sou temps entre Sully qu’il habitait au
printemps et à l’automne, et Villebon, en Beauce, où il pas¬
sait l’été et l’hiver. Son état de maison était celui d’un
prince ; il avait conservé le train qu’il menait lorsqu’il était
revêtu de tous ces titres qui occupent quinze lignes sur son
épitaphe; mais l’ordre le plus parfait réglait celte grande
existence. Ce luxe mêlé d'économie, c’était encore une
sorte de tacite protestation contre les dissipations et la pé¬
nurie de la régence.
Il avait une garde composéè de Français et de Suisses,
des pages, des écuyers en grand nombre, des gentilshommes
affectés à son service, des dames et des filles d’honneur
attachées à la personne de la duchesse de Sully. Dans cette
laborieuse et splendide retraite, il n’avait rien changé aux
habitudes d’activité et de régularité qui lui permettaient
autrefois de suffire à l’expédition de tant d’affaires. Eté
comme hiver il était levé dès quatre heures et travaillait
toute la matinée. Après avoir vaqué aux devoirs de ses char¬
ges, il s’occupait de ses devoirs domestiques, des contes¬
tations qui s’élevaient entre ses nombreux vassaux, et tra¬
vaillait ensuite à la rédaction de ses Mémoires.
Il dînait ordinairement dans une vaste salle garnie de
tableaux. Ces peintures représentaient les plus mémorables
actions de la vie de Henri IV et de la sienne. Il n’y avait à
sa table que deux fauteuils, l’un pour lui, l’autre pour la du¬
chesse.: les convives, tous d’un âge mur, et jusqu’à la prin¬
cesse de Rohan, sa fille, n’avaient que des tabourets et des
pliants. Dans une salle voisine, une autre table destinée à
la jeunesse était tenue par son capitaine des gardes : « Vous
êtes trop jeunes pour que nous mangions ensemble, disait-
il à ceux qui s’étonnaient d’être exclus de la grande table;
nons nous ennuierions les uns les autres. »
Le dîner fini, Sully partait pour la promenade. « Alors,
dit l’abbé de l’Ecluse, on sonnait une grosse cloche qui était
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sur le pont, pour avertir de sa sortie. La plus grande partie
de sa maison se rendoit à son appartement et se mettoit en
haie depuis le bas de l’escalier. » Ce dernier détail a son
intérêt : il prouve que l’appartement du duc était au premier
étage. Sa chambre à coucher était sans doute le salon ac¬
tuel, sa salle à manger particulière le vaste salon qui se
trouve à la suite de la galerie où fut depuis le théâtre : la
seconde table était tenue dans cette galerie. Nous repre¬
nons la citation :
« Ses écuyers, gentilshommes et officiers marchaient de¬
vant lui, précédés de deux Suisses avec leur hallebarde. Il
avoit à ses côtés quelques-uns de sa famille ou de ses amis
avec lesquels il s’entretenoit. Suivaient ses officiers aux
gardes et sa garde suisse : la marche était toujours fermée
par quatre Suisses. »
De temps en temps il s’arrêtait, prenait une grande mé¬
daille d’or à l’effigie de Henri IV qu’il portait suspendue à
son cou par une chaîne d’or et de diamants : il la contem¬
plait et la baisait respectueusement. Il ne la quittait pas
même dans les rares occasions où il venait à la cour, non
plus que son costume qu’il ne voulut jamais modifier ni
plier aux modes nouvelles. Il semblait que le temps pour
lui se fût arrêté le jour où Henri IV avait perdu la vie et lui
le pouvoir.
Cet appareil féodal, ces airs de souverain, cette cour,
cette mise en scène, tout cet orgueil puritain, toute cette
exhumation du passé, soulevaient la verve satyrique de la
jeune noblesse, et Sully s’en aperçut aux rires peu dissimu¬
lés qui l’accueillirent un jour que Louis XIII l’avait mandé à
la cour (l).Tallemant-des-Réaux s’est fait l’écho de ces rail¬
leries :
(1) Sire, dit-il alors à Louis XIII avec sa rudesse ordinaire, je suis
trop vieux pour changer d’habitude sur rien. Quand le feu roi, votre
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- 118 —
« A Sully où il s’était retiré sur la fin de ses jours, il
avait quinze ou vingt vieux puants et sept ou huit reitres de
gentilshommes qui, au son de la cloche, se mettoient en
haie pour lui faire honneur quand il alloit à la promenade,
et puis le suivoient. Il entretenoit je ne sais quelle espèce
de garde suisse. »
Qu’on ne s’étonne pas de ce langage. Sully, au jour de sa
chute, n’était rien moins que populaire et ne fut nullement
regretté. Son austérité, sa rudesse, ses mépris insultants
pour la bourgeoisie, son dédain des misères populaires, ses
airs rébarbatifs, pour employer l’expression de Tallemant,
son orgueil même, sa gloire, comme on disait alors, et
aussi sa sévère économie, tout cela l’avait rendu odieux aux
grands et antipathique au peuple lui-même. « Sa disgrâce,
dit l’Estoile, ne fut plainte de personne à cause de sa
gloire. » De là ces moqueries sur son costume et sa ma¬
nière de vivre, cespasquinades, ces caricatures (1), à peine
contenues lorsque le ministre était puissant et qui se dé¬
chaînèrent après sa chute. Cette injustice, ou pour mieux
dire, cette sévérité des contemporains, poursuivit Sully dans
sa retraite et il en resta quelque chose dans l’esprit public
longtemps même après sa mort. M. Sainte-Beuve a très-
judicieusement remarqué qu’il faut venir jusqu’au xviu® siè¬
cle pour trouver le Sully populaire, celui; non pas de la
tradition, mais de la création et de la légende philoso¬
phique. On tomba alors dans l’excès opposé. Le Sully réel
n’avait rien de commun assurément avec cette figure de
père, de glorieuse mémoire, me faisait l’honneur de m’appeler auprès
de sa personne pour s’entretenir avec moi sur ses grandes et impor¬
tantes affaires, au préalable, il faisait sortir les bouffons.
(1) Le journal de l’Esloile en cite quelques-unes. Voyez notamment
à la date de mai 1611, t. XLIX, p. 208 de l’édit. Petitot. Henri IV, du
reste, au moment de sa mort, était aussi impopulaire que son minis¬
tre. Voyez sur ce point M. Théophile Lavallée, t. II, p. 33.
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convention, d’nne perfection un peu niaise, que le xvm e
siècle nous a léguée et que notre époque, si ennemie de
l’entraînement et du parti-pris en histoire, n’est pas encore
parvenue à effacer. Il était dur à tous comme à lui-même,
superbe, avide, brutal, inflexible, dédaigneux pour les bour¬
geois, sans pitié pour le peuple. « Il veillait, a dit excellem¬
ment un historien, à la gestion des deniers publics avec la
plus sévère économie ; il avait mis à fin toutes les voleries
des courtisans, il arrêtait même les prodigalités du roi ; mais
le peuple ne voyait que la lourdeur et la multitude des im¬
pôts ; il accusait le surintendant de tyrannie, il lui repro¬
chait l’immense fortune qu’il avait acquise, ses 200,000 li¬
vres de pension, ses deux millions de biens ; il disait qu’il
ne refusait rien à Henri qui dépensait 1,200,000 écus par
an pour son jeu et pour ses maîtresses (1). » Comment
s’étonner de l’ipipopularité d’un pareil homme et de la joie
universelle qui accueillit sa chute ? Dans sa retraite même,
il resta ce qu’il avait été, dur à ses vassaux et à tous ceux
qui l’approchaient et ne fut nullement le Sully bonasse et pi¬
toyable que l’abbé de l’Ecluse a tiré de son imagination.
« Son château de Sully, flanqué de tours, entouré de fos¬
sés pleins d’eau, défendu par un pont-levis, muni de don¬
jons et de créneaux, était le siège d’une petite cour où ram¬
paient, sous le maître, hommes d’armes et gens de robe,
maître-d’hôtel et garde des plaisirs de Monseigneur. Là, le
bailli, lieutenant-général civil, criminel et de police, donnait
la torture aux accusés, laissait croupir au sein d’un cachot
obscur, dans deux ou trois pieds d’eau, un patient enchaîné
sur une planche mobile que l’arbitraire baissait ou élevait
à volonté. Là, au dehors de la grande porte du château,
chaque vassal venait à son tour, tête nue, sans épée ni épe¬
rons, après avoir demandé trois fois à haute et intelligible
(1) M. Théophile Lavallée.
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voix si Monseigneur le duc était séant, rendre foi et hom¬
mage; et Monseigneur envoyait un fondé de pouvoir qui
recevait la soumission du vassal. Là, juges et procureurs,
grands-maîtres des eaux et forêts, officiers du grenier à sel
exécutaient les ordres du très-haut et très-puissant duc; là
s’accomplissait un envahissement continuel sur les droits et
privilèges des petits vassaux, comme nous l’ont révélé les
pièces authentiques de procès interminables (1). »
Il n’y a rien d’exagéré dans ce tableau : Sully, en effet,
était absolu dans ses volontés ; la résistance la plus légi¬
time lui semblait un outrage ; il veillait avec un soin jaloux
sur ses droits, même les moins établis, et se délectait dans
les nombreuses procédures que leur conservation néces¬
sitait. La chicane est une passion : c’est même, dit-on,
avec la gourmandise, la dernière qui abandonne l’homme;
elle grandit quand toutes les autres s’affaiblissent. Rosny y
trouva une occupation pour sa verte vieillesse, un aliment
pour son esprit condamné à l’inaction. Nous avons relevé
dans l’étude de son notaire, à Sully, près de cinquante pou¬
voirs par lui envoyés dans tous les coins de la France pour
soutenir ou intenter des demandes judiciaires. De ces nom¬
breux procès, l’un des plus curieux et qui nous revient de
droit comme touchant à l’origine et à la nature féodale de la
terre de Sully, est celui qu’il soutint contre l’évêque d’Or¬
léans, messire Nicolas de Netz.
VIII.
Le Miracle des quatre Barons.
La terre de Sully, nous l’avons dit, relevait de l’évêché
d’Orléans. Son érection en duché ayant eu pour effet de
fl) Devassal, Revue orléan. d’après les doc. des Arch. du Loiret.
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l’enlever à cette vassalité pour la placer sous la mouvance
directe du roi, l’évêché devait être indemnisé des droits ou
tenues féodales que cette érection lui faisait perdre. C’était
d’ailleurs la condition expresse imposée à Rosny par les
lettres-patentes qui lui conférèrent le titre de duc.
L’évêque d’Orléans, Messire Nicolas de Netz, demandait
donc cette indemnité qu’il évaluait au tiers du prix de la
terre. Il demandait de plqs, et c’était là ce qui paraissait
surtout toucher au cœur le nouveau duc, que ce dernier fût
contraint à continuer, malgré la rédemption réclamée, cer¬
tains devoirs qui, selon l’évêque, étaient de simple piété et
dévotion.
Ces devoirs consistaient à porter, en compagnie de trois
autres barons Orléanais, chaque nouvel évêque d’Orléans à
sa première entrée dans sa ville épiscopale, et à présenter,
chaque année, à l’église cathédrale de celte ville, le 1 er mai,
veille de l’invention de la Sainte Croix, une gouttière de cire
qui, dans l’origine, était du poids de 213 livres et demie,
mais qui, avec le temps, s’était réduite à un enduit de cire
appliqué sur une caisse de bois en forme de gouttière.
Ces deux obligations, selon l’évêque d’Orléans, avaient
été contractées par l’un des anciens barons de Sully, en
reconnaissance d’un miracle dont il avait été l’objet. Indé¬
pendantes de la mouvance féodale, elles devaient sub¬
sister, même après la rédemption de cette dernière.
Sully avait d’abord nié le miracle (1). Mais, depuis, il
s’était ravisé, et, le trouvant utile à sa cause, il l’avait
reconnu et même revendiqué (2). C’était l’évêque alors qui,
sans nier le fait miraculeux, ce qui eût été une interversion
de rôles par trop choquante, s’était du moins appliqué à en
(1) Premier factum pour Messire Maximilian de Bethune, duc de Sully,
contre Messire Nicolas de Netz, évêque d'Orléans, demandeur , p. 9.
(2) Second factum , p. 9, et troisième factum, p. 2.
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— 122 —
affaiblir la certitude en discutant les autorités qui l’attestent,
et en réfutant, comme erronées, toutes les dates auxquelles
Sully entendait le fixer. Pour l’intelligence de la contesta¬
tion, il est indispensable de raconter brièvement ce miracle
qui jouait un si grand rôle dans le procès et de dire sur
quelles autorités s’appuyaient ses défenseurs.
Quatre seigneurs des environs d’Orléans, les barons de
Sully, de Chéray-lès-Meung, d’Aschères et de Rougemont,
dans une croisade entreprise contre les infidèles, furent faits
prisonniers au milieu d’une grande bataille et condamnés à
perdre la vie. Le 1 er mai, veille du jour fixé pour leur exé¬
cution, étant étroitement enchaînés et même enfermés dans
des coffres, ils eurent tous à la fois une inspiration divine.
Ils réfléchirent que ce jour qui, pour eux, ne devait pas avoir
de lendemain, était précisément celui où l’église cathédrale
d’Orléans, dans le voisinage de laquelle ils demeuraient,
solennise la fête de l’invention de la Sainte Croix, sous l’in¬
vocation de laquelle elle est placée. Tous quatre simultané¬
ment se vouèrent à cette église. Le fait était déjà par lui-
même assez merveilleux, puisque, enfermés comme ils
l’étaient, ils ne pouvaient se communiquer leur dessein. Ce
n’était là toutefois que la moindre partie du miracle.
Le lendemain, à Matines, les premiers chanoines de
Sainte-Croix, qui pénétrèrent dans le chœur, aperçurent
quatre grands coffres venus là sans qu’on sût d’où. Qu’on
juge de leur surprise quand ces coffres ouverts laissèrent
voir les barons encore liés et enchaînés ! C’est en recon¬
naissance de cette miraculeuse délivrance que les quatre
barons s’obligèrent, pour eux et leurs succcesseurs, à porter
chaque nouvel évêque d’Orléans à sa première entrée dans
sa ville épiscopale, et à offrir chaque année, la veille de l’in¬
vention de la Sainte Croix, une gouttière de cire de leur
pesanteur. Ils devaient la présenter eux-mêmes, ayant au
cou une corde dopt l’extrémité était attachée à la gouttière.
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— 123 —
Tel est le miracle. Les preuves ou autorités qui l’attes¬
tent et qui furent invoquées dans le procès sont au nombre
de trois : un manuscrit rédigé par un juge de La Ferté-
Habert, du nom de Cousin, et qui contient la généalogie de
la famille de Beauvilliers (c’est sa version que nous avons
suivie); un autre manuscrit, intitulé Rota fortunæ, qui
dépendait autrefois de la bibliothèque de l’antiquaire Paul
Petau, grand-oncle du célèbre savant de ce nom; et, enfin,
trois tapisseries appartenant jadis à l’église Sainte-Croix
d’Orléans, et où le miracle de la délivrance des barons était
représenté. Disons de suite que Mgr de Netz discuta ces
trois preuves et en démontra parfaitement l’inanité : le mi¬
racle pour lui s’appuyait uniquement sur la tradition (1). Sa
démonstration était si bonne que le savant Daniel Polluche
qui, cent ans après, examina à nouveau les trois autorités
invoquées, ne fit que reproduire ses arguments. Le premier
manuscrit, en effet, est de la fin du xvi e siècle, le second
n’est qu’un tissu de fables, et, quant aux tapisseries, la
présence sur l’une d’elles d’un collier de l’ordre de Saint-
Michel prouvait clairement qu’elles avaient été faites après
l’année 1469, date de l’institution de cet ordre, qu’elles
étaient ainsi de beaucoup postérieures au miracle et, par
conséquent, sans autorité pour l’établir.
Sully, nous l’avons dit, avait d’abord nié le miracle. Il
soutenait que cette obligation de porter le nouvel évêque,
commune à beaucoup d’évêchés de France, était un signe
de vasselage, que cette habitude remontait aux Romains
qui avaient coutume de porter dans des chaires les em¬
pereurs et les magistrats, et qu’ainsi, cette obligation étant
une charge féodale, s’anéantissait, comme toutes les autres
charges analogues, par la récompense de la féodalité.
Tel était son premier système de défense; mais depuis,
(1) Page 32 de son Mémoire, en réponse aux Factums.
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mieux avisé, il avait admis le miracle et il était même allé
sur ce point plus loin que son adversaire. Dans son nouveau
système, c’était le miracle qui avait déterminé un baron de
Sully à soumettre sa terre à l’évêché : seulement il ajoutait
gu’en se faisant ainsi vassal de libre qu’il était, ce baron
avait lui-même réglé la loi et condition de sa vassalité, et
l’avait restreinte aux deux obligations précises de porter le
nouvel évêque et de présenter la gouttière de cire ; en sorte
que la seule et très-minime récompense qui fût due à
l’évêché pour l’érection de la terre de Sully en duché était
celle de ces deux obligations.
Cette thèse, bien entendu, ne faisait pas l’affaire de M. de
Netz. La délivrance du baron, disait-il, a bien pu être la
cause des deux devoirs de piété auxquels il s’est soumis,
mais n’est nullement la cause de la vassalité de sa terre,
cette vassalité étant bien antérieure au miracle. De là l’uti¬
lité de déterminer exactement la date du miracle. L’évêque,
en homme habile, ne s’avançait qu’avec précaution sur ce
terrain de la chronologie, terrain dangereux parce qu’il offre
toutes facilités à l’examen. Il laissait son adversaire s’y
aventurer, et se contentait de le suivre pas à pas et de lui
montrer ensuite ses erreurs et ses tergiversations. Si Rosny
fixait le miracle à la fin du xii* siècle, M. de Netz lui
ripostait aussitôt par un titre de 1066 que Rosny lui-même
avait invoqué d’abord, et où Gilles de Sully se qualifiait
vassal de l’évêché. Si Rosny, faisant un bond prodigieux en
arrière, reportait le miracle au temps de saint Euverte, vers
385, l’évêque lui répliquait qu’à cette époque il n’y avait
point encore de féodalité en France (1). Finalement, M. de
(1) Mémoires touchant les factums du sieur Cholet, advocat, publiez
pour Messire Maximilian de Béthune, duc de Sully, pair et mareschal de
France, contre Messire Nicolas de Netz, conseiller du roi en ses conseils,
évesque d'Orléaits (1640), p. 29 et 33.
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— 125 —
Netz, sans rien affirmer sur ce point délicat, laissait en¬
trevoir qu'il se rangeait à l’avis de Charles de la Saussaye,
dans ses Annales de l'Eglise d'Orléans, livre alors dans sa
nouveauté. D’après cet écrivain, le miracle de la délivrance
des barons aurait eu lieu au temps delà première croisade
de Saint Louis et après la bataille de la Massoure (6 février
1250). Guillaume de Bussy, alors évêque d’Orléans, suivit
Saint Louis dans cette expédition. C’est le seul évêque
d’Orléans qui se soit croisé, et les barons, ses vassaux,
durent le suivre à l’armée, comme c’était leur devoir (t).
M. de Netz tirait de là un double argument en faveur de sa
thèse : il en inférait que les barons étaient déjà à cette
époque vassaux de l’évêque, puisqu’ils le suivaient à la
guerre, et que les deux redevances déterminées par le mi¬
racle étaient différentes de la vassalité et non anéanties par
la récompense payée pour cette dernière.
Nous n’ajouterons plus qu’un mot sur ce long procès où,
de part et d’autre, des trésors d’érudition furent dépensés.
Polluche, qui l’a examiné en 1734, s’est rangé à la première
opinion de Sully. Il a montré que les deux redevances, celle
du port de l’évêque et de l’offrande de la gouttière, partaient
de la même source et tiraient leur origine du vasselage des
barons de Sully envers l’évèché d’Orléans (2). Rosny mourut
sans avoir vu terminer cette curieuse contestation, et nous
ignorons même si elle fut jamais définitivement vidée. Ce
qui est certain et ce qui résulte d’un procès-verbal imprimé
par Polluche, c’est qu’en 1728 le seigneur de la terre de
Sully offrait encore une gouttière de cire à l’église cathédrale
d’Orléans. Cette obligation, comme celle de porter le nouvel
évêque,^ne prit fin sans doute qu’à la Révolution.
(t) Mémoires touchant les factums, p. 36.
(2) Dissertation sur l'offrande de cire appelée les Gouttières, p. 19
et 20.
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- 126 —
IX.
flége do Sully par le prlnee de Coudé.
Nous avons montré le Sully véritable, le surintendant
rébarbatif et si détesté du peuple, que les paysans s’amu¬
saient à couper les ormes dont il avait planté les grands
chemins, en disant: c’estun Rosny, faisons-en un Biron (1).
Hâtons-nous toutefois d’ajouter que ses défauts, qui sont
pour partie ceux de son époque, n’ôtent rien à ses côtés
excellents et vraiment méritoires, à sa droiture, à la fermeté
de son caractère, à son amour du bien public, à ses grandes
vues, à la valeur de ses réformes. Ils expliquent seulement
son impopularité.
On va voir comment les haines politiques et religieuses
mirent à profit cette impopularité. S’ils ne se fussent sentis
soutenus par l’opinion publique, les conseillers de Louis XIII
n’eussent pas sans doute osé former contre un homme jadis
si puissant l’entreprise que nous allons raconter, et dont
le château de Sully fut le théâtre et la victime.
Le jour même où il était venu présenter ses compliments
de condoléance à celle que le couteau de Ravaillac venait
de faire veuve, Sully avait dit, en sortant du Louvre : « Nous
« allons tomber dans la faction contraire à celle de
« France; partant c’est aux bons Français à songer à eux,
« et surtout aux Huguenots (2). » La conduite de la
régente, celle de la féodalité renaissante qui se disputa l’hé¬
ritage de Henri IV, justifièrent bientôt ce mot prophétique.
(1) Tallemant des Réaux, t. I er , p. 71. Allusion au supplice de Biron
qui fut décapité. — On sait que c'est Sully qui eut, le premier, l’idée de
planter les grandes routes.
(2) (Economies, t. VIII, p. 401.
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— 127 -
Après le traité de Brissac et le rétablissement par la force
delà religion catholique en Béarn, les Huguenots,menacés
dans leurs plus chers intérêts, dureût se préparer à la
guerre. Louis XIII avait à peine repassé la Loire que la
moitié du Midi se souleva. Les calvinistes se réunirent à La
Rochelle et posèrent les bases de ce qu’ils appelèrent « la
loi fondamentale de la république des églises réformées de
France et de Béarn. » Ces églises, au nombre de 722, furent
divisées en huit cercles présidés par des chefs chargés do
gouvernement civil et militaire. C’était une véritable répu¬
blique calquée sur le plan des Provinçes-Unies. Le duc de
Rohan fut l’un de ces chefs; c'était le gendre de Sully et
l’objet de l’estime générale du parti. Toujours prudent,
Sully, quoique' présent à La Rochelle, avait décliné cet
honneur. Il n’était venu dans cette ville que pour dissuader
son parti d’entreprendre une guerre qui n’avait aucune
chance de succès, et il se flatta un moment d’y avoir réussi,
« partie par ses raisons, partie par son autorité, partie par
« son argent. (1) »
Il n’osa pas toutefois désapprouver complètement la levée
de boucliers de ses coreligionnaires. Pendant le voyage
que Louis XIII fit en Touraine et en Poitou pour réduire
les réformés, Sully se retira dans le Querci où il possédait
des terres considérables. Il avait laissé le commandement
de son château de Sully à un lieutenant du nom de Buzion.
Un autre capitaine, nommé Boubier, était chargé de
défendre Jargeau dont Sully était demeuré gouverneur.
C’était l’une des places de sûreté accordées aux protestants
par l’édit de Nantes. L’ancien ministre avait si bien fortifié
celte petite ville et le faubourg de Saint-Denis-de-l’Hôtel,
qui lui fait face de l’autre côté de la Loire, que les calvinistes
(1) Morceau écrit par un officier protestant qui était dans La Rochelle
pendant le siège. A la fin des (Economies , t. IX, p. 365.
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— 128 —
se glorifièrent un moment de posséder le dessus du fleuve
depuis Orléans jusqu’à La Charité : c’était un moyen de
couvrir son château, situé à cinq lieues au dessus de
Jargeau. Il croyait donc pouvoir sans crainte s’éloigner pen¬
dant quelques mois de ce poste important.
Par malheur, il avait laissé à Sully Rachel de Coehefilet,
sa seconde femme, avec laquelle il faisait assez mauvais
ménage, s’il faut en croire les commérages de Tallemant.
Les protestants étaient alors traqués sur tous les bords de
la Loire par les efforts du prince de Condé, du duc de Ven¬
dôme et du comte deSaint-Pol, gouverneur du duché d’Or¬
léans. Rachel de Coehefilet imagina de leur ouvrir Sully et
de faire de cette forteresse une sorte de lieu d’asile pour
ces malheureux. Pensait-elle faire par là preuve de zèle
pour la religion qu’elle avait nouvellement embrassée, ou
bien, comme le pense Michel Levassor (1), voulait-elle se
garder d’une surprise qu’elle redoutait? Toujours est-il que
ce rassemblement qu’elle favorisait et qui devait éveiller
l’attention des chefs catholiques, était, dans sa position, une
imprudence en même temps qu’un danger.
Le comte de Saint-Pol, profitant de l’absence du duc de
Sully, commença par s’emparer de Jargeau qui fut très-mal
défendue par son capitaine. Il s’entenditensuite avec Condé,
alors gouverneur du Berry, pour avoir raison des réformés
renfermés dans le château de Sully.
Ce prince venait de prendre Sancerre et d’en raser les
fortifications (29 mai 1621). Il paraît même que, pendant
le siège de celte ville, il avait surpris un espion de la du¬
chesse de Sully, chargé de faire savoir aux calvinistes de
Sancerre que sous trois jours ils seraient secourus (2). Les
protestants chassés de cette ville, ceux de Jargeau et de la
(1) Histoire de Louis XIII, t. IV, liv. 17. p. 1S6.
(2) Mercure de France, t. VII, p. 384.
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— 129 —
Beauce, vinrent grossir le petit noyau de réformés réfugiés
à Sully. En peu de jours, quatre cents hommes, tant cava¬
liers que fantassins, furent réunis dans le parc du château.
Ce parc était alors, comme aujourd’hui, séparé du châ¬
teau par la basse-cour, fermé d’un côté par la Loire et de
l’autre par la Sange qui baignait et séparait les murailles
du parc et celles de la ville. A chaque bout de ce parc était
un grand fossé à fond de cuve revêtu de pierres (1).
A ce système de défense que l’état des lieux leur offrait,
les réformés ajoutèrent des travaux en terre, les meilleurs
et les seuls qu’admette aujourd’hui l’art militaire ; puis ils
passèrent la Loire et s’emparèrent de l’église du petit vil¬
lage de Saint-Père qu’ils fortifièrent également. Cette église
placée sur la rive droite du fleuve, juste en face de Sully,
était pour eux une position excellente. Maîtres par là des
deux rives, ils arrêtèrent les vivres qui se dirigeaient sur
Orléans, frappèrent des impôts sur les communes voisines
de Sully, forcèrent les habitants de travailler à leurs forti¬
fications et firent des excursions dans la Sologne et jusque
dans le Berry.
Bachel de Cochefilet connut alors la faute qu’elle avait
faite. Elle n’était plus maîtresse de modérer le mouvement
qu’elle avait cru diriger. Les principaux chefs élus par les
réformés, le cadet de Briquemault, l’un des députés de La
Rochelle, son frère, Briquemault-Ruère, le baron de Tri-
nay, Montchrétien et plusieurs autres, commandaient dans
sa propre maison. A ses timides représentations, ils répon¬
daient que son fils aîné, le comte d’Orval, et son gendre, le
duc de Rohan, étant alors dans Montauban où ils allaient
risquer leur vie contre les troupes du roi (2), c’était son de-
(1) Mercure de France , t. VII.
(2) Le duc de Rohan avait épousé, le 7 février 1605, Marguerite de
Béthune, née du second mariage de Sully, et le seul de ses enfants
qui soit mort au sein de l’Eglise catholique.
T. XI. 9
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— 130 —
voir de suivre leur exemple. Buziou lui-même n’était plus
que le commandant nominal de la place.
Dans les premiers jours de juillet, le comte de Saint-Pol,
assisté du maréchal de Yitry, qui déjà avait contribué à la
réduction de Jargeau, se rendit devant Sully, résolu d’avoir
raison des rebelles. Son plan était de les affamer en blo¬
quant le château et de les forcer par là à quelque sortie où
il pensait avoir bon marché d’eux. Arrivé sur les lieux, l’en¬
treprise lui parut plus difficile qu’il ne l’avait présumé. Les
réformés avaient des vivres en abondance et il paraissait
impossible de les prendre par la famine et de les pousser
à s’aventurer en plaine : le comte songea donc à réclamer
l’appui du prince de Condé.
Fils d’un réformé et calviniste passionné dans sa jeu¬
nesse, Henri II de Bourbon cherchait à faire oublier, par
un zèle extrême pour la religion à laquelle il s’était con¬
verti, son origine et ses débuts. Mais ce zèle n’avait rien de
sincère. C’était un masque et un moyen politique plutôt
que le fruit de la conviction. Plus d’une fois, dans ses fré¬
quentes brouilles avec la cour, il menaça de retourner au
calvinisme. Dans la circonstance présente, il ne pouvait
oublier qu’il allait assiéger la demeure d’un vieillard dont
son père avait été le compagnon d’armes, d’un parent par
alliance, du chef respecté d’un parti dont l’appui pouvait
lui devenir nécessaire. Il manda donc le comte de Saint-
Pol à Aubigny et le fit consentir à employer préliminaire¬
ment la voie de la persuasion (12 juillet 1621). On convint
de députer à la duchesse de Sully son beau-fils, le marquis
de Rosny. Ce fils unique du premier mariage de Sully
était demeuré fidèle à la cause royale, moins par conviction
que par esprit d’opposition contre son père et son frère. Sa
mission demeura sans succès, et il revint persuadé que,
quand bien même il l’eût rangée à son avis, la duchesse
était impuissante à se faire obéir.
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— 131 -
Le siège de Sully fut donc résolu. Dès le 8 juillet, Condé *
avait écrit au maire et aux échevins d’Orléans la lettre sui¬
vante qui, à défaut d’autre mérite, a du moins celui d’être
inédite :
« Messieurs,
« Sur l’apvis que me faict Monsieur le Conte de Saint-
Paul de l’assister pour réduire Sully à l’obéissance du roy :
ce que je feray avecq mes trouppes que je feray advencer
jusques à Aulbigny, me faict vous prier de tenir toustes
sortes de munitions prestes, affin que nous ne puissions de
rien menquer pour réduire le dict Sully à l’obéissance de
sa dicte Majesté. Sur tout advisez à tenir toustes choses
prestes pour envoyer au dict sieur Conte de Saint-Paul. Et
vous asseurez que je suis, Messieurs,
« Vostre meilleur amy,
« Henri de Bourbon.
« De Monrond, ce 8 juillet (1). »
En travers de la formule finale, le prince avait tracé de
sa main, en caractères très-gros et qui font peu d’honneur
à son habileté calligraphique, les mots suivants : « Il nous
« faut surtout des pains de munition. »
Mis en demeure par cette lettre, le maire et les échevins
d’Orléans frappèrent sur leurs concitoyens une taxe de
27,000 livres, et envoyèrent au prince, en même temps que
les pains de munition demandés, toutes sortes de vivres
et quatre canons. Condé en avait tiré deux autres de
Bourges et les avait laissés à Aubigny. Puis il était venu,
en compagnie du comte de Saint-Pol et du maréchal de
Vitry, camper près de la riche abbaye de Saint-Benoît-sur-
(1) Archives de la ville d’Orléans .
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— 132 -
Loire. Dès le lendemain de son arrivée, il envoya à Sully
trois compagnies de gens de pied, qui occupèrent la ville
sans résistance. La majorité des habitants, en effet, ne par¬
tageait pas les opinions de leur châtelaine. Ils s’étaient
promis de garder fidélité au roi, et, commandés par le
baron de Courtenay que le comte de Saint-Pol leur avait
envoyé, ils tenaient en respect les rebelles enfermés dans
le château.
Le 15 juillet, à la pointe du jour, le prince et le gouver¬
neur d’Orléans firent canonner par leurs maréchaux de
camp, MM. de Gié et de Valincour, les barricades de Saint-
Père, défendues par le baron de Trinay. En vain le canon
du château de Sully, passant par-dessus la Loire, prenait
en écharpe les assaillants. Ces derniers franchirent les for¬
tifications de Saint-Père. Le capitaine Villepion pénétra
dans l’église et massacra sans pitié tous les réformés qui s’y
réfugiaient (1). Après une assez vive résistance, le baron
de Trinay et quelques-uns des siens gagnèrent le bas de la
rivière où des barques les attendaient. Mais, suivis de près,
ils durent se jeter à l’eau. Les uns se noyèrent ; les autres
furent tués à coups de mousquet avant d’aborder au châ¬
teau : quinze ou seize seulement arrivèrent au pied du
donjon.
Condé était maître de la rive droite du fleuve. Dès le len¬
demain, il appela ses canons restés à Aubigny, fit passer la
Loire à ceux qui lui étaient venus d’Orléans, et dressa deux
batteries : l’une de quatre canons pour battre le château,
l’autre de deux pour battre la basse-cour au travers de la
Sange, afin de couper la communication du parc avec le
(1) Hist. manuscrite d'Orléans , par l’abbé Pataud, p. 530. Mss. de la
bibl. d’Orléans; — Mercure, t. VII, p. 590; — La victoire remportée
par Mgr le prince de Condé au bloquement de la ville et du château de
Sully , Rouen, 1621, petit in-8°.
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— 133
château. On n’a pas oublié que c’était dans le parc qu’était
campé le gros des calvinistes.
Le 17, au lever du soleil, les batteries ayant commencé à
jouer, les réformés éventèrent le plan de leurs adversaires.
Le château, leur seul lieu de refuge, allait leur être fermé :
ils se hâtèrent de s’y abriter avant qu’on leur en eût coupé
le chemin. Le capitaine Villepion se saisit aussitôt du parc
qu’ils abandonnaient, et se mit à couvert des volées de
canon parties des tours.
« Tous ces gens, dit la relation officielle, se trouvèrent lors
bien pressés dans le château qui est assez serré et contre
lequel la batterie faisait des merveilles, ruinait des bâti¬
ments et endommageait grandement les assiégés, avec les
mousquetades que l’on leur tiroit tant de la ville que de
tous costez (1). La duchesse de Sully s’étoit, auparavant le
siège, retirée de la ville, bien en peine de voir ruiner cette
maison par sa propre faute, et que, pour la sûreté de sa
personne, on disoit qu'il l’a falloit envoyer à Bourges. »
La canonnade dura deux jours. Les insurgés n’avaient
fait que des préparatifs insuffisants. Au fond, tous ces gens,
venus là de tant de points différents, manquaient d’un lien
commun et surtout de discipline. Ils avaient usé des vivres
sans ménagement et les gaspillaient quand il eût fallu les
économiser. Sans médecins, sans médicaments, sans objets
de pansement, soutenus seulement par cet enthousiasme
factice qui ne résiste pas aux premiers revers, ils ne pou¬
vaient tenir longtemps contre des troupes disciplinées. Une
chaleur étouffante, l’odeur des débris des bêtes qu’ils
tuaient pour vivre, débris qu’ils n’avaient pas le temps d’en¬
fouir, les incommodaient cruellement. Ils durent songer à
traiter.
(1) Nous avons expliqué plus haut que la courtine du côté de la ville
était très-basse, et que le duc avait détruit le gros bâtiment élevé par
les évêques d’Orléans pour commander le pont.
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— 134 —
Le 19 juillet, Buziou et le cadet de Briquemault en¬
voyèrent demander composition par un gentilhomme. Condé
leur accorda des conditions meilleures qu’ils n’osaient l’es¬
pérer : oubli et abolition de tout ce qui avait été fait depuis
l’entrée des réformés au château de Sully, permission d’en
sortir avec armes et bagages, promesse d’obtenir du roi,
pour Buziou, son pardon, pour lui et pour ses compagnons
entière liberté de conscience. « Le tout, disait le prince, à
la charge de jurer service au roy envers et contre tous, et
aussi de nous remettre le château de Sully entre les mains.
Et seront présentement les assiégés escortés par notre ca¬
pitaine de chevau-légers et sortiront par le parc. »
Les réformés, pour le plus grand nombre, prêtèrent le
serment prescrit, chacun au ressort de sa juridiction, et re¬
noncèrent solennellement à toutes unions, associations et
assemblées. Louis XIII envoya un exempt de ses gardes
dans le château de Sully. « On a escrit, ajoute le Mercure qui
constate ce fait, que ce remuement ne se passa pas sans
qu’il en coustât à celle qui y avoit apporté son consente¬
ment. »
Le duc de Sully dut en effet éprouver un vif mécontente¬
ment de la conduite de sa femme. Il se voyait menacé de
perdre tous les fruits de sa prudence et de sa modération.
L’habileté avec laquelle il louvoyait entre les deux partis,
ce beau rôle de médiateur qu’il avait rêvé, toute sa diplo¬
matie et tous ses ménagements, tout cela était mis à néant
parce coup de tête d’une femme. Pour comble de disgrâce,
dans ce moment-là même, le ûls aîné de son second ma¬
riage, le comte d’Orval, s’enfermait dans Montauban qu’il
commandait et annonçait le projet d’y tenir tête aux troupes
royales. Le 18 août 1621 , Louis XIII en personne vint
mettre le siège devant cette ville. Sully entreprit alors de
racheter les fautes de sa femme et de son fils. Il se rendit au
camp royal et s’offrit pour médiateur entre son roi et son
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— 135 —
fils rebelle. Il promettait de déterminer les gens de Mon-
tauban à ouvrir leurs portes au monarque. Ce dernier le
prit au mot et Sully échoua dans sa négociation. Non-seu¬
lement Montauban, habilement secourue par le duc de
Rohan, n’ouvrit pas ses portes, mais le roi dut, les larmes
aux yeux, se résigner à en lever le siège.
X.
I>e« Mémoire* Imprimé* h Sully.
Tel est le dernier événement par lequel le château qui
nous occupe se lie à l’bistoire nationale. Dans l’année qui
suivit, Rosny mena la rude vie de partisan, faisant à contre¬
cœur une guerre qu’il désapprouvait. Il s’était retiré en
Querci, dans la forte citadelle de Cadenac qui lui appartenait
et où il avait réuni ce qui lui restait de meilleur et de plus
précieux (1). Il envoyait de là au roi toutes sortes de pro¬
positions d’accommodement qu’il trouvait ensuite moyen
d’éluder. Son fils, le comte d’Orval, et le marquis de la
Force, beau-frère de ce dernier, le tenaient, disait-il, pri¬
sonnier chez lui-même. La vérité est qu’il voulait, à
l’exemple de beaucoup d’autres, vendre sa soumission le
plus cher possible. Deux cent mille écus donnés à la mai¬
son de la Force aplanirent les principales difficultés : Sully
rendit au roi Cadenac et toutes ses autres places en Querci.
On ignore quel dédommagement il obtint pour lui-même. Il
prit alors le parti de se retirer dans son château de Sully,
où le roi lui permit de transporter ses armes et ses meubles
de prix. Le bâton de maréchal, qu’on lui fit encore attendre
douze ans, était peut-être le prix de cette soumission.
(1) Levassor. Hist. de Louis XIII, I. IV, I. xvm, p. 432.
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— 136 -
Ce fut le dernier acte de la vie politique de l’ancien mi¬
nistre de Henri IV. Il s’enferma dès lors dans ses châteaux
de Sully et de Villebon et surveilla la rédaction et l’impres¬
sion de ses mémoires : c’est la consolation ordinaire des
hommes politiques en disponibilité.
Les deux premiers volumes de ces précieux mémoires
furent imprimés au château même de Sully vers la fiu de
1 année 1638. L’auteur avait traité à cet effet avec un im¬
primeur d’Angers dont le matériel avait été installé dans la
tour de Béthune qui tenait à son cabinet et qu’il fit rebâtir
en 1639, comme cela résulte du devis que nous avons pré¬
cédemment cité. La bibliothèque de la ville d’Orléans pos¬
sède un exemplaire de cette édition originale, donné à Pi-
chery, notaire à Sully, par le petit-fils de Rosny, le 30 avril
1642, quatre mois après la mort de ce dernier. Le donataire
a écrit en marge du frontispice : Imprimé à Sully, suivant le
contrat passé par devant moy, Pichery, notaire , le 7 d’aoust
1638 (1). Cette mention a un double intérêt puisqu’elle
précise le fait de l’impression de ces deux volumes à Sully
et la date de cette impression. Il eût été curieux de con¬
naître les conventions arrêtées entre Maximilien de Bé¬
thune et son imprimeur d’Angers ; aussi avons-nous cher-
(1) Le second volume porte les deux mentions suivantes de la main
de Pichery :
« Ce livre m’a esté donné par Mgr le duc de Sully, le dernier apvril
1642. Pichery, notaire royal à Sully. »
« Ce livre a esté imprimé au chasteau de Sully par (en blanc),
de la ville d’Angers, suivant le contrat passé par devant moy, le (en
blanc). »
Une note écrite sur la garde du premier volume et qui paraît être
de la main de Don Fabre, bibliothécaire de la ville d'Orléans, fait con¬
naître le nom d’un des secrétaires de Sully, rédacteurs des Economies.
Ce secrétaire était Adam Perrioet, mort à Sully postérieurement à
l’année 1678. Il ne figure pas dans la liste des secrétaires cités, comme
rédacteurs de ces mémoires, en tête des éditions des Economies,
publiées dans les collections Petitot et Michaud
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— 137 —
' ché avec le plus grand soin, dans l’étude du détenteur actuel
des minutes de Pichery, le contrat cité par ce dernier. Ces
recherches sont demeurées infructeuses, quoique nous
ayons parcouru tous les actes dressés par Pichery, non-
seulement dans l’année 1638, mais encore dans les années
qui précèdent et qui suivent celle-là. Les répertoires sont
perdus et ce mode de vérification fait défaut. Nous ne vou¬
lons pas conclure de là que la mention mise par Pichery sur
l’exemplaire appartenant à la bibliothèque d’Orléans soit
erronée : elle nous paraît au contraire digne de toute con¬
fiance, car elle est bien de l’écriture de ce notaire. Nous
préférons croire que quelque amateur peu scrupuleux aura
miè la main sur le précieux contrat.
Rien, du reste, ni dans le titre ni dans le texte de ces
deux volumes n’indique qu’ils aient été imprimés à Sully.
Leur auteur se passait d’approbation et de privilège, enten¬
dant sur ce point, comme sur beaucoup d’autres, faire acte
de souveraineté dans ses domaines. Mais il avait pris soin
de dérouter les recherches. L’ouvrage était censé se vendre
à Amstelredam (Amsterdam), chez Alelhinosgraphe de
Cléantimelée et Grophexechon de Pistariste (1), à l’enseigne
des trois vertus couronnées d’amaranthe (Foi, Espérance,
Charité). Cette bizarre et pédantesque inscription est sur¬
montée, dans l’édition originale, d’une vignette où se voient
les trois WV peints en vert, couronnés d’une branche d’a¬
maranthe, symbole de la vertu qui ne se flétrit jamais, avec
ces mots : Numquam marcessit virtus. C’étaient le chiffre
et la devise de la maison de Béthune.
Le même pédantisme recherché se dénote dans le titre,
qui n’occupe pas moins de dix lignes. Tout le livre est à
l’avenant, hérissé de phrases énormes et rébarbatives, de
(1) Ecrivain véridique de la ville de Gloire et Vertu-soigneuse, et
secrétaire émérite de la ville de Haute-Probité.
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— 138 —
périodes interminables et que les rédacteurs, en effet,
oublient souvent de terminer. On sait quelle forme singu¬
lière le récit affecte. Sully, en grand seigneur qu’il est, ne
condescend pas à causer lui-même avec son lecteur qui
peut être un malotru, encore moins à rédiger ses souve¬
nirs de sa propre main. Ce sont ses secrétaires qu’il charge
de ce soin et c’est à lui-même que ces rédacteurs en sous-
ordre adressent la parole avec toutes sortes de révérences
et de compliments respectueux. Sully, a dit en très-bons
termes un ingénieux critique, Sully, dans son château, se
fait raconter et ramentevoir par ses quatre secrétaires les
choses qu’il sait mieux qu’eux et qu’il leur a racontées ou
laissé lire. Fidèle', même dans la familiarité, à son goût de
hauteur et d’appareil, il se fait renvoyer ses souvenirs sous
forme cérémonieuse, obséquieuse,, et pour ainsi dire,
à quatre encensoirs; il assiste sous le dais et prête l’oreille
avec complaisance à ses propres échos. Le lecteur est là
derrière, qui écoute comme il peut.
Ce fut en 1745 que l’abbé de l’Ecluse imagina de tra¬
duire en style moderne les longues et fastidieuses élucu¬
brations des secrétaires de Sully. Ce travail, habilement
combiné, eut un grand succès. Il venait d’ailleurs à son
heure et à une date où les deux figures du Béarnais et de
son ami n’apparaissaient plus que dans un lointain lumi¬
neux et commençaient à se dégager des ombres dont les
yeux des contemporains avaient été choqués. L’abbé de
l’Ecluse condensa la lumière et acheva de dissiper les
nuages. Son livre, très-intéressant, est loin toutefois d’être
à l’abri de toute critique. Dans cette refonte générale de la
narration, des pensées et du style, la couleur et la fidélité
historique ont disparu. Sully et Henri IV, travestis par
l’abbé de l’Ecluse, sont plus agréables à l’œil sans doute,
mais ils font un peu l’effet de chevaliers du seizième siècle
qui porteraient par-dessus leur cotte de mailles un habit â
la française.
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139 —
XI.
I<e chevalier de Sully et Mademoiselle Clayon.
La fortune amassée par Sully fut dissipée par ses héri¬
tiers. Son fils aîné, le marquis de Rosny, était aussi pro¬
digue que le duc était économe. Il mourut avant son père,
qui, plus d’une fois, eut le chagrin de payer ses dettes et
qui, après sa mort, se donna le plaisir de plaider contre ses
créanciers.
Le prince d’Henrichemont, fils du marquis de Rosny,
épousa, en 1639, la fille du chancelier Séguier, et poussé
par des besoins d’argent, autant que par sa nouvelle famille,
il intenta à son aïeul un procès dont Louis XIII s’attribua
la connaissance et que Sully eut la douleur de perdre. Cet
échec auquel il n’était pas habitué abrégea ses jours. II
mourut le 22 décembre 1641, peu de jours après l’arrêt qui
le déboutait de ses prétentions.
Pendant les troubles de la Fronde, le prince d’Henriche¬
mont prit parti pour le duc d'Orléans contre la régence,
entraîné par son beau-père à qui Anne d’Autriche venait
d’ôter les sceaux. Il était gouverneur de Mantes et livra
passage, par cette ville, aux troupes que le duc de Nemours
amenait de Flandre dans le but de renforcer l’armée du
prince de Condé. Cette trahison avait pour effet de couper
le chemin de la cour qui remontait la Loire dans la direc¬
tion d’Orléans. Anne d’Autriche et Mazarin, emmenant avec
eux le jeune Louis XIY, alors âgé de quatorze ans, se vi¬
rent fermer les portes de cette dernière ville. A Jargeau
ils faillirent tomber entre les mains du duc de Beaufort,
l’un des commandants de l’armée de la Fronde et durent
leur salut à Turenne. Le lendemain ils arrivèrent au châ-
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— 140 —
teau de Sully dont ils se firent ouvrir les portes d’autorité.
Ils s’installèrent comme en pays conquis dans ce château
dont le maître était leur adversaire et y passèrent les jour¬
nées des 28 et 29 mars 1652. Turenne les rejoignit à Sully
et couvrit leur marche sur Gien, place plus forte, où la cour
s’établit et où Condé faillit la faire prisonnière. C’est alors
qu’eut lieu la bataille de Bléneau dont le récit appartient
à l’histoire d’un autre château (1).
Le prince d’Henrichemont mourut le 11 juin 1661 et fut
enterré à Sully. Il laissait une fortune fort compromise.
On voit par les Mémoires de Saint-Simon combien cette
grande famille était amoindrie sous le rapport de la fortune
au commencement du xvm e siècle.
« Le duc de Sully (il s’agit du petit-fils du prince d’Hen¬
richemont dont venons de parler (2), le duc de Sully fut
trouvé mort dans son lit, tout à la fin de l’année (24 dé¬
cembre 1712). Il y avait longtemps qu’il en était menacé
et qu’il s’endormait partout à toute heure. C’eût été un hon¬
nête homme et de mise s’il n’eût point été si étrangement
et si obscurément débauché. Il se ruina avec des gueuses.
Il était gendre et beau-frère des ducs de Coislin et n’eut
(1) Voyez notre Monographie du château de Gien.- Blakchabd, dans sa
Compilation des lois, col. 2020-2021, cite les provisions de la charge
de lieutenant-général au gouvernement de Touraine données à Réné
Ysoré, marquis de Plumartin, et en date, à Sully, du 1 er avrill652.
Il cite ensuite d’autres lettres en date, à Gien, du même jour. La cour
serait donc restée à Sully jusqu’au 1 er avril; mais peut-être les provi-
visions dont il s’agit contiennent-elles une erreur de date, des autorités
imposantes assurant que la cour avait quitté Sully dès le 30 mai.
(2) Maximilien-Pierre-François-Nicolas de Béthune, duc de Sully,
pair de France, prince d’Henrichemont et de Boisbelle, né le 27 sep¬
tembre 1664, du mariage de Maximilien-Pierre-François de Béthune
avec Marie-Antoinette Servien, fille du garde-des-sceaux Châteauneuf.
Ce dernier (Maximilien-Pierre-François) était fils du prince d’Henri¬
chemont, petit-fils du grand Sully et de Charlotte Séguier. Il mourut au
chftteau de Sully, au mois de juin 1694.
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— 141 —
pas d’enfants. Il avait peu servi et paraissait peu à la cour.
Le chevalier de Sully, son frère, hérita de sa dignité et eut
les bagatelles qu’il avait du roi. C’étaient les gouvernements
de Gien et de Mantes et une petite lieutenance de roi en
Normandie. Tout cela ensemble de 8,000 livres de rente ;
mais cela convenait à leurs terres. »
Ce chevalier de Sully (1), devenu duc et pair par la mort
de son frère, tient par deux côtés à l’histoire philoso¬
phique et littéraire du xvm® siècle ; il épousa la fille de
Madame Guyon et. protégea les débuts de Voltaire.
Mademoiselle Marie-Jeanne Guyon avait épousé en pre¬
mières noces le fils aîné du malheureux surintendant Fou-
quet. C’était une belle personne que distinguaient les grands
yeux, le port noble, le front haut, la parole assurée et
entraînante qui avaient fait le succès et les malheurs de sa
mère. Jeune, elle avait participé à ces conversations exta¬
tiques, à ce commerce à la fois chaste et exalté que
M me Guyon entretint avec Fénelon et que la calomnie hu¬
maine accusa faute de les comprendre. Elle avait suivi sa
mère à Saint-Cyr et avait été reçue comme elle dans l’inti¬
mité de M m ® de Maintenon que les doctrines quiétistes sédui¬
sirent un moment. M m ® Guyon, puissante alors par ses rap¬
ports avec une grande communauté ascétique, les Barnabites,
et par son intimité avec les duchesses de Chevreuse, de Cha-
rost et de Beauvilliers, avait profité de son influence pour
unir sa fille avec le comte de Vaux, fils aîné de Fouquet.
Restée veuve et sans enfants, forcément séparée de sa
mère, alors enfermée à Vincennes, M rae de Vaux avait trouvé
dans le chevalier de Sully un ami tendre et dévoué dont
elle n’avait pas tardé à partager les sentiments.
Mais cette liaison avait scandalisé la famille de Sully. La
(l)Maximilien-Henri de Béthune, baptisé en 1669, mort le 2 fé¬
vrier 1729.
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— m -
duchesse du Lude, tante du chevalier, veuve, riche et sans
enfants, repoussait de toutes les forces de son indignation
une alliance avec la fille d’un entrepreneur du canal de
Briare.
« Elle promettait au chevalier, dit Saint-Simon, de lui
donner tout son bien pour un mariage sortable et le mena¬
çait de l’en priver s’il poussait à bout un attachement si
disproportionné et apparemment stérile. Mais l’affaire en
était faite dans le plus grand secret pour ne pas révolter la
duchesse du Lude et couler ainsi le temps en écartant tous
les mariages jusqu’à sa mort que l’âge et une goutte conti¬
nuelle laissaient voir peu éloignée.
« Ce manège dura si longtemps qu’il les ennuya tous
trois... Il fallut employer bien des amis, des préparations,
des motifs de conscience pour disposer la duchesse du
Lude à souffrir un aveu si amer. Toutefois on y parvint ;
elle prit la chose en pénitence, reçut froidement son neveu,
lui permit de déclarer sou mariage et ne lui fit pas de
mal. »
Saint-Simon trace ensuite le portrait de la nouvelle du¬
chesse :
« Elle avait beaucoup d’esprit, beaucoup de monde, de
la lecture et de l’ornement, une beauté romaine, de beaux
traits, un beau teint et la conversation très-aimable, avec
beaucoup d’amis de tous les genres et assez choisis en hom¬
mes et en femmes. Sa réputation fut toujours sans reproche :
elle n’eut jamais d’autre attachement que celui qui fut cou¬
ronné par la persévérance et, depuis même que le mariage
secret leur avait tout permis, les bienséances et les dehors
furent exactement observés. Le commerce de l’un et de
l’autre avec leurs amis était honnête et sûr ; le duc de Sully
en avait beaucoup et avait toujours été fort au goût du
monde, mais jamais de celui du roi. Quoique gros, c’é¬
tait le meilleur danseur de son temps; son visage et
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— 143 —
sa figure étaient agréables avec beaucoup de grâce et de
douceur. Toujours pauvre, toujours rangé et se soutenant
de peu avec honneur, peu d’esprit, mais sage, il avait servi
toute sa vie avec beaucoup de valeur, mais peu de for¬
tune. »
XII.
lies deux exils de Voltaire à Sully.
Tel était le couple qui, deux fois en trois ans, offrit l’hos¬
pitalité à Voltaire. Il y a quelques traits à reprendre dans le
portrait qu’on vient de lire.Voltaire, pour le moins aussi bon
juge que Saint-Simon en fait d’esprit, faisait grand cas de
celui du duc de Sully. De plus, ce grand seigneur ne vivait
pas tout-à-fait d’une façon aussi pauvre et aussi rangée que
Saint-Simon veut bien le dire. Il escomptait un peu la suc¬
cession de la duchesse du Lude qui la lui fit attendre assez
longtemps (1). Jusqu’à l’époque de son mariage, qui eut lieu
le 14 février 1719, il vécut dans la familiarité des roués les
plus célèbres de la régence. L’hiver dans son hôtel du fau¬
bourg Saint-Antoine, l’été et l’automue dans sa terre de
Sully, il réunissait tout un cénacle de beaux esprits et de
grands seigneurs amis des lettres, tous également incré¬
dules et épicuriens. On voyait habituellement à sa table ou
dans son salon le prince de Conti, le duc de Vendôme, le
grand prieur, frère de ce dernier, le chevalier de Rohan-
Chabot, celui qui, dans la suite, eut un démêlé si fâcheux
avec Voltaire, le marquis de La Fare, l’abbé de Bussy,
l’abbé Servien, oncle du maître de la maison, l’abbé de
(1) Elle mourut le 25 janvier 1726. V. le P. Anselme, Généalogie de
Béthune.
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Chaulieu, l’un des commensaux les plus assidus du
château de Sully et enfin l’abbé Courtin dont nous par¬
lerons tout-à-l’heure. Si l’on excepte ce dernier, tous ces
abbés, riches commendataires pour la plupart, n’étaient que
des séculiers tonsurés et n’avaient d’un abbé que le titre.
Voltaire avait été introduit dans cette libre et spirituelle
société par Châleauneuf, son parrain, et ce parrain, ami de
Ninon de l’Enclos, était encore un abbé. La causticité du
jeune poète, son esprit si souple et si caressant quand l’or¬
gueil n’était pas en jeu, la verve ironique avec laquelle il
maniait le ridicule, toutes ces qualités et tous ces défauts
séduisirent les commensaux de l’bôtel de Sully. Le duc sur¬
tout fut sous le charme. Quoiqu’ait dit Saint-Simon de son
peu d’esprit, il aimait les vers et même sacrifiait aux muses,
comme on disait alors. Voltaire écrivait de lui à l’abbé
Servien :
Il est connu chez le dieu du Permesse,
Grand sans fierté, simple et doux sans bassesse,
Peu courtisan, partant homme de foi
Et digne enfin d'un oncle tel que toi.
Ce fut en 1716, au mois de mai, que Voltaire vint,
pour la première fois, habiter Sully. Il avait alors vingt-
deux ans. La voix publique, qui se trompe assez sou¬
vent, lui imputait la paternité de deux petites pièces saty-
riques, l’une contre le régent, l’autre contre sa fille. Vol¬
taire les a toujours répudiées et, bien qu’elles figurent dans
les meilleures éditions de ses œuvres, on ne sait encore à
quoi s’en tenir sur ce point.
Mais on ne prête qu’aux riches et le jeune poète avait
déjà sur la conscience plus d’une peccadille de ce genre. Il
fut envoyé à Tulle ; puis, sur la demande de son père, à
Sully-sur-Loire où, grâce à l’amitié qui le liait aux familiers
du duc de Béthune, il espérait trouver une hospitalité
agréable. Il passa à Sully l’été et l’automne de 1716.
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— 14b —
« 11 y a peut-être quelques gens qui s’imaginent que je
suis exilé, écrivait-il à un de ses amis; mais la vérité est
que M. le régent m’a ordonné d’aller passer quelques mois
dans une campagne délicieuse où l’automne amène beau¬
coup de personnes d’esprit, et, ce qui vaut mieux, des gens
d’un commerce aimable, grands chasseurs pour la plupart,
et qui passent ici les beaux jours à assassiner les perdrix :
Pour moi, chétif, ou me condamne
A rester au sacré vallon ;
Je suis fort bien près d'Apollon,
Mais assez mal avec Diane.
Dans une autre lettre adressée à la marquise de Mimeure,
lettre mélangée de vers et de prose, comme il savait les
faire, il insiste sur celte vie aimable et facile qu’il coule à
Sully :
Je vous écris de ces rivages
Qu’habitèrent plus de deux ans
Les plus aimables personnages
Que la France ait vus de longtemps,
Les Chapelle, les Manicamps,
Ces voluptueux et ces sages
Qui, rimants, chassants, disputants
Sur les bords heureux de la Loire,
Passaient l’automne et le printemps
Moins à philosopher qu’à boire.
« Il serait délicieux pour moi de rester à Sully, s’il
m’était permis d’en sortir. M. le duc de Sully est le plus
aimable des hommes, et celui à qui j’ai le plus d’obligation.
(Il revint bien dans la suite de celte opinion et de cette re¬
connaissance.) Son château est dans la plus belle situation
du monde ; il y a un bois magnifique dont tous les arbres
sont découpés par des polissons ou des amants qui se sont
amusés à écrire leurs noms sur l’écorce.
t. xi. 10
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- 146 —
À voir tant de chiffres tracés
Et tant de noms entrelacés,
Il n'est pas malaise de croire
Qu'autrefois le beau Céladon
A quitté les bords du Lignon
Pour aller à Sully-sur-Loire.
« Il est bien juste qu’on m’ait donné un exil agréable,
puisque j’étais absolument innocent des indignes chansons
qu’on m’imputait. Vous seriez peut-être bien étonnée si je
vous disais que, dans ce beau bois dont je viens de vous
parler, nous avons des nuits blanches comme à Sceaux.
M me de la Vrilliére (c’était la châtelaine de Chàleauneuf-
sur-Loire, domaine princier à cinq lieues de Sully), qui
vint ici pendant la nuit faire tapage avec de Listenai,
fut bien surprise d’être dans une grande salle d’ormes,
éclairée d’une infinité de lampions, et d’y voir une magni¬
fique collation servie au son des instruments et suivie d’un
bal où parurent plus de cent masques habillés de guenillons
superbes. Les deux sœurs trouvèrent des vers sur leur
assiette; on assure qu’ils sont de l’abbé Courtin. Je vous les
envoie; vous verrez de qui ils sont. »
Les vers étaient assez médiocres. On peut les lire dan»
les poésies mêlées de Voltaire où ils portent le titre de
Nuits blanches de Sully . Quant à l’abbé Courtin, qu’on en
supposait l’auteur, c’était, comme l’abbé Servien, son ami,
un aimable épicurien, homme de plaisir en tout temps et
homme d’église à ses moments perdus (1). 11 était fils d’un
(1) Il était en effet engagé dans les ordres : c'est ce qui résulte de
l’épitrc de Voltaire à M me de Gondrin sur le péril qu'elle avait couru en
traversant la Loire. Ou y lit :
L'abbé Coortin qui pleurait,
En voyant votre heure dernière,
Adressait à Dieu sa prière,
Et pour vous tout bas murmurait
Quelque oraison de son bréviaire
Dont à peine il se souvenait.
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conseiller d’Etat et, de plus, familier du prince de Vendôme,
grand prieur de France. Bien choyé, bien nourri, ami delà
littérature facile et des petits vers galants, l’abbé Gourtin
était le poète de Sully. Il tenait l’emploi en chef, et l’auteur
d 'Œdipe ne venait qu’après lui, tout en lui prêtant quelque¬
fois sa plume. Il n’est resté de l’abbé Courlin que cinq
épitres imprimées ou plutôt perdues dans les œuvres de
Gbaulieu; mais il parait qu’il brillait surtout dans ces
œuvres badines, moitié vers, moitié prose, que le voyage de
Chapelle et de Bachaumont avait mises à lamode.Le pa¬
resseux abbé se réservait la prose à faire et abandonnait à
son jeune confrère
L’emploi flatteur et dangereux
De rimer quelques vers heureux (1).
« Je travaille ici quelquefois, écrit Voltaire au comte de
Bussi, au nom de M. l’abbé Gourtin,- qui me laisse le soin de
faire en vers les honneurs de son teint fleuri et de sa croupe
' rebondie. »
Get aveu et plusieurs autres passages de la correspondance
du jeune poète à cette époque éclairent sa position à Sully
et le pied sur lequel il y vivait. Malgré les droits que l’esprit
a eus de tout temps en France, malgré les licences et les
empiètements qu’on lui permettait à celte aurore de la
régence, il était bien difficile que le fils de l’ancien notaire
au Châtelet ne se trouvât pas un peu dépaysé au milieu des
grands seigneurs qui formaient l’entourage habituel du duc
de Sully. Cette aristocratie ennuyée voulait avant tout être
distraite; elle riait volontiers à ses propres dépens et per¬
mettait bien des irrévérences à qui savait l’amuser. Mais
quand elle était coudoyée de trop près, elle savait fort bien
reprendre le pas et remettre les usurpateurs à leur place.
(1) Lettre de Voltaire au prince de Vendôme, 1716.
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Voltaire, à cette date de 1716, était loin encore d’avoir
acquis cet art que depuis il poussa si loin, d’être, avec les
grands, familier sans insolence et libre sans effronterie. Un
jour qu’à la table du duc de Sully, le prince de Conti venait
de lire d’assez mauvais vers de sa façon que, vu la qualité
de l’auteur, les connaisseurs hésitaient à critiquer. Voltaire
ouvritle feu : « Voyons, dit-il, sommes-nous ici tous princes
ou tous poètes? » Le prince était trop grand seigneur pour
relever cette judicieuse impertinence, mais on sait qu’à
quelque temps de là le chevalier de Rohan se montra moins
accommodant.
Rien d’étonnant donc que le jeune Arouet, exilé à Sully,
ait cherché à se créer un guide et un appui dans ce monde
si différent de celui où il était né, une sorte de parrain intel¬
lectuel destiné à répondre de ses péchés et à les endosser
au besoin. Il n’était pas fâché aussi de se rendre utile, de
payer cette large hospitalité dont il profitait, autrement que
par des saillies et de la belle humeur. Il se faisait donc le
secrétaire de ce bon abbé devenu, par une longue posses¬
sion, le commensal nécessaire du château et pour qui le duc
de Sully nourrissait un attachement presque filial. L’abbé
en effet avait été l’ami du dernier duc. Dans ce château si
hospitalier aux poètes, il avait vu défiler Chapelle et
Bachaumont, Desbarraux, Chaulieu et môme Voiture, quoi¬
qu’il prétendît n’être pas assez vieux pour avoir connu ce
dernier (1). A la longue, il avait fini par être de la maison,
et c’était sur lui que le duc de Sully se reposait du soin de
recevoir les écrivains et de continuer à leur égard les libé¬
rales traditions de sa famille.
L’abbé Courtin passait l’année presque entière à Sully.
Voltaire prévoyant que, malgré les démarches de ses
illustres amis, il lui faudrait sans doute rester dans ce châ-
(1) Lettre de Voltaire au prince de Vendôme, 1716.
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— 149 —
teau après le départ du maître, s’arrangeait pour passer
gaiement l’hiver en tête-à-tête avec ce vieillard aimable et
indulgent. L’abbé, quoique grisonnant, n’était nullement
rigoriste :
Sur son front respecté du temps
Une fraîcheur toujours nouvelle,
-Au bon doyen de nos galants,
Donne une jeunesse éternelle,
disait de lui son jeune collaborateur. C’était, de tous points,
un bon compagnon qui avait beaucoup vu, beaucoup étudié,
qui parlait d’or et donnait d’aussi bons conseils sur la poésie
que sur l’amour, deux matières dont il traitait ex professô.
11 présidait aux corrections A'Œdipe, il discutait le plan des
premiers chants de la Henriade, et il recueillait les confi¬
dences amoureuses du jeune écrivain.
Voltaire, en effet, tout en cherchant des rimes sous les
ombrages de Sully, avait rencontré quelque chose qu’il ne
cherchait pas et qu’on n’est jamais fâché de rencontrer à
son âge : une passion qu’il crut sérieuse et qui fut par¬
tagée.
XIII.
MademoUelle de Llvry.
Ici se place l’un des épisodes les moins connus et cepen¬
dant les plus curieux,de la jeunesse si agitée de Voltaire.
Nous n’y voulons toucher qu’avec la réserve et la gravité
pleine de ménagements que commande tout travail histo¬
rique, si modeste que soit son cadre. Peut-être même
l’eussions-nous absolument passé sous silence s’il n’avait
pour nous cette double recommandation de tenir intime¬
ment à l’histoire du château de Sully, et d’être resté à peu
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— 150 —
près inconnu des nombreux biographes de Voltaire. Le
marquis de Luchet, qui n’a pas consacré moins de six vo¬
lumes à la vie de l’écrivain illustre dont il fut l’ami, parait
avoir absolument ignoré celle histoire; les autres biographes
de Voltaire n’en parlent que sommairement, et sans même
connaître le vrai nom de i’héroïne; le dernier d’entre eux,
et non l’un des moins méritants, M. G. Desnoiresterres,
trompé par ce nom patrononymique auquel était joint un
nom de terre, a vu deux personnages là où il n’y en a
qu’un et, par suite, a prêté à ces deux personnages, dont
l’un est de pure invention, des actions identiques et dont la
ressemblance aurait dû l’éclairer. Ses articles sur Voltaire,
d’abord édités dans la Revue des Provinces , viennent d’être
réutiis en un volume qui a paru sous ce titre : La jeunesse
deVoltaire. La publication du présent épisode que nous avons
faite nous môme, dans la Revue contemporaine, au mois de
décembre 1866, lui a permis dé rectifier ses erreurs, et, de
notre côté, nous emprunterons à son consciencieux ouvrage
quelques détails nouveaux qui compléteront les données
que nous avions d’abord recueillies sur l’béroïne de cette
aventure. Ces données, nous les devons à des documents
authentiques existant chez un notaire de Sully et que son
amicale complaisance a mis à notre disposition. Outre qu’ils
jettent quelque jour sur le fond même de l’intrigue, ils per¬
mettent de préciser la position sociale, la famille et la des¬
tinée de celle qui y joua le principal rôle. Ces révélations
curieuses ont aujourd’hui d’autant moins d’inconvénients
qu’elle est morte depuis plus de quatre-vingts ans et sans
laisser de postérité : nous aurons d’ailleurs égard, dans
celte version nouvelle, aux observations qui nous ont été
présentées par un homme honorable, allié éloigné de sa
famille.
M lla Suzanne-Catherine Gravet de Livry était, à quelques
mois près, du môme âge que Voltaire. Fille d’un conseiller
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— 151 —
secrétaire du roi au bureau des Finances (1), elle résidait à
Paris; mais elle venait ordinairement passer le temps des
vacances chez son oncle, M. Joseph de Corsembleu, que ses
fonctions mettaient en rapports journaliers avec les maîtres
du château de Sully. M. de Corsembleu était'en effet pré¬
sident de la chambre souveraine de la principauté d’Henri-
chemont, avocat et procureur général-fiscal du duché de
Sully, et maire héréditaire de la petite ville de ce nom. 11
était de plus ami des lettres dont la culture devint une tra¬
dition dans sa famille. A tous ces titres il était fort choyé du
duc de Sully et de l’abbé Courtin : ainsi s’explique comment
Voltaire fit sa connaissance et celle de sa nièce; ainsi s’ex¬
plique aussi comment cette dernière contracta de bonne
heure le goût des arts.
C’était la mode à cette époque de jouer la comédie à la
campagne. Toute maison seigneuriale avait son théâtre.
Celui de Sully occupait le premier étage du donjon : on sait
que nous appelons ainsi le grand bâtiment flanqué de
quatre tours qui a vue sur la Loire; il subsiste encore
quelques débris de ce théâtre, et un crayon intelligent re¬
constituerait sans trop d’efforts les panneaux dorés et les
grisailles qui couvraient les murs de la salle. Les acteurs
étaient assez nombreux et choisis parmi les beaux esprits
qui affluaient au château ; mais le personnel féminin était
plus difficile à recruter. M Uo de Livry, qui avait ou qui
croyait avoir une vocation innée pour le théâtre, remplis¬
sait dans cette troupe aristocratique l’emploi de jeune pre¬
mière. Voltaire l’aidait de ses conseils, lui faisait répéter
ses rôles, la formait au grand art de dire et de s’identifier
avec l’esprit de l’auteur. Cela nécessitait de nombreuses
(1) Elle était fille de François Gravet de Livry, écuyer, conseiller
secrétaire du roi, maison, couronne de France et de ses Finances, et
de Catherine Coulon, son épouse.
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entrevues, et il paraît que, dans ces tête-à-tête, il fut sou¬
vent parlé d’autre chose que des œuvres de Destouches et
de Régnard.Toujours est-il qu’il existait encore, il y a moins
de trente ans, dans le parc de Sully, une allée qui avait re¬
tenu, de ces dramatiques entretiens, le nom d’allée des Sou¬
pirs. Jeunes tous deux, doués tous deux d’un cœur tendre et
facilement inflammable, le maître et l’élève semblaient si
bien faits l’un pour l’autre que, dans ce château hospitalier
où l’on professait les principes d’une morale très-indnlgente
en matière d’amour, leur passion mutuelle n’étonna per¬
sonne.
La postérité, qui tend à simplifier les choses et à ne pas
trop charger sa mémoire, n’accepte ordinairement d’un
homme célèbre qu’un portrait unique, type populaire et
connu de tous, sans doute parce qu’il est celui qui se rap¬
proche le plus du caractère général de sa vie et de ses
œuvres. Voltaire, pour le commun des hommes, est ce
vieillard cacochyme, affublé d’une douillette, d’une perruque
à marteau, d’une canne à bec de corbin, et dont le nez
flasque couvre une bouche démeublée et qui laisse, sur ses
lèvres minces, errer le sourire railleur qui résume sa vie.
C’est le Voltaire du Théâtre-Français.
Tel n’était pas assurément le Voltaire de Sully et de l’allée
des Soupirs. 11 existe du Voltaire de cette époque un beau
portrait de Largillière, dont une copie a été placée à Ver¬
sailles, dans la salle des Académiciens. L’original avait été
peint pour M 1U de Livry qui, sur la fin de ses jours, le donna
à Madame Denys (1). L’auteur de la Henriade nous y ap¬
paraît, non pas
Maigre, long, sec et décharné,
(1) Paillet de Wàrcy, t. II. Note sur l’épitre les Vous et les Tu. Nous
parlerons plus loin en noie de ce portrait avec plus de détails.
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comme lui-même se peignait en 1716 (1), pour mieux faire
ressortir, par l'effet du contraste, le portrait de l'abbé
Courtin,
Gras, rond, gros, court et séjourné;
mais dans la fraîcheur légèrement effacée et déjà virile de
ses vingt-quatre ans, le front large et pur, l’œil pétillant et
baigné de lumière, le nez fort, mais bieif attaché, la bouche
rieuse et expressive, tel enfin qu’il était à Sully quand il
toucha le cœur de M Ue de Livry.
Il n’est pas aussi facile de se faire une juste idée de cette
dernière ; car nous ne considérons pas comme suffisam¬
ment authentique un portrait conservé dans une maison de
Sully et qu’on donne pour le sien. Pour ;la connaître ou
plutôt pour la deviner, le mieux est encore de recourir à
Voltaire lui-même. Malheureusement la littérature du
xviii* siècle ne se piquait pas d’exactitude dans ses pein¬
tures. Elle voyait la nature à travers la mythologie et em¬
pruntait à ses divers règnes toutes sortes de comparaisons
impossibles. Un front d’albâtre, des dents d’ivoire, un cou
de cygne, un teint de rose, voilà les vagues métaphores
dont elle se contentait pour peindre une femme ; bien
différente en cela de l’école réaliste de nos jours qui pousse
jusqu’à la crudité l’abus du terme technique et dont les
descriptions pourraient au besoin servir de signalements à
la police. Voltaire, peignant, dix ans après les débuts de sa
liaison avec elle, celte femme regrettée malgré ses trahi¬
sons et ses dédains, se borne à ces traits sommaires :
Le ciel ne te donnait alors
Pour tout rang et pour tous trésors
Que les agréments de ton âge,
Un cœur tendre, un esprit volage,
Un front d'albâtre et de beaux yeux.
(1) Lettre à M. le prince de Vendôme.
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— 484 —
Avec tant d'attraits précieux
Bêlas ! qui n'eut été friponne T
Tu le fus, objet gracieux !
Et, que l'Amour me le pardonne!
•Tu sais que je t'cn aimais mieux.
Si ces vers, qui pourraient s’appliquer à tant d’autres,
n’apprennent pas grand’chose sur la physionomie de celle
qui les inspira, ils éclairent au moins son naturel. Nous
dirons tout-à-l’heure l’acte de perfidie auquel ils font allu¬
sion ; revenons, pour le moment, aux débuts de M 11 ” de
Livry dans le grand art des Champmeslé et des Clairon. Il
est probable qu’elle se faisait un peu d’illusion, aussi bien
que son amant, sur la portée de son talent et qu’elle pre¬
nait pour une vocation sérieuse ce qui n’était qu’un ardent
désir de briller. Il paraît toutefois qu’elle était douée d’une
intelligence assez fine et qu’elle jouait avec esprit le rôle de
la Lisette des Folies amoureuses. Les succès qu’elle obtint
devant le public indulgent et poli du château do Sully lui
enflèrent le cœur et elle rêva de débuter devant un public
moins choisi et par cela même plus difficile. Voltaire, nous
l’avons dit, s’occupait alors de son Œdipe ; il en avait lu
des fragments qui avaient singulièrement frappé les con¬
naisseurs. Désireux d’associer sa jeune amie à ses succès fu¬
turs» il lui promit que, s’il conquérait jamais une position
autorisée au théâtre, il en profiterait pour l’y faire entrer.
L’hiver dispersa les hôtes de Sully : M lle de Livry retourna
à Paris. Voltaire, que deux passions impérieuses appelaient
dans cette ville, l’amour et la soif du bruit, Voltaire mit
tout en œuvre pour obtenir sa grâce du régent. Les puis¬
sants amis qu’il s’était créés s’employèrent en sa faveur.
Les rancunes de Philippe d’Orléans n’étaient jamais bien
longues : sept ou huit vers licencieux dans lesquels le jeune
poète jetait la plus infâme accusation aux hommes hono¬
rables qui avaient fait son éducation furent le prétexté du
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pardon : le régent sourit et fut désarmé. Voltaire put donc
retourner à Paris et revoir celle qu’il aimait : mais un nou-
vel orage ne tarda pas à fondre sur lui et à l’en séparer.
Le 17 mai 1717, accusé d’être l’auteur d’une satyre indé¬
cente intitulée Les j’ai vu qu’on sut depuis être de Lebrun,
il fut jeté à la Bastille où il resta onze mois. Il fut ensuite
interné à Cbâtenay, lieu de sa paissance. On faisait alors
grand bruit d’Œdipe qui allait, disait-on, opérer une révo¬
lution dans l’art dramatique et que la Comédie-Française
s’était résolue à monter. L’auteur obtint plusieurs permis¬
sions pour venir de temps à autre en surveiller les répéti¬
tions (1). La pièce fut représentée le 18 novembre 1718 :
le succès éclatant qui l’accueillit valut au poète un entier
pardon et lui rendit les bonnes grâces du régent; il en pro¬
fita pour tenir la promesse faite à M 1Ie do Livry et pour lui
obtenir un ordre de début à la Comédie-Française. Com¬
ment une jeune fille de cette condition arriva-t-elle ainsi à
monter sur les planches ? Ce ne fut pas probablement sans
une sérieuse opposition de la part de sa famille ; mais au¬
cun renseignement ne nous est parvenu sur ce point et
nous ne pouvons que conjecturer les luttes que cette déter¬
mination dut entraîner. Toujours est-il que M 1Ie de Livry
débuta à la Comédie-Française le 24 avril 1719 dans le rôle
de Jocasle, que son amant lui avait bien des fois fait répé¬
ter et qui était le plus important des rôles féminins de la
nouvelle tragédie. M u * Desmares, qui l’avait créé, venait
(1) On 14 dans la collection des ordres du roi conservée aux archives
de la Préfecture de police :
dl avril 1718. Le sieur Arouet, prisonnier à la Bastille, sera rendu
libre et relégué au village de Châlenay, près Sceaux.
10 mai 1718. Permission de revenir à Paris pour vingt-quatre
heures.
1** juillet 1718. Permission de revenir à Paris pendant huit jours.
8 août 1718. Permission de rester encore à Paris pendant un mois;
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de tomber malade et songeait à prendre sa retraite. Les
comédiens n’auraient pas été fâchés de rencontrer une artiste
en état de la suppléer. Malheureusement le talent de la
débutante ne répondit point à leur attente ; le rôle de Jocaste
avait trop d’ampleur pour elle et dépassait notablement ses
forces. Elle ne le joua que deux fois et dut se rabattre sur
la comédie. L’accent légèrement berrichon qu’elle avait con¬
tracté aux lieux où s’étaient écoulées ses premières années
(car le Berry commence à Sully-sur-Loire) prêta à rire à ses
nouveaux camarades et, en particulier, à l’acteur Poisson
qui s’en égaya ouvertement (1). Voltaire prit fait et cause
pour sa maîtresse et s’emporta contre Poisson; mais plus
hardi en paroles qu’en actions, il refusa d’échanger un coup
d’épée avec lui et préféra porter plainte au lieutenant de
police, lequel termina l’affaire à sa satisfaction en envoyant
le comédien au For-l’Evêque.
Six semaines après cette aventure, Voltaire recevait de
nouveau l’ordre de quitter Paris et, cette fois encore, il était
victime d’une accusation imméritée : on lui attribuait les Phi-
lippiques, le plus odieux pamphlet d’une époque qui en a
produit de si abominables. Telle est du moins la version de
presque tous les biographes de Voltaire. Mais il est difficile
de croire que le gouvernement, si bien au fait de toutes les
intrigues de la petite cour de Sceaux qui avait inspiré et qui
propageait ces odes venimeuses, ait pu se tromper sur leur
(1) Ces détails sont empruntés à une lettre de Caumartin de Boissy
à la marquise de La Cour de Balleroy, en date du 3 mai 1719, conser¬
vée 4 la bibliothèque Mazarin et publiée par H. Gustave Desnoires-
lerres dans une série d’articles intitulés les Etapes de Voltaire ; Revue des
Provinces du 15 avril 1865, p. 81. C’est dans ces articles que M. Desnoi-
resterres a commis au sujet de M Ue de Livry la singulière méprise que
nous relevons plus haut et qu'il vient d’ailleurs de rectifier sur nos
indications, au cours de l’intéressant volume dont nous avons rendu
compte dans l’étude intitulée : Les récents écrits sur Voltaire. Revue
contemporaine du 15 septembre 1867, 2 e série, t. LIX.
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auteur ; etil est moins probable encore, s’il avait cru y recon¬
naître la main de Voltaire, qu’il se fut borné à une répression
si clémente. Lagrange-Chancel, le véritable auteur de ces
vers infâmes qui arrachèrent des larmes au régent (1), fut en
effet, aussitôt après leur apparition, dénoncé par l’indigna¬
tion publique, ouvertement accusé par le duc de la Force,
son ennemi, confident intime du régent, poursuivi et tra¬
qué par les exempts du duc de Berwich, qui commandait
en Guyenne, et enfin livré par trahison et enfermé aux îles
Sainte-Marguerite où il resta deux ans. Selon toute vrai¬
semblance, le doux exil infligé à Voltaire fut dû aux rela¬
tions qu’il entretenait avec ce pamphlétaire qui, vers cette
époque, lui adressa une épître sur le succès d'Œdipe.
La répression d’un tort si léger ne pouvait être que bé¬
nigne. Assujetti seulement à quitter Paris, libre de porter
sa tente partout où il lui plairait de résider, Arouet se dé¬
cida pour Sully où il était sûr de retrouver M 1Ie de Livry
qui, en effet, ne tarda pas à l’y suivre. Le mauvais accueil
qu’elle avait reçu du public et de quelques-uns de ses ca¬
marades de la Comédie-Française ne l’avait pas dégoûtée
du théâtre : elle poursuivait au contraire avec ardeur l’idée
de s’y faire une place et un nom. Que ce fût plutôt entête¬
ment que vocation réelle, peu importe. Elle avait une revan¬
che à prendre et Voltaire pouvait la lui procurer. A son ins¬
tigation il employa ses loisirs de Sully à écrire un rôle moins
accablant que celui de Jocaste et mieux approprié à la na¬
ture du talent de sa jeune amie. Le sujet choisi, il y travailla
avec l’ardeur qu’il mettait à toutes choses : il voulait
qu ’Artémire (c’était le nom de la nouvelle tragédie) pût
être, vers la fin de l’automne, essayée sur le théâtre de
Sully, avant d’être soumise au goût difficile de Messieurs de
la Comédie-Française.
(1) Saint-Simon, t. XVII, p. 297 de l’édition Sautelet.
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- 158 —
La passion des deux amants n’était plus alors un secret
pour personne : elle avait acquis cette notoriété que le théâ¬
tre inflige à tous ceux qui l’approchent. En perdant de son
mystère elle avait aussi perdu de sa tranquillité et plus d'un
orage en avait déjà troublé l’azur. Une autre passion, éclose
au bruit des applaudissements, s’était en quelque sorte im¬
posée au brillant auteur d'Œdipe qui n’avait pu résister au
plaisir vaniteux de se voir remarqué par la femme d’un
héros et l’objet de ses attentions (1). M !U de Livry avait
donc, là aussi, une revanche à prendre et, s’il faut en croire
Voltaire lui-môme, elle avait le cœur trop tendre etf esprit
trop volage pour se piquer d’ètre plus fidèle envers son
amant qu’il ne l’était envers elle. Nous avons cité plus haut
les vers où le poète fait allusion à celle mésaventure. Il
nous reste à dire quel fut l’homme qui mil ainsi à l’épreuve
la philosophie du futur auteur de laHenriade.
Gomme cela arrive presque toujours, c’était un de ses
meilleurs amis. M. de la Faluère de Génonville avait débuté
avec Thiriot et Voltaire dans celle étude du procureur
Alain où il se griffonnait plus de madrigaux que de requêtes.
On a de lui quelques poésies qui sont loin de justifier l’es¬
time que Voltaire professait pour elles dans sa jeunesse (2),
(1) Allusion à la passion de la maréchale de Villars pour Voltaire.
Une note de Clogenson fait connaître que le poète avait connu celte
dame dans la seconde quizaine de novembre 1718, après l’une des pre¬
mières représentations d'Œdipe. Pendant son exil de 1719, il partagea
son temps entre Sully, le Bruel, terre du duc de laFeuillade, et Vaux-
Villars, l’ancien château de Fouquet, devenu la propriété du maré¬
chal de Villars. 11 écrivait à cette époque à la marquise de Mimeure :
< M. le duc et M™* la duchesse de Sully vont à Villars et me voilà,
malgré moi, dans la nécessité de les y aller trouver. On a su me dé¬
terrer dans mon ermitage pour me prier d’aller à Villars, mais on ne
m’y fera point perdre mon repos. Je porte à présent un manteau de
philosophie dont je ne me déferai pour rien au monde. »
(2) Voyez l’épltrc aux mânes de H. de Génonville.— Dans une
lettre qu’il nous a adressée, U. G. Desnoireslerres conteste que H. de
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M. de Génonville arriva à Sully pendant l’été de 1719. C’é¬
tait Arouet lui-même qui l’y avait appelé avec cet esprit
d’aveuglement dont les poètes comiques ne dotent ordinai¬
rement que les maris :
Avec l'abbè Courtin je vis ici tranquille...
Venez nous voir un beau matin,
Venez, aimable Génonville ;
Apollon, dans ces climats,
Vous prépare un riant asile :
Voyez comme il vous tend les bras
Et vous rit d’un air facile.
Ce n’était pas seulement le dieu de la poésie qui s’apprê¬
tait à fêter l’arrivée du jeune conseiller. Voltaire, tout
aveuglé qu’il était, finit pourtant par ouvrir les yeux ; mais
il résolut d’agir comme s’il fût resté aveugle. La Noue nV
vait pas encore écrit ces jolis vers :
Le bruit est pour le fat, la plainte est pour le sot;
L’honnôte homme trompé s’éloigne et ne dit mot.
Voltaire trompé ne se conduisit ni en fat, ni en sot, ni
même en honnête homme. Dès celte époque la vanité l’em¬
portait chez lui sur tout autre sentiment, sur le soin même
de sa dignité. Le cœur de M 11 " de Livry lui importait bien
moins que le succès à'Artémire.
L’intrusion de Génonville à Sully ne nuisit donc en rien
à l’achèvement de la tragédie. Artémire fut jouée sur le
théâtre du château et obtint un succès qu’elle était loin de
mériter. 11 s’agissait d’une femme vertueuse, persécutée par
un mari qu’elle n’aimait pas, sujet trop banal pour être
bien intéressant. Il n’en reste aujourd’hui que quelques
fragments et un beau vers sur les lieutenants d’Alexandre :
Sujets sous Alexandre et rois après sa mort.
Génonville, qui était de famille parlementaire, ait débuté par être clerc
de procureur ; et nous devons dire que ce fait, qui n’est mentionné
que par un seul biographe de Voltaire, n’est pas suffisamment établi.
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— 160 —
Mais les hôtes de Sully étaient trop favorablement dis¬
posés et surtout de trop bonne compagnie pour se montrer
des appréciateurs bien sévères. Les compliments polis par
lesquels ils accueillirent la pièce et l’actrice donnèrent aisé¬
ment le change à l’auteur, très-disposé à s’illusionner sur
le mérite de l’une et de l’autre. Il eut donc recours à ses
appuis ordinaires pour obtenir du régent la permission de
revenir à Paris (1) et l’on apprit bientôt qu 'Artèmire allait
paraître sur les planches de la Comédie-Française sous les
traits de M lle de Livry.
La première représentation eut lieu le 15 février 1720.
La pièce et saprincipale interprète furent accueillies par des
sifflets. On murmurait dès la fin de l’exposition ; on siffla
à la fin du premier acte et une véritable tempête accueillit
le second. Indigné de cet outrage qui lui était doublement
sensible, l’auteur-amant saute de sa loge sur le théâtre et
essaie de haranguer les spectateurs. Dans le premier mo-
(1) Il est certain qu’il était encore à Sully dans la seconde moitié
du mois d’octobre 1719. Cela'résulte d’un acte authentique, en date
du 19 de ce mois, reçu par Frogier, notaire à Sully, et par lequel
Voltaire proteste de nullité un billet qu’il a, dit l'acte « suby à l’âge
de 13 ans, au profit d’une femme nommée Thomas , de la somme de
500 livres, sans aucune datte ni cause. »
Dans cet acte, l’auteur de la Henriade se qualifie : « fils mineur du
sieur Arouet, trésorier de la chambre des comptes. » La majorité était
alors fixée à l’âge de 25 ans.
Cette énonciation, émanée de Voltaire lui-même, prouve qu’il est
né le 20 novembre 1694 et non le 20 février de la môme année, comme
lui-même tentait de le faire croire, lorsqu’il écrivait à Damilaville le
20 février 1765 : « J’entre aujourd'hui dans ma soixante-douzième
année, car je suis né en 1694, le 20 février, et non le 20 novembre,
comme le disent les commentateurs mal instruits. » Il avait ses rai¬
sons pour se vieillir ainsi de près d’une année, et M. Berriat-Saint-
Prix les a révélées. V. Notice en tête de son édition de Boileau , p. 12.
Si Voltaire, comme il l’affirme dans cette lettre, était né le 20 février
1694, il eût atteint 25 ans le 20 février 1719 et n’aurait pu se dire
mineur dans l’acte du 19 octobre de cette même année.
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— 161 —
ment le bruit augmente, les sifflets redoublent ; on se de¬
mande quel est cet intru qui se permet de protester ainsi
contre l’arrêt du public. Mais bientôt on reconnaît l’auteur
d'Œdipe, on se laisse gagner à ses raisons et l’on finit par
écouler la pièce et l’actrice et même par leur accorder quel¬
ques bravos. Le coup toutefois avait porté ; dès le lende¬
main Voltaire se remettait à l’œuvre et corrigeait sa tragédie
qui reparut.huit jours après, le 23 février, considérable¬
ment modifiée ; mais il ne pouvait en même temps corriger
les vices de diction de M Ue de Livry : ce fut M u ' Lecouvrèur
qui prit le rôle d’Artémire.
Comment la jeune actrice supporta-t-elle cette blessure
faite à son amour-propre ? Nous manquons de renseigne¬
ments sur ce point ; mais nous supposons que la liaison des
deux amants, déjà fort affaiblie par de mutuelles infidéli¬
tés, reçut de cette blessure un coup mortel. Quelques mois
après l’échec d 'Artémire, Voltaire répondant, par une
épître en vers, au duc de Sully qui l’engageait à venir, selon
son ordinaire, passer la fin de l’été aux bords de la Loire
en compagnie de Génonville, Voltaire parlait de la trahison
dont il avait été l’objet avec un détachement et une légè¬
reté qui prouvent suffisamment que celte perfidie avait
laissé peu de ressentiment dans son âme. Peut-être aussi
n’était-il pas fâché de montrer que, s’il avait été victime,
du moins n’avait-il pas été dupe :
J’irai chez vous, duc adorable,
Vous dont le goût, la vérité,
L'esprit, la candeur, la bonté
Et la douceur inaltérable
Font respecter la volupté
Et rendent la sagesse aimable...
Pour notre petit Génonville,...
Il me paraît très-empressé
D'abandonner pour vous la ville...
T. XI. U
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— 462 —
Il a toujours le même style
Et toujours la même gaîté.
Je sais que, par déloyauté,
Le fripon naguère a tâté
De la maîtresse tant jolie
Dont j’étais si fort entêté.
Il rit de cette perfidie
El j’aurais pu m’en courroucer :
Mais je sais qu’il faut se passer
Des bagatelles dans la vie (1).
Ainsi , pour l’auteur de ces vers faciles, la perte de
Mlle de Livry n’était qu’une bagatelle. Il va plus loin : dans
une autre épître adressée à Génonville lui-même, il donne
à entendre qu’on pouvait s’épargner le soin de le tromper et
qu’il eût volontiers prêté ce qu’on s’était cru obligé de lui
ravir :
Toi dont la délicatesse,
Par un sentiment fort humain,
Aima mieux ravir ma maîtresse
Que de la tenir de ma main y
Tu me vis sans scrupule en proie à la tristesse :
Mais je t’aimai toujours tout ingrat et vaurien ;
Je te pardonnai tout avec un cœur chrétien
Et ma facilité fit grâce à ta faiblesse.
Cette facilité alla plus loin encore que ces vers ne l’indi¬
quent : loin d’être blessée de l’injurieuse complaisance de
son premier amant, M Ile de Livry lui conserva dans son
cœur une place qu’il ne répudia point et il put écrire dix ans
après :
Nous nous aimions tous trois. Que nous étions heureux !
(1) Il est question dans cette épître de la mort imminente de Chau-
lieu, auquel on venait d'administrer les derniers sacrements. Chaulieu
mourut le 27 juin 1720, ce qui établit la date approximative de cette
pièce de vers.
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— 463 -
La mort de M. de Génonville, arrivée trois ans après ce
voyage auquel le duc de Sully le conviait, resserra encore
des liens plutôt relâchés que rompus. On en trouve la
preuve dans l’épître que Voltaire adressait en 1723 à M. de
Gervasi, célèbre médecin qui l’avait guéri de la petite-
vérole (1). Celte liaison, si légère à la fois et si tenace, se
prolongea jusqu’à son départ pour l’Angleterre qui eut lieu
à la suite de l’insulte qu’il reçut du chevalier de Rohan.
S’il fallait en croire une tradition précieusement conservée
dans la ville de Sully et confirmée par une biographie de
Voltaire, ce serait dans le château même de Sully qu’aurait
eu lieu l’indigne vengeance de ce grand seigneur. Mais des
témoignages nombreux ne permettent pas d’adopter celte
version. L’abbé du Vernet, qui tenait de Thieriot et de
Voltaire lui-même des renseignements précis sur la vie de
ce dernier, établit que ce fut à Paris, en décembre 1725, à
la porte de l’hôtel de Béthune où il dînait ce jour-là, qu’il
reçut le sanglant outrage par lequel le chevalier de Rohan
justifiait, loin de l’effacer, le mot cruel qu’il voulait venger :
« Je suis le premier de mon nom et vous le dernier du
vôtre. » On sait que Voltaire, demandé à la porte pour une
bonne œuvre, fut saisi par un valet qui le maintint pendant
qu’un autre lui appliquait des coups de canne. A quelques
pas de là, le chevalier observait le spectacle de sa voiture. -
« Voltaire, dit du Vernet, rentre dans l’hôtel et demande
au duc de Sully de regarder cet outrage fait à un de ses
convives comme fait à lui-même. Il le sollicite de se joindre
(1) Les éditeurs de Kehl pensent en effet que c’est de M u » de Livry
qu’il est question dans les derniers vers de cette épitre. Voyez la re¬
marque sur l’épître connue sous le nom des Vous et des Tu. Quant à
Génonville, les éditeurs de Voltaire le font mourir en 1720, mais des
lettres de Voltaire, publiées chez Didier en 1857, prouvent qu’il vi¬
vait encore en 1722. M. Desnoireterres a trouvé la date de son décès
qui est du 9 septembre 1723.
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à loi pour poursuivre la vengeance et de venir chez le com¬
missaire en certifier la déposition : le duc de Sully se refuse
à tout. Cette indifférence de la part d’un homme qui, depuis
dix ans, le traitait en ami, l’irrite encore davantage : il sort
et, depuis ce moment, il ne voulut plus entendre parler du
duc. »
Ainsi finirent en effet les relations de Voltaire avec le duc
de Sully ; il reste à dire comment se termina sa liaison avec
M lle de Livry.
A la suite de l’inutile provocation qu’il adressa au che¬
valier de Rohan, l’auteur â'Œdipe fut jeté à la Bastille, et
ensuite contraint de s’exiler en Angleterre (mai 1726).
M n# de Livry l’y avait précédé. Après avoir une seconde fois,
et d’une façon aussi malheureuse que la première, tenté
fortune à la Comédie-Française, elle s’était engagée dans
une troupe comique qui partait pour Londres. Dans l’hô¬
tellerie où elle logeait résidait un Français de distinction, le
marquis de Gouvernet, qui s’éprit d’elle et demanda sa main.
Soit fierté naturelle, soit qu’un autre attachement occupât
son cœur, l’actrice répondit par un refus aux offres géné¬
reuses de son compatriote. Toutefois elle accepta de lui un
don qu’elle regardait probablement comme sans valeur :
c’étaient cinq billets de la loterie des Indes. Trois de ces
billets sortirent : « La petite Livri, écrit Voltaire à la prési¬
dente de Bernières, la petite Livri, qui avait cinq billets à
la loterie des Indes, vient de gagner trois lots qui valent dix
mille livres de rente, ce qui la rend plus heureuse que tous
les chevaliers de la Toison. » Hâtons-nous de dire que le
hasard n’était pour rien dans une rencontre si peu vraisem¬
blable. Pour vaincre les résistances de l’actrice, le marquis
avait fait imprimer une fausse liste et enrichi celle qu’il
aimait sans paraître contribuer à sa fortune.
Un procédé si délicat méritait une récompense. Toutefois
il ne parait pas que celle qui en était l’objet se soit hâtée de
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couronner les vœux de son généreux protecteur. C’est seu¬
lement trois ans après ce curieux événement qu’elle unit
enfin son sort au sien.
Un des nombreux biographes de Voltaire prétend que le
contrat de mariage du marquis et de l’actrice fut passé à
Paris, dans la maison même de Voltaire. Il fait certainement
erreur sur ce point.
Voltaire, comme on peut s’en assurer par sa correspon¬
dance, ne revit Paris qu’à la fin de 1728. Or, le contrat de
mariage de M lle de Livry avec Messire Charles-Frédéric de
la Tour-du-Pin de Bourlon, marquis de Gouvernet, ce
contrat, que nous avons tenu entre les mains, est du
24 janvier 1727. Un des témoins du marquis fut Armand
Arouet, trésorier de la Chambre des comptes, celui que
Voltaire appelait son Janséniste de frère (1). C’est peut-être
la présence de ce dernier au contrat qui a causé l’erreur que
nous rectifions ici.
A son retour d’Angleterre, un des premiers soins de
Voltaire fut de se présenter à l’hôtel de Gouvernet. Le
suisse de la nouvelle marquise lui refusa la porte. Le poète,
que M Ue de Livry n’avait point accoutumé à un tel accueil,
lui envoya aussitôt l’épître connue sous le nom des Fous
et des Tu, qui se termine par ces jolis vers :
Non, Madame, tous ces tapis
Qu'a tissus la Savonnerie,
Ceux que les Persans ont ourdis,
Et toute votre orfèvrerie.
Et ces plats si chers que Germain
A gravés de sa main divine ;
Et ces cabinets où Martin
A surpassé Part de la Chine ;
(1) C'est dans Pépttre au duc de Villars, datée de 1721, que se trouve
cette qualification si souvent citée que Voltaire donnait à son frère.
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— 166 —
Vos vases japonais et blancs,
Toutes ces fragiles merveilles ;
Ces deux lustres de diamants
Qui pendent à vos deux oreilles ;
Ces riches carcans, ces colliers,
Et cette pompe enchanteresse,
Ne valent pas un des baisers
Que tu donnais dans ta jeunesse.
Il fat reçu pourtant : son exclusion était une erreur du
suisse; mais, dès les premiers mots, il dut comprendre que
M œo de Gouvernel était bien décidée à enterrer M 11 ’ de Livry.
Il fit briller pour elle toutes les facettes de son merveilleux
esprit ; il lui parla de Sully, de leur pauvreté, de leur douce
imprévoyance d’autrefois, du mauvais fiacre où il la pro¬
menait à Paris,
Sans laquais, sans ajustements,
De ses grâces seules ornée ;
et des maigres soupers « qu’elle changeait en ambroisie. »
Il parla même de cet ami commun mort depuis longtemps
déjà.
Elle s’attendrit à ces souvenirs. Ils relurent ensemble
quelques vers que Génonville avait autrefois adressés à l’un
et à l’autre, et la marquise, redevenue pour un moment
M n * de Livry, baigna le papier de ses larmes. C’est en sor¬
tant de cet entretien que Voltaire écrivit l’épitre aux mânes
de M. de Génonville, épitre qu'il n’eût jamais publiée si,
chez lui, la vanité littéraire ne l’eût emporté même sur la
délicatesse. L’équivoque situation d’autrefois y était ré¬
sumée dans les deux hémistiches que nous citions tout-à-
l’heure :
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Nous nous aimions tous trois.Que nous étions heureux ! (1)
Une amitié si compromettante, et à ce point indiscrète,
nétait pas le fait de M me de Gouvernet. En devenant riche,
elle était devenue sage. Voltaire fut doucement éconduit. Il
ne la revit plus qu’à un demi-siècle de là, en 1778, dans le
voyage triomphal qu’il fit à Paris pour y mourir. M œ * de
Gouvernet était veuve alors, âgée comme Voltaire de plus
de quatre-vingts ans; mais, bien différente de son ancien
séducteur, elle fuyait le bruit et vivait dans la retraite, les
bonnes œuvres et la dévotion. Le beau portrait dont nous
avons parlé était pourtant demeuré dans sa chambre
comme un dernier lien entre cette vie d’austérités et les
tendres entraînements de sa jeunesse. Voltaire pour elle
était resté tel que l’avait peint Largillière, et peut-être, à
force de regarder cette fraîche et mâle physionomie, était-
elle arrivée à croire qu’elle aussi n’avait pas vieilli. Elle fut
sans doute cruellement désillusionnée et dut faire un triste
retour sur elle-même quand elle vit devant elle ce vieillard
podagre dont le corps flottait dans une vaste pelisse, cette
tête perdue dans une perruque de laine, surmontée d’un
bonnet fourré, et où rien ne paraissait vivant qu’un œil
pétillant encore de malice. Le lendemain la peinture de
(1) Voici le passage dans son entier :
O mon cher Génonville! avec plaisir reçoi
Ces vers et ces soupirs que je donne & ta cendre,
Monument d’un amour immortel comme toi.
Il te souvient du temps où l’aimable Egérie
Dans les beaux jours de notre vie,
Ecoutait pos chansons, partageait nos ardeurs.
Mous nous aimions tous trois. La raison, la folie,
L’amour, l’enchantement des plus tendres erreurs,
Tout réunissait nos trois cœurs.
Que nous étions heureux 1.
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— 168 —
Largillière était chez M me Denys (1). Pour Voltaire, il avait
dit en revenant de celte visite : « Ah ! mes amis, je viens
de passer d’un bord du Cocyte à l’autre. » Il mourut quel¬
ques semaines après celte entrevue, et M m# de Gouvernet
ne lui survécut que de cinq mois (2).
XIV.
Le Sully actuel. — Couelu clou.
Il faut clore ici cette monographie du château de Sully
que ne recommande plus aucun fait digne d’intérêt et glisser
légèrement sur la série de ses derniers détenteurs. L’his¬
toire d’un château n’est pas celle de ses propriétaires : elle
ne s’y lie qu’autant que ces derniers ont dignement mêlé
leur souvenir aux grands souvenirs qu’il rappelle,et, parles
événements dont ils l’ont rendu témoin, ajouté à sa propre
illustration.
Bornons-nous à dire ici que ce duc de Sully qui refusa,
dans un cas si grave, son assistance à l’écrivain dont il se
disait l’ami, mourut à Paris le 2 février 1729. Voltaire re-
(1) Note du Voltaire de l'édition de Kehl et Paillet de Wàrcy, t. II,
note de l’épttre les Vous et les Tu. Le portrait dont il est ici question
fut donné par Madame Denys à la marquise de Villette. D'autres pré¬
tendent que c'était Voltaire lui-méme qui l'avait offert à cette dernière.
Au mois de novembre 1865, lors d'une vente mobilière qui eut lieu
après le décès du dernier marquis de Villette et dans son château, ce
portrait fut adjugé moyennant 6,200 fr. (V. Journal du Loiret du
20 novembre 1865.) Voltaire y est représenté en habit bleu, le chapeau
sous le bras, la main gauche passée dans le gilet.
(2) Elle mourut le 28 octobre 1778, dans sa quatre-vingt-quatrième
année, après avoir, par son testament, reçu parDulion, notaire à Paris,
le 12 octobre 1777, institué pour son légataire universel son cousin,
M. Joseph-Jacques de Corsembleu de Livry, avocat en Parlement.
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venait alors de son exil d’Angleterre où il avait donné la
première édition complète de La Henriade et substitué le
nom de Du Plessis-Mornay à celui de Sully, vengeance pué¬
rile, mais la seule qui fût en son pouvoir. Maximilien-Henri
de Béthune fut enterré à Sully, dans un caveau de l’église
de Saint-Ythier, où dormaient déjà plusieurs de ses an¬
cêtres, et qui, profané pendant la Révolution, a été rétabli,
il y a une dixaine d’années, par les soins du curé de cette
église.
Par sa mort, le duché-pairie de Sully passa à la branche
des ducs et comtes d’Orval, dont l’auteur était François de
Béthune, fils puîné du grand ministre et de sa seconde
femme. Au moment de la Révolution, le représentant de
cette branche était Maximilien-Gabriel-Louis de Béthune.
Il reçut Lafayette dans son château, lorsque cet illustre
homme politique retint de son premier voyage d’Amérique.
Partisan des idées nouvelles, mais compromis par le grand
nom qu’il portait, il crut donner un gage à la Révolution
en démantelant ses tours de ses propres mains. Sa veuve,
Hortense d’Espinay Saint-Luc, devenue héritière du do¬
maine de Sully par la perte d’un fils unique, mort célibataire,
institua pour son légataire universel un parent collatéral de
son mari, M. Marie-Louis-Eugène comte de Béthune,
décédé le 1" mai 1812, dont le fils aîné est en ce moment
propriétaire de la Terre de Sully.
Aujourd’hui ce château démantelé attend encore unemain
réparatrice. Les pierres de ses créneaux gisent dans l’avant-
cour;ses tours montrent leurs brèches béantes où végète
l’herbe amie des ruines ; une belle statue du grand Sully,
en marbre blanc, couchée dans la cour intérieure, sous une
baraque de planches, réclame depuis bien des années un
piédestal digne d’elle. Cette statue, que Rachel de Coche-
filet avait fait sculpter par un artiste italien et élever à la
mémoire de son mari dans une galerie basse du château de
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Villebon, devint, après la Révolution, la propriété du musée
des monuments français et fut, en 1841, rendue à la famille
de Béthune (1).
Tout cet ensemble est triste, triste comme tout ce que
l’homme abandonne, triste comme tout ce qui s’en va. Ce
n’est pas une ruine, nous l’avons déjà dit : une ruine a sa
poésie ; elle est ce que le temps l’a faite et nul ne songe à
y toucher. Ici, en présence de celte destruction mal réussie,
accomplie à regret sans doute et en quelques heures parle
maître de cette noble demeure, on se sent pris d’un vague
désir d’effacer cette ruine manquée, de remettre en place
ces créneaux si bien conservés, de réparer ces brèches où
les grands arbres n’ont pas encore eu le temps d’enfoncer
leurs racines. Partout ailleurs, sur les bords de celte Loire,
si peuplée naguère de ruines analogues, des miracles de
restauration ont été accomplis ; ici le miracle reste à faire :
il se fera.
Il est commencé déjà dans l’intérieur du château. Au
premier étage du donjon, un vaste salon est à demi-
restauré, et l’on y a rassemblé presque toutes les peintures
éparses dans le château. Un beau portrait en pied de
Henri IV occupe le centre de ce petit musée : la tête, dit-
on, a été peinte par François Porbus. Autour de ce prince,
qui porta à son apogée la fortune des Béthune, sont rangés,
comme d’obscurs satellites autour du soleil duquel ils
(1) L’abbé de l’Ecluse a donné la description de cette statue : « Elle
est, dit-il, un peu plus grande que nature et représente le duc de Sully,
armé du cou en bas, portant une couronne de laurier sur sa tête et le
manteau ducal sur ses épaules ; le bras droit allongé et tenant le bâton
de maréchal de France ; la main gauche appuyée sur l’écusson de ses
armes. Ce bâton, aussi bien que le casque qui est à côté de la statue à
gauche, garni de ses panaches, sont taillés dans le même bloc. Tout ce
morceau est si fini, si beau, qu'il peut aller de pair avec les monu¬
ments de la Grèce et de Rome. »
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— 171 —
empruntent leur lumière, les principaux membres de cette
famille, depuis Anne de Melun, l’aïeule du grand ministre,
jusqu’au dernier duc de Sully. Mais il reste beaucoup à faire
pour compléter cette longue suite de diplomates, de person¬
nages ecclésiastiques et de guerriers.
On chercherait vainement dans cette galerie le portrait
d’un seul La Trimouille ; ce qui prête quelque vraisem¬
blance à l’assertion de Pierre Chastignier, qui prétend que
le ministre de Henri IV, en prenant possession de son
château ducal, ût vendre à l’encan les portraits des anciens
maîtres de Sully.
De curieuses et respectables tapisseries, malheureuse¬
ment mutilées, couvrent le plancher. Les hautes et naïves
figures se tournent le dos dans des situations impossibles ;
les légendes gothiques coupées par un ciseau vandale sont
rapprochées sans souci du sens, et il faut du temps pour
deviner qu’on a sous les yeux les travaux d’Hercule (1),
bizarrement accouplés aux aventures du roi Priamus,
égorgé aux pied des autels par le prince Pyrrhus,, et de la
reine Hécuba, crevant les yeux de Polymnestor, roi de
Thrace, qui avait massacré le dernier de ses fils.
De cette salle à laquelle on arrivait autrefois par la tour
aujourd’hui écroulée, on entre dans cette galerie, la plus
grande qui soit en France après celle-de Montargis, au dire
de l’abbé de l’Ecluse. Les touristes de nos jours habitués à
mesurer de leurs pieds plébéiens les longues galeries, les
(1) « La tapisserie des travaux d’Hercule, qui pare la salle de Sully,
« me vient de M. de Nemours de la Garnache, qui me paya en celte
« monnaie un fort beau cheval d’Espagne que je lui avais vendu
« 1200 écus. » Mém. de Sully refondus par l’abbé de l’Ecluse, t. I",
p. 144. — Ce que nous disons des tapisseries de Sully était écrit vers
1860 : on nous assure que, depuis celte époque, elles ont été restau¬
rées avec un peu plus de soin et que quelques-unes ont été placées
sur les murailles'.
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splendides enfilades des palais royaux, seront loin sans
doute de partager la naïve admiration du bon abbé pour
cette salle, de proportions au fond assez modestes, et qui
n’a plus rien de remarquable que sa nudité et son délabre¬
ment (1). Sans les souvenirs que nous avons évoqués et qui
la recommandent, elle mériterait à peine un coup d’œil.
C’est là pourtant, c’est sur le théâtre qui garnissait le fond
de cette salle et dont les planches gisent sur le sol, c’est
devant ces toiles peintes dont les lambeaux pendent à la
muraille que Voltaire fit représenter Œdipe et Arthémire ;
c’est là que parut M Uo de Livry; c’est là que, plus tard, un
enfant de Sully,parent de M Ue de Livry et protégé de Voltaire,
esprit aimable, mélangé d’atticisme et d’afféterie, fit jouer
l’ Impertinent , spirituelle peinture de la fatuité, où l’auteur
se copiait lui-même (2). Cette porte de fer, rongée par la
rouille, fermait l’entrée des archives, précieux dépôt res¬
pecté par la révolution et qui livrera sans doute de curieux
secrets à l’investigation historique le jour où son proprié¬
taire jaloux permettra qu’on en secoue la poussière. La
haute cheminée pratiquée dans le pignon de gauche, à
l’ouest, a disparu ainsi qne les cartouches et les emblèmes
frondeurs que Sully y avait dessinés et vous chercheriez
vainement au-dessus de celle qu’on lui a substituée ce ta¬
bleau dont parle l’abbé de l’Ecluse qui représentait
Henri IV « sur un parfaitement beau cheval alezan. »
La salle des gardes occupait tout le rez-de-chaussée du
donjon au-dessous de la galerie. Les appartements parti¬
culiers de Sully étaient d’assez médiocre étendue. Lui-même
(1) Il est juste de remarquer toutefois que, dans le principe, tout
le premier étage du donjon ne formait qu'une seulé pièce. 11 existe,
dans le château même, un modèle en relief des bâtiments exécuté dans
le dernier siècle, et qui est fort exact. Note de M. Viollet*le-Duc.
Dict. d'arch ., t. III, p. 162.
(2) Demahis appartenait à la famille de Corsembleu. Il naquit à Sully,
le 3 février 1722.
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déclare qu’il n’y avait rien de logeable au château au moment
où il en ût l’acquisition (1) : la partie bâtie sous Louis XV
n’était qu’un gros mur où il pratiqua une étroite galerie,
et l’on se demande comment il s’y prenait pour loger dans
le peu de chambres habitables qu’on voit aujourd’hui la
nombreuse famille et la suite princière qu’il hébergeait.
Sans doute que ce château possédait de vastes communs
aujourd’hui détruits. Trois pièces seulement, situées dans
le corps de logis attenant à la tour de Béthune, à gauche de
la porte d’entrée, ont gardé des traces incontestables de la
présence de l’illustre homme d’Etat. Une salle assez som¬
bre, mal éclairée sur les fossés par deux croisées d’inégale
largeur et aujourd’hui métamorphosée en salle à manger,
était, dit-on, sa chambre à coucher. Nous aimons mieux
croire que c’était là son cabinet de travail et qu’il couchait
au-dessus de celte pièce, dans la vaste chambre aujourd’hui
transformée en salon et dont la cheminée est, comme celle
de la salle dont nous parlons, ornée de canons en sautoir,
de bombes et de grenades fulminantes, insignes de la di¬
gnité de grand-maître de l’artillerie. Ce sombre cabinet du
rez-de-chaussée communique en effet à la tour de Béthune
qui renfermait à la fois l’imprimerie et l’arrière-cabinet où
travaillaient les secrétaires rédacteurs des Sages et royales
(économies.
Là rien n’a été changé et le temps seul a fait son œuvre
de destruction. Le portrait de Sully est au-dessus de la
porte de son cabinet de travail ; celui de sa petite fille,
encore enfant, au-dessus de la cheminée. Des grenades et
des canons font encore briller dans l’intersection des boi¬
series leurs ors rougis par les années : dans les caissons
du plafond planent des aigles aux ailes éployées pressant
la foudre dans leurs serres et prêts à la porter « quo jussa
jovis, » comme le dit la légende.
(1) (Economies , t. IV, p. 171, col. Petitot.
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Le plafond et les murs de l’arrière-cabinet étaient et sont
encore entièrement revêtus de panneaux peints sur les¬
quels, suivant l’usage de l’époque, la mythologie donne
fraternellement la main à l’Ecriture sainte. Cette pièce, dont
la restauration sera dans bien peu de temps impossible,
est aujourd’hui une office : l’eau, la fumée et les mille of¬
fenses journalières de la vie domestique, achèvent peu à
peu d’effacer les peintures, plus curieuses d’ailleurs par leur
naïveté que par leur mérite : les instruments culinaires cou¬
pent et éraillent la chute de Phaëton et les séductions de
Ruth envers Booz.
Tel est le château de Sully à celte heure, mais non pour
longtemps encore, il faut l’espérer. Nous avons pour gage
de cette espérance les travaux déjà accomplis, si insuffi¬
sants qu’ils soient, et le goût éclairé de son propriétaire.
Là aussi, comme partout ailleurs sur les bords de la Loire,
passera tôt ou tard ce courant irrésistible qui rend leur lus¬
tre et leur vie aux vieilles demeures seigneuriales. Cette
restauration intelligente qui se poursuit depuis trente ans
dans toutes les branches de l’art, ne résulte pas seulement
d’une compréhension plus éclairée du mérite de ces vieux
legs du passé : elle a une cause plus haute et plus respec¬
table encore. C’est le pays même, c’est sa tradition, c’est
son histoire, c’est le lien par lequel toutes les gloires du
passé s’unissent à notre gloire présente , c’est tout cela
qu’il s’agit de remettre en lumière et d’honorer. Envisagées
à ce point de vue, on peut dire que les grandes résidences
historiques sont comme les grands ncms : elles ont leurs
charges et elles obligent.
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NOTES ET DOCUMENTS.
Dans tout le cours de cette monographie, nous avons placé en note,
au bas des pages, les citations ou l'analyse des documents propres à
éclairer le sujet, persuadé que c'est là le meilleur moyen d'engager le
lecteur à jeter les yeux sur cette sorte de renseignements. Nous n’ajou¬
terons ici que trois notes que leur étendue ne nous a pas permis d'in¬
sérer à leur place naturelle : toutes trois sont relatives à la première
période de l’histoire de Sully.
Nous reproduisons, dans la première, l'acte de l'an 1218 mentionné
dans notre premier chapitre et par lequel l'évêque d'Orléans, Manassès
de Seignelai, remet entre les mains du roi Philippe-Auguste la nou¬
velle tour qu'il venait de construire à la tête du pont de Sully.
La seconde relate les principaux documents constatant la vassalité
de la baronie de Sully envers l'èvéché d'Orléans et les obligations qui
en découlaient.
Dans la troisième, nous établissons la généalogie des seigneurs de
Sully, depuis les plus anciens dont l'histoire fasse mention jusqu'à
l’illustre ministre de Henri IV. A partir de ce dernier, la suite des pro¬
priétaires du château a été donnée dans le texte même ou en note au
bas des pages. Si nous n'en avons pas agi de même à l’égard des sei¬
gneurs antérieurs, c'est qu’à nos yeux, l'histoire d’un lieu célèbre
n’est pas celle de ses détenteurs successifs, mais seulement le récit
des événements qui s’y sont accomplis ou dont sa possession a été
le mobile. Nous avons d’ailleurs fait figurer dans cette généalogie le
peu de faits relatifs au château de Sully qui n’avaient pas trouvé place
dans le texte. Les différences qu’on remarquera entre cette liste généa¬
logique et celles qu’a données lé P. Anselme dans son Hisl. généal. de
la maison de France sont dues aux rectifications que nous avons
puisées dans les manuscrits du chanoine Robert Hubert déposés à la
bibliothèque publique d’Orléans. Hubert, sur lequel nous avons écrit
une notice insérée au tome III du Bulletin de la Société archéologique
de l'Orléanais, était contemporain de M. de Netz, évêque d’Orléans,
qui soutint contre Rosny le curieux procès que nous avons raconté :
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— 176 —
il avait reçu la tonsure des mains de ce prélat le 15 juin 1631. D'in¬
times relations Punissaient aux érudits de son époque le plus versés
dans les sciences historiques : Sainte Marthe, Le Laboureur, Cathe-
rinot, La Monnoye, dom Luc d’Achery, Vion-d’Hérouval, Ducange,
Mabillon. Ses travaux ne manquent donc pas d'autorité et offrent au
moins d'utiles moyens de contrôle.
NOTE I.
Comvemtlon entre réféqne d’Orléans et Philippe-Auguste.
Manasses, Dei gratia, Aurelianensis episcopus : omnibus præsentes
liItéras inspecturis, salutem in Domino. Noscat universitas vestra, quod
nos et successores nostri Aurelianenses episcopi, vel illi qui ioco
nostro erunt, excellenlissimo Domino nostro Philippe, illustrissimo
Francorum Régi, vel ejus certo mandato, tenemur reddere, ad magnam
vim et tutelam, præcipuam lurrim novamquam ædificare fecimus apud
Solliacum, quoliescumque voluerit, et nos, vel successores nostri, vel
illi qui loco nostro erunt ab ipso vel ejus mandato super his fuerimus
requisiti. Ita tamen quod , cessante negotio prædicto , quomodo tradita
fuerit, turrim eamdem, in eodem statu et cum omni integritate quà
eam recepit, nobis et successoribus nostris vel nostro successorumque
mandato restituet.
Datum anno gratiæ millecisimo ducent. decimo octavo, mense
Junio.
NOTE II.
Onr lm vassalité de la baronnie de Sully.
Le titre de l’an 1066 qui fut invoqué au procès entre l’évêque d’Or¬
léans et le duc de Sully dont nous faisons l’historique au chapitre VIII
de cette monographie, ne prouve point d’une manière directe et précise
que Giles ou Gilon de Sully, fût vassal de l’Evêché. C'est seulement
par voie d’induction qu’on pouvait arriver à cette conclusion, bien que
le fait ait été reconnu comme patent par l’avocat de Rosny, dans une
production relatée dans les Mémoires de M. de Netz en réponse aux
factums de son adversaire, page 29.
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Ce titre de 1066 n’est connu que par ce qu'en a dit Charles de la
Saussaye dans ses Annales de l'Eglise d'Orléans , liv. 10, ch. 41. On y
voit seulement, qu’au nombre des témoins assistant à cet acte, figu¬
rent trois vassaux ou Casati [de casà) de l’évôché d’Orléans : Everardus
casatus, Eunomius de Monteforti casatus, et Albertus de Piveriis-Cas-
tro casatus. S’il est vrai, comme le soutenait l’avocat Cholet, chargé
de défendre les prétentions du duc de Sully, que les Casati , tant dans
l’Evêché d’Orléans que dans les autres évêchés du royaume, fussent
les grands.vassaux de l’évêque, les barons tenus de le porter à sa pre¬
mière entrée dans sa ville épiscopale et de lui offrir chaque année une
gouttière de cire, ce titre prouverait seulement qu’il y avait, dès l’an¬
née 1066, de ces grands vassaux, de ces Casati astreints à ces charges
et que, par conséquent, il faudrait admettre de deux choses l’une, ou
que le miracle des quatre barons était antérieur à 1066, ou que ce mi¬
racle n’était point la cause de ces obligations. On ne pouvait donc, à
ce qu’il nous semble, tirer de ce document autre chose que l’induction
suivante. Etant reconnu (ce qui du reste fut fortement contesté par
l’Evêque d’Orléans) que les Casati étaient les barons, pairs des évêques,
tenant nûment de l’Evêché et, comme tels, chargés d’ordinaire, en vertu
d’une coutume ancienne et générale, de l’offre de la gouttière et du
port de l’Evêque, on devait conclure que le baron de Sully était, comme
ceux qui sont désignés au titre de 1066, Casatus de l’Evêque, et à ce
titre, soumis à ces deux devoirs. Quant à savoir si la récompense de
ces deux obligations formait tout ce qui était dû par le seigneur de
Sully à l’Evêque pour tout droit de féodalité et de vasselage, c’était là
le fond même du procès, et le titre de 1066 ne jette aucune lumière
sur ce point.
Le plus ancien titre, vraiment clair et démonstratif, qui ait été invo¬
qué pour établir que la baronnie de Sully était mouvante en plein fief de
l’Evêché d’Orléans, ne remonte pas au-delà de la fin du treizième siècle.
Après la mort de Henri III de Sully, arrivée en 1285 [voir la généalogie
ci-après ), sa veuve, Marguerite de Bornez, agissant comme tutrice de ses
enfants mineurs, reconnut qu’ils étaient vassaux de l'Evêché d'Orléans,
par un aveu consigné au registre des fiefs de cet évêché et dont voici
les termes :
a Nobilis mulier de Soliaco, ratione liberorum suorum, tenet a
Domino Episcopo in feudum Castrum et Castellaniam de Soliaco, et
multaFeoda et Retrefeoda qui sita sunt extra Castellaniam et debet ce-
reumSanctæ Crucis, una cum aliis Caseicis hominibus et debet mittere mi-
litem ad portandum Episcopum. »
T. XI. 12
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Henri IV de Sully, arrivé en âge, renouvela cet aveu en 1312 : « Et
inter alia Dominus deSoliaco, qui habet œtatem, intravitin homagium
Domini Episcopi de prœmissis omnibus. »
Il résulte du premier texte qui précède que le baron de Sully avait
le droit de se faire remplacer par un soldat pour porter l'Evêque à sa
nouvelle entrée.
La vassalité dont il s’agit est encore confirmée par un procès-verbal
de l’entrée de l’Evêque d’Orléans, Guido de Prunelay, de l’an 1399,
qui portait ce qui suit: « Ibi unus miles pro Domino rege, seu Domino
Aurelianensi, et Dominus de Sulliaco, et Dominus de Acheriis, et Do¬
minus de Lineriis debent prœsentialiter interesse, nosque recipere de
super collis quatuor prœdictorum, et supponere sub cathedra et nos
portare ad magnum vicum. » Premier factum , p. 5.
Nous avons dit (Ch. VIII) qu’originairement la gouttière de cire de¬
vait être du poids de deux cent treize livres et demie ; mais, à partir
de la transaction dont il va être question, la caisse ou gouttière fut
vide et seulement enduite de cire à sa surface.
Une sentence des requêtes du Palais, en date du 16 avril 1547, ren¬
due au profit de l’Evêque d'Orléans contre Louis de la Trimouille,
avait adjugé au prélat le droit de gouttière et prétendu y contraindre
le seigneur de Sully par saisie féodale, emportant perte de fruits.
Cette sentence fut infirmée par arrêt intervenu sur appel le 4 août
1547, non sur le fait principal, mais seulement sur le fait d’exécution
par voie de saisie. C*est à la suite de cet arrêt, et à la date du 21 juillet
1553, qu’intervint entre Louis de la Trimouille et le cardinal de Meu-
dou, évêque d’Orléans, une transaction par laquelle le droit de ce der¬
nier à la présentation de la gouttière, fut reconnu, et cette gouttière
affurée à la somme de vingt livres (du vieux mot fur qui signifie éva¬
luation, prix, mesure, et qui se retrouve encore dans la locution à fur
et mesure). Des transactions semblables intervinrent entre l’Evêque
d’Orléans et les autres barons, tenus aux mêmes charges que celui de
Sully, et, dès lors, ces barons offrirent simplement, chaque année, un
cierge d’une livre et demie avec une paire de gants et une gouttière
vide, en représentation de l’ancienne. A cette gouttière devait être
attaché un cordeau de chanvre dont l’extrémité était tenue par le gen¬
tilhomme qui la présentait : il paraît, d’après les factums du sieur Cholet,
que cette corde devait être de soie quand c’était le seigneur de Sully lui-
même ou son fils en personne qui présentait la gouttière. Elle était, au
dire de certains auteurs, un symbole des liens dont les barons étaient at¬
tachés lorsqu’ils furent délivrés de la façon miraculeuse que nous avons
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- 179 —
fait connaître. D’après une autre version, tout aussi dénuée de preuves
que la première, l’offrande était une réparation faite à l’Eglise, et le
cordeau rappelait le supplice qu'avait mérité un Seigneur de Sully,
coupable d’avoir assassiné l’Evêque d’Orléans, Ferry de Lorraine, lequel,
au dire de Guillaume Nangis, aurait été tué en 1299 par un gentilhomme
dont il avait déshonoré la fille.
NOTE III.
fiéiéilogte des seigneurs de Sully.
PREMIÈRE MAISON DE SULLY.
I. — Herchenault I er , sire de Sully, qui vivait vers la fin du règne
de Charles-le-Simple, au ix e siècle, est le plus ancien seigneur de
Sully dont on ait trouvé trace. 11 est mentionné par Aimoin, dans le
livre des Miracles de Saint-Benoît , ch. 7 et 16. Il eut deux fils dont le
cadet fut Archambaud, évêque de Tours en lan 986; c’est à ce der¬
nier que Gerbcrt adresse ses épitres 48 et 50 : l’aîné fut :
II. — Herbert, sire de Sully et de la Chapelle. Aimôin rapporte qu'il
ravagea fréquemment les terres de la riche abbaye de Fleury (Saint-
Benoît) dont il était proche voisin : il eut pour fils :
III — Herchenault II, sire de Sully, dès l’an 1000. La Saussaye en
fait mention dans ses annales ecclésiastiques d’Orléans; il fut père de :
IV. — Archambault I er , sire de Sully, dès l'an 1035. Cet Archam¬
bault a été omis par le P. Anselme dans son Hist. généal. de la mai¬
son de France , U II, p. 878 ; mais l’Histoire du Berry de P. Labbe
contient une charte de 1064 où il est mentionné ainsi que son père
et ses deux fils ci-après :
V. — Humbault, fils aîné du précédent, également omis par le P.
Anselme. 11 mourut sans postérité laissant son héritage à son frère cadet
qui suit. V. Hubert , Hist . du pays Orléannois , t. / eP , p. 270. Mss 436 de
la bibl. d'Orléans.
V. — Gilon 1 er , sire de Sully, seigneur de La Chapelle et des Aix-
dam-Gilon auxquels il a donné son nom. Il est mentionné en une
charte de l’an 1083, publiée par Duchesne, dans son Histoire de la
maison de Montmorency et relative à l’abbaye de la Grande-Sauve.
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— 180 —
Au dire d’Orderic Vital ( Hist . ecclésiast ., liv. X, p. 771) il appartenait
par les liens du sang à la famille royale de France : Gilo de Soleio de
nobilissimi Gallorum aniiquus Héros , de familia Henrici regis franco-
rum. Sa femme Hildeburge était sœur du vicomte de Bourges : c’est
par elle que les terres de La Chapelle, des Aix et de Saint-Gondon
sont entrées dans la maison de Sully. Il mourut en l’an 1100 ne lais¬
sant que deux filles. L’une d’elles, nommée Agnès, l’aînée au dire de
Hubert, la cadette selon le P. Anselme, fut la tige de la seconde lignée
des seigneurs de Sully.
SECONDE MAISON DE SULLY.
VI. — Agnès de Sully avait été élevée dans la maison d’Alix
d’Angleterre. Le fils aîné de cette comtesse de Blois, Guillaume,
comte de Chartres, s’éprit d’Agnès et l’épousa contre le vœu
d’Etienne de Champagne, son père. Exclu, pour ce fait, de la succes¬
sion de ce dernier, il prit le nom et les armes de sa femme qu’il trans¬
mit à sa postérité.
Disons ici que ces armes ne sont pas celles que donne Saint-Marthe.
Robert-Hubert, dans le manuscrit cité plus haut, t. I, p. 265, a établi
d’après quatre chartes de l’Hôtel-Dieu d’Orléans, que les véritables
armes de la première maison de Sully étaient d’azur, semé de mo¬
lettes d’or, au lion de même. Les armes de la seconde maison sont
celles de la Trimouille, d’or au chevron de gueules, accompagné de
trois aiglettes d’azur, becquées et membrées de gueules.
VII. — Archambault II, fils de Guillaume de Champagne, épousa
Mahaud de Beaugency, sa parente, dont il eut trois fils. Le troisième
était Eudes de Sully qui, en 1196, succéda, sur le siège archiépiscopal
de Paris, au célèbre Maurice de Sully, ainsi appelé uniquement parce
qu’il était né dans cette petite ville et qui commença la construction
de Notre-Dame-de-Paris. Le premier fils fut :
VIII. — Gilon II qui est mentionné en une charte de Philippe-Au¬
guste de l’an IX du règne de ce prince (1189).
IX. — Archambault III, son fils aîné, mentionné dans l’histoire de
la maison de Châtillon de Duchesne, eut pour héritier :
X. — Henri 1 er , son fils aîné, qui assista, au mois de janvier 1226, à
l’assemblée des barons tenue par Louis VIII, où fut décidée la croi¬
sade contre les Albigeois. 11 eut de Marie de Dampierre, sa femme :
XI. — Henri II, mort en Italie en 1269.
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XII. — Jean, fils aîné de ce dernier, accompagna Saint-Louis à
Tunis et mourut sans enfants, laissant la baronie de Sully à son frère.
XII. — Henri III, bouteiller de France, mort en 1285 pendant le
voyage qu’il fit en Aragon à la suite de Philippe-le-Hardi, laissant la
baronnie de Sully à son fils aîné qui suit :
XIII. — Henri IV, dont la mère, Marguerite de Bornez, agissant
comme tutrice de ses enfants mineurs, les reconnut vassaux de l’é¬
vêché d’Orléans par l’acte cité dans la note qui précède. En 1313,
Henri IV de Sully échangea avec Philippe-le-Long la ville de Château-
Renard contre la châtellenie de Dun-le-Roi. De son mariage avec Jeanne
de Vendôme naquirent dix enfants dont l’aîné :
XIV. — Jean II épousa, en 1320, Marguerite de Bourbon, fille de
Louis I er , duc de Bourbon.
XV. — Louis, né de ce mariage, assista en 1356 à la bataille de
Poitiers. Selon le P. Anselme, t. II, p. 858, ce seigneur, à la date du
13 mai 1375, fit hommage à l’évêque d’Orléans pour la baronnie de
Sully. De son mariage avec lsabeau de Craon, il n’eut qu’une fille qui
suit :
XVI. — Marie de Sully épousa en premières noces Charles de Berry,
comte de Montpensier, fait constaté par les Mss. d’Hubert et que le
P. Anselme a passé sous silence. Le 6 décembre 1381, après la mort de
Charles de Berry, la terre de Sully fut saisie faute d’homme par l’évêque
d’Orléans. Mais, quelques mois après, Marie épousa en secondes noces
Guy VI de La Trimouille, qui prêta foi et hommage à Foulques, évêque
d’Orléans, le jour de la Chandeleur de l’an 1383, et lui paya le rachat
dû à cause de son mariage. (3 e factum pour le duc de Sully et Mss.
d’Hubert.) Le 27 janvier 1400, Marie de Sully contracta une troisième
union avec Charles I er , sire d’Albret, comte de Dreux, qui périt à la
bataille d’Azincourt. Elle eut des enfants de ses deux derniers mariages.
« La maison royale de France, dit Hubert, et la plupart des grandes
monarchies et principautés de l’Europe descendent de cette dame de
Sully par l’une ou l’autre de ses deux dernières alliances. »
SEIGNEURS DE SULLY DE LA MAISON DE LA TRIMOUILLE.
XVII. — Georges, fils de Marie de Sully et de Guy de La Trimouille,
mourut le 6 mai 1445 et fut inhumé dans l’église du château de Sully.
C’est lui qui exerça une si funeste influence sur Charles VII, comme on
l’a pu voir dans le second chapitre de cette monographie; mais les
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services et les exploits de ses descendants rachetèrent amplement ses
méfaits. 11 eut de son mariage avec Catherine de L'Ue Bouchard :
XV11I. — Louis I er , baron de Sully, vicomte de Thouars, prince de
Talmont, né vers 1131, dont le fils aîné fut:
XIX. — Louis 11, qui reçut quatre coups mortels à la bataille de
Pavie, le 24 février 1524. Il avait épousé Gabrielle de Bourbon et eut
de ce mariage un fils, nommé Charles, qui fut tenu sur les fonts de
baptême par Charles VIII, et mourut avant son père à la bataille de
Marignan, le 13 septembre 1515, laissant un fils qui suit :
XX. — François, mort le 7 janvier 1541, laissant de son mariage avec
Anne de Laval :
XXI. — Louis III, premier duc de Thouars, prince de Tarente et de
Talmond, tué au siège de Mesle, le 25 mars 1577. C’est contre lui que
fut rendue, le 16 avril 1547, la sentence relatée dans la note qui pré¬
cède. De son union avec Jeanne de Montmorency naquit en 1566 :
XXII. — Claude, duc de Thouars, pair de France, mort le 25 octobre
1604. C’est lui qui, en 1602, vendit la baronnie de Sully à Maximilien de
Béthune, ministre de Henri IV.
Bien que la suite des seigneurs de Sully ait été donnée dans le texte
à partir de cette époque, nous l’établissons ici d’une manière régulière
et continue, afin quelle lecteur puisse embrasser d’un coup d’œil toute
la série des possesseurs de ce château depuis [le ix e siècle jusqu’à ce
jour.
SEIGNEURS DE SULLY DU NOM DE BÉTHUNE.
XXIII. — Maximilien de Béthune, prince d’Henrichemont et de Bois-
belle, mort le 22 décembre 1641» De son premier mariage avec Anne
de Courtenay il eut un fils, Maximilien II, marquis de Rosny, mort
avant lui, en 1634, laissant de son union avec Françoise de Créqui :
XXIV. — Maximilien-François de Béthune, prince d’Henrichemont,
époux de Charlotte Séguier, mort le 11 juin 1661, dont le fils
XXV. — Maximilien-Pierre-François, mort en juin 1694, avait épousé
Marie-Antoinette Servien, dont il eut :
XXVI. — Maximilien-Pierre-François-Nicolas, décédé le 24 décem¬
bre 1712, sans postérité, laissant le duché de Sully à son frère ci-
après :
XXVII. — Maximilien-Henri, d’abord chevalier de Sully, mort éga¬
lement sans postérité le 2 février 1729. A son décès le duché-pairie de
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Sully passa à la branche des ducs et comtes d’Orval, dont l’auteur était
François de Béthune, issu du second mariage du grand Sully avec Ra-
chel de Cochefilet. En 1729, le représentant de cette branche était :
XXVIIÏ.— Louis-Pierre-Maximilien de Béthune, qui obtint le duché
de Sully en vertu d’un arrêt du conseil d’Etat du 13 mars 1730, rendu
contre les prétentions du comte d’Orval, son grand oncle. Il mourut
sans postérité mâle, et le duché de Sully passa à son cousin qui suit :
XXIX. — Maximilien-Antoine-Armand, appelé en naissant le vicomte
de Meaux, fils de Armand, comte d’Orval. 11 épousa, le 21 février 1749,
Louise-Gabrielle de Châtillon, dont il eut deux fils. L’aîné, Maximilien-
Alexis de Béthune, né le 2 juillet 1750, épousa, en 1767, Henriette-
Rosalie de Baylens-Poyanne et mourut sans postérité ; le second, qui
suit, hérita du duché de Sully, ainsi qu’il résulte d’un acte reçu par
Arnal, notaire A Sully, le 12 ventôse an Vil.
XXX. — Maximilien-Gabriel-Louisde Béthune, dernier duc de Sully,
épousa Alexandrine-Bernardine-Barbe-Hortense d’Espinay Saint-Luc.
De ce mariage naquit un fils unique, mort à Nice sans postérité, en
1807, laissant sa mère pour seule héritière dans les deux lignes. Cette
dernière institua pour son légataire universel un parent collatéral qui
suit :
XXXI. — Marie-Louis-Eugène-Joseph, comte de Béthune-Sully, dé¬
cédé le 1 er mars 1812, époux de Anne-Albertine-Joséphine-Marie de
Montmorency-Luxembourg, dont le fils aîné :
XXXII. — M. Maximilien-Léonard-Marie-Louis-Joseph, comte de Bé¬
thune-Sully, est aujourd’hui propriétaire de la terre de Sully.
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RAPPORT
Par M. B. De MONVEL,
AU NOM DE LA SECTION DES LETTRES,
SUR
LÀ MONOGRAPHIE DU CHATEAU DE SULLY,
DE M. LOISELEUR.
Séance du 15 novembre 1867.
La critique est aisée, nous dit Destouches, dans un vers
trop souvent attribué à l’auteur de Y Art poétique, et il a rai¬
son quand il s’agit de l’œuvre d’un Colasse ou d’un Cas-
saigne; mais en est-il de même quand on a sous les yeux
le produit d’une plume exercée à qui de nombreux et hono¬
rables succès ont depuis longtemps démontré la puissance
de ces moyens, si rarement employés pourtant, conscience
et sagacité dans les recherches, simplicité et clarté dans le
récit.
Aussi n’est-ce que pour remplir la mission qui m’a été
donnée que je demanderai à notre savant collègue pourquoi
il donne place au château de Sully parmi ces résidences
royales de la Loire dont il s’est montré si expert et si pres¬
tigieux résurrectionniste , quand dans son chapitre VI il nous
démontre nettement, au grand regret de nos jeunes amours
pour Sully-sur-Loire, que jamais la tête du bon Henri ne
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— m —
s’est abritée sous les lambris de ce château de si verte vieil¬
lesse? Au surplus, Charles VII à son réveil, Rosny et Vol¬
taire, quoi qu’on dise aujourd’hui de ce dernier, c’est encore
un beau et triomphal souvenir, et certes plus honorable
pour notre contrée que les lais d’amour de telle ou telle
royale prostituée, à ce point dévouée au sang des Valois
qu’elle passait des bras du père à ceux du fils.
Félicitons-nous néanmoins que notre collègue ne se soit
pas tenu rigoureusement captif dans le cadre qu’indiquent
ces deux grands noms de Rosny et de Voltaire par lesquels
il commence son étude. S’il a passé sous silence, à notre
vif regret, la belle et naïve figure de Maurice, le fondateur
de N.-D. de Paris, il nous rappelle avec une hardiesse rare
de trait aussi bien que de couleur le séjour à Sully de notre
Jeanne d’Arc, et, saisissant avec autant de tact que d’à-pro-
pos la singulière rencontre qui, à trois siècles d’intervalle,
réunit en quelque sorte sous le même toit l’héroïne et son
détracteur, il sait avec art, esprit et mesure plaider les cir¬
constances atténuantes d’une page dont doit rougir à trop
de titres l’auteur de Zaïre et de Mérope. La modération et
le sentiment des convenances siéent toujours mieux à la
bouche du juge que l’injure.
L’épisode de La Motte-Potin se déroule lestement à la
cavalière. On suit avec un intérêt soutenu et croissant toutes
les phases de la vigoureuse résistance du vieux et vaillant
catholique et on applaudit en le voyant échapper glorieuse¬
ment au sort que lui souhaitait si charitablement le doux
Théodore de Bèze.
Nous entrons maintenant au château avec le compagnon
d’Henri IV, et les sept chapitres qui vont suivre abondent
en détails des plus intéressants et parfois des pins comi¬
ques sur la vie de Rosny à Sully.
Nous regrettons pourtant qu’au sujet des pots-de-vin notre
collègue ait suivi avec trop de scrupule le texte' du lourd
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Tallemant-des-Réaux. Le mot est digne du Béarnais, mais,
à coup sûr, il ne l’a pas dit comme cela.
Rien de sagace et de précis comme les recherches par
lesquelles M. Loiseleur établit, victorieusement à notre
avis, que jamais Henri IV n’a pu, malgré sa bonne volonté,
prendre gîte au château de Sully. Nos braves gens de Sully
lui en sauront mauvais gré peut être, mais
Vitam impendere vero
c’est la devise de notre cher collègue et dussent les caves
de Sully no lui donner que du crû giennois au lieu de ce
joli vin d’Arbois qu’Henri IV goûtait si bien, et en homme
d’esprit qu’il était, M. Loiseleur a fourni de trop solides
raisons pour ne pas maintenir son assertion.
Ah! c’est un démonstrateur sans égal que notre savant
collègue ! Au flair du bibliographe qui évente un renseigne¬
ment avec plus de sûreté
Quant canis acer ubi lateat sus,
il joint la patience d'un reclus et la force d’induction
d’un bénédictin. Et pourtant ne sommes-nous pas en
droit de lui reprocher de lire trop et peut-être aussi de
ne pas se tenir assez en garde contre chaque paradoxe
qu’il voit poindre, quand pour peindre la morgue et les
allures princières du vieux ministre il avait sous les
yeux le texte primitif des mémoires, j’allais dire des con¬
fessions de Sully. Plaisantons délicatement, ce que M. Loi¬
seleur entend si bien, les travers d’un grand homme,
frappé au cœur du même coup qui avait immolé son digne
maître, et qui, remplacé par ce valet de Goncini, voyait, de
sa retraite, démolir pierre à pierre, pour un temps du
moins, l’édifice politique de son maître, et gaspiller les
ressources que lui-même avait amassées pour asseoir un
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glorieux équilibre et non pour enrichir des ambitions et des
convoitises aussi nulles qu’insatiables. Plaisantons, comme
le fait avec tant de retenue et de convenance notre collègue
dans la légende des quatre barons, mais ne reproduisons
pas ces vieilles histoires d’oubliettes, d’instruments de tor¬
ture et de planche mobile, qui n’était peut-être, après tout,
qu’un ustensile de blanchisseuse ; surtout ne perdons pas
de vue que toutes ces reliques du moyen-âge étaient proba¬
blement au château bien avant Rosny, qui ne les a sans
doute jamais vues.
Henri IV et son ministre sont deux grands hommes, et
qu’on ne doit étudier que par leur grand côté. Tous deux,
et d’un commun accord, ils ont traversé et dominé une
époque de transition où ils ont eu à combattre à l’intérieur
plus vaillamment encore qu’à l’extérieur. Le négatif et son
roi ne pouvaient être populaires auprès de ces grands sei¬
gneurs qui, comme Biron, d’Entragues, Verneuil et tant
d’autres, vendaient la France à l’Espagnol, auprès de cette
queue de la ligue, caque sentant toujours le hareng , qui,
moines ou laïques, ne cessaient d’aiguiser leurs couteaux
contre le restaurateur de l’ordre; mais, grâce à Dieu, ce ne
sont jamais là que des exceptions perdues dans le nombre,
et la foule des bons gentilshommes, des bons prêtres et du
bon peuple appréciait, aimait et applaudissait les auteurs
de l’édit de Nantes, de la paix de Vervins, et de la paix plus
précieuse encore qui convertissait l’épée en soc de charrue.
C’était là la vraie popularité, la seule que doive ambitionner
l’homme de bien, et nous préférerons toujours le récit du
deuil national au 14 mai 1610, tel que nous le font les con¬
temporains* comme l’Estoile, aux appréciations trop à dis¬
tance de M. Lavallée. Surtout nous n’admettrons jamais
qu’un maraudeur qui brise ou arrache un arbre sur une
route le fasse par des motifs de politique. Il cède tout sim¬
plement à ses instincts grossiers de rapine et de déprédation.
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Notre collègue ne réussira pas mieux à démontrer l’impo¬
pularité de Rosny par les ménagements qui entourèrent en
1621 la capitulation accordée à son château de Sully, en
rébellion ouverte contre l’autorité du roi ; mais hâtons-nous
de le dire, en l’absence et probablement contre le gré du
maître, entraîné malgré lui et à son insu peut-être par Bri-
quemault, dont le despotisme soldatesque avait paralysé
l’autorité de la duchesse, et avait converti en rébellion ou¬
verte un acte bien pardonnable de commisération. On ne
transige pas ainsi avec un révolté impopulaire et haï, et
jamais Rosny, s’il eût été réputé rebelle, n’eût été admis
amicalement au camp royal devant Montauban, chargé du
beau rôle de médiateur entre son maître et son fils révolté,
et promu au maréchalat en 1634. La conduite de Rosny a
donc été toujours ce que doit être celle d’un grand ministre
retiré : une parfaite neutralité. On ne le voit pas figurer à
l’assemblée calviniste de 1611, à Saumur, où les réformés,
qui en 1621 en étaient à leur troisième révolte, dépassant
les concessions imprudentes de l’édit de Nantes, organisaient
la France en république consistoriale et la morcelaient en
cercles pendant que les seigneurs, soi-disant catholiques,
s’efforçaient de convertir en principautés indépendantes
leurs grands gouvernements, notamment à Metz, d’Epernon,
l’ancien Mignon, le Vétéran des 45, qu’on n’appelait plus
que le roi d’Austrasie.
Revenons à ces temps par la pensée et reconnaissons
combien furent providentiels Richelieu et même Mazarin,
mais ne taxons pas d’impopularité les hommes de cœur qui,
les premiers, s’efforcèrent d’opposer à ces débordements
les moyens que leur permettaient les circonstances, ou re¬
connaissons tout au moins qu’en des temps pareils l’impo¬
pularité est un titre de gloire.
Ce récit du siège soutenu en 1621 par le château offre
à M. Loiseleur une occasion qu’il ne pouvait laisser échap-
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per de développer les qualités qui le recommandent tant
à l’estime : recherches savantes et judicieusement contrô¬
lées, témoignages aussi précieux qu’incontestables, opé¬
rations progressives si clairement exposées, qu’on voit
tomber l’une après l’autre toutes les positions occupées par
les rebelles et qu’on suit en quelque sorte de l’œil les bou¬
lets qui enfilent la Sange et forcent Briquemault à se réfu¬
gier dans le château et à se remettre à composition. C’est
chose étonnante et rassurante à la fois de voir comme dans
notre pays les actes de la guerre sont saisis et développés
secundum ariem même par les plus pacifiques, car s’il est
un homme pacifique c’est notre cher collègue, et pourtant
César ne déroulerait pas avec plus de précision les rapides
péripéties de ce drame militaire. A lire ces tableaux si
exacts et si animés on se convainc que jamais dans notre
France, dussent*ils n’apprendre la stratégie que dans une
étude, comme Moreau, les bons officiers ne manqueront
aux soldats. Constatons-le assez haut pour qu’on nous
entende au-delà du Rhin.
La discussion se continue pour établir avec une parfaite
certitude que les deux premiers volumes des (Economies
royales furent bien imprimés au château de Sully. Comme
dans tout ce qu’affirme M. Loiseleur, les preuves surabon¬
dent. Il n’y manque que de nous faire toucher du doigt les
débris des presses, et peut-être la fameuse planche dont il
a été déjà parlé, servait-elle seulement à humecter le papier,
comme on le pratique encore aujourd’hui.
Nous assistons ensuite à la décadence progressive de
cette maison qui ne compte qu’un grand homme ayant le
droit de dire comme Lefèvre : Je suis un ancêtre; mais
aussi un ancêtre sans descendance morale. Pourquoi ce
fait, si remarquable pour celui qui approfondit l’histoire,
que ce n’est guère que dans les lettres et dans les arts quo
les talents se soutiennent pendant plusieurs générations ?
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Comment se l’expliquer sinon par cet autre fait que ce sont
les circonstances qui font les grands hommes.
, Arrivons à la fin de cette savante et intéressante étude,
si grâcieusement couronnée par les deux exils de Voltaire
à Sully et ses amours nullement platoniques, mais peut-
être un peu trop philosophiques avec la belle Livry. Telle
est la déchéance de notre nature que nous sommes comme
tout aises de trouver des faiblesses de cœur chez un homme
dont nous n’avions connu jusqu’ici que le suprême bon
sens toutes les fois qu’il n’est pas aveuglé par les fumées
d’une vanité sans égale. Avec quel art charmant sont ra¬
contées les scènes intimes de cette société de viveurs de
bonne compagnie, si légers, si brillants à la surface, si pro¬
fondément corrompus au fond. La nôtre vaut-elle mieux?
grande question que nous ne nous sentons pas capable de
décider, mais s’il est prouvé que le vice est inséparable du
siècle, tel que l’entend la chaire, encore le vaut-il mieux
fleuri, élégant et sentant la poudre à la maréchale que gros¬
sier, cynique et empestant le crottin et la pipe. Certes,
c’est un singulier dévergondage que ce bonheur à trois, qui
scandalise à bon droit notre collègue, mais il fallait qu’il
offrît bien des charmes puisque le revenant de Feraey le
regrettait encore à plus de quatre-vingts ans. D’ailleurs, si
Voltaire, dans ses amours avec M lle Livry n’avait pas si
sagement appliqué ses principes de tolérance, si clairement
démontré que tolérance et indifférence ne se confondent #
pas, M. Loiseleur ne nous eût pas conté et les procédés
ingénieux et galants de M. de Gouvernet, et l’origine des
Fous et des Tu, et comment le beau portrait du jeune
Arouet par Largillière passa des mains d’Egérie octogé¬
naire à celle de Belle et bonne. Nous y perdrions beaucoup.
Au surplus, nous n’avons pas à faire le procès au
xvin 8 siècle, mais à apprécier, quoique indigne, l’œuvre de
notre collègue et c’est de tout notre cœur que nous applau-
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dissons an bonheur aussi bien qu’à la discrétion délicate
qui ne l’abandonne pas un seul instant dans ces recherches
scabreuses pour tout autre que pour le. scrutateur des
amours de Mazarin. Tout cela est dit correctement, fine¬
ment, et avec toute l’élégance que réclamait le sujet.
Peut-être voudrions-nous un peu plus de nerf, une indi¬
gnation moins contenue dans le récit et du lâche outrage
fait à Voltaire par un grand seigneur qui par ce seul acte
imprima et porta malheur, lâche à sa lignée, et du lâche
abandon que se permit de sa propre dignité et de celle de
son hôte, l’arrière petit-fils de Rosny. Mais, comme
M. Loiseleur, nous blâmerions Voltaire d’avoir fait remon¬
ter sa vengeance au bisaïeul et d’avoir supprimé dans la
Henriade jusqu’au nom du compagnon de tous les travaux
de Henri, si la Henriade devait être notre épopée natio¬
nale.
Quant à Duplessis-Mornay, prédicant, soldat et politi¬
que, combattant arte et marte, suivant sa noble devise, il
avait également sa place dans la lutte, et nous ne pensons
pas qu’on doive admettre une substitution imaginée après
coup. Ainsi nous n’aurions qu’à regretter une lacération
qui aurait abrégé la Henriade, et franchement en sommes-
nous bien à plaindre ?
M. Loiseleur termine son savant et attrayant travail par
une description sommaire du château actuel, et il nous
révèle ce fait curieux que la mutilation du vieux château ne
fut ni l’œuvre de Richelieu, ce qu’eût justifié le siège de
1621 , ni celle de la révolution, ménagements qui d’ailleurs
protestent de nouveau contre l’impopularité reprochée, à
tort selon nous, au grand nom de Sully. Ce fut une boutade
capricieuse du dernier duc qui eut mieux fait d’employer
toute cette poudre à garnir les fourgons de Valmy.
Puisse son héritier actuel réussir dans l’œuvre pieuse qu’il
a entreprise ! Quant à nous qu’une lecture bien des fois
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réitérée de la belle étude de M. Loiseleur n’a fait que met¬
tre en goût d’en mieux approfondir les inappréciables dé¬
tails, nous concluons non-seulement à l’insertion, mais
encore à d’unanimes remercîments pour l’écrivain aussi
consciencieux que charmant qui enrichit nos Annales d’un
joyau aussi riche par sa matière que délicatement travaillé
et dont il faut dire pour être juste materiem superavitopus.
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NOTE
SUR LA TRICHINE ET LA TRICHINOSE (1),
Par M. Bardou.
Séance du 5 juillet 1867.
Dans le courant des mois de mai et de juin de l’année
1866, les journaux, les Revues mensuelles ou hebdoma¬
daires, les Annales des Sociétés savantes ont entretenu le
public d’une maladie mystérieuse, due à la présence d’un
ver nématoïde ou filiforme. Ce ver a été décrit pour la pre¬
mière fois, en 1835, par le naturaliste anglais Richard
Owen, qui le désigna sous le nom composé de Trichina
spiralis (de 6p4, 0pi X oî cheveu). N’ayant pas trouvé les
germes ni les œufs qui pouvaient donner naissance à ces
vers, il les croyait la première forme de quelques autres
espèces de némaloïdes ; il lui restait donc encore à dé- '
couvrir de quelles espèces ils provenaient, ou à connaître si
ces vers se produisaient spontanément.
En effet, la découverte des trichines fut l’un des plus
(1) Maladie singulière qu’aucun symptôme extérieur ne peut carac¬
tériser, et dont la cause ne peut être révélée que par l’examen micros¬
copique de la chair musculaire.
t. xi. 13
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puissants arguments en faveur des générations spontanées
de certains helminthes. Mais bientôt des observations ulté¬
rieures firent trouver ce parasite sur des cadavres humains.
M. Thomas Hodgkin, dès 1836, en reconnut la présence
dans les muscles de l’homme. A la même époque, le doc¬
teur Favre, un médecin français, parvint à découvrir le tube
intestinal de ces vers et leurs organes de reproduction, et
Hilton, anatomiste, de la même nation qu’Owen, les
aperçut enkistées sous forme de points blanchâtres ovoïdes
oblong, ayant à peine 0 mm 5 de longueur.
L’éveil fut donc donné, et l’on ne cessa plus de pour¬
suivre l’étude de cet intéressant problème, que de fatales
épidémies de trichinose, c’est le nom donné à la maladie
produite par ces vers, ont permis d’étudier à fond et de ré¬
soudre.
La plus terrible de ces épidémies a été observée en Alle¬
magne, à Hédersleben, commune de 2,000 habitants,'située
près de Quedlinbourg (Prusse). Trois cents personnes y
furent attaquées, et quatre-vingts succombèrent à cette inva¬
sion des trichines.
La première observation positive de cette cruelle maladie
a été faite à Dresde, en 1860, par le docteur Zeucker : elle
était mortelle, et il démontra d’une façon éclatante qu’elle
était produite par l’usage de la chair de porc. On cite des
cas très-graves qui se sont déclarés à Tubingue, à
Warlzbourg et même à Heidelberg.
Mais je ne suis nullement autorisé par la nature de mes
occupations à parler de la trichinose sous le rapport mé¬
dical ; de très-habiles professeurs l’oqt étudiée à ce point
dé vue, entre autres les docteurs Keslner, Deugler et le cé¬
lèbre Virchow, qui a le plus contribué à la connaissance
de la trichine comme élément pathologique.
C’est donc dans les ouvrages de ces habiles praticiens que
MM. les médecins auront à s’enquérir des symptômes et des
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moyens de prévenir, de combattre ou d’atténuer les ravages
de ces entozoaires (1).
Pour moi, mon rôle est plus modeste. Ayant en ma pos¬
session de très-belles préparations de trichines isolées et
de trichines engagées dans la chair musculaire , j’ai voulu,
comme micrographe, faire connaître à tous, par la gravure,
la forme du terrible parasite, son habitat ordinaire, et
décrire son mode de propagation, tout récemment découvert
par les laborieuses et patientes recherches des savants que
j’ai nommés plus haut.
Chaque petit ver a une longueur de 0 mm 8 à l mm ; il est
épais de 0 mm 03 à 0 mm 037 ; le corps est cylindrique, obtus en
avant, aminci en arrière, ses téguments sont ridés en tra¬
vers et laissent voir les organes à l’intérieur de l’animal. Les
femelles plus grandes atteignent quelquefois l mm 1/2 de
longueur.
L’on m’a assuré que la trichine avait souvent été con¬
fondue avec le cisticerque du porc, qui ne serait, suivant
M. Van Bénéden, que l’état embryonnaire du tœnia
solium (2). Ce fait me surprend, tant est différent l’aspect
de ce dernier helminthe. Il est formé d’un corps de tœnia
ayant une tête tétragone armée d’une double couronne de
crochets. Son cou est très-court, son corps est cylindrique
et terminé par une vésicule ou ampoule elliptique trans¬
verse. Sa longueur est de 4 à 10 mm , sa largeur est de 2 mm en
(1) Les meilleures études sur les trichines sont celles de Virchow et
Onimus, chez Germer Baillière, et celle du docteur Rodet, chez
Delàhàye. On peut lire également deux articles sur les trichines
dans Y Année scientifique de M. Louis Figuier, année 1861, page 175, et
à l’année 1867, page 297.
(2) Le professeur de Louvain n’est pas le seul de cette opinion; les
mêmes observations ont été faites en Allemagne par MM. Siébold,
Leuckart et Kachenmester, et elles ont été confirmées en France par
M, Lafosse, professeur à l’Ecole vétérinaire de Toulouse.
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avant et de 12 œB en arrière, là où est située la vésicule. A
la vérité, ces vers comme les trichines, sont contenus dans
des kystes, et ils se développent quelquefois en quantité si
considérable dans le tissu cellulaire du cochon, qu’ils lui
occasionnent la maladie connue sous le nom dé ladrerie.
On voit par cette description combien la différence est
grande, et que l’habitat n’est plus le même, puisque les tri¬
chines se logent dans les muscles et non dans le tissu cel¬
lulaire.
La trichine musculaire est l’animal dans toute la vigueur
de la jeunesse, prêt à tout dévorer, et l’on frémit lorsque
l’on songe qu’un homme atteint de ce parasite'peut en loger
plusieurs milliers dans sa chair. Lorsqu’il s’en est assez
repu, l’animal s’enkiste dans un espèce de cocon que l’on
peut comparer aux chrysalides des insectes; sous cette
métamorphose, il continue son existence dans un état de
vie latente jusqu’à ce que le hasard lui procure l’occasion
d’engendrer une nouvelle postérité dans les viscères d’un
autre être, qui lui offre un milieu convenable à sa multi¬
plication (1).
On connaît par une observation positive que des kystes
de trichines ont conservé leur vitalité pendant treize
années et demie. On sait aussi que l’animal, lorsqu’il est
enkysté, n’offre plus de danger. Mais si ces kystes sont in¬
troduits dans un estomac approprié, les filaires se réveillent,
arrivent à l’état adulte en s’y complétant par gemmiparité et
deviennent aptesà leur reproduction, c’est-à-dire au phéno¬
mène de l’apparition des deux sexes sur les individus qui,
spontanément, se divisent en deux. Ils constituent alors les
trichines intestinales : leurs sexes sont séparés, et la femelle
(1) Ce fait est discuté : des cas se sont rencontrés qui démontrent
que le Trichina peut parcourir dans un seul et même corps tout le
cercle de son développement.
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est vivipare comme celle des Rhabditis aceti, vulgairement
anguillules du vinaigre, que tout le monde a vues et
connaît, et avec lesquelles les trichines ont le plus grand
rapport de forme et d’aspect.
Les jeunes trichines d’une petitesse extrême percent les
muqueuses, traversent les tissus pour aller se loger dans la
chair musculaire et, de préférence, dans les muscles à fibre
striée, les masseters, le diaphragme ' de l’estomac, les
muscles du larynx, ou elles causent des désordres qui cons¬
tituent cette maladie appelée trichinose.
Ce filaire a été observé sur le blaireau, le chat, le chien,
le rat, la souris, la chauve-souris, la taupe ; enfin dans le
cochon qui, servant à l’alimentation de l’homme, le lui com¬
munique. On l’a trouvé également chez des oiseaux quise
repaissent de viande et se trichinisent naturellement : la
chouette et la corneille.
L’homme, dans ses expériences, est parvenu à infester de
trichines le lapin, le cochon et la poule. Mais le bœuf, le
veau, le mouton, l’âne, l’oie, le canard et la dinde ont ré¬
sisté à la trichinisation.
A la vérité, la trichinose ne s’est jamais présentée en
France avec les caractères d’une épidémie ; cependant elle
y a été observée plusieurs fois par cas isolés, entre autres
faits en 1852, par le docteur Gruveilhier. Or chacun sait que
de jour en jour la viande de porc crue est de plus en plus
appréciée des gourmets, dans les produits désignés : jambons
d’York, de Mayence, de Westphalie et autres préparations.
Aujourd’hui il s’en consomme de quatre à cinq millions
de kilogrammes par année. On ne saurait donc agir avec
trop de prudence : il ne faut faire usage de ces viandes que
lorsqu’elles ont été salées, bien fumées et préparées depuis
longtemps. De plus, il est nécessaire qu’elles soient sou¬
mises à une entière cuisson, vu que la résistance vitale des
trichines est remarquable. L’eau ne les tue qu’à 100 degrés,
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le chloroforme après cinq heures d’immersion, l’essence de
térébenthine après trente heures, la liqueur arsénicale de
Fowler après onze heures, le bichlorure de mercure après
dix-huit heures, le perchlorure de fer après seize heures ; la
putréfaction, l’électricité n’y font rien. Cependant la benzine
les tue dans l’intestin, et M. le docteur Radet dit qu’il
n’hésiterait pas à l’administrer au début de la trichinose.
Maintenant voici comment il faut disposer l’essai pour
l’observation microscopique. Il suffit de couper, avec un
bon rasoir, une tranche de la viande suspecte aussi mince
que possible, en observant toutefois de faire cette section
dans le sens des fibres ; on étale ensuite cette tranche sur
une lame de glace, on y ajoute un peu d’eau et l’on couvre
d’une autre lame mince, appelée verre à couvrir. On porte
alors la préparation sous le microscope où l’examen décide
facilement et tout de suite si la chair expérimentée est oui
ou non trichinisée (1).
Pour guider dans cette expérience et pour bien faire con¬
naître la forme de ce dangereux parasite, j’ai gravé les deux
planches ci-jointes.
La première représente à un grossissement de 150 dia¬
mètres des muscles trichinés ou la trichinose. Les trichines
s’y voient par couples dans leur état de migration, et non
encore arrivées à l’époque de leur enkystement.
La deuxième planche montre la trichine retirée de son
kyste et isolée ; elle est représentée à un grossissement de
270 à 300 diamètres. v
(1) Pour le cas où des êtres virants seraient soupçonnés d’avoir la
trichinose, il existe des instruments qui permettent de retirer une petite
portion des muscles sans grande douleur de la part du patient. Ce sont
le harpon de Mieldeldorff et Y emporte-pièce histologique de M. Du-
chenne de Boulogne.
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RAPPORT
AO NOM DÊ LA SECTION DE MÉDECINE
Par M. le Docteur Vaussin,
SUR UN ESSAI DE M. LE DOCTEUR REBOULLEAU,
D’UNE TOPOGRAPHIE MÉDICALE DE CONSTANTINE.
Séance du 16 août 1867.
M. le docteur Reboulleao, médecin en chef de l’hôpital
civil de Gonstantine, sollicite la faveur de devenir l’un de
vos membres correspondants ; son nom se rattache à l’in¬
troduction en France de la résine de Thapsia devenue,
grâce à lui, un agent important de la médication révulsive ;
mais un titre dont il se prévaut plus particulièrement pour
obtenir vos suffrages et sur lequel il fonde l’espoir de sa
candidature consiste en un Essai de topographie médicale de
la ville de Gonstantine. Depuis 17 ans qu’il habite la ville de
Gonstantine et qu’il y exerce la médecine, M. Reboulleau
a étudié les révolutions des saisons, l’état hygrométrique
de l’air, les qualités des eaux, la constitution géologique du
sol, en un mot tous les agents extérieurs qui exercent leur
influence sur l’homme.
Cette étude présente un intérêt réel, car la ville de Cons-
tantine, située sur un rocher élevé, Wte par son altitude,
par la nature de son sol, contre les influences nuisibles qui
l’entourent et contraste avec les localités voisines qui subis-
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— 200 —
sent l’action de terrains bas et marécageux. M. Reboulleau
s’est appliqué à faire ressortir les conditions qui font du
rocber de Gonstantine une localité toujours signalée par sa
salubrité et toujours destinée à devenir le siège d’une capi¬
tale. Cette situation exceptionnelle résulte d’un concours de
circonstances que nous allons résumer rapidement.
La ville est assise sur un rocher composé d’un calcaire
dur et homogène ; elle est isolée des lieux circonvoisins par
un ravin profond, à parois verticales, au fond duquel cou¬
lent les eaux duRoumel;une colline l’abrite contre les
courants atmosphériques provenant des lieux marécageux.
La chaleur y est moins forte que dans nos autres posses¬
sions d’Afrique; elle est modérée en effet par une plus
grande altitude. L’humidité, très-grande dans les villes du
littoral, diminue à mesure qu’on s’enfonce dans le continent
et qu’on s’élève au-dessus du niveau de la mer. Voilà pour¬
quoi la ville de Constantine, bien différente de celles d’Alger,
de Bône, de Philippeville se trouve dans des conditions
plus conformes à celles d’Europe.
Les eaux qui alimentent la ville sont de différentes pro¬
venances ; mais à l’époque de la conquête, la population
avait à souffrir de leur insuffisance ; des sources furent
recherchées et rassemblées ; actuellement elles franchissent
le ravin par le moyen d’un syphon et sont distribuées dans
les différents quartiers de la ville : leur composition est
satisfaisante ; elles ne contiennent que très-peu de sels de
chaux et de magnésie et réunissent les qualités qu’on exige
des eaux potables.
Au pied du rocher de Gonstantine, M. Reboulleau signale
l’existence de six sources thermales dont une a été 'utilisée
par les Romains. Ces eaux, faiblement minéralisées, ont
une température de 30° environ. C’est là que les indigènes
viennent chercher la guérison des rhumatismes qu’ils con¬
tractent dans leurs habitations basses et humides.
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Les établissements français, placés au point culminant
du rocher, sont constamment battus par les vents de quel¬
que côté qu’ils viennent : les bâtiments sont continuelle¬
ment aérés dans un sens ou dans l’autre. Cette situation
assure aux Européens les meilleures cçnditions de salu¬
brité.
C’est en étudiant de la sorte, dans autant de chapitres
séparés, tous les modificateurs hygiéniques, queM. Reboul-
leau arrive à constituer la topographie médicale complète
de la ville de Constantine ; mais son livre réalise et au-delà
les promesses de son titre : il renferme en effet des rensei¬
gnements précieux sur les productions du sol, sur la phy¬
sionomie du pays, sur les mœurs des Arabes, leurs habi¬
tudes, leur régime alimentaire : les conditions hygiéniques
les plus convenables aux Européens n’y sont pas oubliées.
Ce livre offre des aperçus nouveaux, des rapprochements
ingénieux ; il peut être lu avec fruit non-seulement par des
médecins, mais par toutes les personnes qui s’intéressent à
notre colonie africaine. L’examen qu’en a fait votre section
de Médecine est des plus favorables à la candidature de
l’auteur, et nous espérons que vous n’hésiterez pas à vous
associer un collaborateur aussi distingué que M. le docteur
Reboulleau.
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LE PARADIS PERDU
TRADUIT PAR H. DESSIAUX ;
COMPTE-RENDU DE CETTE TRADUCTION,
Par M. du Sainte-Marie.
Séance du 29 novembre 1867.
Messieurs,
L’un de vos membres correspondants, M. Dessiaux, en
vous faisant hommage du volume qu’il vient de publier, a
désiré qu’il fût l’objet d’un rapport. Vous avèz accueilli sa
demande, et nous venons, au nom de la section des Lettres,
vous rendre compte de l’examen auquel nous avons dû
nous livrer.
Le volume dont il s’agit contient la traduction en vers du
Paradis perdu , précédée d’une notice sur Milton et son
poëme, puis d’un discours sur les traductions en vers, et
spécialement sur celle que M. Dessiaux a entreprise.
Je parlerai d’abord de la notice.
Vous savez qu’en Angleterre, Philips, Toland,
Richardson, Symmons, Heyley et lord Macaulay; en
France, Racine, Deiille, MM. de Chateaubriand, de La¬
martine et Villemain, ont donné des détails plus ou moins
étendus, des appréciations plus ou moins justes sur la vie
et le génie de Milton. Aussi l'auteur s’est borné à résumer
ce qui, dans la personne et les écrits de ce dernier, offrait
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le plus d’intérêt. Il a réussi dans la tâche qu’il s’imposait ;
et nous n’avons que deux observations à faire : elles ne
sont pas sans importance.
Quand la tête de Charles I er tombe sur l’échafaud, répon¬
dant aux clameurs des Presbytériens par l’écrit intitulé :
État des rois et des magistrats , Milton cherche à prouver
qu’il est permis de faire le procès aux souverains, de les
déposer et de les mettre à mort dans certains cas. M. Des¬
siaux reconnaît que Milton échoue sur le point essentiel :
établir que Charles I er méritait la peine qu’il avait subie.
Alors pourquoi ajouter : du reste, l’admirateur de Jacques
Clément, le jésuite Mariana, va bien au-delà dans ses doc¬
trines régicides?
Un peu plus tard, YEikôn basiliké paraît. Milton publie
aussitôt Ylconoclaste dans le but d’atténuer l’effet que
pouvait produire sur le public l’expression touchante,
quoique apocryphe, des sentiments d’un prince infortuné,
dont la voix semblait sortir de la tombe pour accuser ses
bourreaux. Aux reproches si légitimes que Milton s’attira
par cet écrit, M. Dessiaux oppose deux choses : le poète
était convaincu que le livre qu’il réfutait était une pieuse
imposture ; le poète était conséquent à ses principes.
Plus tard encore, quand Saumaise essaye de venger la
mémoire du roi, Milton répond par sa Défense du peuple
anglais. Selon Voltaire, Saumaise s’exprime en pédant, et
Milton en bête féroce. Suivant M. de Lamartine, chaque
phrase de Saumaise sue la lampe, chaque phrase de Milton
sue le sang. Que M. Dessiaux trouve ces qualifications exa¬
gérées, libre à lui. Mais devait-il se borner à critiquer l’in¬
titulé du livre, quelques fanatiques n’étant pas la nation ?
Enfin, S. Mony met en vente une brochure de Pierre Du¬
moulin, avec ce titre : Regii sanguinis clamor ad cœlum.
Milton publie une seconde défense , laquelle, aux yeux de
M, Dessiaux, sans avoir l’importance de la première, au
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point de vue général, intéresse davantage sa gloire ; parce
qu’il y trouve l’occasion de repousser les accusations
d’avarice, de vénalité et de laideur.
On conçoit certains égarements se rattachant aux opi¬
nions politiques. Ce qu’on ne saurait admettre, c’est un
crime avec l’apparence des formes judiciaires. Etranger au
meurtre de Charles I er , Milton a voulu opiniâtrement
justifier les régicides. Là est son tort, que M. Dessiaux,
trop indulgent, devait reconnaître au lieu d’essayer d’en
amoindrir la gravité.
Nous passons à la seconde observation.
M. Edouard Fournier, dont chacun apprécie l’érudition
et la sagacité, vient de faire paraître la troisième édition
d’un livre très-curieux : l'Esprit dans l’histoire. On y trouve
quelques rectifications déjà connues et d’autres tout-à-fait
nouvelles ; celle-ci, par exemple : « Milton n’a pu dicter à
ses filles le Paradis perdu , puisqu’elles ne savaient pas
lire. » Et M. Dessiaux écrit, page 20 de son volume :
« Millon était soutenu par sa conscience, par son caractère
et son génie, au-dessus des injustices, et par ses anges con¬
solateurs, sa femme et ses filles, qui lui servaient à la fois
de lectrices et de secrétaires. Il leur avait appris à lire le
latin, le grec et même l’hébreu. »
Au cas particulier, quelqu’un se trompe évidemment.
Est-ce M. Fournier? Est-ce M. Dessiaux?
Voyons maintenant l’opinion de M. Dessiaux sur le
poème. Il était presque ignoré en Angleterre, et comme il
arrive assez souvent, à l’indifférence succéda l’admiration.
Celle-là avait été une injustice, celle-ci devint un engoue¬
ment. Un homme nous efface tous, disait Dryden ; et, en tête
d’un numéro du Spectateur, Addison plaçait celte épigraphe :
Cedite Romani scriptores , cedite Graii. Aujourd’hui que l’on
semblerait devoir être d’accord, peu de poètes, à notre
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connaissance, sont l’objet d’appréciations plus divergentes
que Milton, relativement à son œuvre considérée au point
de vue de l’art et du style. Sans aucun doute, il fait souvent
abus d’érudition par ses énumérations géographiques, ses
développements historiques ou mythologiques, par ses
leçons de cosmographie assez obscures et ses discussions
théologiques trop étendues. Rien n’est plus déplacé que les
jeux de mots ou calembours qu’il se permet. Il n’est pas
toujours heureux dans ses comparaisons. Enfin, son style
est parfois bizarre, pénible et prosaïque. Mais remarquez la
délicieuse peinture de l’innocence originelle de nos pre¬
miers parents et de leurs chastes amours, où, malgré la nu¬
dité des images, l’âme reste captive dans une admiration
exempte de toute impureté. Avec quelle adresse le démon
s’attaque à la femme, dont il a compris le penchant à la
vanité! Si Adam a tort de vouloir partager le sort de sa com¬
pagne, combien, à nos yeux, son amour et son dévoûment
atténuent sa faute ! Qui ne serait profondément ému à la
lecture de l’invocation à la lumière, suivie des doléances du
poète atteint d’une complète cécité ! Ce qui frappe surtout,
c’est la figure grandiose de Satan, création sublime ; la revue
des puissances infernales dans un palais d’une splendeur
unique; dans les actions et les discours du démon, une
expression poétique, portée à un degré de force qu’aucune
langue n’a peut-être surpassée; dans les anges déchus,
l’orgueil inflexible, la colère indomptable, la vengeance im¬
placable, l’ambition désordonnée, la soif inextinguible du
mal, la haine ne reculant devant aucun moyen. Joignez à
cela un caractère énergique, qui triomphe de la douleur,
brave l’éternité, et ne demande même pas du secours à l’es¬
pérance.
Les beautés et les défauts du poëme sont relevés dans la
notice avec cette délicatesse de goût et cette sûreté de juge¬
ment qui donnent une grande autorité aux appréciations.
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M. Dessiaux nous pardonnera donc les emprunts que nous
lui avons faits.
Un mot sur les opinions religieuses de Milton, d’après le
poëme : les uns pensent qu’il est Socinien ; les autres qu’il
est Arien ; ceux-ci prétendent qu’il se rapproche des doc¬
trines d’Anaxagore ; ceux-là qu’il partage le sentiment de
Platon sur l’éternité de la matière. Pour être dans le vrai,
répétons, avec M. Dessiaux, qu’il est évidemment chrétien,
mais à sa manière : ne reconnaissant qu’un code religieux,
l’Évangile; qu’une autorité dans son interprétation, la, rai¬
son individuelle. Le principe adopté, sa logique le pousse,
et devait le pousser aux conséquences extrêmes.
Nous avions encore à examiner le discours sur la traduc¬
tion en vers.
M. Dessiaux n’a jamais eu l’intention de faire une disser¬
tation sur l’art de traduire en général. Pour tout littérateur
digne de ce nom, la règle est absolue. Traduire un auteur,
c’est rendre, autant que possible, ses pensées, ses senti¬
ments, ses images, ses descriptions, avec les expressions,
.les tours, le style enfin, qu’il aurait employés lui-même, s’il
eût composé son ouvrage dans la langue et à l’époque où
écrit le traducteur. Toutefois, n’oublions pas le précepte
d’Horace :
Nec verbum verbo curabis reddere fidus
Interpres,
car il est une fidélité qui se concilie rarement avec l’élé¬
gance. Dans toutes les langues, en effet, il se trouve des
constructions, des délicatesses, des hardiesses, impossibles
à reproduire dans une autre. Ce sont comme des fleurs
qu’on ne saurait transplanter, et dont on doit sentir le par¬
fum sur le sol qui les a vues naître. D’autre part, il faut que
la langue dans laquelle on traduit soit fixée par l’autorité de
chefs-d’œuvre qui l’aient portée à peu près au degré de
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perfection qu’elle est susceptible d’atteindre. Alors, seule¬
ment alors, une traduction en vers devient possible.
M. Dessiaux explique la préférence qu’il a donnée à la
prose sur les vers. Plusieurs des raisons déduites offrent
l’attrait de la nouveauté et nous semblent d’ailleurs péremp¬
toires.
Que se propose le génie dans une épopée? de chanter un
de ces événements qui font époque dans l’histoire et la vie
des nations. Ce n’est pas au courage et aux efforts humains
seuls qu’un succès éminent peut être naturellement attribué.
D’après nos idées ou nos illusions, la protection et l’interven¬
tion des puissances célestes se sont nécessairement mani¬
festées dans l’heureuse issue de l’entreprise. — Tout devra
dès lors se trouver en harmonie avec la haute conception de
l’épopée.— Il faut qu’à la poésie des tableaux, à l’exaltation
des sentiments et des passions, à l’héroïsme des dévoûments
et des actes, réponde la poésie du style. Le style doit donc
participer de l’idéal, de la sublimité de cette création, et
quitter sa physionomie vulgaire pour devenir le langage des
dieux.—Il est d’ailleurs des causes qui donnent aux vers une
supériorité incontestable, qui les rendent plus propres à
frapper l’imagination, à exciter l’enthousiasme. — Enfin, si
quelques poëmes, par la nature des événements qu’ils cé¬
lèbrent, et celle des héros mis en scène, se rapprochent assez
de notre humanité pour ne pas perdre trop de l’intérêt dans
une traduction en prose, il n’en est pas de même du Paradis
perdu . Ici, tout ou presque tout est surnaturel. Cette épopée
ne flatte pas seulement l’orgueil particulier d’une nation,
comme les autres épopées. Elle intéresse tous les peuples :
la nature entière. Elle embrasse le présent, le passé et
l’avenir du monde, son commencement, sa durée, sa fin. —
Cela bien compris, on conclura que, si un poëme peut à
toute force être traduit en prose, il ne conserve son rang et
son titre, qu’autant qu’il est traduit en vers. — La poésie
4oit interpréter la poésie.
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Il ne nous reste plus qu’à appeler votre attention sur
la nouvelle traduction.
Evidemment, M. Dessiaux ne se serait pas mis à l’œuvre,
s’il n’eût été convaincu, d’abord que le Paradis perdu n’avait
pas encore été traduit d’une manière convenable en vers
français; puis, qu’il méritait de l’être , et qu’il y avait là
une lacune à combler dans notre littérature. Nous ne
sommes pas étonné qu’une fois sa résolution prise, il ait
vécu, comme il l’annonce, deux années entières dans un
isolement complet, et qu’il ait consacré les loisirs de plu¬
sieurs autres années à revoir, à limer, à polir un travail de
premier jet. Indépendamment des difficultés que rencontre
toujours un traducteur, et que nous avons indiquées déjà,
il en est une sur laquelle nous ne saurions trop insister. La
langue française ne peut lutter de concision avec la langue
anglaise. Ajoutons que Milton est d’une sobriété d’épithètes,
désespérante pour un traducteur. M. Dessiaux nous semble
avoir usé de toutes les ressources autorisées de notre
langue poétique, qui a ses constructions, sa syntaxe, ses
tropes particuliers, et, dans certains cas, ses licences ortho¬
graphiques. Si, de temps à autre, il lui arrive de froisser un
peu les lois rigoureuses de l’hémistiche et de l’enjambe¬
ment, n’oublions pas que, s’imposant la loi de ne rien
omettre, déguiser ou corriger, il tenait à rendre, avec une
scrupuleuse exactitude, la pensée du poète. De deux incon¬
vénients il a choisi celui qu’il croyait le moindre. Nous di¬
rons pourtant que cette fidélité, portée jusqu’à ses dernières
limites, nuit parfois à l’élégance, à l’harmonie. Et pour nous
conformer au vœu de M. Dessiaux, nous lui signalerons
quelques corrections à faire.
Page 64, troisième vers :
De son pur Empyrée.
/
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Page 123, sixième vers :
Superbe végétal, sous tes fruits ton tronc* plie.
Page 183, cinquième et trente-cinquième vers :
Comment a commencé.
Page 216, treizième vers :
Et de se soutenir dans sa sublimité.
Page 216, dix-huitième vers :
.Le sommeil s’empressa
De soulager mes sens.
Page 217, premier vers :
.Soudain le songe cesse.
Page 217, trente-huitième vers :
A mes justes raisons se soumit sa décence.
Page 236, septième vers :
Eve, par sa promesse, aussi souvent s'engage.
Page 305, vingt-huitième vers :
.Près de toi travaillant
En tout temps et partout.
Page 308, trente-cinquième vers :
De si suaves fleurs mes soins ornaient sans cesse.
Page 322, vingt-quatrième vers :
Elles viennent par sept, ô prodige ! et par paires.
Page 323, seizième vers :
Te noya, t’ablma toi-méme en tes douleurs.
Ces quelques taches, relevées dans un in-8 s de 400 pages,
et qu’un travail aussi difficile rendait presque inévitables,
disparaîtront dans la nouvelle édition du volume.
Prouvons maintenant que, loin de cacher sous un luxe
T. xi. 14
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ambitieux la fière et majestueuse simplicité de l’original,
M. Dessiaux se montre généralement traducteur exact, net
et précis.
Page 238, monologue de Satan avant de se présenter à
Ève :
Où m’avez-vous conduit, pensers? quel ascendant
Vous a fait oublier le dessein qui m’amène?
Je ne suis point ici par amour, mais par haine.
Ai-je espéré changer l’Enfer en Paradis?
Savourer des plaisirs? ils m’cnt été ravis.
Et mon unique espoir est de tous les détruire,
Tous, excepté celui que je ressens à nuire.
La femme est seule ici, sachons mettre à profit
L’heureuse occasion qui s’offre et nous sourit.
Page 63, après l’invocation à la lumière, le poète exprime
les regrets que lui cause la cécité dont il est atteint :
.Quand les saisons reviennent tous les ans,
Pour moi ne revient plus le jour, ni son aurore,
Ni les si doux reflets dont le soir se colore,
Ni le printemps couvrant de fleurs les arbrisseaux,
Ni les roses d’été, ni l’aspect des troupeaux,
Ni cette face humaine, où Dieu mit son image!
Au lieu de ces tableaux, un accablant nuage
M’environne à jamais, m’écarte des chemins
Où sourit le plaisir au reste des humains :
Un blanc universel devant mes yeux remplace
Ce livre dont l’étude est si belle ; il efface
L’œuvre de la nature, et voile un monde entier.
Page 248, hésitation d’Êve, quand le crime est con¬
sommé :
.. Devant Adam comment me présenter?
De quel air le revoir? dois-je lui raconter
Quelle métamorphose en mon être s’opère?
Dois-je l'associer à mon destin prospère,
Ou, sans le partager, garder en mon pouvoir
L’avantage important que donne le savoir?
De mon sexe par là réparant la faiblesse,
D’Adam je pourrais mieux m’attirer la tendresse,
Etablir entre nous l’égalité des droits,
Et sur lui l’emporter peut-être quelquefois.
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— 2H —
Page 291, Êve sollicite son pardon :
Unis dans notre tort, par haine soyons joints
Contre l'affreux serpent, qui, d'après la sentence,
Est l'ennemi que doit frapper notre vengeance.
N'exerce pas sur moi ton vif ressentiment
D'un malheur consommé; prends pitié du tourment
Qui m'accable et me rend, plus que toi, misérable :
Tous deux avons péché, mais toi, tu n'es coupable
Qu’envers Dieu seul; et moi, je le suis envers Dieu,
Envers toi ! Mais je veux retourner sur le lieu
Où nous fûmes jugés ; suppliante, importune,
J'obtiendrai que sur moi, cause de l'infortune,
Sur moi, de son courroux, l'unique et juste objet,
Le Ciel fasse tomber tout entier son arrêt !
Nous pourrions citer encore, et nous n’éprouverions que
l’embarras du choix. Mais ce rapport est déjà trop long.
Terminons-le, en rendant justice à la volonté forte, scrupu¬
leuse et persévérante, qui a dirigé et soutenu les efforts de
M. Dessiaux, dans la traduction qu’il a entreprise.
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LA TÉLÉGRAPHIE A L’EXPOSITION UNIVERSELLE,
Par H. Fribourg*
Séance du 29 novembre 1867.
L’espace réservé à la télégraphie avait été mesuré avec
une extrême parcimonie : la section française, la plus riche
en instruments et en appareils, avait à peine quelques mè¬
tres carrés à sa disposition ; l’Angleterre, la Prusse, l’Amé¬
rique n’étaient pas mieux partagées. Il est probable qu’on a
eu trop en vue le petit volume des appareils télégraphiques
et que l’on n’a pas pris en considération le vif intérêt qu’au¬
rait incontestablement présenté une exposition rétrospec¬
tive de la télégraphie. Il eût été utile, il eût même été
nécessaire de réunir méthodiquement dans le palais du
Champ-de-Mars tous les systèmes qui ont été successive¬
ment expérimentés, depuis la première application, depuis
le premier appareil à 24 fils jusqu’au télégraphe autogra¬
phique, d’écrire en un mot l’histoire de la télégraphie élec¬
trique. Il est indispensable, en effet, d’étudier le passé, si
l’on veut préparer l’avenir.
J’ai regretté en revanche que, sur l’étendue si restreinte
de la section française, on eût prélevé tant de place au
profit des fabricants et même des marchands de sonne-
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ries électriques destinées à l’usage domestique : on voyait,
à côté de l’appareil Hughes, à côté de l’appareil Caselli, tous
les modèles, toutes les variétés de boutons de sonneries,
on entendait constamment des timbres de toutes sortes.
Cette vulgaire exhibition procurait sans doute aux enfants
et à certains curieux une distraction bruyante; mais, il faut
bien le dire, elle ne pouvait que nuire à la gravité aussi
bien qu’à la tranquillité nécessaires à l’étude de cette par¬
tie de la magnifique galerie des machines.
Ces réserves faites, j’aborde l’examen des différents appa¬
reils exposés, en suivant l’ordre adopté dans la note que j’ai
eu l’honneur de présenter à la Société au mois d’avril der¬
nier.
Je commence donc par les appareils à cadran. Ils
étaient assez nombreux à l’Exposition ; mais ils ne diffé¬
raient guère entre eux que par quelques dispositions se¬
condaires de construction. Le principe était le même, et
l’on retrouvait presque toujours le type que j’ai décrit.
Il en est deux cependant que je dois signaler à votre at¬
tention : l’appareil Siémens, dans la section prussienne,
et l’appareil de MM. Guillot et Gatget, dans la section fran¬
çaise.
Dans ces deux systèmes magnéto-électriques la pile est
supprimée; on emploie des courants d’induction.
On sait que si, en face d’un électro-aimant fixe on fait
tourner un barreau aimanté, chaque demi-révolution du
barreau donne naissance dans le fil des bobines de l’électro-
aimant .à un courant électrique qu’on appelle courant d’in¬
duction. Le courant change de sens chaque fois que l’ai¬
mant passe en face de l’électro-aimant; il est d’autant
plus fort que le mouvement de rotation est plus rapide.
On obtient le même résultat si, au lieu de faire tourner
le barreau devant l’électro-aimant, on'rend au contraire
l’aimant fixe et l’électro-aimant mobile, ou encore si, après
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avoir placé un aimant en fer-à-cheval dans les deux bobi¬
nes de 61 recouvert, on fait mouvoir en face un barreau de
fer doux.
C’est là le principe des appareils Guillot et Galget et de
l’appareil Siemens; c’est aussi celui des machines de
MM. Breton, Duchenne, Page, etc., aujourd’hui si répandues
comme appareils électro-médicaux et que nos collègues
de la section de Médecine ont sans doute été à même d’ex¬
périmenter.
Voici maintenant en quoi consiste l'appareil Guillot et
Gatget.
Un aimant permanent est placé dans le socle de l’ins¬
trument. Sur les extrémités de ses deux branches sont
fixés quatre électro aimaDts dont les noyaux forment un
carré parfait. Une armature d’une forme particulière tourne
autour de son centre de figure qui est en même temps ce¬
lui du carré. Les noyaux se trouvent aimantés, et, chaque
fois que l’armature passe d’une diagonale à l’autre du carré,
il se produit des courants dans les quatre bobines. Les fils
de ces bobines sont réunis de telle manière que la somme
des courants obtenus par la rotation de l’armature est tou¬
jours constante.
Le mouvement de l’armature est obtenu au moyen d’un
pignon de viDgt dents conduit par une roue de cent trente,
sur l’axe de laquelle est montée la manivelle du manipula¬
teur. Quand la manivelle parcourt un ^ de la circonfé¬
rence, l’armature fait 1/4 de tour ; ainsi quand la manivelle
passe de la lettre A à la lettre B, un courant positif est en¬
voyé sur la ligne; quand elle va du B au C, c’est un courant
négatif, qui, d’après la disposition des fils des bobines, est
de même intensité.
Le récepteur est composé d’un mouvement d’horlogerie
destiné à faire tourner l’aiguille indicatrice ; au lieu de l’u¬
nique électro-aimant du récepteur ordinaire, il y en a deux.
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L’armature est aimantée ; elle oscille entre les deux élec¬
tro-aimants. Un premier courant traversant les bobines des
deux électro-aimants détermine l’attraction de l’armature
par l’un d’eux et la répulsion par l’autre; un second courant
de sens inverse produit un mouvement contraire. Si l’on
se reporte à la description du récepteur ordinaire des che¬
mins de fer, on voit que la fonction du ressort antagoniste,
dont la tension doit varier avec l’intensité du courant, est
alternativement remplie dans l’appareil Guillot et Gatget
par l’un ou l’autre des électro-aimants. C’est là une ingé¬
nieuse disposition; elle dispense de l’opération toujours
délicate du réglage, puisque les deux mouvements succes¬
sifs de la palette sont produits par des forces égales. Il
suffit, pour que le système fonctionne bien, que les cou¬
rants reçus aient une intensité supérieure à un certain mi¬
nimum.
On a expérimenté l’appareil dans le cabinet sur des
circuits dont les résistances variaient de 1 à 1,200 kilo¬
mètres, sans qu’on eût eu besoin de toucher au réglage. J’ai
suivi moi-même pendant quelque temps des essais faits sur
la ligne de Paris à Orléans. Les résultats ont été satisfai¬
sants. L’appareil a fonctionné régulièrément et sa vitesse de
transmission a été la même que celle du cadran ordinaire.
Il présente un inconvénient grave qui ne lui est pas pro¬
pre, qu’on retrouve dans tous les systèmes magnéto-élec¬
triques, inconvénient qui réside dans l’emploi des armatures
aimantées : l’aimantation d’un barreau, en effet, ne peut
conserver longtemps la même intensité; elle diminue avec
le temps et finit même par devenir nulle. Des influences
extérieures, telles que des courants orageux, peuvent la
détruire violemment, ou encore la faire changer de sens,
en intervertissant les pôles. C’est là une des principales
causes de l’üsage restreint des télégraphes magnéto-élec¬
triques.
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L’appareil Guillot el Gatget a obtenu une mention hono¬
rable.
Je ne décrirai pas l’appareil Siemens, de date bien
antérieure ; il est employé sur certaines lignes de Prusse ;
les dispositions sont différentes, mais le principe est le
même. Je passe à l’étude des télégraphes Morse :
L’administration française, outre plusieurs appareils
usuels, a exposé un Morse en aluminium, construit dans
ses ateliers pour l’usage de la télégraphie militaire. Cet ap¬
pareil est d’une légèreté et d’une élégance remarquables.
L’outillage complet du poste militaire, manipulateur, récep¬
teur, paratonnerre, galvanomètre et jusqu’à l’encrier, tient
dans une petite boîte très-portative. Une pile Marié-Davy,
destinée à fournir le courant, est disposée dans une seconde
boîte.
L’appareil Morse, étant adopté pour la correspondance
internationale, a figuré dans presque toutes les expositions
étrangères. Quelques détails de construction distinguaient
à peine les modèles les uns des autres.
MM. Digney, dans la section française, et *M. Siemens,
dans la section prussienne, ont exposé des appareils
Morse à transmission automatique.
MM. Digney remplacent le manipulateur Morse par un
transmetteur à deux styles. La dépêche est composée à
l’avance, au moyen d’un découpeur à l’emporte-pièce, sur
une bande de papier très-épais. On pratique ainsi, dans le
papier, sur deux lignes parallèles, deux séries de trous
d’inégales longueurs, correspondant les uns aux points*, les
autres aux traits de l’alphabet Morse. Tant que les deux
styles du transmetteur appuient sur la partie pleine du pa¬
pier, le courant ne passe pas. Lorsqu’un des styles arrive
à une partie évidée du papier, le circuit estfermé, le courant
passe sur la ligne, arrive dans le récepteur, et sa durée est
réglée par la longueur du trou dans lequel le style est en-
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gagé. Le mouvement d’horlogerie du récepteur, grâce à une
combinaison fort ingénieuse, opère aussi la transmission.
L’appareil peut simultanément recevoir une dépêche d’un
côté, et transmettre automatiquement une dépêche diffé¬
rente par l’autre.
Cette solution mécanique est très-élégante, mais il peut
y avoir inconvénient dans la pratique à rendre ainsi soli¬
daires la transmission et la réception.
Dans le système automatique de M. Siemens, la dépêche
est composée à l’avance au moyen de caractères métalliques
représentant les lettres de l’alphabet Morse. Ces caractères
sont disposés à l’avance dans une rainure pratiquée sur la
tranche d’une règle métallique. La composition se fait rapi¬
dement au moyen d’un composteur à clavier. Quand la dé¬
pêche est composée, la règle est engagée dans la rainure
d’un support horizontal à crémaillère et glisse sous un frot¬
teur interrupteur avec une vitesse que l’employé, agissant
sur une pédale, peut accélérer ou ralentir à volonté. C’est
là un avantage précieux, car les conditions d’isolement de
la ligne variant très-souvent, et la vitesse de transmission
s’en trouvant affectée, il est nécessaire de pouvoir à volonté
modifier la vitesse de succession des courants. On peut ac¬
crocher les règles à la suite les unes des autres et trans¬
mettre sans interruption une série de dépêches composées
à l’avance.
La transmission est de quatre à cinq fois plus rapide
qu’avec le manipulateur ordinaire.
On peut se demander, en présence de pareils résultats,
pourquoi le système automatique n’est pas adopté dans la
pratique. La réponse est facile. L’appareil Morse à trans¬
mission manuelle, qui donne de 15 à 20 dépêches à l’heure,
suffit à l’écoulement du travail des lignes secondaires. Quant
aux lignes principales, elles sont aujourd’hui desservies
partout par le télégraphe Hughes qui a une vitesse trois
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fois plus grande que celle du Morse ordinaire, et qui pré¬
sente en outre le grand avantage de fournir la dépêche en
caractères d’imprimerie, et susceptible, en conséquence,
d’être immédiatement livrée au public.
La différence de vitesse entre le Morse automatique et l’ap¬
pareil Hughes n’est évidemment pas suffisante pour que les
administrations ou les compagnies s’engagent dans la voie
très-onéreuse d’une transformation générale de leur ma¬
tériel.
J’arrive maintenant à la catégorie des appareils impri¬
meurs. L’appareil Hughes, que j’ai fait connaître dans ma
première note, a laissé bien loin derrière lui tous les télé¬
graphes imprimeurs qu’on a vus à l’Exposition. Le Hughes a
remporté l’un des grands prix institués par le jury interna¬
tional, et c’est justice.
Néanmoins je vais décrire, parce qu’ils se distinguent
par des qualités spéciales, deux des télégraphes imprimeurs
qui ont été récompensés par le jury :
L’appareil imprimeur à cadran deM. Joly, mécanicien aux
ateliers de l’administration, a obtenu une médaille de bronze.
La manipulation est la même que celle du cadran ordi¬
naire ; c’est là son principal avantage, et c’est ce qui pourra
peut-être le faire adopter par les compagnies de chemins de
fer, et dans les postes secondaires de notre réseau. Dans ce
système, l’impression est produite d’une manière toute diffé¬
rente que dans l’appareil Hughes ; il appartient à la famille
des imprimeurs à échappement qui nécessitent deux cou¬
rants distincts, et par ce fait seul, sa vitesse de transmis¬
sion est très-limitée ; elle est même inférieure à celle du
cadran ordinaire.
L’appareil comprend un mouvement d’horlogerie; sur
l’extrémité postérieure de l’axe de la roue d’échappement,
est montée l’aiguille indicatrice qui se trouve ainsi derrière
le récepteur, et est visible par réflexion dans un miroir.
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— m —
Sur l’extrémité antérieure de ce même axe sont calées trois
roues : deux roues de même diamètre, une pour les lettres,
l’autre pour les chiffres, enfin une roue à rochet.
Lorsque sous l’influence d’émissions successives du cou¬
rant, produites par le mouvement de la manivelle du mani¬
pulateur, la roue des types du récepteur présente le carac¬
tère transmis devant le marteau imprimeur, celui-ci est
soulevé au moyen d’un second mouvement d’horlogerie,
mis en jeu par un électro-aimant spécial, animé par une
pile locale.
Les deux roues des types sont fortement calées et ne
peuvent se déplacer sur l’axe. C’est le marteau imprimeur
et la bande de papier qui, à volonté, passent ensemble sous
la roue des lettres ou sous la roue des chiffres, suivant la
nature du caractère à transmettre.
Il suffit pour produire le déplacement de faire au départ
un simple inversement de courant.
Voyons comment la pile locale agit sur, le marteau impri¬
meur : les deux pôles de cette pile aboutissent à deux petits
ressorts placés en face de la roue à rochet : le circuit est
établi quand ils se touchent, rompu quand ils sont
séparés.
L’un des ressorts est fixe ; l’autre est mobile, flexible et
recourbé à sa partie inférieure. Pendant la rotation de la
roue des types, les dents de la roue à rochet heurtent en
passant la partie recourbée du deuxième ressort et lui im¬
priment un mouvemement de vibration qui maintient ouvert
le circuit de la pile locale ; mais, au moment où l’axe de la
roue des types s’arrête, le ressort cesse de vibrer et la partie
recourbée s’engage entre deux dents de la roue à rochet;
les deux ressorts se touchent alors, le circuit de la pile lo¬
cale est fermé, le second mouvement d’horlogerie mis en
jeu par l’électro-aimant soulève le marteau imprimeur, et le
caractère transmis est imprimé.
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L’appareil d’Arlincourt a obtenu une médaille d’or. Dans
ce système, le manipulateur et le récepteur sont réunis. Le
manipulateur est un clavier circulaire à vingt-huit touches.
Au centre tourne une aiguille indicatrice, qui est arrêtée en
face du caractère transmis par la touche correspondante au
départ.
Un premier mouvement d’horlogerie fait tourner un axe
vertical et un axe horizontal reliés par deux roues d’angles
identiques : l’axe vertical porte l’aiguille indicatrice et le
distributeur du courant de ligne, divisé en vingt-huit parties,
quatorze conductrices, quatorze isolantes. — Sur l’axe ho¬
rizontal sont calées une roue d’échappement de vingt-huit
dents et deux roues des types, l’une pour les lettres, l’autre
pour les chiffres. Pendant la transmission, ces deux der¬
nières roues et l’aiguille indicatrice tournent ensemble avec
la même vitesse. Ce mouvement d’horlogerie marche sous
l’influence d’un électro-aimant moteur, traversé, au départ,
par une dérivation du courant de ligne et, à l’arrivée, par le
courant de ligne lui-même.
Le marteau imprimeur est mis en action par un second
mouvement d’horlogerie, fonctionnant sous l’influence d’une
pile locale ; l’électro-aimant imprimeur est réglé en électro¬
aimant paresseux, c’est-à-dire qu’il n’agit efficacement sur
la palette qu’autant que le circuit de la pile locale reste
fermé pendant un temps appréciable. Pour transmettre un
caractère quelconque, l’expéditeur abaisse la touche cor¬
respondante ; la communication est établie entre la pile et
l’axe du distributeur, une série de courants interrompus
passent sur la ligne.—La palette de l’électro-aimant moteur,
sollicitée par un ressort antagoniste, oscille entre deux vis
d’arrêt et fait jouer une ancre qui laisse passer une dent de
la roue d’échappement à chaque oscillation simple. Aux
deux extrémités de la ligne, l’aiguille indicatrice et la roue
des types tournent ensemble de l/ 28 e de circonférence à
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chaque dent de la roue d’échappement qui passe ; ce
mouvement continue jusqu’à ce qu’au poste expéditeur la
touche abaissée arrête L’aiguille, soit sur une émission, soit
sur une interruption de courant.
A ce moment, le caractère transmis est, aux deux postes
en correspondance, indiqué sur le cadran par l’aiguille et
présenté au marteau imprimeur par la roue des types. —
Pendant toute la durée des émissions successives du courant
de ligne, la palette de l’électro-aimant moteur joue le rôle
d’un trembleur, c’est-à-dire qu’elle vibre constamment;
chaque fois qu’elle heurte une vis d’arrêt, elle ferme le cir¬
cuit de la pile locale, mais pendant un temps trop court
pour mettre en action l’électro-aimant imprimeur. — Au
contraire, quand la roue des types s’arrête, le trembleur
s’arrête aussi, le contact se prolonge et le courant de la pile
locale acquiert assez d’intensité pour animer l’électro-aimant
imprimeur qui déclanche le deuxième mouvement d’horlo¬
gerie et effectue l’impression.
Un mécanisme spécial permet d’imprimer à volonté soit
des lettres, soit des chiffres. Dans l’appareil d’Arlincourt, les
roues des types se déplacent ensemble, et le papier et le
marteau restent immobiles. — C’est le contraire de la dis¬
position adoptée par M. Joly.
Le télégraphe d’Arlincourt a été expérimenté sur la ligne
d’Orléans à Paris. Les essais ont donné de bons résultats ;
mais il ne peut guère fournir plus de quinze dépêches à
l’heure. Il a été employé pour le service télégraphique de
l’Exposition, et il est installé aujourd'hui dans quelques
bureaux municipaux du département de la Seine, c’est-à-
dire dans quelques petites stations exploitées aux frais des
communes.
Il ne me reste plus maintenant qu’à parler des appareils
autographiques ; je n’en ai vu que deux à l’Exposition. Us
appartenaient à la section française. L’un est l’appareil Ca-
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selli, qui vous est connu; l’autre est l’œuvre de M. Lenoir,
l’inventeur de la machine à gaz.
L’appareil Lenoir diffère du Caselli : 1° par les disposi¬
tions destinées à assurer le synchronisme ; 2° par le mode
de reproduction de la dépêche.
Un cylindre de buis tourne d’un mouvement continu sous
l’influence d’un mécanisme d’horlogerie ; la dépêche, écrite
sur du papier métallique avec de l’encre isolante, est en¬
roulée autour de ce cylindre. — Le cylindre de la station
d’arrivée est recouvert d’encre d’imprimerie et est entouré
d’une feuille de papier à calquer. Les deux styles sont en¬
traînés parallèlement aux axes des cylindres par deux vis
sans fin, mises en mouvement par les mécanismes d’horlo¬
gerie ; le style de départ appuie constamment sur le papier
métallique de la dépêche ; celui d’arrivée obéit à l’action
d’un petit électro-aimant, traversé par le courant de ligne,
et reste soulevé tant que le courant passe.
Au moment où le style de départ passe sur un trait iso¬
lant de la dépêche (sur un élément de papier recouvert
d’encre), le courant de ligne est interrompu, le style du
récepteur tombe sur le cylindre par son propre poids et
sous l’influence d’un petit ressort, trace une hachure sur le
papier à calquer, et se relève de nouveau quand le style de
départ passe du trait isolant au papier métallique.
Le synchronisme est obtenu de la manière suivante :
chaque mouvement d’horlogerie entraîne une sphère métal¬
lique suspendue à un cordon de soie ; en réglant la longueur
du cordon et la durée des. oscillations circulaires isochrones
de chacune des sphères, on arrive à mettre les deux mou¬
vements à très-peu près d’accord. C’est le courant lui-môme
qui est chargé de compléter et de maintenir le synchro¬
nisme. A cet effet, le mouvement d’horlogerie de départ fait
tourner un axe vertical armé, à sa partie supérieure, de
trois plaques rectangulaires de fer doux, formant une croix.
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Cette croix tourne d’un mouvement continu dans un plan
horizontal, en face des pôles d’un électro-aimant, animé par
une pile locale, dont le circuit est fermé par un relais (1),
traversé par le courant de la ligne. Chacune des trois
plaques de la croix joue à son tour le rôle d’une armature
par rapport aux pôles de cet électro-aimant.
Quand le circuit de la pile locale est fermé, l’électro-
aimant agit sur la lame de fer doux la plus rapprochée,
accélère ou ralentit son mouvement et ramène son grand
axe sur la ligne de ses pôles. L’électro-aimant du relais est
réglé de telle sorte que le courant.de ligne seul ne suffit
pas pour qu’il puisse attirer la palette et fermer le circuit de
la pile locale.
Le mouvement d’horlogerie d’arrivée, de son côté, fait
tourner un axe vertical portant un interrupteur à six con¬
tacts métalliques également espacés.
Toutes les fois que le ressort porte sur un contact métal¬
lique, c’est-à-dire six fois pendant chaque révolution com¬
plète, une pile additionnelle vient se joindre à la pile de
ligne, et le courant acquiert assez d’intensité pour faire
jouer le relais et fermer le circuit de la pile locale au départ.
L’interrupteur du récepteur et la croix de fer doux du trans¬
metteur sont ainsi solidaires, et la durée d’une révolution
complète est rigoureusement la même de part et d’autre.
L’appareil Lenoir reprpduit le fac simile de la dépêche,
peut-être avec plus de netteté que l’appareil Caselli ; et,
comme il est tracé avec de l’encre d’imprimerie, on peut en
obtenir facilement, au moyen d’une presse, une ou deux
\
(1) Un relate est composé d’un électro-aimant, devant lequel se meut
une palette. Celle-ci communique constamment avec un des pôles d’une
pile locale et vient, lorsqu’elle est attirée par l’électro-aimant, buter
contre une vis à laquelle aboutit l’autre pôle. — Le circuit de la pile
locale est donc fermé quand l’électro-aimant du relais est mis en
action.
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copies. — Les dispositions mécaniques sont aussi plus
simples que dans le Caselli, mais on peut y faire plusieurs
objections : ainsi c’est l’électro-aimant du relais de pile
locale au départ qui commande le régulateur du synchro¬
nisme; cet électro-aimant est traversé par le courant de
ligne dont les variations, on le sait, sont très-fréquentes et
souvent considérables ; le réglage doit donc être l’objet des
plus grands soins. D’un autre côté, l’électro-aimant qui fait
fonctionner le style du récepteur est aussi un organe
essentiel ; pourra-t-on toujours le soustraire aux actions
pertubatrices du magnétisme rémanent et des courants de
dérivation de la pile additionnelle? — Cela paraît difficile.
— Quoi qu’il en soit, l’appareil Lenoir a marché d’une
manière très-régulière au Champ-de-Mars; il paraît même
que les essais sur des lignes de 150 à 200 kilomètres ont
donné de bons résultats. L’invention a donc justement
mérité la médaille d’argent qui lui a été décernée.
Avant de clore la revue des appareils, je crois devoir
dire quelques mots d’un instrument exposé par M. Bréguet.
Vous avez sans aucun doute constaté le rôle considérable
que l’horlogerie joue en télégraphie. Dans les télégraphes à
échappement, le mouvement d’horlogerie remplit une fonc¬
tion fondamentale, mais qui n’exige pas une très-grande
précision mécanique. Aussi les mouvements d’horlogerie
des appareils à cadran Morse, Joly, d’Arlincourt, sont-ils
construits dans les conditions ordinaires. Il n’en est plus de
même dans les appareils à mouvements synchroniques,
comme les télégraphes Hughes, Caselli, Lenoir. Il faut alors
que les différences des mouvements du départ et de l’arri¬
vée soient des fractions extrêmement petites, et le choix
du régulateur acquiert une importance capitale.
M. Bréguet a repris les expériences de Duhamel, qui le
premier avait songé à employer le .diapason pour mesurer
les petits intervalles de temps. L’appareil de M. Bréguet se
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compose, comme une horloge ordinaire, de deux parties :
un rouage et un appareil à oscillations isochrones, se prê¬
tant'un secours réciproque par l’intermédiaire d’un échap¬
pement. Le diapason règle le débit du rouage ; le rouage
donne au diapason, à chaque vibration, une petite impul¬
sion nécessaire pour prolonger son mouvement oscillatoire.
Le rouage, au moyen d’aiguilles portées par les axes et
tournant devant des cadrans, permet de compter les vibra¬
tions du diapason. Pour contrôler la régularité de la
marche de cet instrument, M. Bréguet a eu recours aux
procédés optiques de M. Lissajoux, en comparant le diapa¬
son régulateur à un diapason libre qu’on fait vibrer avec la
main. — Le diapason employé d’abord faisait environ cent
vibrations simples par seconde ; l’appareil a ensuite fonc¬
tionné avec un diapason de deux cents vibrations simples
par seconde, sans qu’il ait été besoin de rien changer. —
. On pourra très-probablement appliquer à l’instrument des
diapasons beaucoup plus aigus, en diminuant convenable¬
ment la dimension de l’échappement. En plaçant sur les
deux branches du diapason des masses égales et symé¬
triques, on diminuera la rapidité des vibrations, et, au
moyen de certaines dispositions, on pourra passer par toutes
les vitesses entre deux limites extrêmes.
M. Bréguet continue ses expériences, et il est permis
d’espérer que son système résoudra le problème, si impor¬
tant au point de vue télégraphique, du synchronisme parfait
de deux mouvements d’horlogerie rapides.
Je terminerai l’examen de la classe 64 par une description
succincte des systèmes de communications souterraines
adoptés à Paris et dans quelques grands centres télégra¬
phiques de France et d’Europe.
Dans les grandes villes, et principalement à Paris, il était
t. xi.
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impossible de suspendre les fils en plein air à travers les
rues, les boulevards et les places publiques. Il a donc fallu
remplacer les lignes aériennes par des lignes souterraines.
Celles-ci devaient d’ailleurs être établies de telle sorte
qu’elles pussent être visitées, vérifiées et réparées facile¬
ment. De nombreuses tentatives ont été faites : on a essayé
d’abord de placer de simples fils de cuivre, recouverts de
caoutchouc ou de gutta-percha dans des tuyaux en grès ou
en fonte, ou bien encore dans les rainures de madriers en
bois ; mais on a reconnu bientôt que la gutta-percha se dé¬
composait promptement. On a eu aussi recours au bitume :
des fils-de-fer étaient tendus parallèlement au fond de
tranchées creusées dans le sol; on les noyait dans des
blocs de bitume coulé ; mais des gerçures ne tardaient
pas à se produire dans le bitume; d’un autre côté, cette
substance était fortement attaquée par certaines réactions
chimiques au sein du sol. Le gaz d’éclairage, on le sait, est
un carbure d’hydrogène, et tous les bitumes ont la pro¬
priété d’être dissous par cette substance ; le bitume placé
dans le voisinage des conduits de gaz se ramollissait très-
vite et les fils-de-fer se touchaient.
Le dernier système de lignes souterraines que l’admi¬
nistration française a essayé dans l’intérieur de Paris donne
jusqu’à présent des résultats satisfaisants ; l’outillage se
trouvait tout entier à l’Exposition. Chaque conducteur est
composé de quatre fils de cuivre rouge d’un demi-milli¬
mètre de diamètre, tordus ensemble ; cette corde métal¬
lique est recouverte de deux couches de gutta-percha et
d’un revêtement de coton goudronné. Trois, quatre, et jus¬
qu’à sept conducteurs sont accolés parallèlement et forment
un câble qu’on recouvre lui-même de plusieurs enveloppes
de coton injecté au sulfate de cuivre et soigneusement gou¬
dronné. Ces câbles sont ensuite placés dans des tubes de
fonte qu’on enfouit dans le sol et dont les joints sont her-
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métiquement fermés avec du plomb. Des regards sont mé¬
nagés tons les cent mètres.
La ligne souterraine de la rive droite part du poste cen¬
tral situé rue de Grenelle-Saint-Germain et se rend à la
rue Royale-Saint-Honoré. Elle aboutit au grand égoût
collecteur et se trouve soutenue à la voûte de l’égoût jus¬
qu’à Asnières où elle rejoint la ligne aérienne de cein¬
ture.
Les fils souterrains de la rive gauche vont du poste cen¬
tral à la barrière du Maine ; là ils abandonnent leurs tuyaux
de fonte et s’enfoncent dans les catacombes où ils sont
suspendus comme dans l’égoût collecteur ; ils ressortent de
ces souterrains à la porte d’Orléans à Montrouge.
Ce système est appliqué en France, à Bordeaux, Mar¬
seille, Lyon, Lille, Le Havre et Rouen, à l’étranger, à Zu¬
rich et à Copenbague.
On a commencé l’année dernière à Paris un second ré¬
seau souterrain qui n’a aucune analogie avec celui que je
viens de faire connaître; ce réseau de tubes atmosphériques
relie actuellement sept stations de l’intérieur de Paris. Ce
n’est pas la première fois que l’on songe à adopter en télé¬
graphie un système pneumatique; l’exposition prussienne
nous a montré tout le matériel affecté depuis plusieurs an¬
nées au transport des dépêches par voie atmosphérique dans
l’intérieur de Berlin. La ligne prussienne n’a que deux kilo¬
mètres; elle se compose de deux tubes de fer, un pour
l’aller, l’autre pour le retour. Une machine à vapeur agit par
compression dans l’un des tubes et par aspiration dans l’au¬
tre. Les dépêches sont placées dans des chariots métalliques
de 52 centimètres de longueur, guidés à l’aide de 4 galets mé¬
talliques (deux verticaux et deux horizontaux) placés deux à
deux, à l’avant et l’arrière. Ces chariots m’ont paru trop
grands et trop lourds pour pouvoir être employés ailleurs
que dans des tubes parfaitement droits ; il serait difficile à
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mon avis, de les faire circuler à travers les nombreuses cour¬
bes des rues ordinaires.
Le système français me paraît bien préférable ; son prin¬
cipal avantage est de supprimer du même coup la machine
pneumatique et le moteur à vapeur qui est nécessaire pour
la faire marcher. L’administration a eu l’heureuse idée d’a¬
voir recours à une disposition qui a été employée pour la
première fois dans les travaux de percement du Mont-Ce-
nis : on comprime l’air au moyen de l’eau. A Paris, on a
songé à utiliser l’eau des tuyaux de la ville dont la force
d’ascension dépasse 15 mètres de hauteur. On a obtenu
ainsi un moteur puissant, peu coûteux et qu’on a constam¬
ment sous la main. On a établi trois cuves en tôle mesurant
chacune 4,500 litres; la première est destinée à recevoir l’eau
et à opérer la pression, les deux autres reçoivent l’air com¬
primé. A mesure que la première cuve se remplit, l’air qu’elle
contenait est comprimé, refoulé dans les deux autres en
passant par un tube muni d’une soupape qui l’empêche de
revenir sur lui-même. Quand l’eau a entièrement rempli la
première cuve, ce dont on s’aperçoit en consultant les ma¬
nomètres et les niveaux d’eau, on la laisse couler par un
second robinet et on fait rentrer l’air extérieur, au fur et à
mesure de l’écoulement, au moyen d’une soupape placée à
la partie supérieure et qu’on manœuvre au moyen d’un le¬
vier. Après un second remplissage d’eau, on a ajouté une
nouvelle quantité d’air au volume qui est déjà comprimé et
on arrive ainsi à une pression d’environ deux atmosphères.
Les stations sont reliées entre elles par un tube en fonte
d’un diamètre intérieur de 65 millimètres, aboutissant à
chaque extrémité à une chambre fermée hermétiquement
par une petite porte qui permet d’introduire ou de retirer
le piston-chariot contenant les dépêches. Ce piston consiste
en un petit cylindre creux en laiton fermé à une extrémité
et muni à l’autre d’un couvercle mobile. Il est en outre
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garni à l’extrémité fermée de petites rondelles en cuir qui
s’adaptent contre les parois du tube de manière à empêcher
le contact de l’air comprimé avec l’air antérieur, tout en op¬
posant une faible résistance au glissement. Ge chariot con¬
tient environ quarante dépêches mises sous enveloppes. La
chambre de départ et d’arrivée du piston reçoit alternative¬
ment deux communications : avec l’extérieur, pour laisser
écouler l’air du tube quand il faut recevoir un envoi ; avec
l’air comprimé, quand au contraire il s’agit d’expédier. Deux
tubes y arrivent, l’un communiquant avec les cuves à air,
l’autre s’échappant dans une cheminée. Ces tubes sont mu¬
nis chacun d’un robinet dont les têtessont garnies de crémail¬
lères et commandées par une même vis sans fin, de telfe
sorte que l’un se trouve ouvert quand l’autre se trouve fer¬
mé. Pour faire un envoi, on prévient, au moyen d’une son¬
nerie électrique, le poste correspondant qui répond par le
signal réglementaire qu’il laisse la voie libre, c’est-à-dire en
communication avec l’air extérieur. On dispose le cylindre
contenant les dépêches dans l’ouverture du tube qu’on re¬
ferme hermétiquement, et d’un coup de manivelle, on éta¬
blit la communication avec l’air comprimé. Le piston vive¬
ment refoulé, chasse devant lui l’air du tube et arrive à
destination après un intervalle de 60 à 80 secondes, pour
une distance d’environ un kilomètre. Le bruit qu’il produit
suffit pour annoncer d’assez loin son arrivée à l’employé,
qui aussitôt avertit le poste expéditeur afin d’arrêter l’émis¬
sion superflue de l’air comprimé. La cuve d’eau met environ
trois minutes à se remplir et une ou deux minutes à faire son
trajet. D’ailleurs', pendant qu’un poste se met en pression,
le second peut faire son envoi, de sorte que cinq minutes
suffisent à un voyage aller et retour du piston.
La dépense par cuve d’eau est de 21 centimes ; mais une
cuve entière n’est pas nécessaire pour chaque course du
chariot, et l’eau dont on s’est servi pourrait être affectée à
un autre emploi.
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Celte télégraphie pneumatique est appelée à rendre des
services sérieux dans l’intérieur de Paris où l’abaissement
des tarifs a subitement et considérablement augmenté le
nombre des dépêches. Les fils électriques, qu’il était impos¬
sible de multiplier outre mesure, n’auraient pu suffire à
l’écoulement du travail et les tubes atmosphériques leur sont
venus très-heureusement en aide. On peut espérer que
l’exemple donné par la direction des lignes télégraphiques
sera un jour suivi par l’administration des postes. En ap¬
portant au système actuel quelques modifications, il serait
très-facile de confier à des tubes le service qu’on appelle la
petite poste , c’est-à-dire le transport des lettres de Paris pour
Paris. La centralisation des lettres de toutes les boites de
la ville à l’administration centrale, et leur distribution dans
les différentes gares de chemins de fer seraient ainsi assu¬
rées d’une manière plus commode et plus rapide.
Je ne parlerai pas des câbles sous-marins, quoiqu’ils aient
tenu une des premières places à l’Exposition ; mais j’ai
traité ce sujet avec quelques détails en 1864 dans un tra¬
vail que la Société a’bien voulu insérer dans ses Annales.
Les ingénieurs de la compagnie transatlantique, dont la
science et la persévérance ont mené à bonne fin l’entreprise
gigantesque de la liaison télégraphique des deux mondes,
n’ont pas répondu à l’appel de la France : les appareils spé
ciauxqui desservent la ligne transatlantique n’ont pas été
exposés; ils sont même très-peu connus encore. J’ai été
assez heureux pour obtenir dans la section américaine, d’un
électricien qui a visité et étudié la station de l’île de Terre-
Neuve, quelques explications que je m’empresse de .vous
communiquer.
Le^câble^aboutit, en Amérique, à une localité appelée
Heart’s Content,'dans File de Terre-Neuve. A côté d’un
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bureau principal se trouve une petite pièce de six pieds de
longueur sur deux de largeur. Dans cette chambre, complè¬
tement obscure, on n’aperçoit qu’une petite lueur immobile,
projetée sur une bande de papier fixée au mur. Au milieu de
la bande est tracée une ligne noire sur laquelle repose le
rayon lumineux. Que l’on se rappelle la lueur réfléchie sur
un écran par lalanterne magique, et l’on aura une idée exacte
de ce qui se passe dans la salle du câble. On entend le bruit
du manipulateur qui transmet dans la pièce voisine une
dépêche en Irlande. Tout-à-coup la lueur s’agite, va, vient
avec rapidité, tandis que la voix d’un employé traduit le
sens de ses mouvements en mots intelligibles et dicte ainsi
le télégramme aux expéditionnaires de l’autre salle.
Le récepteur se compose d’une bobine entourée de fil de
cuivre recouvert de soie. L’intérieur de la bobine est tra¬
versé, sur une certaine longueur, par un cylindre métallique
à l’extrémité duquel un petit miroir est suspendu au moyen
d’un léger fil de soie. A la partie postérieure de ce miroir
est fixé horizontalement un aimant de très-petite dimension;
le miroir et l’aimant présentent ensemble environ le tiers
d’un grain. A quatre pieds de la bobine se trouve un panneau
de bois au milieu duquel est pratiquée une ouverture que
traversent les rayons d’une lampe pour aller converger sur
le miroir et de là se réfléchir sur la bande de papier.
Le manipulateur est assez compliqué : il permet de chan¬
ger le sens du courant et, en outre, de neutraliser en partie
les courants intenses d’induction qui, dans ce conducteur
de plus de 3,000 kilomètres, paralyseraient l’effet utile de
l’émission primitive de l’électricité.
On comprend maintenant ce qui va se passer quand le
bureau de Valentia, en Irlande, transmettra un signal :
l’aimant placé dans la bobine subira une attraction, entraî¬
nera le miroir, et par suite fera dévier le rayon lumineux
d’un côté de la ligne tracée sur le papier, un courant de
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sens contraire produira une action opposée. Le premier
de ces mouvements représente par exemple les traits, le
second, les points ; on obtient ainsi des combinaisons
semblables à celles de l’alphabet Morse.
Pour apprécier d’une manière complète l’état de la télé¬
graphie en 1867, il faudrait étudier la classe 17 (céramique)
où se trouvent exposés les modèles les plus variés des iso¬
lateurs des lignes ; la classe 40 (tréfilerie), dans le groupe
des matières premières, qui comprend tous les spécimens
de fils télégraphiques ; la classe 41 pour les bois injectés
destinés aux appuis, et enfin les classes 42 et 44 où nous
aurions pu examiner les différentes espèces de gutta-percha
et de caoutchoucs, sans lesquels les télégraphes sous-marins
ou souterrains ne sauraient exister. Mais un semblable tra¬
vail dépasserait de beaucoup le cadre que je me suis tracé.
Je suis donc arrivé au terme de ma tâche et vous aurez
remarqué que, si j’ai fait passer sous vos yeux bien des per¬
fectionnements heureux, bien des inventions ingénieuses,
je n’ai pu vous signaler de progrès véritables en ce qui con¬
cerne l’accroissement de la vitesse de transmission. Le télé¬
graphe Hughes, expérimenté dès 1859, reste encore sous ce
rapport le premier de tous; la plus haute récompense a du
lui être décernée. Et cependant une vitesse de 50 dépêches
à l'heure ne saurait nous satisfaire! Il faut donc que les élec¬
triciens se remettent à l’œuvre, il faut qu’ils s’appliquent à
réduire sans retard cet écart considérable, sur lequel j’ai eu
l’occasion d’insister plusieurs fois, entre le rendement des
appareils et la vitesse prodigieuse du courant. Alors seule¬
ment il pourra être donné une large satisfaction au désir
légitime de l’opinion publique qui attend, avec trop d’impa¬
tience peut-être, un sérieux abaissement des tarifs ; alors
la dépêche télégraphique pourra devenir accessible à tous.
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C’est à ce point de vue tout-à-fait technique que doit être
ramenée la question de la télégraphie à bon marché qui, je
le dis avec regret, n’a pas fait un pas en avant en 1867. Le
problème reste donc posé tout entier ; espérons que la solu¬
tion ne se fera pas attendre !
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RECHERCHES PHILOLOGIQUES
Sur le sens de la double dénomination de Gen-ab et d’Aurelia,
DONNÉE DANS l’ANTIQOITÉ GAELIQUE A LA VILLE D'ORLÉANS,
Et sur la dénomination de Gienus ou Giennum,
DONNÉE A LA VILLE DE G1EN A LA MÊME ÉPOQUE.,
Conséquence» historiques de ce» recherches
h l’égard de ces deux villes.
Par M; E. Bimbenet.
Séance du 2 août 1867.
La solution de l’unique question que nous allons formuler
suffira à l’accomplissement de la tâche unique, malgré sa
division tripartite, que nous entreprenons en ce moment.
Cette question se réduit à ces mots : le nom à'Aurélia
a-t-il été substitué à celui de Genab, et cette substitution
est-elle l’expression de l’appellation d’un empereur romain ;
ou bien doit-on attribuer ce nom à toute autre étymologie
et lui donner, par conséquent, un tout autre sens ?
Remarquons, avant tout, que le mot Gen, quoique très-
répandu comme dénomination de certaines villes, toutes
placées sur le bord d’un fleuve, d’un lac ou de la mer, l’est
cependant beaucoup moins que le nom A'Aurélia.
. Nous connaissons Genab, que nous plaçons à Or¬
léans; Giennum ou Gienus, appellation qui s’applique
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à la ville de Gien et sur laquelle nous reviendrons plus
tard; mais il en est bien d’autres situées dans toutes
les parties du monde, c’est Gen-ech, située dans la Turquie
d’Asie, sur le bord de la mer Noire; c’est Gen-ehoa,
Gen-ehoœ regnum, entre les rivières de Senega, ou mieux
Gen-ega, et de Gambie (1), ou Gen-Gambie, Sénégal et
Gambie ; Gen-ep, Gen-ebum, Gen-epum , petite ville d’Alle¬
magne sur la Meuse et à l’embouchure du Niers (2) ; Gen-ep
ou Gen-ap, Gen-apius viens, bourg des Pays-Bas, sur la
Dyle (3) ; Gjen-Gen, Gien-ga, autre petite ville d’Allemagne
dans la Souabe, sur le torrent de Brentz; c’est Gen-eseo,
ville de l’Amérique, située sur la Gen-esée, rivière se diri¬
geant de la Pensylvanie, traversant New-York et débou¬
chant au lac Ontario en y formant le por( Charlotte, et
dont le cours est interrompu par des rapides; Gen-eva,
placée sur le rivage du lac Sen-eca, ou plutôt Gen-eca; Gen-
bach , près de Bade, au confluent du Kinsig.
Gen-esareth, ville sur la mer de Galilée et de Tibériade.
Gen-esara, Gen-esareth, Cen-ereth, aujourd'hui: Viens
parvus: Tabarie dictus.
Ce point assez important établi, et après avoir signalé la
situation de chacune de ces villes auxquelles on pourrait en
réunir un assez grand nombre d’autres, et même auxquelles
on pourrait joindre quelques contrées portant des appellations
analogues, et qui toutes tirent leur nom de Gen, accompagné
de dénominations différentes par le dialecte, mais toutes
exprimant un cours ou une grande étendue d’eau ; revenons
à notre question.
(1) Ei adjacent urbes Genehoa, Timbutum et aliquot aliœ.
(2) Oppidum Germaniœ in ducatu Clivensi ad Mosam fluvium, ubi
recipil Niersam.
(3) Dictionnaire de Géographie ancienne et moderne à l’usage du Li¬
braire et de VAmateur de livres , 7« livraison, de La Martinière.
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Elle n’est pas nouvelle, et nous-même dans un opuscule
nous l’avons traitée assez longuement, en adoptant une so¬
lution dans laquelle nous ne pensons pas devoir persister ;
et nous convenons, sans hésitation, qu’un examen sinon
plus attentif, au moins des données philologiques nou¬
velles, nous contraignent d’abandonner le système consis¬
tant à voir dans le nom à’Aurélia un dérivé du nom de
l’empereur Aurélien ou de tout autre nom similaire.
Déjà nous avions eu à réfléchir sur cette question par les
doutes que le plus grave de nos annalistes exprime à cet
égard.
Trois hypothèses se présentent à son esprit : Ce nom
pourrait tirer son origine de ce que la ville de Genabum est
située sur le bord de la Loire : ab ora Ligeriana ; il pourrait
venir de ce que les Aulerci, ou, pour employer le mot
gaélique, les Aulerkes ne soient autres que les Aureliani;
enfin il pourrait venir de ce que la ville ayant été fortifiée
par Aurélien, celui-ci lui aurait donné son nom.
Lemaire ne prend pas de parti, mais il laisse facilement
soupçonner qu’il n’adopte pas cette dernière origine.
La première de ces hypothèses est empruntée à un écri¬
vain du xi e siècle, Radulphe surnommé Glaber (1).
Quant à la seconde, nous ne nous y arrêterons qu’un
instant; les Aulertü étaient une tribu divisée en diverses
branchés : les Aulertü Eburovikes , habitant la ville et le
territoire d’Evreux ; les Aulertü Cenomanni et Diablinthes,
habitant le haut et bas Maine ; et encore bien qu’on ait sou¬
vent confondu ces peuplades avec les Garnutes, toutes les
(1) Glaber: sans poil; pelé, chauve, tondu. Radulphe était moine
et par conséquent il était tondu ; peut-être était-il chauve.
Le surnom, tiré de l'une ou de l’autre de ces deux causes, l’a em¬
porté sur le véritable nom de cet écrivain, connu maintenant sous le
surnom de Glaber.
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cartes des Gaules prennent le plus grand soin de les séparer
de cette tribu.
Il en est de même des historiens anciens et modernes,
depuis Pline le jeune jusqu’à M. Henry Martin (1).
Il reste des préoccupations de Lemaire celle résultant du
sens donné par Radulphe Glaber au mot Aurélia ou
Orléans.
Dans un chapitre ayant le titre assez emphatique : De
portento Aurelianœurbis mirabili, du prodige merveilleux de
la ville d’Orléans, cet écrivain s’exprime ainsi : Son nom est
tiré du fleuve de la Loire et il y correspond parfaitement;
elle est appelée Aureliam, comme on dirait bouche de la
Loire, et non, ainsi que le disent les écrivains les moins
accrédités, de ce que Aurelien l’aurait édifié, mais
bien, comme nous l’avons dit, du fleuve qui s’y rapporte
plus directement et plus certainement. Ex ligere quippe sibi
congruo etiam flumine agnomen habet inditum, diciturque
aureliana quasi ore ligeriano , eo videlicet quod in ore ejusdem
fluminis ripæ sil constituta , non ut quidam minus cauti exi-
stimant ab Aureliano Augusto quasi eam ipse ædificaverit;
sic vocatam quin potius ab amne ut dicimus quod rectiùs
veriùsque illi congruit.
Mais il ne faut pas omettre une note des savants collec¬
tionneurs auxquels est dû le Recueil des Historiens français,
(1) Pline le jeune parlant de la Gaule lyonnaise s’exprime ainsi :
Dans les terres se trouvent les Eduens, les Cumules, tous alliés des
Romains ; les Boï, les Senons, les Aulerkes, tant Eburovikes que
Cenomans.
César nous montre le sénat des Aulerkes séparé du sénat des Car-
nutes : atque his paucis diebus, AulerciEburovices, Lexoviique senato suo
interfeclo. Après ce court espace de temps, les Aulerkes Eburoviques
et les Lexoves, ayant mis à mort leur sénat, fermèrent les passages.
L’expression senato suo interfeclo démontre que cette assemblée po¬
litique et administrative était celle des Aulerkes Eburoviques et des
Lexoves réunis et que les Carnutes avaient la leur.
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et auxquels nous empruntons le texte de Radulphe Glaber ;
elle est placée au bas même du premier alinéa de ce texte,
et cela dans une forme assez ironique : Cette étymologie,
disent-ils, est tellement ridicule que Valois préfère se
joindre aux écrivains de moindre autorité, qui estiment,
comme l’atteste Glaber, que les Aureliani sont ainsi
nommés de l’empereur Aurelien, celui-ci devant plutôt être
considéré comme le restaurateur que comme le fondateur
de celte ville, autrefois appelée Genabum. Ridicula sanè
etymologia adeo est ut Valesius, malit minus cautis accedere
qui , ut ipse Glaber testatur, Aurelianos ab Aureliano Augusto,
cognominatos existimaverunt, hujus urbis quœ antea Gena¬
bum dicebatur, Aurelianus potiùs instaurator censendus est
quam conditor.
Nous sommes donc en présence d’une opinion qui, dès le
xi c siècle, quitte le sentier battu, et ne peut appartenu
qu’à un esprit précurseur, car, alors, les études philolo¬
giques, et surtout le sentiment critique, n’avaient pas pris
l’essor qu’ils ont pris de nos jours ; et, en même temps, en
présence de deux étymologies contraires se livrant encore
au xix* siècle, un combat sérieux.
Arrêtons-nous à une réflexion d’une véritable importance :
Si nous voulions adopter le nom d'Orléans comme venant
de sa situation qu’on peut appeler la bouche de la Loire,
ab ore Ligeriano; ou sur le rivage du fleuve, ab ora Lige-
riana, car Glaber semble adopter alternativement ces deux
mots qui, d’ailleurs, ont une racine unique, nous serions
entraîné, en apparence, à nous éloigner de la langue
gaélique pour ne nous servir que de la langue latine.
Ce qui manquait à Glaber, à Valois lui-même et à
Lemaire, c’est de comprendre qu’il fallait se séparer, pour
exercer leurs études philologiques, de la langue grecque
et latine et interroger, plus directement, les idiômes en
usage chez les tribus gaéliques. Mais il faut convenir que
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cet emprunt exclusif, fait ici à la langue latine, l’a été avec
uqe rare intuition, ou que Glaber et Lemaire ont été servis
au-delà de leur propre attente par l’unité primitive du lan¬
gage humain, qui se manifeste dans cette occasion avec éclat.
Il se trouve, en effet, que le mot Ghen, Gen ou Cm est,
dans la langue gaélique, synonyme du mot gaélique or, et
que tous les deux sont représentés dans la langue latine
par le mot os.
Si nous consultons le lexique de la langue bretonne par
Dom Le Pelletier, nous y rencontrons le mot Ghen qui,
dans les altérations dialectales, a perdu Yh, et dont le G est
changé en C par les modernes ; et nous voyons que ce mot
a plusieurs acceptions, entre autres et principalement celle
de bouche, toutes les autres venant se réunir à celle-ci.
Cet auteur rapporte l’interprétation de Davies du mot
Ghen, Gen, qui correspond à ar mor, la mer, correspondant
lui-même à toute grande étendue d’eau; à ce mot Ghen,
Gen appartient le mot Ghenau, Genau, ou Ghenou, Geneu,
correspondant au mot latin os, bouche, ou au mot mentum,
menton.
Voilà l’acceptation de la première syllabe du mot Genab
et en même temps du mot Orléans trouvée : Ghen, Gen ou
or; c’est la bouche de l’eau, l’ouverture, le canal par où elle
s’écoule.
Mais Ghen, Gen ou Cen a une autre acception qui corres¬
pond au mot brachium, bras ; ses dérivés Ghenau, Genau,
ou Ghenou, Geneu correspondent aussi au mot latin lacer tus,
qui veut dire coude : à cubito ad manum, (lit Le Pelletier;
ce mot lacertus est aussi synonyme de vires, nervi, les forces,
les nerfs (1); enfin Ghenau ou Genau a une autre accep-
(1) Lacertus : partie du bras jusqu'au poignet. Bras. In Lysia sunt
sæpe lacerli , Lysias a souvent du nerf. (. Dictionnaire latin-français, de
Noël.) Et cet auteur renvoie du nu>t lacertus au mot lacerta .
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tion : celle du mot lacerta, qui veut dire tout ce qui rampe :
serpentis genus, à peu près synonyme, au moins au figuré,
du mot coude, car l’avant-bras du coude à la main obéit
à la volonté de l’homme en agissant comme agit le serpent ;
et le fleuve de la Loire, surtout devant Orléans, serpente
en formant un coude d’une grande profondeur, au sommet
duquel la ville est bâtie sur son or et comme sur sa
bouche (1).
Si on tient compte du langage nécessairement imagé des
peuples primitifs, et si on veut se reporter à la situation du
territoire des Carnutes sans cours d’eau de quelque
étendue, formant une contrée absolument déshéritée, au
contraire, de cet avantage, on comprendra qu’ils aient
appelé celle qui la confinait : la bouche d’où s’échappent les
grandes eaux, car on dit encore aujourd’hui, pour exprimer
une prise d’eau même artificielle : une bouche d’eau ; et
d’où ils tiraient l’activité qui était comme le nerf de leur vie
sociale.
Le mot ghen ou gen exprimait, aussi, toute forme affec¬
tant une profondeur quelconque : s’il voulait dire bouche ,
il correspondait, ainsi que nous l’avons dit, aux mots
ghenou, geneu et genu. Et un ancien auteur disait : La-
certus, le muscle, c'esl-à-dire la partie charnue de tout le
corps en laquelle gist la force , soit ès cuisses, soit ès bras; il se
prend aussi pour le bras.
Il n’est donc pas étonnant qu’on ait donné à quelques
villes situées dans la profondeur d’un golfe le nom d e Genua,
telles que Genève et Gênes, ainsi que nous le verrons
(1 ) Le mot cubitus, considéré comme synonyme de lacertus et de
lacerta, n’a pas que cette acception de coude ; il en a une autre bien
plus directe au sujet que nous traitons, il veut dire aussi : courbure
d'un rivage. Dom Le Pelletier n’a donc fait que se conformer, dans le
passage cité, aux définitions du langage le plus classique. (Dictionnaire
de Noël.)
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bientôt; c’est-à-dire le genou de l’eau (1) ; le mot oôqui,
dans la Celtique, voulait dire eau, se prononçant eve chez
les Gaëls allobroges, et es chez les Gaëls liguriens ; c’est ce
qui fait dire à un ancien : Genoa, Ligurum regina, italice
urbs celeberrima, Totius Ligustici sinus, emporium nobilis -
simum quo non modo vicini sed remotissimarym nationum
mercatores confluunt, Gênes, la reine Ligures, ville très-
célèbre, la courbure (2) la plus considérable de toute la
Ligurie, le marché où affluent non-seulement les mar¬
chands voisins, mais encore ceux des nations les plus
éloignées (3).
En présence de ces rapprochements, il est indispensable
de rappeler le renouvellement ou plutôt le dépérissement
dialectal et l’altération phonétique, comme dit Max Muller,
de ces peuples qui parlaient la même langue et qui, cepen¬
dant, se distinguaient par la diversité du langage : hi
omnes linguâ inter se différant, et alors il ne nous paraîtra
pas étonnant de retrouver dans le mot lacerta le mot
laerta, ou le mot laera, ou même les mots laer, leer, leyre.
Poussons plus avant cet examen ; si nous consultons le
dictionnaire gaélique de Legonidec, nous trouvons les mots
or et d’or, signifiant porte ouverte, ouverture faite pour
(1) L’abbé Lebœuf, qui place l’ancienne ville de Genab à Gien, tra¬
duisait le mot Genab par le mot : Chenou. (Voir à ce sujet le Diction¬
naire de Géographie ancienne et moderne d l'usage du Libraire et de
l'Amateur de livres , 9 e livraison )
(2) Et aussi : le Golfe.
(3) Cette forme était très-favorable, alors, au débarquement des
marchandises et à la sécurité des bâtiments de transport, et le com¬
merce maritime et fluvial se donnait rendez-vous dans ces golfes et
ces ports que lui offrait la nature ; aussi doit-on remarquer la simili¬
tude des expressions employées pour qualifier le golfe de Gênes et la
plage de Genab; l’un était Yemporium des Ligures, l’autre, Yemporium
des Carnutes.
T. XI. 16
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entrer dans un lieu ou en sortir, qui confirment l’enseigne¬
ment du Dictionnaire de la langue bretonne.
Si donc nous pouvons penser que le mot lacerta a pu
s’altérer jusqu’à devenir laera, laer ou même leer, en le
réunissant à ghen , gen ou or, leur synonyme, nous aurons
oreleara, ou orelaera, ou orelear, ou simplement orelaer ou
oreleer, bord de la Loire, bouche du fleuve, coude ou genou
qu’affecte son rivage ; et, enfin, comme le mot laer ou lear
a pu devenir lean, et que l’e, si même il n’en était pas
ainsi à l’origine, a pu devenir, dans la prononciation, un i,
comme il arrive de nos jours, où les paysans des bords de
la Loire disent de l’iau pour dire de l’eau, nous louchons à
la transformation A’orelaera, orelar ou orelean , en oriliar
ou orilian, et enfin en oriliens (1), qui ne sont autres que
l'Orelear des Gaëls, YAurelia des latins et l’Orléans des
modernes.
Mais une grave objection, semblable à celle que nous
avons prévue il n’y a qu’un instant, se présente : lacertus et
lacerta sont des mots latins représentés par ghen, gen et
leur dérivé ghenau, genau ; et peut-être serait-on tenté de
repousser l’alliance de deux langues aussi étrangères l’une
à l’autre; et dans tous les cas, si on persistait à représenter
la dénomination d 'Aureliani pour désigner les Orléanais
comme étant antérieurs à Aurélien, on pourrait exiger
qu’on écrivît ce mot selon l’orthographe gaélique, et non
selon l’orthographe romaine,c’est-à-dire parla syllabe com¬
posée des lettres o et r, et non pas par la syllabe composée
des lettre a, u, r.
On peut répondre à cette objection que le mélange des
mots appartenant à deux langues différentes n’est pas rare,
et qu’on en rencontre de fréquents exemples ; il s’explique
d’abord par l’origine même du langage : Ne voyons-nous
(1) Nunc Orléans incolis; Orliens italis, B au drand.
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pas, d’après les témoignages les plus imposants, et même
par l’examen particulier auquel nous nous livrons, que la
langue latine, la langue grecque et la langue gaélique ont
de grands rapports entre elles ? Il s’explique, indépendam¬
ment de cette considération, parles relations commerciales
engagées entre la colonie hellénique, et surtout avec la Nar-
bonnaise et les peuplades du centre de la Gaule, et beau¬
coup plus encore par le style et l’orthographe des actes de
l’administration romaine.
Cette différence entre l’orthographe du nom d’une ville et
celle du nom de ses habitants est très-remarquable dans les
noms de la ville et des habitants d ’Auray, et nous choisis-
, sons cet exemple de préférence, parce qu’il appartient à la
langue gaélique comme le nom d’Orléans; le nom origi¬
naire de cette ville est Aire, contraction évidente de laer ;
ses habitants sont appelés encore aujourd’hui Alrésiens,
et cependant le nom de la ville s’écrit Auray, comme celui
d’ Aurélia (1).
Cette proposition nous semble d'autant plus évidente que
nous ne connaissons les Aureliani et Orléans que par les
écrivains du iv" siècle ; César ne parle pas des habitants de
Genabum sous le nom d 'Aureliani, et l’itinéraire d’Antonin,
dressé ou seulement publié un siècle après Aurelien, ne dé¬
signe encore Orléans que sous le nom de Genabum.
Si donc on ne trouve pas à'Aureliani et de ville appelée
Orléans, de César à Antonin et beaucoup plus tard ; si, au
contraire, on les rencontre seulement depuis le dernier do¬
cument cité, c’est que le nom a subi l’alliance des mots
gaéliques et des mots latins correspondant aux premiers ;
et c’est ainsi qu’on peut expliquer comment le mot gaélique
or, ayantle même sens que ghen ou gen, leur a été substitué ;
(1) La transformation de la syllabe al en la syllabe au est trop
commune et trop connue pour qu'il soit nécessaire d’insister ici à cet
égard.
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que lacerta, leur synonyme, a été substitué aux dérivés de
ghen et de gen, ghenau genau ; et c’est ainsi qu’à mesure
que la Gaule se romanisait, et que la langue latine se ré¬
pandait dans toutes ses parties, le mot or s’est transformé
dans la double syllabe aure, et le mot de lacerta en ceux de
laera , leera ou leer, ou même lean par les divers eupho-
nismes qui invitaient déjà les habitants de l’Italie à jeter
dans l’espace, par un son harmonieux, les voyelles finales
des mots, et les peuples n’ayant pas comme eux cette grâce
musicale du langage, à les supprimer; ou, dans leur désir
impuissant de l’imitation, à les remplacer.
Et d’ailleurs notre thèse reçoit sa plus éclatante justifi¬
cation des mots employés aujourd’hui pour désigner la
ville, son territoire et ses habitants Orléans, l 'Orléanais,
les Orléanais, et de la manière toujours persistante de les
écrire; le mot Aurélia n’existant vraiment que dans les
lexiques de la langue latine.
Et cependant, si les altérations du mot lacerta, qu’on a
tâché de préciser, pouvaient faire quelques difficultés, nous
pourrions les lever par des exemples d’altérations nom¬
breuses bien autrement surprenantes.
Nous avons invoqué l’autorité de Max Muller, citons-
le encore. A la page 126, nous lisons ce passage : Lord ne
serait qu’un vain titre en anglais, si nous n’en découvrions
pas la forme et la signification originales dans l’anglo-saxon
hlaf-ord, source de pain ; de hlaf, pain, et ord, place.
Il est certain que cette étymologie est beaucoup plus
difficile à trouver que celle tirée des mots or et lacerta
réunis, et que peu de personnes, même parmi les gram¬
mairiens les plus distingués de l’Angleterre, auraient pu
penser à un semblable dérivé. Aussi Max Muller nous
engage-t-il à remonter d’une langue à une autre (1) pour
(1) P. 126 et suivantes.
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retrouver le sens inconnu ou douteux d’un mot, et il
ajoute: On n’aurait jamais trouvé l’étymologie de payer,
qui a donné à l’Anglais to pay, si on n’avait pas consulté
les dictionnaires des dialectes congénères : là nous voyons
que payer se dit en italien pagare; en espagnol pagar;
tandis qu’en provençal nous trouvons les deux formes pagar
elpayar; or pagar nous reporte immédiatement du latin
pacare, qui signifie pacifier, apaiser; et, en effet, la meil¬
leure manière d’apaiser un créancier, c’est de le payer :
c’est ainsi que, par une juste réciprocité, quittance a pour
forme originale quietantia, de quietus, tranquille, car un
débiteur a recouvré la tranquillité quand il a satisfait son
créancier.
On ne peut poursuivre ici la théorie que nous avons
mise en pratique, et justifiée avec évidence par ces cita¬
tions ; mais il en résulte, manifestement, que les sources
des mots sont d’une variété infinie, produite par le mélange
des idiômes, formant, par l’altération, produit des mélanges
des uns avec les autres, un langage dont il est possible de
retrouver la trace en remontant à ces mélanges eux-
mêmes.
Prenons, cependant, un exemple plus frappant encore
des transformations que peut produire le dépérissement
dialectal intéressant les mots les moins composés et d’un
sens certain; nous voyons dans un ouvrage intitulé.:
Rome; lettres d’un pèlerin, par M. Edouard Lafon, que
l’auteur, écrivant à un de ses amis habitant Paris et
nommé Agon, l’entretient d’une place de la ville de Rome
qui, originairement, portait ce nom d 'Agon , et qu’il
s’exprime ainsi : A Rome, la place Navone tire son nom
du cirque agonal, d 'Agon, en public, appareil; le peuple
en fit Nagone, Nagona, et finalement Navona; en italien
agona signifie lice pour le combat; en latin c’est agonis;
en français agonie, la dernière lutte de la vie contre la mort.
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Continuons, cependant; la ville de Genève tire, ainsi que
nous l’avons dit, son nom du mot ghen ou gen, bouche ou
coude, et du mot eve, exprimant, dans le dialecte de ces
contrées, comme le mot ab , dans la Celtique, le mot eau.
Elle est aussi désignée, comme l’ancienne ville celtique
dans l’itinéraire d’Antonin, par le mot Genabum ou
Cenabum; c’est ce qui résulte du chapitre intitulé : lter à
mediolano per Alpes Graias, marche de Milan par les Alpes
Graies; elle est appelée également urbs Genabensis, la ville
des Genabiens.
Ce nom, toutefois, s’est altéré ; on a appelé Genève :
Germa, qui veut dire genou ; c’est-à-dire que son nom cel¬
tique Ghen, Gen, Ghenou, Geneu est confondu avec un mot
tiré de la langue latine, elle-même un peu corrompue; ce
nom se rencontre dans un grand nombre de documents
historiques (1).
Cette similitude, évidemment tirée de l’identité des posi¬
tions des deux villes : celle de Genabum de la Gaule cel¬
tique, et celle de la ville des Allobroges qui, toutes deux,
sont placées en face d’une grande étendue d’eau et au
sommet d’une courbure profonde qu’affecte le rivage, n’est
pas la seule : Genève s’appelle aussi Aurélia, et ce mot
s’écrit absolument comme le mot latinisé désignant la ville
d’Orléans.
(1) Nous savons quels ravages l'altération phonétique peut faire dans
le vocabulaire et dans la grammaire d'une langue, et nous aurions tort
de nous perdre en conjectures sur l'origine d'une /orme, dont nous
pouvons trouver l’explication en consultant l’histoire de la langue.
(Max Muller, p, 125 de la Science du langage,)
Si la critique s’exerce sur cette modeste production philologique,
nous l'engageons à se pénétrer de ce que dit le savant auquel nous
empruntons le passage cité dans sa quatrième leçon. Cette recherche
est devenue facile, grâce à la belle traduction que le monde savant
doit à M. Harris, professeur de langue anglaise au lycée impérial
d'Orléans. *
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Ici une vive lumière éclaire la justification du sens que
nous donnons du mot Genab an mot Orléans et au mot
Aureliani.
Ce ne peut être à l’empereur Aurélien qu’on attribue le
nom de la ville de Genève ; elle l’a certainement emprunté
à d’autres causes et d’autres éléments : la coïncidence des
deux noms identiques portés par les deux villes nous
démontre avec une suprême évidence qu’il faut les attribuer
à une situation semblable donnant lieu aux mêmes déno¬
minations, et que les mots Gen-ab ou Gen-eve ont, pour cor¬
rélation nécessaire, le nom i'Orelia, ou d 'Orelear, ou
d’Oreleer, ou d 'Orilia, écrit, par une altération de l’ortho¬
graphe primitive, Aurélia.
Ce n’est pas assez : Gênes, dont nous avons déjà parlé,
s’appelait, ainsi que nous l’avons dit, Gen-oa ou Gen-ua, et,
dans ce mot, se trouve le mot gaélique Gen, auquel on a
ajouté ua, et dans la suite oa, ou genou, ou coude, expri¬
mant ainsi la forme du rivage de la mer que cette ville
domine ; et, en effet, elle est bâtie en demi-cercle sur le
bord de la Méditerranée, affectant une courbure d’une
étendue de plus de 1,800 toises (1).
La ville de Lintz, en Autriche, fondée sur le confluent du
Danube et du Traun, s’appelait aussi Aurélia, Aurelianum,
nom rappelé par le mot Lentia ou Lentium, sous lequel
elle était désignée par les Romains, et qui n’est que l’abré¬
viation des mots Aureliensa ou urbs Aurelianensium.
Nous sommes ici en présence d’une origine commune à
cette ville et à celle de Y Aurélia des Celles et des Allobroges
ou Helvétiens ; et si Gènes ne s’est pas appelé Aurélia, loin.
(1) Genius, Plinio et aliis; Janua pour les auteurs plus récents, re-
centioribus ; c'est-à-dire : Ostium, adilus, fores, porta ; ou bien os
domûs, fluminis ; ostium portus, Baüdrand.
Genes, Gallis ; Genova, Hispanis, Maquez, Novitius.
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que cette distinction contredise notre proposition, elle vient
l'affirmer, car Gênes ne domine pas une étendue d’eau sou¬
mise à un renouvellement plus ou moins rapide, comme
l'est un fleuve tel que la Loire ou le Danube, ou même un
lac comme celui de Genève ; mais elle domine la Méditer-
rannée, qui n’a ni flux ni reflux.
Recherchons quelles autres villes ont porté, dans l’anti¬
quité la plus reculée, le nom d 'Aurélia.
Nous rencontrons Aurélia oppidum de l’Espagne lusi-
tanique, que l’on place aujourd’hui à Oreja, petit bourg de
l’Estramadure, vers le fleuve du Tage, près de Caurie, dé¬
truite ainsi que sa citadelle; Aurélia, oppidum hispaniœ
Lusitanicæ, quod nunc quidam interpretantur Oreja; viculum
hispaniœ in Estramadura ad Tagum fluvium, versus cau~
riam cum arce diruta.
Et, en effet, nous trouvons Corie sur le bord de l’Alagon,
rivière qui se jette dans le Tage ; et si nous admettons que
ce bourg est remplacé par Oreja, nous remarquons l’ortho¬
graphe de ce nom qui nous le montre avec celle qui a pré¬
cédé l’orthographe romaine, et correspondant àl’orthographe
gaélique ou aux mots os, or; et nous voyons clairement,
dans le mot Oreja lui-même, une contraction du mot
Aurélia ; nous voyons même ce mot dans le nom de Coria,
que portait, originairement, Oreja; caries deux syllabes:
or et lia composent ou ont composé le premier comme ils
ont composé le second.
Aurélia Carisa (carisa), aujourd’hui détruite, et le lieu
qu’elle occupait est encore appelée Cama, ville désignée
par Pline comme une colonie appelée Aurélia Antonina;
nous ne pouvons donc connaître avec certitude sa situa¬
tion ; mais il est probable qu’elle était fondée sur le bord
de la mer ou d’un fleuve, car les colonies romaines, surtout
celles aussi éloignées de la métropole, devaient être en
communication facile avec la mer, sinon sur son rivage :
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Aurélia Cariza (Carisa) cognomine, urbs et colonia hispaniœ
Bœticœ, Plinio, et Aurélia Antonina, in Tarraconensis con-
finio, nunc excisa jacet, et locus àdhuc Cariza nominatur (4).
AureliiVicus , oppidum de l’Etrurie, qui est appelée
Biracellum (corruption (tu abréviation du mot Bracchiolum),
petit bras, par Ptolémée, et que Léandre fixe an lac de
Sabatinum, près de Braccino, où se trouvent de salutaires
eaux thermales, et où le duc de Braccino, de la famille des
Ursins, a fait élever de nouvelles constructions. Aurelii
Vicus oppidum hœtruriœ quod Biracellum Ptolomeo, Teste
Leandro, sedet ad lacum Sabatinum , ubi salubres aquas ther¬
males , sub dominio utili ducis Braccini e gente Ursina, qui
ibi nova erexit ædificia.
Et, en effet, si nous considérons une carte de l’ancienne
et de la nouvelle Italie, nous voyons figurer la ville de
Sabate, maintenant le camp de Vicarello, Viterbe, dans la
province du patrimoine de Saint-Pierre, nunc castrum Vi-
carello in provincia patrimonii, et dans un coude formé par
le rivage du petit lac, et prendre le nom de Braccino, dans
les temps modernes, mot qui veut dire petit bras ou petit
coude, et qui correspond ainsi au mot latin lacertus, et aussi
au mot gaélique ghen ou ghenau, ou genau; et le nom
d’Aurelii Vicus, donné à cette bourgade, nous apprend que
non-seulement les grands cours ou les graudes nappes
d’eau donnaient lieu à cette appellation, mais aussi qu’elle
était attribuée aux localités où se trouvent des eaux ther¬
males s’échappant avec plus ou moins de vivacité, mais
perpétuellement, de leurs fontaines ; et c’est ainsi que la
ville de Baden était appelée Aurélia (2).
(1) Aurélia , ville de l’Espagne Bétique (Dictionnaire de Noël).
(2J Iln'est pas sans intérêt de faire remarquer les altérations succes¬
sives du mot Biracellum devenu tour, à tour : Braciano, Bracenum,
Braccianum, Viracellum et Viterbe, après s’être appelée Savone, trans¬
formé lui-même en Sabate.
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Les conséquences actuelles de ces essais philologiques et
de leurs éléments de justification doivent être, inévitable-
ment, d’attribuer la dénomination d ’ Aurélia à une toute
autre cause que celle du patronage d’un empereur Marc-
Aurèle ou Aurélien.
Cela est si vrai que les bords de la Loire rappellent
encore, par de certaines appellations de lieux, les mots
laer, leur ou leer. On parle entre autres de celles par
lesquelles on désigne quelques parties du territoire de la
petite ville de Cbâteauneuf, qui vont être le sujet d’un
sérieux examen ; et dans le voisinage de l’Anjou, on désigne
quelques pièces de terre par le nom de petit et grand,
Leyret, qui n’est qu’un diminutif du nom de la Loire, ap¬
pelée chez tous les anciens auteurs la Leyre; c’est ainsi que
dans les Mémoires pour servir de preuves à l’histoire de Bre¬
tagne, publiés par Dom Morin, on lit : « Le seigneur de
« Rougé recognut qu’il doit en deniers de sa terre de outre
« Laire, X sous de chacune mesure de terre. »
Et c’est ici le lieu de définir ce x nom donné au fleuve
appelé Liger , et ramené au mot Laer, Leer ou Leire, ou
Loere (1) et enfin au mot Loire, VE du mot Loere étant de¬
venu un i, suivant l’usage, déjà signalé, des habitants des
bords du fleuve.
M. Roger de Belloguet, dans son Ethnogénie gauloise ou
Mémoires critiques sur l’origine et la parenté des Cimmériens,
des Cimbres, des Belges, des Ligures et des anciens Celtes,
nous apprend que le mot Lli veut dire flot, marée, tandis
que le mot gour ou gur signifie les hommes, et que les
Lligurs étaient les hommes de la mer ou les habitants de
ses rivages.
Il ajoute que le mot ger signifie clameur, cri, parole. Il suit
de cet enseignement que de même que les Lligures étaient
(1) Dictionnaire du,nom(les fleuves , de Baudrànd.
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les habitants du bord de la mer, de même les Lliger étaient
les habitants d’ane étendue plus ou moins considérable
d’eau ou d’un fleuve ; le mot mer, ayant pris une grande
extension et ayant été appliqué même aux pays marécageux
(mot qui lui même justifie cette proposition), ainsi que
l’attestent un grand nombre de noms de lieux situés dans
l’étendue des terres, et le mot ger, exprimant les mots
clameur, cri, parole, ayant fini par se personnifier dans ceux
qui les poussaient ou qui les prononçaient (1).
Le fleuve a donc pris le nom de ses habitants, il est
devenu le Liger, comme étant le domaine de ceux qui en
étaient, dans une certaine proportion, en possession exclu¬
sive ; et quand le mot lacerta est venu substituer son sens
imagé au mot liger, en s’appuyant sur le mot or, et en s’al¬
térant, ainsi que nous l’avons dit, le fleuve a facilement pris
le nom de Leer, de Leyre ou de Loere qui, revenant à son
nom primitif or, s’est transformé en celui de Loire ; c’est-
à-dire la Lore, la Loere, la bouche des eaux, et la Loire, par
l’introduction dialectale de la lettre i la lettre e.
Tout concourt à justifier cette explication : cette justifi¬
cation se tire des mots primitifs rapprochés des mots relati¬
vement modernes ; ils se maintiennent dans leur forme ori¬
ginelle, malgré l’altération qu’ils subissent ; et enfin elle se
tire d’autres mots qui expriment toujours la présence d’un
cours d’eau auprès du lieu nommé.
Le mot ab n’était pas avec les mots eve ou es le seul qui
eût le sens du mot eau ; acum avait aussi cette signifi¬
cation.
(1) Gen• es-ar ou Genesartth : ces mots ne se trouvent dans l'Ancien
Testament que dans le premier livre des Machabées, chap. XI, vers. 67,
mais ils sont plus usités dans le Nouveau Testament, au moins à
l'égard du dernier: Math. chap. XIV, verset34, et c'est toujouis le
même lieu, c’est-à-dire un lac, un amas d’eau, une mer, près laquelle
lonathas vint se camper avec son armée. (Lgmaistri de Sacy.)
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— 252 —
Aussi, et sans sortir de notre sujet, trouvons-nous entre
les deux Gen des bords de la Loire, Orléans et Gien, le nom
de Floriacum, appellation du bourg de Fleury ou Saint-
Benoît-sur-Loire, nom qui, lui-même (1), semble bien con¬
corder avec le nom du fleuve, et n’en être que l’expression
déguisée; on a cru que l’afflxe ac voulait dire habitation, et
qu’on lui avait ajouté la syllabe um en le latinisant; mais
c’est une erreur : Fleury ne s’appela Floriacum que parce
qu’il est situé sur le rivage d’un fleuve.
Nous en avons pour garants M. de Belloguet et Malte-
Brun.
Le premier se borne à ces mots : acum, eau ; le second
s’exprime ainsi : « ac, eau, finale commune à un grand
« nombre de noms dans le Midi de la France, et qui déri-
« vant soit du celtique aa, soit du latin aqua, indique la
« présence ou la proximité d’une rivière (2). »
Nous pourrions démontrer tout ce qu’a de restreint le
pbilologisme de Malte-Brun; mais, sans entrer dans ce
détail, nous recueillons les résultats de ces deux autorités
d’autant plus imposantes, que l’une écrivait bien longtemps
avant l’autre.
De là donc un grand nombre de noms de lieux finissant
en acum, et par abréviation en ac; tous situés sur le bord
d’un cours d’eau.
(1) Si on décompose le mot Floriacum en supprimant 1’/* on trouve
les mots or et acum ou os-acum, le premier au génitif moins Ys, sup¬
primé par euplionisme; et, par conséquent, l'eau de la bouche ou du
cours du fleuve ; résumée par ceux-ci : l’eau de la Loire, le mot os
s'étant déjà uni au mot lli , qui exprime la mer ou toute étendue d'eau;
ou ora acum , le bord de l’eau, l’a étant devenu un i dans le langage
vulgaire.
(2) Vocabulaire des mots génériques servant à expliquer le
sens des noms géographiques les plus importants dans les prin¬
cipales langues, par Malte-Brun.
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On rencontre, il est vrai, quelques bourgs actuellement
éloignés de cours d’eau et situés dans les terres, dont le
nom se terminait en acum; mais il faut considérer l’exten¬
sion donnée à tout ce qui exprimait une étendue d’eau, et,
en même temps, l’état ancien de la Gaule couverte de nom¬
breux étangs, de marécages et sillonnée par un grand
nombre de ruisseaux, état transformé par le déboisement
et l’agriculture ; c’est ainsi qu’on peut concevoir comment,
dans le département du Loiret, par exemple, Boigny, Bricy
et Artenay se sont appelés Boigniacum , Briciacum , Arthe-
niacum, quoique situés, l’un dans le Gâtinais, les autres
dans la Beauce, ainsi que Floriacum, et nous pouvons
ajouter Balgentiacum, Beaugency, situés sur le cours d’un
fleuve.
Et d’ailleurs ces bourgs étaient, et quelques-uns sont en¬
core, voisins de ruisseaux torrentiels qui, jadis, alimentés
par les étangs et les marécages de l’immense et épaisse
forêt au milieu de laquelle ils étaient alors placés, devaient
être permanents ; et de même qu’on commettrait une grave
erreur si on étudiait le langage sans tenir compte de ses
diversités successives produites par ses altérations progres¬
sives, de même on commettrait une grave erreur si on
jugeait de l’état ancien d’une contrée par son état présent,
sans tenir compte de ses transformations successives pro¬
duites par ses améliorations progressives.
Ici nons avons une preuve certaine que nos pères l’en¬
tendaient autrement : les noms des villes qui dans le
Midi de la France, c’est-à-dire dans un pays où, cependant,
l’élément gaélique a été moins persistant, se terminaient
en acum, ont conservé l’afflne ac, tandis que les bourgs de
nos contrées centrales l’ont perdu ; ainsi on connaît encore
Marcillac, Lentillac, Albiac, Alviniac, Aurillac et quelques
autres; mais Boigniacum, Briciacum, Arleniacum sont
devenus Boigny, Bricy, Artenay : la raison en est simple ;
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les premières villes sont restées sur leurs cours d’eau, et
les eaux qui environnaient les bourgs qu’on vient de citer
ont disparu, et avec elles la désignation de leur voisinage
de ces eaux (1).
Il est vrai que Fleury et Beaugency, quoique situés sur la
Loire, ont perdu l’affixe ac. Pour Fleury, cela tient à des tra¬
ditions légendaires, c’est-à-dire à un ordre d’idées qui n’est
pas de notre sujet et auquel nous ne devons pas nous
arrêter; et d’ailleurs il est évident qne ces noms, dans nos
contrées, ont reçu la terminaison en y, l’affixe acum ayant
été supprimé pour le plus grand nombre des localités qui
l’avaient eu et ne devaient pas le conserver ; tandis que
dans la Gaule ou la France méridionale, cet affixe n’a subi
qu’une abréviation, le plus grand nombre des localités dont
le nom le comportaient étant resté dans l’état ancien.
C’est ainsi que s’explique la disparition absolue de l’af¬
fixe acum pour les unes, tandis que certaines autres l’ont
conservé, an moins par une indication finale, et qu'on peut
facilement comprendre que Fleury et Beaugency ne se
soient, pas plus que les autres bourgs de la Beauce et du
G&tinais, appelés Fleuriac ou Balgentiac, ces finales n’étant
en harmonie qu’avec l’accent vif et tumultueux des habitants
du Midi, et l’étant très-peu avec la pureté et le calme du
langage des habitants du Centre.
Si cous abordons les dénominations de quelques parties
(1) Il est certain que dans les temps anciens, le Gâtinais et la
Beauce étaient traversés par des ruisseaux abondants et torrentiels se
suivant ou se mélangeant, et qui n'ont été détruits que par le déboise¬
ment de ces contrées, les travaux de l’agriculture et l’ouverture d’un
nombre considérable de chemins d’exploitation et de chemins de
grande et petite communication.
Quelques-unes de ces localités nous gardent le souvenir de la prér
sence des eaux au pied de leurs murailles ; Àrtenay, par exemple, est
encore en possession de magnifiques bassins remplis d’eau qui font
son ornement et sa sécurité.
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— 255 —
du territoire de la petite ville de Châteauneuf-sur-Loire,
consacrées par une ancienne tradition et résultant du té¬
moignage d’un illustre écrivain et de la chancellerie de deux
princes du siècle et d’un prince de l’Eglise, nous dirons
qu’elles ne peuvent être attribuées à ce bourg que de son
voisinage du rivage de la Loire, et qu’elles n’ont d’autre
valeur historique que celle qui s'attache à un élément phi¬
lologique, se confondant avec tout ce qui a été dit il n’y a
qn’un instant de l’altération du mot Lacerta.
L’examen de cette théorie aura, certainement, pour
résultat de jeter une vive lumière sur le véritable sens des
mots, objets de ces recherches, et de concourir, ainsi, à la
justification des propositions avancées jusqu’ici.
Pour cela nous devons nous placer en présence d’un
passage de la vie de Louis VI, par Suger : celui dans lequel
ce personnage raconte la dernière maladie de ce roi ; on y
remarque ce passage : qua regressus expeditione apud cas-
tellum novum montis Treherii.
Une note des bénédictins, les savants collectionneurs
des historiens de la France, s’exprime ainsi sur ces derniers
mots : Felibien, avec les chroniques de Saint-Denis, rend
ces mots, par le mot Tricardii; mais les leçons qu’on a
coutume de lire à l’office anniversaire de Louis VI, et qui
ont été composées par Suger lui-même, portent : Château-
neuf du mont :Eherii, et nous ne connaissons pas cet
hœrere; car par le mont Tricardi, de Saint-Brisson (ou
Louis VI, se trouvait) le chemin n’est pas direct vers la ville
de Paris ; on se demande si on. ne doit pas plutôt entendre,
par cette appellation de Châteauneuf : Monstreher, Château¬
neuf-sur-Loire, où le roi à quitté le bateau pour parvenir à
Paris plus directement? ou bien le château appelé vul¬
gairement Triguaire, bien moins loin de Cbâteaurenard,
qu’il dit être (Felibien) une voie beaucoup plus courte de
Saint-Brisson à Paris ? Castrum illud novum Montis treheri
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Fèlibianus cum Gallicis sancti Dionisii chronicis, castrum
montis Tricardi interpretatur; lectiones vero in anniversario
Ludovici obitûs die, legi olim solitœ, atque ex, ipsis Sugerii
verbis compositæ, castrum novurn Montis Eherii ferunt ; certè
hîc hærere nos fatemur nam per montem Tricardi à sancto
Brictione versus Parisios rectum non est; an non potius cas-
tri novi Montis Treherii appellatione castrum novurn ad lige-
riumintelligendum est, quo navicula delatus rex, indè parisios
recta pervenerit ? aut etiam vulgo Triguaire, nuncupatum
haud longé distans à castello Renardo, quam Magis compen-
diosa nulla Parisios à sancto Brictione dicit via ?
La noie ajoute en terminant : ces choses sont dans le
domaine des conjectures, hæc conjectando (1).
Mais les auteurs de la note se trompent, et s’ils avaient
consulté plus attentivement un Extrait d'un abrégé de l’His¬
toire de France, qu’ils ont cependant édité, il y auraient
trouvé ce passage: Icil roy Loeys vainqui, il prist le Puiset
et l’abatist, et ferma Jenville en Beasse, et si ferma Mon-
Chauvet etLorris et Grès en Gastinais,Mouretet Chateler. »
Or le texte latin dont nous donnons ici la traduction, en
vieux français, appelle ce dernier lieu: Mons Leterici [%).
11 est impossible de ne pas y voir qu’il ne peut s’agir de
Châteauneuf-sur-Loire, le roi étant allé dans le parage
de la Beauce et du Gâtinais où s’exerçait la rébellion du sire
du Puyset et de ses adhérents.
Il commença par s’emparer de Mantes, de Montlhéry et
de Corbeil, et nous avons peu de peine, après cette obser¬
vation, à découvrir quel est le Castrum novurn Mont Leterici
(1) Recueil des Historiens des Gaules et de la France , tome XII, p. 60
et 61.
(2) Voir: Ex-libro III , Hisloriœ regnum francorum, ab origine
Gentis , ad annum 1214.
Et extrait d’un A brégé de l'Histoire de France, Recueil des Historiens
des Gaules , tome XII, p. 219, D et 225 A.
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dont Suger entend parler; Guillaume de Nangis nous
l’apprendra en nous racontant la vie de Louis IX, « d’où, à
certain jour, lorsque le Roy aux camps sous le mont Lethe-
rici , sachant qae presque tous les barons de France tra¬
maient quelque mauvais dessein contre lui, » etc.. Undè
quodam die cum rex esset apud castra sub monte Leterici,
sciens ferè omnes baronnes Franciœ, in malum suum ma-
chinari.
Ce passage nous apprend qu’il s’agit de Montlhéry aussi
appelé Châteauneuf : Castellum novum et non de Château-
neuf-sur-Loire ; et cette proposition est incontestable,
lorsque, se reportant à la situation de cette colline, on
voit qu’elle est baignée par une petite rivière sinueuse
et d’un courant rapide appelée l'Orge, nom composé des
mots or et ger, que nous retrouverons dans un fleuve de
la France, et dont nous parlerons bientôt (1).
Il est remarquable que, dans presque toutes les occa¬
sions où Châteauneuf de mont Treherii, ou Eherii, ou
Leterici, est cité, on se sert du mot : castrum, qui implique
l’idée d’un lieu stratégique, et que, le plus souvent, on
désigne Châteauneuf par les mots: Castellum novum; c’est
ce qui résulte des recherches les plus minutieuses faites
dans un grand nombre de documents (2), et enfin au Die-
(1) Ce mot se retrouve aussi dans le nom d’une petite ville de la
Beauce : Orgères.)
(2) C’e3t ce qui résulte entre autres du manuscrit du chanoine
Dufay ( Des Antiquités de VEglise de Jargeau) ; nous rencontrons au
chap. 24, Annisdomini 1154, 1164, 1170, ces mots: Le pieux évêque
Manassès de Garlande attesta sa dévotion à l’égard de saint Vrain et
envers les chanoines par la donation du patronat et de la nomination
des églises paroissiales, savoir : à la cure de Saint-Martial de Castro
novo.
En 1269, Philippe-le-Hardi donne la terre d'Egrefin, sise à Saint-
Martin-d’Abbat, près Chàteauneuf-sur-Loire.
Cette expression se répète dans des titres nombreux que l’on peut
consulter aux Archives départementales de l’année 1307 à l’année 1644.
T. XI. il
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- 258 -
tionnaire de Baudrand, qui désigne Châteauneuf-sur-Loire
sans y rien ajouter, et Montlhéry : castrum novum Mont-
leherii OU Leterici.
Il ne peut y avoir aucun doute à ce sujet.
On cite cependant deux chartes attribuées, l’une à
Louis VI, l’autre à Louis VII, et enfin une autre de Ma-
nassès de Gallerande, évêque d’Orléans au xn e siècle, dans
lesquelles ces princes et ce prélat, en prenant le soin, avec
Suger lui-même, de confirmer tout ce que nous avons dit
de l’alliance des mots gaélique or et latin Lacerta, et l’alté¬
ration considérable que ce dernier mot a subi, désigne¬
raient le bourg de Châteauneuf par le mot : Montraer.
Louis VI, assure-t-on, en donnant à l’église de Jargeau
l’église de Saint-Martial de Châteauneuf, l’aurait ainsi
désignée: Ecclesiam Sancti-Martialis de Montraer; pour
Louis VII, sa charte se terminait par ces mots : In castello
preterea novo quod Montreciensis (1) dicitur; enfin on lit
dans celle de l’évêque d’Orléans, Manassès de Gallerande :
En vertu de l’encyclique de notre seigneurie pape Eugène,
par laquelle il est dit que les églises qui, depuis longtemps,
existent dans notre circonscription diocésaine, soient re¬
tirées de la main des laïques, j’ai excommunié Hugues de
Montbarre, qui retenait, par droit héréditaire et y plaçait
des curés annuels, l’église de Saint-Martial de Montraer.
C’est cette charte que le Gallia Christiana rapporte en
ces termes : Hugonem de Montbarrea excommunicavi qui
ecclesiam Sancti-Martialis de Montraco jure hæreditario
tenebat , tandis que la charte dit en propres termes : Hugo¬
nem de Montbarrem excommunicavi qui ecclesiam Sancti-
Martialis de Montraer jure hæreditario tenebat.
Il faut s’expliquer sur ces expressions; on le fera en
peu de mots :
(1) La nuance qui sépare ce mot de ceux dont on vient de parler
dispense d’examiner l’expression dont se sert Louis VII.
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— 259
La différence existant entre les termes employés par le
prélat du xii* siècle, lorsqu’il dit : Ecclesiam Sancti-Martialis
de Montraer, et les termes du Gallia Christiana , appelant
cette église Saint-Martial de Montraco, qui ont effrayé
quelques érudits et les ont engagés dans de longues dis¬
cussions pour concilier ces textes en apparence contraires,
ne peut arrêter un instant ; le mot : acum, ainsi que nous
l’avons démontré plus haut, d’après M. de Belloguet et
Malte-Brun, voulant dire : eau, et correspondant ainsi
au mot : Montraer, de telle sorte qu’il est indifférent
d’employer l’un ou l’autre mot.
Le mot : Montraer n’est évidemment qu’une contractio n
arrivée à son dernier terme du mot : Mons Orealer, qui
n’est lui-même qu’une contraction du mot : Laccrta expri¬
mant, comme le mot: acum, le cours d’eau sur lequel le
bourg de Châteauneuf où la petite montagne au pied de
laquelle il est bâti est située; s’il n’en était pas ainsi, il
serait impossible de signaler à quel mot ces mots pour¬
raient se référer, et d’ailleurs l’expression : chateler , par
laquelle on traduit, dans la vie de saint Louis, les mots :
Mons Letherici, ou Leterici, ou Eherici, le démontre avec la
dernière évidence.
Et ce Hugues de Montbarre, excommunié par l’évêque
d’Orléans, et dont on a été jusqu’à créer le fief, n’est autre
que Hugues de Mons Orelaer ou leer, ou le sire de Châ¬
teauneuf, appelé à cette époque: Castellum novum de
Mons Oreleer, et depuis Monsleher et Montreer , le nom
du seigneur ayant, été défiguré par les copistes, comme le
nom de son üef l’avait été par des altérations très-com¬
munes dans le langage des populations de tous les temps
et, particulièrement, par les populations du temps auquel
nous nous reportons en ce moment; et nous devons
ajouter que la similitude des noms de lieux provenant de
la similitude des situations, et toutes deux se réunissant
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— 260 —
avec la persistance la plus absolue pour démontrer la cor¬
rélation du nom avec la situation et de la situation avec
le nom, mal saisie chez les anciens érudits, les a entraînés
à la confusion entre plusieurs localités distinctes, qu’un
examen plus attentif et fondé sur des bases plus solides
doit faire disparaître.
Ainsi le nom Letherici ou Eherii, de Suger, n’est pas
le Montreer de Manassès de Garlande, l’un est Montlhéry
et l’autre Châteauneuf ; mais tous les deux avaient le même
nom ou un nom à peu près semblable, exprimant la pré¬
sence, dans leur voisinage, d’un cours d’eau plus ou moins
considérable et plus ou moins sinueux.
Ilne peut s’élever aucun doute sur l’exactitude des appré¬
ciations auxquelles nous nous livrons en ce moment; une
appellation bien modeste nous viendrait en aide si nous en
avions besoin: il existe à Châteauneuf une petite rue con¬
duisant du haut de la colline à la Loire et qui s’appelle la
rue de YOré.
Mais cette justification sera bien autrement concluante si,
arrivant à l’alliance définitive de la langue latine avec les
innombrables dialectes gaéliques, et que M. Houzé, dans
un ouvrage sur les noms gaéliques de lieux, signale à l’at¬
tention des philologues, nous poursuivons l’examen de cette
théorie en rappelant, mais seulement en partie, car la car¬
rière serait telle qu’il nous serait impossible de la parcou¬
rir, les lieux qui ont pris les noms d'Aureus, Aurea, Aureum,
traduit par le nom du métal appelé or, mais se référant au
mot latin osoris, et en même temps àlasyllabe qui com¬
mence tous les noms gaéliques de cette famille.
Nous rencontrons d’abord le vallis aurea qui s’étend de
Châteauneuf à Dampierre du côté droit de la Loire; de
l’autre côté, de la ville de Sully à Gien, et qui ne doit la
flatteuse qualification de val d’Or qu’à son voisinage de la
Loire.
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C’est ce qu’il sera facile de démontrer en parcourant les
contrées nombreuses où se rencontre cette dénomination.
On connaît le vallis aurea, Orval, où la célèbre abbaye
de ce nom a été fondée, située dans le duché de Luxembourg
et comté de Chiniac : abbatia celebris Belgii in Luxembur-
gensi Ducatu, et in comitatu chiniaco , aujourd’hui Chiny.
Aurea vallis , Ervault. Abbaye de la Gaule dans le haut
Poitou, aujourd’hui et depuis longtemps en ruine : aurea
vallis Ervault, abbatia in Galliœ Pictavicensi provincia supe¬
rion à dix lieues de Poitiers, au couchant, 10. Leucis Pic-
tavio in occasum.
La situation de ces deux collégiales justifie le sens des
mots vallis aurea que nous donnons au val de Saint-Benoît-
sur-Loire ; l’abbaye d’Orval, par exemple, était située,
suivant ce que nous dit La Martinière, entre quelques
sources de ruisseaux qui, se joignant au midi de l’abbaye,
vont grossir le ruisseau de Limes et se perdent, avec lui,
dans le Chiers, qui se jette dans la Meuse au-dessus de
Sedan.
En Espagne, dans la Tarraconnaise, on trouve la ville
appelée : aurea urbs ainsi appelée dans le livre des Con¬
ciles, qui serait Amphilochia , suivant Strabon et Orense,
suivant Ptolémée, eaux thermales des Ciliniens, ville de la
Galice, siège d’un évêché soumis à l’archevêché de Com-
postelle, et située sur une petite rivière, mais aussi où
existent des fontaines d’eau chaude ; et nous remarquons,
dans le mot : orense , la contraction du mot : oreleens ou
orelianense.
Le lieu appelé : aurigi ou aurigia , ville de la tribu des
Turdules , dans l’ancienne Bétique, aujourd’hui : Jaen,
jadis capitale du plus petit royaume de la péninsule hispa¬
nique, et alors appelée : oringe ou oningis, suivant le
témoignage de Jean Mariana, et de Martin Ximénès, dans
les annales de* Giennensis, ville grande et bien bâtie sur le
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— 262 —
fleuve de Guadalbollon, dans lequel se jette la rivière de
Suzanne : aurigi et aurigis urbs Turdulorum in Hispanisa
Betica, quœ dicta fuit oringe ou oningis, nunc : vulgo :
Jaen... urbs est ampla et culta et prope fluvium Guadal¬
bollon ubi recipit amnem Suzannam.
Ici une réflexion importante se présente, naturellement,
à l’esprit; Martin Ximenès parle de cette ville dans ses
annales du diocèse de Gicnncnsis, in annalibus diœcesis
Giennensis; il y avait donc une ville importante du nom
de Gien dans ces contrées ; et, en effet, nous rencontrons,
en cherchant ce mot, Giennum sive gienna , olim oningis ou
aurigi, et cette ville n’est autre que Jaen, dont le nom
corrompu rappelle très-bien le nom primitif ; on va plus
loin, on dit que ses habitants prononcent : Gaën, mot si
rapproché du mot gaélique Gen, qu’on ne peut s’y méprendre
un seul instant : Giennum sive Gienna olim oningis ou
aurigi, Jaen incolis quanquam Gaën pronunciant.
Il résulte de ces dénominations qu’on aurait tort de
refuser à la ville de Gien son antique appellation gaélique ;
qu’il est certain qu’elle s’appelait : Gen; que Yi introduit
dans son nom n’est que le résultat d’une différence dialec¬
tale, comme dans les noms Gien-Gen ou Gienga, petite ville
d’Allemagne dans la Souabe, dont il a été parlé plus haut ;
ce qui, d’ailleurs, ne change rien à l’identité de la ville
d’Orléans, avec celle de l’ancien Genabum, ainsi qu’on peut
le penser, d’après les dénominations jusqu’ici rapportées;
la ville de Gien étant, pour une autre tribu, que celle des
Carnutes comme celle, par exemple, des Senonais, le Gen
de la contrée, la bouche du grand fleuve qui, de ce côté,
lui servait de limite ; et, d’ailleurs, ce mot étant une appel¬
lation générique des villes placées sur le rivage d’un cours
d’eau.
Nous ne pouvons oublier le Mont d’Ore , ou plus exacte¬
ment d’or, dont les eaux thermales sont si célèbres et qui ne
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— 263 -
tire pas son nom de sa propre fertilité, mais de ce qu’il est
la bouche d’où s’échappent plusieurs sources allant former
la belle cascade de la Dore se joignant à la Dogne, à laquelle
elle concourt à donner le nom de Dor-dogne, jusqu’au
moment où toutes les deux se jettent dans la Garonne.
Toutes ces dénominations se résument dans un autre
vallis aurea situé près le Rhône, in Delphino inferiori,
versus Rhodanum, ainsi nommé, dit-on, à cause de la
fertilité de son sol ; sic ditus ab ejus fertilitate.
Mais les populations de cette contrée, plus instruites de
l’origine des mots qu’elles emploient et se transmettent de
générations en générations, que ne le sont les philologues
et les géographes, leur donnent un démenti en appelant ce
lieu : le val Loire ; attestant ainsi par leur persistance dans
la tradition l’erreur commise lorsque le mot or est
confondu avec le mot latin aureus , et lorsque le premier
est employé comme étant la traduction du second.
Et certes on ne saurait trop s’étonner de rencontrer dans
un climat aussi éloigné des bords de la Loire, un nom de
lieu qui, suivant l’apparence la plus certaine, ne peut
appartenir qu’aux rivages de ce fleuve, si on ne se repor¬
tait pas à l’origine de ce nom lui-même, à sa natio¬
nalité, et si on ne lui restituait ainsi sa véritable signifi¬
cation.
Jusqu’ici nos observations se sont concentrées sur le
continent; nous pouvons leur donner un caractère de justi¬
fication plus considérable encore en passant la mer.
Si nous avons le mont d’Or en France, nous en trouvons
un autre en Corse : aureus Mons , situé sur la rive occi¬
dentale de cette île ; à présent le mont Gradacchio, d’où
s’écoulent trois fleuves appelés : Tavola , Rhotanus et
Ticarius; aureus Mons corcicœ insulœ, Ptolomeo , ad oram
illius occidentalem nunc monte Gradacchio , ex eo tria
flumina Tavola, Rhotanus et Ticarius profluunt.
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Si nous visitons l’ancien Danube : l’Ister, nous y trouvons
l'aurcus Mons aujourd’hui Metzeck, dans la Servie, à
25,000 p. au-dessous de Singidon (Belgrade), au levant.
Aureus mons, mons mœsiœ superioris ad lstrum fluvium
nunc metzeck , in servia regione, XXV mille pas. infra,
singidunum in ortum.
Nous rencontrons, en Allemagne, la petite rivière appe¬
lée : Or-la dans YOsterland , mot très-remarquable si on le
rapproche du mot Orla; or lamonde, orlamunde , orlœostium;
petite ville sur la rivière de la Sala, vis-à-vis son embou¬
chure, dont elle tire son nom, qui signifie, dit l’auteur auquel
nous empruntons ce passage, la bouche de l’Orla ; et en effet,
les mots Ostium Orlæ rendent doublement celte expres¬
sion qui correspond aux mots gaéliques or et Gen et au mot
latin os.
Enfin, nous trouvons le petit royaume appelé : Ormus,
situé partie dans le Birman, en Perse, et, dit le même géo¬
graphe, de l’autre Côté de la bouche du détroit du Mocanden.
Nous en négligerons une très-grande quantité d’autres,
dans la pensée où nous sommes de pouvoir, dès à présent,
tirer pour la solution de la question posée, toutes les consé¬
quences de cette longue série de noms de lieux, de leur si¬
militude évidente, et de leur véritable sens tiré de l’identité
absolue de leurs situations.
Nous en avons un exemple frappant dans le nom d’un
fleuve de la France, l’Ariége, en latin : Aurigera ; l’ortho¬
graphe restituée de ce nom nous donne Or-ger, et ressemble
ainsi beaucoup à celui de la Loire : Or liger que nous avons
vu se reproduire dans le vallis Aurea du Dauphiné, appelé
le val-Loire.
Les philologues latinisant faisaient venir Ariège de deux
mots latins : Aureum gerere, en substituant le participe
présent de ce verbe à son infinitif : produisant de l’or, ou
roulant de l’or.
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— 265 —
Si on avait compris alors le sens de ce nom, on n’au¬
rait pas méconnu l’énergique appellation du mot Vallis-
Aurea, conservé par la tradition populaire, et on n’aurait
pas attribué à l’Ariége une vertu qu’il n’a pas, mais on au¬
rait continué de l’appeler Or-Ger (1), la bouche ou le cours
du fleuve, nom que les habitants de ces contrées lui avaient
donné; nous trouvons la même dénomination dans une
autre rivière de l’Empire, le Gers , évidemment Lli-ger ori¬
ginairement ; et dans Ylsère qui n’est aussi qu’une altération
des mots: Llirger le G étant devenu un S dans le langage
du peuple des campagnes, ainsi que cela a lieu, même de
nos jours, par un euphonisme très-commun chez les
paysans.
II est certain que ni les lieux appelés Vallis Aurea, ni les
montagnes ou collines, appelées MonsAureus, n’ont pu
l’être de la fécondité de leur sol et de l’abondance de leurs
produits agricoles dans un temps où l’agriculture n’exis¬
tait pas, quelques-uns de ces lieux ne pouvant même être
cultivés.
Au surplus, la Loire coule aussi dans un lit qui aurait pu
lui faire donner comme à l’Ariége le nom A’Aureum gerens;
et la tradition nous apprend qu*un savant du XVIII' siècle,
ayant remarqué le sable de la Loire scintillant aux rayons
du soleil, avait cru pouvoir en tirer de l’or, mais qu’il y a
jeté sa fortune.
(1) Un des faubourgs d’Orléans désigné aujourd'hui sous la seule
dénomination de Saint-Laurent, l’était jadis sous celle de Saint-Laurent
des Orgerils.
On a recherché l’étymologie de ce dernier mot et son véritable sens,
et les annalistes n’ont rien trouvé de mieux à dire qu’il venait de ce
que le territoire était ordinairement destiné à la culture de l’orge.
11 nous paraît évident, d’après ce qui a été dit plus haut et ce qui se
dit ici, que le mot des orgerils , or-ger exprime un lieu placé sur la
bouche, sur le bord du fleuve, et même sur le bord du fleuve appelé
la Loire.
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Ainsi donc le mot Aurélia ne vient pas plus de l’empereur
Aurélien que les mots : Aureus, Aurea ou Aureum ne vien¬
nent du mot latin qui exprime le métal appelé or; tous
viennent du mot gaélique: or correspondant au mot latin: os.
Mais, au milieu de tous ces noms de lieux, nous avons re¬
marqué celui de Giennus, Giennum,Giennensis, donné jadis
à une ville d’Espagne aujourd’hui Jaen pour les géographes
et Gaen pour ses habitants.
Cette dénomination rapprochée de celle d’une ville du
littoral de la Loire et qui a la prétention reproduite de nos
jours avec une grande vivacité de n’être autre que le
Genabum Carnutum, sans avoir la prétention d’être Orléans,
prétention consacrée par un auteur que le respect nous em¬
pêche de nommer, est trop remarquable pour ne pas nous
convier, ainsi que nous en avons pris l’engagement, à lui
donner une attention particulière.
Nous avons signalé les différentes acceptions du mot
Ghen, Gen ou Cen, et dit que la principale correspondait au
mot gaélique : or, qui, lui-même, correspondait au mot la¬
tin os, c’est-à-dire au mot français bouche.
Et enfin nous avons fait voir que le mot : Ghen, Genou
Cen avait un dérivé dans le mot: Ghenau ou Genau qui corres¬
pondait au mot latin Brachium, et nous avons rencontré la
justification de ces définitions dans le nom donné à quelques
localités des pays étrangers, tels que, en ce qui concerne
le mot bouche, la ville Orlœ ostium et la ville â'Ormuz, l’une
signifiant la bouche de l'Orla, l’autre la bouche du détroit de
Mocanden ; en ce qui concerne le mot bras, la ville de
l’Etrurie appelée Aurelii Vicus aujourd’hui Braccino, le petit
bras.
Si de ces origines nous descendons à celle qui appartient
aux dérivés de Ghen, Gen ou Cen, c’est-à-dire du mot Ghe¬
nau, Genau, et que nous le considérions comme synonyme
du mot Lacerta, Coude ou genou, ou tout ce qui serpente,
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nous aurons la révélation démontrée plus haut de la trans¬
formation par le mélange du langage gaélique et de la lan¬
gue latine du mot Genab ou Orelacerta , avec les altérations
déjà signalées.
Et nous retrouverons ces deux dénominations appliquées
à la ville d’Orléans e la ville de Genève, toutes deux ap¬
pelées Genabum et Aurélia.
La rareté de ces deux noms concomitants et corrélatifs
donne lieu à cette question : Gomment se fait-il que dans
la longue nomenclature des villes qui se nomment Gen , et
des villes ou lieux qui se nomment Aurélia ou Aureus ou
Aurea, il ne se rencontre qu’un très-petit nombre de villes
cumulant ces deux noms ?
Cette question se résoud par la préférence accordée aux
mots or et Lacerta, réunis dans l’abandon partiel et enfin
total du mot Gen.
Gen a d’abord eu un sens général, celui de bouche de
l’eau, d’ouverture par la voie de l’eau ; et ce n’est qu’avec
le temps qu’il a été donné comme dénomination aux villes
construites sur un rivage formant un coude, un genou, un
golfe.
Ce sens trop général a été restreint à la situation parti¬
culière d’un rivage affectant cette forme ; et les mots or-
Lacerta, exprimant d’une manière plus absolue cette dou¬
ble situation , ont été, en se réunissant pour n’en former
qu’un seul, adoptés, en laissant d’ailleurs aux villes qui la
possédaient, la dénomination de Gen, soit qu’elles l’aient
reçue par suite de leur fondation sur un cours d’eau
sinueux, soit qu’elles aient été ainsi appelées de leur situa¬
tion particulière à l’égard des autres parties du territoire
de leurs tribus, privées de ces grands cours d’eau.
Cette révolution dans le langage a été le résultat d’un
temps assez prolongé de transition, ainsi que nous l’avons
fait remarquer plus haut. .
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— 268 -
C’est ainsi que nous voyons d’abord le mot Gen exprimer
exclusivement la bouche de l’eau, ne prendre le sens de
courbure que quand il vient à s’altérer sous la forme de
gheno, ghenou, genou , et enfin être remplacé par le mot
Aurélia, substitué par les écrivains romains au mol or-
Lacerta, ayant subi lui-même toutes les corruptions que
nous avons signalées.
C’est pourquoi, dans la suite des temps, pour qu’une
ville, originairement appelée Gen, eût été appelée Orelia ou
Aurélia, il faut qu’elle soit tout à la fois une bouche d'eau,
relativement à la contrée à laquelle elle appartient, qu’elle
soit construite sur un rivage qui décrive un coude ou une
courbure d’une plus ou moins grande profondeur, et, en
même temps, que les eaux aient un écoulement plus ou
moins rapide.
Lorsque cette dernière condition vient à manquer, la ville
peut s’appeler Gen, mais elle ne peut s’appeler Aurélia,
parce qu’elle est étrangère au mot Lacerta, la bouche affec¬
tant non-seulement la forme d’un coude ou d’un genou, mais
encore le mouvement des reptiles, transporté dans le style
figuré , appliqué par la poésie du langage des anciens et
même des modernes, à tous les cours d’eau fuyant en
lignes tortueuses (1).
(1) On pourrait justifier cette proposition par des citations nombreu¬
ses; nous nous bornerons à [un petit nombre appartenant spécialement
à la nature de l’étude à laquelle nous nous livrons ici :
Le nom gaélique de la Seine : seq-an , eau sinueuse, se rapproche sin¬
gulièrement du mot latin sequax, qui dans ses nombreuses acceptions
veut dire : souple , pliant , flexible ; et dans le style imagé, qui serpente ,
d’où les Latins appelaient le lierre : la plante qui aime à ramper , sequax
hederœ.
Et c’est aussi dans ce sens qu’il faut entendre le mot Eherii que nous
lisons dans le récit de la mort de Louis VI et dans l’office anniversaire
de la mort composés par Suger : Castrum novum Eherii , mot dont les
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Et de même que nous avons trouvé la justification
affirmative de cette proposition dans la double déno~
mination des villes de Genabum et de Genève, de même
nous avons trouvé sa justification négative dans l’unique dé¬
nomination de Gênes, appelé comme Genabum et Genève
Gen-oa, parce qu’elle est dans une courbure, mais qui ne
s’appelle pas Aurélia parce que les eaux de la Méditerranée
qu’elle domine sont sans écoulement et sans flux ni
reflux.
Or la Giennesis de la Gaule, comme la Giennensis de
l’Espagne est située sur le bord d’un fleuve, mais son ri¬
vage est droit et n’affecte pas de courbure, et à la différence
de la Giennensis Espagnole elle n’a qu’un seul nom, celle-
ci se nommant Aure-Ja, ou Aurija dans lequel on découvre
facilement le nom originaire d 'Urelia ou d 'Orilîa.
11 suit de là que la ville de Gien française ne peut être la
Genabum de la Celtique, il lui manque une des deux condi¬
tions essentielles pour qu’il en soit ainsi, tandis que la ville
d’Orléans, les réunissant toutes les deux^ne peut être que
le Genabum Carnutum .
Cette proposition est singulièrement garantie par les ap¬
pellations qui se bornent aux mots Aureus, Aurea, Aureus
mons, urbs Aurea, Vicus Aureum ; ces dénominations ont
pour raison de leur existence, soit des eaux torrentielles
s’écbappantdu flanc des montagnes, soit des eaux thermales
s’échappant des fontaines auprès desquelles les villes et les
bourgs sont placés, mais aucun d’eux n’a un nom qui fasse
la moindre allusion au mot Gen et au mot Aurélia, si ce n’est
la ville de Baden, près de laquelle coule une rivière assez
bénédictins étaient en peine, qu’ils recherchaient, qu’on peut croire
avoir été mal écrit, emprunté au verbe hœrere et qui veut dire : s'atta¬
cher, être immobile, se trouver arrêté, à la diffèren *e d’un cours d’eau
parcourant un canal droit n’apportant aucun obstacle à la rapidité de
sa marche.
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— 270 —
rapide el qui esl, ainsi que nous l’avons dit, appelée Auré¬
lia.
Et quand même on pourrait rencontrer des villes et des
bourgs situés dans les conditions riveraines semblables à
célles de Genève et d’Orléans et qui cependant n’auraient
comme celle de Lintz qui s’appelait Aurelianum ou Aure-
lienta, mais qui ne s’est jamais appelée Gen-ab, que la
dénomination d’Aurelia, et non celle de Genabum, cette
circonstance ne nuirait en rien à ce qui vient d’être dit ;
il ne faut pas perdre de vue que leur fondation peut
bien n’avoir été que postérieure à l’ère gaélique pure; que
cette fondation, pour être ancienne, appartient cependant à
une époque relativement récente ; et comme nous avons
constaté que l’addition du nom Orelear ou Oreleer , et enfin
Aurélia, appartient au mélange de deux mots, l’un gaélique
l’autre latinisé, il est facile de comprendre, si même cela
n’est pas d’une nécessité absolue, que cette dénomination,
dès le moment de la fondation de ces villes, adoptée dans
le langage vulgaire, leur a seule été donnée, et que le mot
Gen était déjà négligé, observation qui démontre l’antiquité
de la ville de Gien, en confirmant la distinction radicale
existant entre elle et la ville dé Genabum appelée aussi Or¬
léans, et constituant une preuve incontestable de l’identité
de cette dernière avec la ville assiégée et détruite par César.
Tout se trouve donc ainsi concilié, et cela, par une
explication qui, pour nous, est si simple qu’il est inconce¬
vable qu’on ne Tait pas produite plus tôt.
En effet, ainsi que nous l’avons dit, nous aurions pu
étendre démesurément le cercle des citations ; il suffit,
pour cela, d’ouvrir le dictionnaire de Beaudrand, et même
le plus vulgaire des dictionnaires géographiques, d’étudier
les atlas de Brué, et de la Pie, et de consulter Malte-
Brun pour voir se presser en foule des noms de villes et
de lieux plus ou moins altérés, il est vrai, par leur ortho-
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— 271 —
graphe latinisée, et surtout dénaturé par un sentiment
philologique mal dirigé, mais offrant tous à l’èsprit leur
véritable sens, leur racine gaélique, triomphant de toutes
les erreurs commises par les étymologistes du Moyen-àge
et de la renaissance.
En arrivant au terme de ces recherches dont nous espé¬
rons avoir recueilli un résultat utile, non-seulement pour
la question historique intéressant l’antique cité d’Orléans,
mais encore pour la science étymologique elle-même,
nous croyons devoir résumer en peu de mots nos observa¬
tions.
Deux noms se présentent pour déterminer l’appellation
de la ville d’Orléans, l’un composé de deux mots congé¬
nères appartenant le premier au langage primitif du peuple
qui le lui a donné : Gen-ab; le second au langage hybride
composé de deux mots empruntés, l’un au langage primitif
de ce peuple, l’autre à celui d’un peuple relativement
moderne.
Mais la destinée de tous les deux ne s’est pas renfermée
dans ce cercle étroit; une autre et plus belle mission leur
a été donnée ; nous les voyons répandus sur toutes les
contrées du monde et transmettre aux nations les plus
étrangères les unes aux autres, par une tradition si fidèle
et si persistante qu’elle a résisté à l’influence dissolvante
des siècles, à la diversité des religions, des climats et des
moeurs, le témoignage de leur .commune origine.
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RAPPORT
SUR LE MÉMOIRE QUI PRÉCÈDE;
Par H. l'Abbé Desnoyers.
Séance du 6 mars 1868 .
Ce n’est pas une gloire médiocre pour notre Ville
d’avoir attiré sur elle l’attention et même les querelles
des savants : depuis un siècle surtout un bruit retentissant
se fait autour de son berceau ; depuis l’humble religieux
des cellules bénédictines jusqu’au chef du plus beau des
royaumes, Orléans est devenu l’objet des recherches les
plus savantes, des discussions les plus animées, et bien que
la question de Genabum n’ait pas encore, aux yeux de plu¬
sieurs érudits, reçu son dernier et irrécusable rayon de
lumière, il faut dire néanmoins qu’un jour considérable
s’est levé sur notre ville et qu’il reste bien peu à faire
pour vaincre les plus affermis et entraîner les plus hési¬
tants.
Un de nos collègues, accoutumé déjà aux recherches
laborieuses, aux investigations sans peur et sans relâche,
a voulu une fois encore éclaircir les nuages de la question
de Genabum. Sa plume ne s’est pas fatiguée des premiers
travaux entrepris pour l’bonneur de notre ville et il vient
de redescendre avec courage dans l’arène du combat pour
affermir sur le front d’Orléans la couronne qu’il y avait
déposée en 1866, quand il lut au milieu de la Société
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— 273 —•
archéologique un remarquable travail, dont j’eus égale¬
ment l’honneur d’être le rapporteur, et où il défendit avec
succès la cause de Genabum-Orléans. Ses convictions n’ont
pu rester silencieuses, et notre savant collègue vous a
livré un nouveau travail sur le même sujet. Vous m’avez
chargé, Messieurs, de vous en faire le rapport, et je viens,
au nom de la section des belles-lettres, vous donner son
appréciation du travail de M. Bimbenet.
Le but de l’auteur a été de prouver que le nom à’Aurélia
a été substitué à celui de Genabum ; que le second est le
principe du premier. C’est à l’aide de recherches philolo¬
giques que M. Bimbenet soutient cette thèse qui se pro¬
duit, il faut le dire, pour la première fois, dans le monde
savant : elle est sans précédent et appartient tout entière à
l’auteur. 11 la soutient vaillamment dans cinquante-trois
pages, armé de toutes pièces et avec un amour chevaleresque
pour Orléans. Rendons un hommage sincère aux longues
recherches, aux voyages multipliés de notre collègue à tra¬
vers les champs arides de la philologie ; louons-le sans
réserve pour son dévoûment à la gloire de notre ville et
pour son infatigable volonté de ne pas laisser un doute
obscurcir sa noblesse séculaire, nous lui donnons une
main fraternelle en signe d’applaudissement et d’alliance ;
mais qu’il nous permette maintenant de baisser la visière et
de croiser avec lui, durant quelques moments, non pas des
armes ennemies et acérées, mais courtoises et loyales.
Nous pensons que l’écrivain, entraîné par l’ardeur de ses
convictions, s’est égaré dans les routes, avouons-le, encore
très-difficiles de la science philologique, et que, trompé
par des apparences spécieuses, il ne donne pas à sa thèse
un fondement solide et inattaquable.
Commençons d’abord par une observation générale.
L’auteur parle des idiomes en usage chez les tribus
gaéliques : il eût été à désirer, afin de donner à ses raison-
t. xi. 18
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— 274 —
nements, à ses preuves, leur véritable et unique force, qu’il
expliquât le sens précis qu’il attache à ce mot Gaélique.
Les langues néo-celtiques se divisent effectivement au¬
jourd’hui en deux rameaux :
Le Gaélique, comprenant l’irlandais, l’écossais et le
manx ;
Le Kymrique , comprenant le gallois, le comique (récem¬
ment éteint) et l’armoricain ou bas-breton, qui est un dé¬
rivé du comique.
L’auteur ne veut pas bien certainement entendre par le
mot Gaélique, l’irlandais, l’écossais et le manx.
Nous lui demanderons alors ce qu’il entend?
D’après César et Strabon, deux dialectes celtiques
étaient parlés en Gaule : le celte proprement dit, et le
belge ou breton. Ce dernier était parlé dans tout le Nord,
à partir de la Seine, d’après César ; à partir de la Loire,
d’après Strabon. Amédée Thierry a pensé que le dialecte
en usage au nord de la Loire appartenait au rameau
Kymrique, et que le dialecte parlé au sud de la Loire ap¬
partenait au rameau Gaélique. L’auteur partage-t-il cette
opinion ? Alors le mot Gaélique signifie-t-il, dans son mé¬
moire, le dialecte gaulois parlé entre la Loire et la Méditer¬
ranée ?
Si c’est là sa pensée, il serait nécessaire qu’il le dise avec
clarté et nettement. Nous croyons cependant devoir l’aver¬
tir aussitôt qu’il se place en opposition, et avec Roget de
Belloguet, dont l’autorité est, nous le dirons, peu fconsi-
dérable en philologie, et avec un autre philologue d’une
, autorité considérable, une de nos lumières, Zeuss, qui,
dans sa préface à la Grammatica celtica, déploie toute sa
science pour réfuter cette opinion.
Notre collègue a donc oublié une question capitale : en
plaçant dans le même terme gaélique les deux dialectes de
l'ancien gaulois, il a oublié la grande difficulté qui, jus-
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— 275 —
qu’à ce jour, a retenu les celtistes sérieux devant l’explica¬
tion certaine du mot Gen qui se trouve dans les noms gau¬
lois. Il aurait dû aborder en plein soleil cette difficulté fort
réelle, car elle se lie trop à l’opinion qu’il soutient, pour
qu’il ne lui donnât pas une place importante à une discus¬
sion à fond.
Arrivons maintenant à quelques détails.
Nous ferons d’abord remarquer que notre savant col¬
lègue , pour démontrer que le mot Gen fait allusion à un
cours d’eau, cite un grand nombre de villes situées effec¬
tivement sur le cours d’un fleuve, d’un lac ou de la mer, et
dans le nom desquelles se rencontre l’expression Gen. Nous
observerons que la multiplicité <je cette appellation ne peut
venir en aide à l’auteur du mémoire, car si la racine Gen est
celtique, il ne faut la chercher que dans les pays habités
ou colonisés par les Celtes ; or, l’auteur nous cite des villes
de la Turquie d’Asie, du Sénégal, de l’Amérique où, évi¬
demment, les Celtes n’ont pas mis le pied. Si le mot Gen
se rencontre dans la dénomination de ces villes, il faudrait
donc l’attribuer à un hasard de consonnance, d’ortho¬
graphe dont on ne pent tirer une cbnclusion scientifique
et rigoureuse.
Gen, dit notre collègue, a le sens de coude. Oui, sans
doute, ce mot de coude se rencontre dans un temps relati¬
vement moderne dans les langues néo-celtiques, mais ce
mot, suivant tous les vrais celtistes, ne se trouvait pas
dans l’ancien gaulois. On peut comprendre alors que cet
ancien gaulois, sur lequel s’appuie l’écrivain du mémoire,
lui échappant, sa preuve manque de force en manquant de
base.
Gen, continue notre savant confrère, signifiant coude, et
nous venons de lui nier ce sens, est donc synonyme de
Lacertus, qui veut également dire coude ; or, Lacertus se
trouve, par dégénérescence, dans le mot Loyre, fleuve
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— 276 —
qui, effectivement, forme un coude à Orléans, tandis qu’il
n’en forme pas à Gien.
Nous observerons que , malheureusement, Lacertus ne
signifie pas dans la langue latine Coude, mais le bras, soit
depuis l’épaule jusqu’au coude, soit depuis le coude jusqu’à
la main, c’est-à-dire deux parties sans inflexion. C’est ainsi
que Freund, Quicherat, Noël, Henri Estienne traduisent le
mot Lacertus. D’ailleurs, notre collègue nous dit, dans,une
autre partie de son mémoire, que Gen signifie Bouche:
peut-il tout à la fois signifier ces deux choses, évidemment
très-différentes, le coude et la bouche ?
Après avoir assimilé le mot Gen au mot Lacertus, l’auteur
du mémoire l’assimile égalemement au xaoXLacerta, lézard,
parce que, dit-il, la Loire serpente comme lui. Qu’il nous
' permette d’avouer que nous sommes ici un peu troublé
par toutes ces assimilations, et que leur hardiesse serait
, sur le point de nous déconcerter : nous craignons qu’il ne
sorte involontairement des routes simples et droites de la
science, pour entrer, avec quelque péril de s’y perdre, dans
les chemins d’une riche mais décevante imagination.
Notre savant confrère, après avoir, suivant son opinion,
montré que le Gen celtique est devenu Lacertus, Lacerta,
cherche à établir que ce dernier mot Lacerta est arrivé, par
un engendrement successif, au parcours grammatical que
je cite : Lacerta-Laerta-Laera-Leara-Laer-Leer-Loyre. Notre
confrère a lu, ainsi que nous, Max Muller; nous croyons
, donc devoir lui rappeler que l’écrivain allemand, aujourd’hui
notre lumière dans les discussions philologiques, établit
que les transitions d’une forme à l’autre, transitions qui
rendent souvent méconnaissable la première forme dans la
dernière, doivent être fondées sur des textes positifs et suc¬
cessifs : Max Muller cite plusieurs exemples à l’appui de
son affirmation qui, d’,ailleurs, est conforme à la raison,
parce qu’elle garantit la science contre les produits du
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— 277 -
hasard et les envahissements de l’imagination. Mais nous
ne pensons pas que l’auteur du mémoire puisse, par des
exemples gradués gardant l’ordre historique et philolo¬
gique, conduire la série qui mène de Lacer ta à Loyre en
passant à travers Laerta , Laera , Leara, Laer, Leer , ou bien
nous faire remonter de la forme présente Loire à la forme
ancienne Lacerta.
Suivons encore notre collègue dans un autre de ses rai¬
sonnements.
Gen signifiant os, bouche, ouverture, a pu se transformer
en or, Lacerta signifiant un lézard, animal qui serpente
comme un fleuve, a pu devenir Leara, puis Leans.
Leara a pu devenir Leans, dit notre savant collègue. Nous
aurions désiré qu’il nous le démontrât, car nous pensons,
nous, qu’il est, au contraire, facile de prouver que Leara
n’a pu devenir Leans. En passant de la forme latine à la
forme française, les mots perdent quelquefois l’n qu’ils
avaient, ainsi prensus, pris ; mais ils n’acquièrent jamais l’n
qu’ils n’avaient pas. Pour prouver l’étonnante exception
qu’il mentionne, notre collègue aurait donc eu besoin de
plusieurs exemples, et il ne nous les cite pas. Nous pou¬
vons également lui demander l’origine de l’s final de Leans.
La méthode philologique réclame nécessairement cette ex¬
plication. Pour expliquer philologiquement un mot, il est
nécessaire de le prendre d’abord dans sa forme actuelle,
avec les éléments qui le composent, puis de remonter à
travers la série des formes intermédiaires jusqu’à la plus
ancienne connue. Cette étude est assez facile pour le mot
Orléans, car c’est un des noms de ville qui se rencontrent
le plus souvent dans les chansons des Gestes.
Quant à la transformation du mot os, or, dans la double
syllabe aure, nous répondrons que semblable transforma¬
tion est inadmissible. Il y a, dit l’illustre philologue Bopp,
dans sa grammaire comparée des langues indo-européennes
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— 278 —
(chap. des voyelles, t. I er ), des échelles de sons que les lan¬
gues descendent et ne remontent jamais : ainsi l’aur latin
devient souvent l’or français ; on en trouve de nombreux
exemples ; mais or ne devient jamais aur du latin au fran¬
çais, on n’en connaît pas un exemple.
Notre collègue, pour justifier les deux transformations
que nous venons de combattre, invoque l’autorité de Max
Muller dont nous avons dit très-haut l’autorité dans la
science philologique. Max Muller, écrit notre collègue, a
découvert l’origine du mot anglais lord dans le mot saxon
hlaford. Oui, Max Muller l'a consigné dans son ouvrage,
mais avec des preuves irrécusables : 1° on sait par l’histoire
et la philologie que l’anglais, au moins le vieux fond de la
langue, vient du saxon; 2° on voit dans plusieurs textes et
surtout dans le poème de Beroulf (8 e ou 9 e s.) les intermé¬
diaires successifs entre lord et hlaford. Max Muller a raison,
il a fait de la science, sa preuve est bonne. De même si no¬
tre savant collègue voulait prouver que le mot français
Lézard provient du mot latin Lacerta, il n’aurait pas de dif¬
ficulté à prouver philologiquement que les éléments du mot
Lézard se trouvent dans les éléments du mot Lacerta : sa
démonstration serait suffisante, parce que les lois de la phi¬
lologie lui donneraient raison, mais nous ne voyons pas
qu’il ait consulté ces lois régulatrices dans la question de
Gen-os et de Lacerta-Leans.
Nous avons remarqué que l’auteur du mémoire explique
les mots français’ terminés en acum par le sens eau, et par¬
tant de cette opinion, il décompose et explique le mot
Floriacum qui est celui de notre Fleury-sur-Loire. Il s’ap¬
puie sur l’autorité de Roget de Belloguet et de Malte-Brun.
Nous observerons que Roget de Belloguet, après avoir
dit acum-eau, dans son glossaire, p. 158, 160, 222, donne
trois sens différents à la finale acum. Le sens le plus général,
celui qui explique les ac du Midi, est celui de propriété
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— 279 —
[chez, de, appartenant à). Le sens le plus répandu dans les
pays encore celtiques est celui de race. Enfin, le sens d’eau
est indiqué pour un seul exemple de basse latinité donné
par lui comme douteux (p. 166).
L’autorité de Roget de Belloguet est donc sans application.
Quant à celle de Malte-Brun, elle ne peut être d’une
randeg valeur, car il ne discute pas, ne raisonne point, et
notre collègue lui-même donne l’épithète de restreint au
philologisme de Malte-Brun. Nous vous dirons ici, Messieurs,
avec toute la sincérité d’un rapporteur qui a mis temps, re¬
cours aux maîtres, droiture et confiance dans son travail, que
nous avons cru devoir arrêter nos recherches sérieuses et
nos discussions approfondies vers la 30 e page du mémoire,
car, ici, notre cher collègue nous a semblé se jeter dans
des aperçus n’étant pas très-liés avec sa thèse, et il nous
a paru inutile d’en essayer un examen suivi.
Il est certainement très-loin de notre pensée, Messieurs,
que l’auteur du mémoire est tombé dans ies erreurs de l’an¬
cienne école qui composait des étymologies avec les écorces
et les superficies des mots, qui se contentait d’un ingénieux
rapprochement, d’un jeu d’esprit. Selon cette école, les
Francs venaient de Francus, les Bretons de Brutus, les Scots
de Scota, fille de Pharaon. Nous regrettons, il est vrai, que
notre collègue ait eu une petite faiblesse pour Raoul Glaber
en l’appelant un esprit précurseur, car Glaber appartient
quelque peu à l’école fantaisiste dont je parlais il y a un
moment; néanmoins nous ne confondons nullement l’au¬
teur du mémoire avec ces écrivains superficiels dont les
égarements peuvent, il est vrai, se comprendre par l’état
fort incomplet de la science philologique à l’époque qui les
vit naître. Notre collègue, suivant notre opinion, s’est
élancé avec trop d’ardeur dans les routes dangereuses des
étymologies et ne s’est pas suffisamment tenu en garde
contre les mirages d’une belle mais séduisante imagination.
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— 280 —
Et maintenant, que notre cher collègue me permette de
relever la visière, d’abaisser les armes et de lui tendre une
main fraternelle. Il a trop vaillamment combattu pour une
cause qui fera toujours vibrer mon âme et la vôtre, Messieurs,
pour que je ne le remercie pas de l’avoir rencontré de nou¬
veau dans le chemin de nos communes affections. Ce ne
sont pas deux ennemis, mais deux rivaux du même dévoue¬
ment qui ont fait une passe d’armes où l’un de nous a pu
rester inégal, mais ne restera pas abaissé. Il n’y a eu ni
victoire, ni défaite, mais une lumière de plus! Je le remer¬
cie d’avoir voulu placer notre cher Orléans dans un nouveau
jour par ses longues et sincères recherches, et j’emporte la
douce satisfaction de le voir persévérer dans son dévoue¬
ment à notre berceau commun !...
Votre section des Belles-Lettres, Messieurs, n’a pas cru
pouvoir adopter les conclusions philologiques de notre sa¬
vant collègue, mais voulant que toute lumière se fasse au¬
tour d’une question qui avance de plus en plus vers une
solution raisonnable, bien qu’elle ne l’ait pas encore assez
complètement reçue, a l’honneur de vous proposer l’impres¬
sion du mémoire et du rapport.
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QUELQUES MOTS
SUR LA PROPHYLAXIE DE LA RAGE ;
Par U. le Docteur J. Mignon.
Séance du 6 décembre 1867.
Nous nous proposons d’appeler uu instant l’attention de
la Société sur la plus terrible des maladies qui nous
atteignent et qui nous serait, — faut-il dire, — inconnue,
sans le chien, cet utile compagnon de l’homme, qui nous la
communique. Nous voulons parler de la rage.
Ce n’est point une description de cette maladie que nous
voulons faire ; encore moins un exposé de sa thérapeutique
dont la prodigieuse richesse, — purement nominale, — est
encore inférieure à l'impuissance curative des moyens
conseillés, à l’étrangeté des remèdes et à l’absurdité du plus
grand nombre des formules pharmaceutiques.
Ce que nous voulons, le voici: Proposer une prophylaxie
qui, bien que s’adressant à la rage d’une manière indirecte,
n’en sera pas moins d’une incontestable efficacité.
Mais auparavant il nous paraît utile de résumer les
vérités, les faits pratiques concernant la rage et dont la
connaissance ne saurait être trop répandue.
Nous devons nous hâter de dire que nous ne ferons que
reproduire ce qui, depuis longtemps, appartient au domaine
T. xi. 19
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— 282 —
public (1). L’appréciation des mesures prophylactiques est
la seule chose qui nous soit personnelle.
La rage, maladie particulière aux animaux des gen¬
res Chien et Chat peut se transmettre, par inoculation, à
l’homme et aux herbivores.
C’est surtout du chien, que les dangers de contagion de
la rage à l’homme sont à redouter. En effet, il existe en
France, 2,000,000 de chiens, au moins et environ 14 mil¬
lions, au minimum, en Europe. On voit que la rage à l’état
latent, pour ainsi dire, ne manque pas d’éléments de germi¬
nation et de propagation ; et que, une fois née, il est bien
difficile que l’homme y échappe parce qu’il lui est difficile
de se défier du serviteur le plus dévoué, le plus affectueux,
qui, ordinairement, redouble de caresses au moment même
où il sent comme en lui les premiers germes de l’affreuse
maladie qui fera explosion à la moindre cause détermi¬
nante.
L’homme est donc souvent victime de la rage. M. le
docteur Tardieu, dans son rapport au Conseil d’hygiène
publique, porte à 48 (36 hommes sur 12 femmes) le chiffre
des personnes mortes de la rage en France en 1852. M. le
docteur Boudin triple ce chiffre, et au-delà, puisqu’il l’élève
à 150.
Ces évaluations, établies pour une année seulement, sont
heureusement exceptionnelles, puisque la moyenne, dé¬
duite d’un grand nombre d’années, n’est que de 25 d’après
M. Tardieu lui-même, et de 17 seulement d’après M. le
docteur Vernois. Mais, ni l’un ni l’autre de ces observa-
(1) Consulter principalement : On the Dog de M. Youatt. Lon¬
don 1845 ; le rapport de M. H. Boulev, à l’Académie de médecine en
1863 ; le travail de M. le docteur Tardieu, publié dans 1 e Dictionnaire
d'Hygiène publique et le mémoire de M. le docteur Vernois, Annales
d'Hygiène publique, 1862.
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— 283 —
teurs, n’ont en la connaissance de tous les faits de rage ; et
en acceptant l’évaluation la plus élevée, celle de M. Tardieu,
nous sommes convaincu de rester encore au-dessous de la
vérité.
Quoi qu’il en soit, admettons que 25 soit le nombre total
et moyen des personnes qui — en France — succombent
annuellement à la rage. Nous allons voir que cela répond
— chez le chien — à un gros chiffre d’animaux enragés.
En effet, 25 cas de rage, chez l’homme, représentent
20 fois ce nombre ou 500 personnes mordues d’un chien
enragé, puisque d’après Hunteret M. H. Bouley, la morsure
de cet animal n’est suivie de rage, dans l’espèce humaine,
que 5 fois sur 100 (1).
Ces faits sont des plus faciles à concevoir. Pour que le
chien inocule la rage, il faut, outre certaines dispositions
physiologiques réciproques, inconnues, deux conditions
matérielles de la part du chien : 1° bave assez abondante ;
2° possibilité de mordre. Or, ces conditions vont sans cesse
en diminuant du début au -déclin de la rage. La muqueuse
buccale se dessèche de plus en plus ; les muscles mastica¬
teurs se paralysent ; les dangers de la contagion sont donc
de moins en moins grands, du premier au dernier accès
de rage.
Du rapport déduit plus haut, il résulte que sur 100 per¬
sonnes mordues d’un chien enragé, 95 — quel que soit le
traitement usité — guérissent infailliblement, non de la
rage qu’elles n’ont pas eue, mais de la crainte de l’avoir ;
tandis que si — sur les cinq autres — la cautérisation a été
(1) Renault avait admis un chiffre plus élevé ; M. Tardieu va môme
jusqu’à le porter à 55 pour cent. Mais sa façon de procéder, pour
établir cette proportion, nous parait entachée d’un vice radical, puisqu’il
rejette toutes les morsures qui ne lui paraissent pas suffisantes pour
constituer une inoculation.
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— 284 —
employée concurremment avec d’autres remèdes, on ne
manquera pas d’attribuer à ceux-ci, le succès d’une cure
due tout entière à la cautérisation.
Le siège des morsures chez l’homme, noté avec soin,
214 fois, est établi, comme il suit,' d’après M. Tardieu :
Membres supérieurs. 122
Visage. 54
Membres inférieurs.. 38
Total. 214
Poursuivons l’examen des faits sans lesquels il est im¬
possible d’asseoir solidement aucune mesure d’hygiène.
Si 500 personnes mordues — cé qui ne veut pas dire
inoculées — ont donné, comme nous venons de le dire,
25 cas de rage, d’un autre côté, il a fallu 1,000 chiens
enragés au moins pour produire ces accidents, ainsi que
cela résulte d’une statistique rigoureuse.
11 s’ensuit que — annuellement en France — 1,000
chiens au moins sont atteints de la rage; ce qui donne le
rapport de un chien enragé pour 2,000 de la population
canine.
Il faudrait tripler tous ces chiffres, si on acceptait l’éva¬
luation de M. Boudin.
Le nombre réel de chiens enragés, no fut-il, annuelle¬
ment, que de 500 sur toute la surface continentale de la
France, ou moins encore, comme le soutient M. le docteur
Vernois, qu’il n’en devrait pas moins nous glacer d’épou¬
vante .
Contrairement à l’opinion généralement admise, ce n’est
pas à l’époque des chaleurs qu’il existe le plus de chiens
enragés, puisque d’excellentes statistiques embrassant une
longue période d’années, démontrent que les mois humides
du printemps sont plus chargés de rage que ceux de l’été.
Digitizei y LjO Le
— 288 -
Voici, au surplus, quels sont les chiffres produits par
M. H. Bouley pour une série décennale :
Janvier, février, mars. 54 cas.
Avril, mai, juin. 59
Juillet, août, septembre. 45
Octobre, novembre, décembre... 36
Total. 194 cas.
Il n’y a pas que le chien qui puisse communiquer la rage
à l’homme. La morsure du loup a plus d’une fois transmis
cette maladie. Le virus rabique de cet animal est plus
énergique que celui du chien, puisque, par l’inoculation
expérimentale , la rage survint 66 fois sur 100 inoculations
et seulement 33 fois, chez le chien. Si ce même rapport
existe, pour les cas de morsures, celles du loup commu¬
niqueront la rage à l’homme 10 fois sur 100.
D’après M. Tardieii (1), sur 319 cas de rage communi¬
quée à l’homme, on aurait les chiffres suivants :
Par le Chien. 261
— Loup. 31
— Chat. 14
— Renard. 1
— Vache. 1
— Divers. 11
Total. 319
Chez l’homme, où la réceptivité rabique est bien moins
grande que chez le chien, le virus d’une personne enragée
est nécessairement moins contagieux que celui des car¬
nivores.
(1) Dictionnaire d'hygiène publique, 2 me édition. Tome 3, pages 484
et suivantes.
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- 286 -
Les herbivores sont également susceptibles de recevoi
et transmettre la rage. Ainsi, cette maladie inoculée à un
mouton, au moyen de la bave du chien, fut ensuite ino¬
culée, avec succès, du mouton à la chèvre et au cheval.
On ne connaît pas d’exemple, bien constaté, de contagion
de la rage des herbivores à l’homme, malgré le fait unique
de M. Tardieu qu’il est impossible d’accepter. U est facile,
pensons-nous, d'en donner les raisons. Voici ce que nous
écrivions à cet égard, il y a une vingtaine d’années (1) :
« Ce qui fait qu’on a douté de la contagion de la rage
« chez les herbivores, et que du doute on est passé à la
« certitude que cette contagion n’existait pas, c’est qu’en
« effet, l’animal herbivore, bien différent de l’animal qui
« vit de chair, n’inocule point à coups de dents, le virus
« rabique, comme le chien, par exemple ; il frappe du pied
« comme le cheval, de la tête comme le mouton, des cor-
« nés comme le bœuf : ce sont leurs armes de défense, à
« ces animaux ! Comment pourraient-ils communiquer la
« rage? Admettez même qu’un bœuf enragé cherche à mor-
-< dre ; quelle morsure fera-t-il ? Il n’a point d’incisives
« supérieures; ses dents n’ont point été faites pour péné-
« trer dans les chairs, mais pour mâcher de l’herbe. Le
« virus rabique n’est que dans la bouche et non ailleurs ;
« les herbivores ne l’ouvrent presque jamais dans un but
« d’attaque ou de défense. »
Passons à un autre ordre de faits.
En France, on a constaté que sur 7 chiens enragés il y
avait 6 mâles et seulement une femelle; tandis que la
population canine donne le rapport de 3 mâles, contre une
emelle.
fl) Thèse inaugurale page 40.
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— 287 —
Les hypothèses n’ont pas manqué pour expliquer ce qui
ne s’explique guère : cette proportion considérable de cas
de rage sur les chiens mâles. On a été plus loin ; on a
voulu, — partant de ces mêmes faits, —placer la principale
cause de la rage dans la privation des plaisirs génésiques
chez le chien. Nous nous donnerons bien de garde d’ap¬
pauvrir la science d’une hypothèse de plus.
Autre fait d’observation: sur 3 personnes mordues, on
compte 2 hommes et seulement une femme. M. Tardieu —
nous l’avons vu plus haut — a trouvé 36 hommes contre
12 femmes; ce qui donne le rapport, : : 3:1.
Les relations plus fréquentes du chien avec l’homme
expliquent-elles ces différences ?
La durée d’incubation de la rage varie dans des limites
considérables ; de 12 jours à 8 mois pour le chien; de 8 à
12 semaines pour les herbivores ; elle peut atteindre une
année chez l’homme et aller même jusqu’à 17 mois, d’après
John Hunter. Mais ce sont là des délais exceptionnels. En
général, c’est du 10 me au 100 me jour, pour les cinq sixièmes
des cas, que la rage inoculée se manifeste.
Il est bon de connaître celte durée d’incubation, quand
on n’a aucune raison de craindre la rage, entendons-nous;
car nous voudrions que toute personne mordue d’un chien
enragé, crut comme article de foi que, — après l’un de ces
chiffres sacramentaux — (qu’on nous permette cette expres¬
sion), — de 7 ou de 9 jours, — le virus rabique a pour
toujours perdu sa puissance contagieuse. '
C’est dans la bave — nullement aussi abondante qu’on
le croit — que réside le virus rabique; son absorption
exige tout au plus cinq minutes, d’après les expériences de
Renault, quand il est déposé au milieu des tissus sains ou
sur une surface absorbante, comme sur une muqueuse, une
plaie ou un bouton saignant; dans ces derniers cas, il suffit
que la langue du chien enragé, touche, lèche ces surfaces
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pour communiquer ta rage, ainsi que cela a été observé
par William Youatt.
De ce fait d’expérimentation physiologique, — l'instan¬
tanéité d’absorption du virus rabique, — il résulte que quel¬
ques minutes après la morsure d’un animal enragé, la rage
est ou n’est pas transmise; et que toute médication,—
excellente, disons plus, indispensable, au point de vue mo¬
ral, — est, — pathologiquement, — tout-à-fait nulle ou
inefficace.
La bave des animaux enragés est-elle encore virulente
après la mort de l’animal? Combien de temps, puisée à sa
source, pendant la vie, peut-elle se conserver avec ses
qualités virulentes ? Nous ne savons rien de bien positif à
cet égard.
La rage déclarée est considérée, jusqu’à ce jour, comme
infailliblement mortelle, bien que quelques doutes se soient
élevés, sur ce point, dans ces dernières années. L’in¬
curabilité de cette maladie, comme celle de la phthisie, à
un certain degré, comme celle de l’épilepsie, du cancer, etc-,
amène forcément, invinciblement, une thérapeutique
étrange, monstrueuse, si on le veut, mais pourtant aussi
facile à comprendre que, l’impérieux désir, de celui qui
souffre, d’accepter, plus que du soulagement : une espé¬
rance ! en dehors d’une science qui ne peut plus rien
pour lui.
Les hommes sages, les vrais médecins, sans repousser
d’une façon absolue la curabilité de la rage, — les sciences
d’observation disent rarement leur dernier mot, — pré¬
fèrent tourner leurs regards du côté des moyens qui
préservent l’bomme de la rage ou diminuent les causes
qui multiplient et propagent cette horrible maladie.
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— 289 -
PROPHYLAXIE DE LA RAGE.
C’est une maladie si terrible, si effrayante, qu’on se
demande comment il se fait qu’on n’ait point tout tenté
pour essayer, sinon d’en prévenir le retour, au moins
d’en limiter la propagation.
Et pourtant, la rage elle-même, quelque effrayante
qu’elle soit, n’est rien comparée à la torture morale de tous
ceux qui, — mordus par un chien enragé, — sont en proie,
nuits et jours, à l’épouvantable et trop légitime crainte de
la rage ! Cette maladie tue en quelques jours, tandis que
la terreur qui s’empare de nous, après une morsure, doit
glacer d’épouvante l’âme du plus courageux ! Et cette ter¬
reur est pour ainsi dire sans fin comme l’incubation de la
rage, qui peut durer plus d’une année ! Peut-on se faire
une idée de l’enfer moral de ceux qui ont été mordus par
un chien enragé ? Leurs tortures dépassent tout ce que
l’imagination peut concevoir ! et, par le fait de la surexci¬
tation nerveuse, elles s’élèvent, surtout la nuit, à un étal
d’exaltation et d’angoisses qu’aucune plume ne, saurait
peindre, et qui n’a aucun nom dans aucune langue !
Pour garantir l’homme de la morsure du chien, on s’est
peu mis en frais d’imagination. Qu’a-t-on fait en France ?
Rien ou presque rien. A l’époque des chaleurs, c’est-à-dire
juste au moment où les cas de rage du chien sont moins
nombreux qu’au printemps, l’autorité prescrit, il est vrai,
certaines mesures hygiéniques contre la rage ; mais nous
savons tous combien elles sont inefficaces.
On a bien encore prescrit le musèlement des chiens,
bonne mesure si elle était possible et exécutable ; car em¬
pêcher ainsi le chien de mordre, c’est l’idéal de la perfec¬
tion dans la prophylaxie de la rage. Mais peut-on y parvenir
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— 290 -
physiologiquement à l’aide du musèlement? Le chien doit
conserver une certaine liberté de la gueule ; il n’est pas
comme le cheval qui ne respire que par le nez ; cet organe
chez le chien est plus essentiellement olfactif que conduit
respiratoire. Donc, il faut une muselière qui, toujours appli¬
quée au domicile, comme au dehors, permette au chien de
haleter, de respirer par la gueule ; et, dès lors, le problème
à résoudre offre plus de difficulté qu’on ne croit.
Nous pensons bien qu’on ne regarde pas comme muse¬
lières suffisantes toutes ces courroies qui semblent appli¬
quées autour des mâchoires du chien, moins pour obéir à
la lettre de la prescription que pour montrer toute l’ina¬
nité de la mesure ordonnée.
En Prusse, la muselière a fait merveille, dit-on, ce dont
il est permis de douter, surtout depuis les documents four¬
nis par M. Tardieu.
M, H. Bouley, frappé de l’inutilité et de l’insufflsance des
mesures prescrites, a pensé que la vulgarisation de la rage,
c’est-à-dire des signes qui l’annoncent, des symptômes qui
la signalent était, sans contredit, la meilleure prophylaxie
de la rage.
Comme cette opinion a eu le plus grand retentissement
à l’Académie de médecine et dans le monde médical, en
raison de l’immense talent et de la haute autorité du savant
académicien qui l’a émise, nous vous demanderons, nous
qui ne la partageons pas tout-à-fait, de la combattre avec
des arguments qui nous paraissent irréfutables.
Tout d’abord, rappelons que la rage est le plus souvent
une maladie que nous appellerions presque insidieuse tant
elle surprend, les plus habiles. Sans doute, quand elle est
déclarée, personne ne s’y laisse prendre ; mais alors, il n’est
plus temps, dirons-nous, de prévenir l’invasion du flot qui
a rompu ses digues ! C’est donc la connaissance des signes
avant-coureurs de la rage qu’il s’agit de vulgariser, de pho-
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— 291 -
tographier, pour ainsi dire, de façon à rendre leur physio¬
nomie si variée, très-ressemblante et très-expressive, afin
que ces signes ne pussent jamais passer inaperçus aux
yeux du premier possesseur de chien venu. Eh bien ! les
faits, ces arguments brutalement inflexibles et sans complai¬
sance pour personne, vont prouver que les signes prodro¬
miques de la rage ont été souvent méconnus, même de
la part des hommes les plus compétents.
Examinons successivement chacun de ces signes.
11 existe bon nombre de chiens menacés de rage, qui
— à part un peu de tristesse et d’inappétence — n’ont
aucune autre expression morbide. Combien de chiens, tenus
sur les genoux de leurs maîtres auxquels ils témoignent le
plus vif attachement, tombent tout-à-coup dans un accès de
rage à l’aspect d’un autre chien : ce réactif de la rage,
comme l’appelle M. H. Bouley ? Et qu’on ne dise pas qu’un
connaisseur ne s’y serait pas trompé, puisque cela est arrivé
à l’un des professeurs d’Alfort.
Les sentiments affectifs du chien que modifie singulière¬
ment l’invasion prochaine d’un accès de rage* sont trop
susceptibles de mobilité, dans l’état le plus normal, pour
qu’un changement puisse éveiller le moindre soupçon de
rage.
L’hydrophobie n’est ni un prodrôme ni un symptôme de
rage. Le chien que la rage va saisir est hydrophile et non
pas hydrophobe. Une fois enragé, il ne fuit pas l’eau, puis¬
qu’il y plonge profondément la gueule ; on a cru voir là un
acte de fureur, de répulsion ; ce n’est qu’un mouvement
instinctif destiné à faire pénétrer un peu de liquide au fond
d’une gorge desséchée, toute déglutition étant impossible
en raison de la paralysie des muscles du pharynx.
Disons (en ouvrant une parenthèse) que cette déno¬
mination : l’hydrophobie, n’exprimant pas plus le signe
que la chose, devrait être rayée de tous les dictionnaires ;
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— 292 -
c’est un mot savant, mais malheureux, dont on peut fort
bien se passer.
Non-seulement la tristesse, l’inappétence, un changement
dans l’expression des sentiments du chien, la prétendue
horreur de l’eau, ne sont pas des prodrômes de rage faci¬
lement reconnaissables ; mais, un dérangement plus grand
encore, une hématémèse, par exemple, peut fort bien
exister sans que cela puisse faire présager l’arrivée pro¬
chaine de la rage. Deux professeurs vétérinaires, Youatt
et M. H. Bouley, ont tout d’abord méconnu la rage chez des
chiens qui venaient d’être atteints de vomissements de
sang.
L’inflammation apparente de la muqueuse buccale qui est
rougeâtre, sèche et non baignée de salive visqueuse et
filante, annonce-t-elle l’invasion prochaine de la rage?
Nullement, puisqu’il est arrivé à un vétérinaire instruit
de croire alors à l’existence d’un os arrêté dans la gorge, en
raison de certains mouvements des pattes de l’animal, et de
contracter la rage en cherchant à extraire ce prétendu os de
la gueule du chien.
Le délire rabique exige, pour être saisi, l’œil d’un véri¬
table observateur ; et la preuve, c’est que personne avant le
professeur Youatt n’avait parlé de ce singulier symptôme de
la rage.
L’insensibilité à la douleur physique, en apparence du
moins, est un symptôme de maître ; et il faut des signes qui
parlent à l’esprit de tout le monde.
L’abandon du chenil, l’agression du chien à l’égard
des animaux de son espèce sont encore des prodrômes
dont la signification échappe à la plupart des proprié¬
taires de chiens. Sans doute, en groupant tous ces signes,
l’œil exercé du médecin y lira, comme dans un mi¬
roir réflecteur, les traits épars d’une maladie qui ne res¬
semble à aucune autre ; mais à tout cela nous répondrons
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- 293 —
que tous ces prodrômes ne st>nt souvent que de vrais zéros
pathologiques qui n’ont de valeur que par les unités qui
les précèdent ; nous voulons dire que pour les hommes
spéciaux qui savent les reconnaître.
Il y a bien encore l’aboiement qui est caractéristique ;
mais alors, la rage est là, prête à apparaître ; c’est comme
le cri du prenez garde à vous ! Eh bien ! même ce cri,
faut-il au moins l’avoir entendu une seule fois. L’aboiement
n’est donc pathognomonique que pour ceux qui — par une
première audition — en ont gardé le type dans un fidèle
souvenir.
De tout ce qui précède, nous sommes autorisé à conclure
que si des hommes placés au sommet même de la science,
des praticiens habiles ont pu méconnaître les signes avant-
coureurs de la rage, à fortiori , ceux-ci doivent-ils passer
inaperçus ou sans signification précise aux yeux du public.
La conséquence logique de cette vérité indéniable, c’est
que la vulgarisation des prodrômes, des signes tranquilles
de la rage, bonne et possible au point de vue de la science
pure, n’est plus qu’une conception presque irréalisable
dans la pratique ou la prophylaxie de la rage.
Nous préférons, de beaucoup, cette formule générale
d’hygiène publique, que nous trouvons énoncée dans le
rapport de M. H. Bouley. La voici, sinon dans ses termes,
au moins dans son esprit : Tout chien dont l’habitude exté¬
rieure n’est plus la même est suspect de rage. Nous vou¬
drions que ces deux lignes fussent écrites, en gros carac¬
tères, sur toutes les loges de chiens, et que les maîtres de
ceux-ci les eussent toujours présentes à l’esprit. C’est là,
pour nous, la première des propositions qu’il faut admettre,
si on veut que les assises de la prophylaxie de la rage
reposent sur un terrain aussi solide que physiologique et
rationnel.
Nous allons, maintenant, exposer quel est le système
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— 294 —
d’hygiène que nous proposons contre la rage. Disons
d’abord, en deux mots, quelles sont les bases fondamentales
de ce système.
N’est-il pas évident que la rage est d’autant plus redou¬
table, et sa contagion à l’homme d’autant plus à craindre :
1 ° Que le nombre des chiens est plus considérable ;
2° Que ceux-ci sont libres ou errants sur la voie pu¬
blique ;
3° Et qu’il n’existe aucune responsabilité, de la part du
maître, pour tout dommage causé par le chien.
Nous n’avons plus qu’à satisfaire aux indications qui
découlent des vérités incontestables qui précèdent.
Et voici comment nous pensons qu’il est possible d’y par¬
venir. Pour cela il faut :
1 ° Augmenter l’impôt sur les chiens de chasse et de luxe,
sur les mâles principalement; puisque — en dehors de
toute théorie sur la production de la rage — les faits
établissent que cette maladie est plus commune chez les
mâles que chez les femelles;
2° Sacrifier immédiatement tous les chiens errants ;
3 U Rendre les propriétaires responsables des méfaits de
leurs chiens ; et, pour atteindre ce but, exiger que les
chiens soient pourvus d’un collier portant le nom et la
demeure du maître.
L’adoption de celte triple mesure nous semble devoir
atteindre — indirectement sans doute, mais sûrement — la
rage. Tout en diminuant le nombre des chiens, elle ferait
disparaître cette foule de chiens errants trop souvent cause
de grands malheurs, sans parler de spectacles scandaleux
sur la voie publique, de bruits nocturnes, d’inconvénients
de toutes sortes.
Le collier aurait le triple avantage : d’abord de permettre
qu’on pût, avec moins de danger, saisir l’animal suspect de
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- 295 —
rage; ensuite de faciliter les recherches pour obtenir tous
les renseignements précieux dont on a inévitablement besoin
en pareilles circonstances; enfin, —en faisaut connaître
le maître du chien — de forcer, par une responsabilité
sérieuse, les propriétaires de chiens à être plus attentifs,
plus soigneux et plus empreessés à exécuter les mesures
d’hygiéne publique prescrites par l’autorité administrative.
Si nous avions à formuler un ensemble de dispositions
prophylactiques contre la rage, voici à peu près la teneur
des principales prescriptions que nous voudrions voir
décrétées ;
Article 1 er . Il est établi un impôt de 25 fr. par an et par
chaque tête de chien mâle ;
Pour les femelles, cet impôt ne sera que de 10 fr.
En seront exemptés tous les chiens utilisés en agriculture
ou employés dans l’industrie.
Art. 2. Tout chien doit être considéré comme grave¬
ment indisposé, quand il refuse sa nourriture, change
fréquemment de place, paraît inquiet, triste, etc., etc.
Il est malade, en un mot, aussitôt qu’il présente quelque
changement notable dans son habitude extérieure.
Art. 3. Tout chien malade est suspect de rage.
Art. 4. Tout chien suspect de rage sera tenu renfermé
dans sa loge, et il recevra gratuitement la première visite
du vétérinaire cantonal.
Art. 5. Le chien errant est celui qui est, sans son maître,
sur la voie publique.
Art. 6. Tout chien errant sera immédiatement abattu, à
moins qu’il ne soit pourvu d’un collier solide, portant, lisi¬
blement, sur une plaque de cuivre, soit un numéro d’ins¬
cription, soit le nom et la demeure du maître du chien (1).
(1) On nous a affirmé que dans plusieurs villes de France la mesure
relative au collier était depuis longtemps en vigueur. Elle existe à
Berlin et dans d’autres villes de Prusse.
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— 296 —
Art. 7. Tout chien errant pourvu du collier ci-dessus,
pourra être conduit en fourrière aux frais du maître, et
celui-ci, dans ce cas, sera passible d’une amende qui croîtra
proportionnellement aux récidives.
Art. 8. Tout chien mordu par un animal enragé sera
immédiatement abattu.
Art. 9 et dernier. Ces prescriptions hygiéniques seront
publiées et affichées, au moins quatre fois par an.
Telles sont les diverses mesures d’hygiène qui — nous
en sommes convaincu — diminueraient plus sûrement les
cas de transmission de rage à l’homme, que toutes celles
qu’on a proposées jusqu’à ce jour.
Nous les soumettons à votre appréciation éclairée pour
que vous les jugiez avec votre indulgence ordinaire, mais
aussi avec votre amour du bien. Si elles appellent — après
examen — votre sollicitude sur la grave question de la
rage, sur l’hygiène publique qu’il convient de prescrire et
surtout de faire exécuter contre celte affreuse maladie, ce
sera pour nous une faveur insigne, et la seule — après le
désir d’être utile — que nous aurons ambitionnée.
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RAPPORT
SUR LE MÉMOIRE QUI PRÉCÈDE,
AU NOM DE LA SECTION DE MÉDECINE,
Par M. le docteur Vallet.
Séance du 6 mars 1868 .
La rage est, sans contredit, la maladie la plus difficile et
la plus désespérante que le médecin soit appelé à étudier
et à combattre.
Pénétré de cette vérité et reconnaissant l’inefficacité
des moyens employés jusqu’ici, M. Miguon, dans son
Mémoire, vous propose un système démesures hygiéniques
qui, dans son opinion, pourraient avec plus de certitude la
prévenir et en mettre ainsi l’homme à l’abri.
Avant de vous exposer ces moyens prophylactiques, il a
pensé qu’il serait utile de vous faire connaître d’une
manière sommaire l’histoire de la rage surtout au point de
vue des causes qui la font naître et des symptômes que
présente l’animal qui en est atteint.
Il signale avec raison comme l’élément ie plus actif de
la production de cette maladie, le grand nombre de chiens
existant en France et dont le chiffre s’élève a deux mil¬
lions. Chiffre effrayant par la pensée que chaque individu
t. xi. 20
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— 298 —
de cette nombreuse population peut engendrer, conserver
et transmettre le virus de la rage à l’homme.
Il indique aussi le chiffre des personnes qui sont victimes
de la rage d’après les statistiques des divers médecins qui
l’ont étudiée. Le désaccord qu’elles présentent ne permet
d’y ajouter qu’une importance secondaire ; cependant
il semble en résulter d’une manière trop vraie que la
moyenne des personnes qui succombent chaque année en
France à cette affreuse maladie serait de 25 — et dans la
proportion de 5 pour 100 personnes mordues.
Examinant ensuite l’influence que peut avoir la tempé-
rature des différents mois de l’année sur son dévelop¬
pement, l’auteur réfute avec raison l’opinion trop générale¬
ment admise que les jours caniculaires sont ceux qui sont
les plus favorables à la production de la rage.
Elle est victorieusement combattue par les statistiques
des Ecoles vétérinaires d’Alfort et de Lyon qui établissent,
pendant une période décennale, que les mois de mars et
d’avril, humides et pluvieux, sont ceux qui ont fourni les
cas les plus nombreux.
En passant en revue les animaux qui peuvent commu¬
niquer la rage, il indique encore après le chien, le loup
qui, de tous ceux qui sont aptes à la contracter, paraît à
ses yeux être celui dont le virus rabique possède l’activité
la plus grande.
Cependant un assez grand nombre de faits permettent
d’admettre une autre explication par cette circonstance que
le loup attaque presque toujours au visage les individus
qu’il veut mordre, région où l’inoculation doit être plus
facile et plus prompte.
Quoi qu’il en soit, nous avons pu constater la rapidité de
cette inoculation chez un jeune enfant qui, occupé avec sa
mère à ramasser du bois dans la forêt d’Orléans, fut mordu
par un loup enragé.
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- 299
Permettez-moi, Messieurs, de vous raconter ce fait en
quelques mots.
Apporté dans notre service de l’Hôtel-Dieu, six heures
après avoir été mordu, nous le trouvâmes atteint au visage
de blessures nombreuses et profondes. Quoique cautérisé
avec le soin le plus minutieux par le fer rouge et par un
caustique liquide, le pauvre enfant fut pris le quinzième
jour de tous les symptômes de la rage, à laquelle il
succomba très-rapidement.
Dans un autre cas de rage, observé dans notre pratique
quelques années après, chez une dame âgée de 74 ans,
mordue également au visage par un petit chien familier,
le développement de la maladie, sa marche et son issue
funeste ont été aussi rapides que chez le jeune enfant.
Ces deux faits confirment l’explication donnée plus haut sur
la promptitude de l’absorption du virus rabique, lorsque
les morsures ont leur siège à la face, qu’elles soient faites
par le loup ou par le chien.
Ils viendraient aussi affirmer une particularité très-
remarquable, c’est l’influence que l’âge peut exercer sur la
durée de l’incubation.
M. Tardieu signale comme un fait très-général sinon
constant qu’elle s’abaisse très-extraordinairement chez les
enfants. N’est-il pas permis d’admettre aussi que chez les
personnes très-avancées en âge, il puisse en être ainsi ? Le
dernier fait cité semblerait le prouver.
Outre ces sources de propagation de la rage (le chien, le
loup et le chat) les herbivores peuvent encore la communi¬
quer, quoique d’une manière moins redoutable, surtout
pour l’espèce humaine.
Ces animaux, ainsi que le fait remarquer notre collègue,
ne peuvent pas l’inoculer à coups de dents, la bouche
n’étant pas leur arme de défense.
Toutefois, n’aurait-il pas dû faire une exception pour le
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- 300 -
cheval dont les blessures faites avec des mâchoires puis¬
santes sont toujours très-graves et qui, lorsqu’il est enragé,
doivent favoriser l’inoculation rapide du virus rabique.
M. Mignon fait ensuite connaître les différences qui
existent, suivant le sexe du chien, dans la fréquence du
développement de la rage. Il constate, d’après des statis¬
tiques, que sur 7 chiens, 6 chiens mâles sont atteints
et seulement une femelle, quoique la population canine ne
compte sur 3 mâles qu’une femelle.
On s’est livré, dit-il, à diverses hypothèses pour expli¬
quer la plus grande fréquence de la rage chez les chiens
mâles. Il s’applique surtout à repousser celle qui attribue
quelquefois l’origine de cette maladie chez les mâles à la
privation des plaisirs génésiques.
Sans attribuer à cette cause une importance trop grande,
doit-on, comme il l’a fait, la rejeter complètement ?
Cette opinion, en effet, est admise par des médecins et
par des vétérinaires, etr dans un opuscule sur la rage qui
vous a été adressé en 1865, M. le docteur Cœur, de Caen,
un de vos correspondants, regarde cette cause comme
possédant une certaine activité dans la production de la
rage spontanée.
A l’appui de cette manière de voir, il cite plusieurs faits
et notamment deux qu’il a pu observer et qui lui parais¬
sent concluants.
Mais la cause la plus vraie de la différence qui existe
entre les mâles et les femelles de l’espèce canine suscep¬
tibles de devenir enragés, consiste principalement en ce
que la chienne plus docile, plus fidèle au logis, plus atta¬
chée à son maître, est davantage surveillée par lui, surtout
dans certaines conditions physiologiques.
Après avoir indiqué avec détails la plus grande fréquence
de cette maladie chez l’homme que chez la femme, les
variétés dans la durée de l’incubation du virus rabique
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301 —
dans l’espcce humaine et chez les animaux, le mécanisme
à l’aide duquel s’opère son absorption, M. Mignon termine
cette première partie de son travail en constatant que
jusqu’à ce jour la rage déclarée doit être regardée comme
incurable, quoique quelques doutes se soient élevés à cet
égard, et malgré tous les efforts qui ont été faits pour en
arrêter les progrès.
Cette constatation de l’impuissance de la médecine à com¬
battre la rage, lui sert de transition pour rechercher des
moyens prophylactiques plus efficaces pour en mettre
l’homme à l’abri en faisant disparaître les causes qui la
font naître. C’est ce qu’il s’efforce d’établir dans la seconde
partie qui a pour litre prophylaxie de la rage.
Dans ce but, il examine les diverses mesures hygiéni¬
ques prescrites par l’autorité administrative, blâmant avec
raison l’usage qu’elle a adopté de n’en surveiller l’exécu¬
tion qu’au moment des grandes chaleurs, lorsque l’expé¬
rience a démontré qu’elles devraient être mises en pratique
pendant toutes les époques de l’année et surtout pendant
les mois les plus humides.
Parmi ces mesures, le musélement présenterait à ses
yeux les plus grands avantages, si son application se faisait
avec sévérité d’une part, et, de l’autre, si les muselières
dont on se sert le plus habituellement n’étaient pas le
plus souvent insuffisantes.
L’organisation anatomique du chien exige l’emploi
d’appareils qui, n’apportant aucune gêne dans la respira¬
tion buccale, s’opposeraient à ce que, à l’aide de ses
mâchoires, il pût mordre.
Jusqu’à ces dernières années le problème paraissait diffi¬
cile à résoudre; aujourd’hui sa solution semble être obtenue
par l’invention dé muselières dont M. Bouley reconnaît le
mécanisme ingénieux. Sans doute, qu’à celte heure l’expé¬
rience en a été faite; désormais la mesure du musélement
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- 302 —
ne serait donc plus une fiction. Recommandée avec
rigueur, elle deviendrait un moyen préventif dont on
ne pourrait plus contester l’utilité et les avantages.
En Prusse, où le musèlement et l’usage du collier avec
plaque sont en vigueur et exigés avec sévérité, les résul¬
tats paraissent en avoir été favorables, surtout à Berlin,
même en tenant compte de quelques exagérations dans les
renseignements qui ont été fournis à cet égard.
Pour mieux établir l’importance des mesures prophylac¬
tiques qu’il propose, M. Mignon se livre à un examen
très-minutieux de la rage, de sa marche insidieuse, de ses
symptômes précurseurs si difficiles à saisir et que dissimu¬
lent encore les sentiments affectifs du chien malade pour
son maître, lesquels paraissent augmentés dans cette
circonstance.
Il combat avec raison la dénomination d'Hydrophobie
donnée à la rage et qui entraîne le grand inconvénient de
faire admettre cette grave erreur que l’horreur de l’eau et
du liquide serait une condition indispensable de la rage
déclarée.
Il signale aussi d’autres symptômes tels que la tristesse,
l’inappétence, l’abandon du logis du maître, l’insensibilité
à la douleur physique et surtout l’aboiement-hurlement,
symptômes dont l’importance échappe à un œil exercé et
qui donnent au diagnostic de cette maladie une grande
incertitude.
Ces vérités justifient les efforts qu’a faits M. Mignon en
vous proposant une série de moyens prophylactiques capa¬
bles, selon lui, de faire disparaître le danger.
Examinons maintenant. Messieurs, si le système qu’il
soumet à votre appréciation peut atteindre le but auquel
il aspire.
Il établit que ce péril est d’autant plus menaçant :
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- 303 —
1° Que le nombre des chiens est plus considérable ;
2° Que ceux-ci sont libres ou errants sur la voie pu¬
blique ;
3° Et qu’il n’existe aucune responsabilité de la part du
maître pour tout danger causé par le chien.
Ces principes posés, il formule un projet de réglement
en neuf articles.
Nous allons passer en revue les principaux :
Dans le premier, il propose d’augmenter la taxe sur les
chiens mâles avec exemption pour ceux utilisés dans l’agri¬
culture et dans l’industrie.
Cette immunité serait-elle justement appliquée, lors¬
qu’il est d’observation que c’est parmi la population des
chiens de la campagne que la rage se développe le plus
fréquemment et que de là elle est importée dans les villes?
Celte augmentation d’impôt qu’il voudrait voir créer ne
rencontrerait-elle pas des obstacles sérieux, puisqu’elle ne
pourrait l’être que par une loi ?
Nous savons tous qu’un impôt, même somptuaire, ne
peut être établi ou augmenté qu’avec de grandes difficultés.
Au reste, la taxe sur les individus de la race canine
depuis qu’elle existe, n’a pas paru avoir une influence bien
marquée sur la diminution des cas de rage transmise.
L’enquête faite sur la rage humaine par l’administration
sanitaire donne pour une période de six années, avant la
création de l’impôt, 164 cas, et 104 pour une même période
de six ans après l’établissement de ce même impôt; diffé¬
rence moins considérable qu’on n’aurait dû l’espérer et qui
ne perme pas d’admettre une conclusion bien complète en
faveur de la taxe et à plus forte raison de son augmenta¬
tion.
La responsabilité que M. Mignon veut imputer aux pro¬
priétaires des chiens serait une mesure complètement
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- 304 -
inutile, puisque la loi rend chacun responsable des dom¬
mages causés à autrui.
L’autorité municipale de notre ville a prévu ce qu”il
réclame par l’article suivant de son arrêté, auquel elle
donne chaque année la plus grande publicité :
« En cas de contravention aux dispositions qui précè-
« dent, les propriétaires des chiens sont passibles des
« peines de simple police, sans préjudice de peines plus
v. graves et de dommages-intérêts, s’il y a lieu. »
Les autres articles de cet arrêté répondant presque tous
aux desiderata formulés par M. Mignon, il n’est pas dou¬
teux que ceux déjà édictés produiraient les résultats les
plus favorables par une exécution plus sévère de l’usage
réel de la muselière et surtout de la muselière perfec¬
tionnée, de celui du collier comme en Prusse et indiqué
par lui, et de la saisie rigoureuse de tous les chiens errants
sur la voie publique n’ayant ni muselière, ni collier, etc.
Mais, Messieurs, la vraie et la meilleure des prophy¬
laxies est celle, ainsi que l’a proclamé M. Bouley, « qui
« procède de l’instinct de la conservation personnelle
« dirigée et bien éclairée par la science ; et le meilleur
a moyen d’y parvenir dans la mesure du possible est d’ap-
« peler fortement l’attention du public sur la cause de la
« rage bien connue aujourd’hui.
« Une instruction, ajoute M. Bouley, serait rédigée
« chaque année, courte, succincte et cependant aussi com-
« plète que possible dans laquelle on dirait, on répéterait
« aux populations tout ce qu’elles doivent savoir pour
« soupçonner ou bien connaître la rage canine. »
Et dans cette instruction serait surtout indiquée, comme
un axiôme, cette opinion du même auteur, « que tout
« chien dont les habitudes extérieures ne sont plus les
« mêmes est suspect de rage. »
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- 305 —
La rédaction de ces instructions serait confiée aux con¬
seils d’hygiène institués dans tous les chefs-lieux d’arron¬
dissement. Ils seraient également chargés d’en surveiller
la vulgarisation.
Ces instructions devraient être publiées et affichées dans
toutes les communes au commencement de chacune des
saisons de l’année.
Messieurs, si dans l’examen du Mémoire de notre col¬
lègue nous n’avons pas toujours partagé ses opinions,
nous devons déclarer que dirigé par un sentiment philan¬
thropique dont on doit lui savoir gré, il a traité la ques¬
tion de la rage avec soin ; cependant il devra reconnaître
avec nous que parmi les mesures prophylactiques qu’il a
proposées, l’une, l’augmentation de la taxe sur les chiens
mâles, devra présenter des obstacles difficiles à surmonter,
pour n’obtenir qu’un résultat très-incomplet, et que la plu¬
part des autres sont déjà mises en pratique dans la ville
d’Orléans et sans doute aussi dans les autres villes d’une
certaine importance.
La section de Médecine propose à la Société l’insertion
dans ses Mémoires du travail de M. Mignon.
- ^w\AAAA/VVWvv ^~-- ■ ■
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RAPPORT
Par M. Baguenault de Viéville
SUR UN MÉMOIRE ENVOYÉ A LA SOCIÉTÉ POUR LE
CONCOURS AU SUJET DE LA SOLOGNE.
Séance du 20 mars 1868.
« Une médaille d’or de 400 fr. sera décer-
« née à l'auteur du meilleur mémoire sur la
« situation agricole de la Sologne, les amé*
« liorations réalisées depuis 85 ans dans cette
« contrée, son état actuel, et ce qu'il y aurait
« encore à faire pour mettre à profit toutes ses
« ressources. »
La transformation agricole d’an pays ne s’opère pas
instantanément; il y a bien des degrés à franchir pour mon¬
ter de l’improduction complète à la fertilité ; bien des efforts
à faire, bien des mécomptes à essuyer, bien des capitaux à
enfouir, jusqu’à ce qu’on ait trouvé les vrais moyens,
quelquefois bien simples, de tirer du sol le parti le plus
fructueux.
La Sologne avait, dit-on, été rendue fertile autrefois ; la
négligence et l’abandon du pays l’ont fait retomber dans son
état primitif d’infécondité : le problème qui avait été jadis
résolu est de nouveau à résoudre ; les rechutes en agricul¬
ture, comme en médecine, sont souvent plus difficiles à
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— 307 -
guérir que les maladies à leur invasion, parce que sur des
organes affaiblis le mal fait des progrès plus rapides, et les
moyens curatifs ont perdu leur énergie et leur efficacité
primitives.
A la fin du siècle dernier, la Sologne était donc dans un
état d’abandon et de stérilité que tous les auteurs ont
signalé : ce n’est vraiment qu’après les guerres de l’Empire
et à la paix générale, quand les esprits calmés se sont tour¬
nés vers l’agriculture que l’état misérable de cette contrée a
excité l’intérêt public. A cette époque la Société d’agri- *
culture d’Orléans s’étant réorganisée, son attention s’est
tout d’abord portée sur le malheureux pays placé à ses
portes; elle a senti d’autant plus vivement le devoir et le
besoin de lui apporter son aide, que plusieurs de ses mem¬
bres y avaient des propriétés importantes.
La tâche était difficile ; il fallait vaincre à la fois l’ingra¬
titude du sol et l’apathie de ses habitants : elle y travailla
donc et fit appel à tous les efforts.
Dès l’année 1821, M.le comte de Lasteyrie, propriétaire
de la terre de Villebourgeon, et membre correspondant,
avait envoyé un mémoire que la Société a inséré dans ses
Annales, mémoire qui établissait l’état arriéré du pays, ses
plaies profondes, et où se trouvaient de fort bons avis, dont
quelques-uns sont encore applicables. L’année suivante,
M. le baron de Morogues avait publié Sur les moyens d’amé¬
liorer l'agriculture en Sologne, deux volumes qu’il y a tou¬
jours profit à consulter. Vinrent ensuite plusieurs autres
écrits de MM. de Tristan, Mallet de Chilly, de Lockbart qui
indiquaient des méthodes nouvelles sur des cultures parti¬
culières, et prouvaient la constante sollicitude de la Société
pour l’œuvre de régénération qu’elle poursuivait. Enfin,
pour manifester sa sympathie d’une manière plus efficace,
la Société académique avait en 1838 institué un Concours
qui avait pour but d’exposer l’état de la contrée vingt ans
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- 308 —
auparavant, comme point de départ, les améliorations
opérées depuis cette époque, celles qu’il serait possible d’y
introduire encore : ce Concours produisit un Mémoire de
M. Bourdon qui obtint le prix.
L’auteur répondait nettement à toutes les questions : il
indiquait les progrès déjà accomplis, progrès évidents, et
signalait les propriétaires de notre département qui avaient
donné l’impulsion la plus vive à ces améliorations,
MM. Delaage de Meux, Verdier, de Potherat, Cournol, de
Tristan, etc., etc. 11 indiquait ensuite un système de culture
et d’assolement qu’il jugeait favorable au pays et de nature
à hâter sa régénération. Ce travail fut inséré dans les
Mémoires de notre Société ; des exemplaires tirés à part
furent répandus et mis en vente de manière à lui donner
une publicité utile.
Depuis ce moment, d’autres ouvrages importants furent
écrits sur la Sologne, où sont exposés avec plus de détails
sa topographie, ses limites, la configuration du sol, ses
éaractères géologiques, ses progrès plus récents, ses nou¬
velles ressources. Des circonstances particulières ont favo¬
risé le développement de sa culture. Un chemin de fer qui
la traverse du nord au sud, dans son. centre, a été créé ; la
science a découvert de puissants éléments de fertilisation
pour ses terres incultes ; le patronage du chef de l’Etat lui
est venu en aide ; un service spécial d’ingénieurs a été
institué pour étudier ses besoins, et d’importants travaux
exécutés sous leur habile direction ; un savant académicien
a reçu la mission d’examiner les aptitudes de son sol, etc.
11 était donc bien naturel que la Société académique d’Or¬
léans, désirât, après un quart de siècle, connaître l’état
actuel d’une contrée aux efforts d’amélioration de laquelle
elle s’est si longtemps et si ardemment associée.
Elle a donc repris son programme de 1839 et appelé de
nouveaux ‘concurrents à lui exposer les progrès accomplis
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— 309 —
depuis cette époque, et si la Sologne était enfin arrivée à
cet idéal de production qu’on pouvait raisonnablement lui
demander.
Pour bien répondre à ces questions il fallait connaître le
pays, ou au moins avoir consulté ceux qui le connaissaient,
avoir lu tous les ouvrages qui en traitaient, comparé les
différents systèmes mis en présence, avoir suivi les périodes
successives d’étude, de luttes, de progrès acquis, avoir enfin
constaté la cause des insuccès, aussi bien que celle des
efforts heureux.
Un seul mémoire nous a été envoyé : ce mémoire satis-
fait-il aux conditions du programme? Donne-t-il réponse
nette et catégorique aux trois questions que nous avions
posées? c’est ce que nous allons examiner.
Cette œuvre est le fruit d’un travail sérieux ; elle a
de l’étendue, elle renferme de nombreuses divisions, et est
ornée d’une carte de la Sologne : l’auteur paraît y avoir mis
tous ses soins et tout son savoir. Quel que soit donc le
résultat de notre examen, sachons-lui gré de son zèle, de
ses efforts et de son labeur.
11 a divisé son mémoire en cinq chapitres.
Dans les trois premiers il nous donne la topographie de
la contrée et nous fait un très-long détail de sa situation
géographique, de ses limites, de sa population, de ses
rivières et de tous leurs affluents. Peine bien superflue :
la Sologne n’est plus un pays inconnu ; tous ceux qui ont
écrit sur elle depuis soixante ans nous l’ont assez fait
connaître. Nous savons parfaitement aujourd’hui les routes
qui la traversent, les rivières qui l’arrosent, les pays qui la
limitent, les villes qui l’avoisinent, les engrais même qui la
fertilisent, et sur ce dernier point, ce n’est que sur le choix
et l’emploi qu’on peut différer ; ces notions préliminaires
n’exigaient pas un si grand développement. Ce luxe de
détails n’est même pas toujours exact.
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- 310 -
Pourquoi compter six rivières priocipales ? nous n’en
connaissons vraiment que trois : le Cosson, le Beuvron et la
Sauldre. L’Ardon et le Baranjon ne sont que des cours
d’eau secondaires, et le Loiret n’a jamais fait partie de
la Sologne.
Doit-on attribuer à la contrée le chemin de fer du Bour¬
bonnais, celui d’Orléans à Tours, et même celui du Centre
après Vierzon qui desservent les villes et pays limitrophes?
Mieux vaudrait comprendre celui d’Orléans à Paris qui
exporte tous ses produits.
Peut-on considérer comme faisant partie de la Sologne
le val de la Loire qui la limite ?
Ne nous étonnons plus si l’auteur porte à 600,000 hec¬
tares la contenance de la contrée, lorsque le relevé officiel
de MM. les Ingénieurs n’en accuse que 460,000.
M. Bourdon avait divisé la Sologne agricole en deux
parties seulement; celle qui a la marne et celle qui n’a
pas la marne : la Sologne du littoral et la Sologne centrale
ou Sologne proprement dite ; et son système de culture
variait dans l’application pour chacune d’elles.
Le chapitre des engrais et amendements n’est pas, il
nous semble, à sa place dans les paragraphes préliminaires ;
leur rôle entrait plus naturellement dans l’étude de la
deuxième question du programme, qui devait traiter des
effets d’amélioration qu’avait produits leur introduction
dans le pays.
En parlant des routes et voies de communication, l’auteur
trouve tout naturel qu’on n’ait pas fait plus tôt des chemins
dans un pays qui ne produisait rien. Notons que ce n’est
pas depuis qu’il produit qu’on a fait des routes, mais bien
depuis qu’on a fait des routes qu’il produit. Dès qu’on lui a
donné les moyens d’introduire les agents de production, la
production a suivi.
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- 311 -
Le chapitre des périodes agricoles emprunté à M. Royer
nous paraît un hors d’œuvre.
A toutes ces erreurs de détail, il faut ajouter quelques
assertions scientifiques que les habiles chimistes de notre
section n’ont pas manqué de relever.
A la page 19 de son travail, l’auteur prétend que les eaux
de la Sologne qui ne roulent pas sur des bancs marneux,
arrivent imprégnées d’acide muriatique : où auraient-elles
pris cet acide ? Il ne peut venir que des muriates (chlorures)
maintenus en dissolution, et il est douteux, dans l’espèce,
que les matières organiques réduisent les muriates et met¬
tent à nu leur acide.
Il assure, à la page 44, que l’emploi des phosphates
enrichit le sol de la chaux qui lui manquait. Ce n’est pas au
moyen de 5 hectolitres de noir animal ou de 500 kilogram¬
mes de phosphate minéral qu’un hectare de terre peut être
enrichi de chaux ; car ces 500 kilos de phosphate minéral ne
donnent à l’analyse en moyenne que 200 kilos de phos¬
phate de chaux ; et le phosphate de chaux ne renfermant
sur 100 parties que 54 de chaux, et 46 d’acide phosphorique,
les 200 kilos ne peuvent fournir au sol que 108 à 110 kilos
de chaux ; si nous ajoutons même que nos 500 kilos de
phosphate minéral apportent en outre en moyenne 60 kilo¬
grammes de carbonate de chaux représentant à peu près
33 kilos de chaux, nous aurions donc pour la totalité
du calcaire 140 à 150 kilogrammes de chaux par
hectare, quantité très-insuffisante et d’une bien courte
durée.
Ce n’est qu’à la page 83, c’est-à-dire aux deux tiers du
mémoire que l’auteur entre dans le programme par un
paragraphe intitulé : Il y a 25 ans. Dans ce paragraphe qui
n’a que deux pages, il donne la solution des trois questions
que nous avons posées : sur la Sologne à ce point de départ,
la Sologne de nos jours, et la Sologne de l’avenir.
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- 312 —
Voyons d’abord ce qu’était selon lui la Sologne il y a
25 ans.
« Un seul mot, dit-il, suffira pour la définir ;
« C’était l’agriculture pastorale dans toute sa misérable
origine, dans toute sa désolante primitivité.
« C’étaient les plaines en landes.
« C’étaient les cours d’eau à chaque pas, obstrués ou
barrés, et en étangs.
« C’étaient les vallées en marais fangeux.
« C’était l’air chargé de brouillards pestilentiels.
« C’était la chaumière du cultivateur, noire, enfumée,
basse, sans air et enfoncée dans le bourbier.
« C’était le pain noir dans la huche, et la boisson acide
dans le cellier.
« C’était le pays sans chemins.
« C’étaient les contingents sans hommes, et les culti¬
vateurs sans bras.
« C’était la fièvre et la misère partout. »
Ce tableau aussi sombre que concis est-il fidèle ? repré-
sente-t-il la Sologne de 1842, c’est-à-dire le résultat des
efforts faits depuis 1815 pour l’améliorer ? Où était l’auteur
alors? n’avait-il appris à connaître la contrée que parmi ses
détracteurs ? S’il avait lu le mémoire de M. Bourdon, et tous
les autres ouvrages publiés depuis, il aurait vu que d’habiles
pionniers avaient déjà frayé un chemin qu’on n’a fait qu’é¬
largir ; que la Sologne d’aujourd’hui retire ses principaux
bénéfices des travaux exécutés à cette époque ; que de nom¬
breux propriétaires cités par M. Bourdon avaient déjà, par
leurs travaux persévérants, changé l’aspect du pays : l’ou¬
blier ou le méconnaître serait de l’ingratitude. Non, ce n’est
pas la Sologne d’il y a 25 ans que nous dépeipt l’auteur,
c’est la Sologne d’il y a cent ans, alors que Arthur Young
s’écriait en la traversant, « Grand Dieu ! pardonnez-moi les
« jurements que je fais en voyant un pays si négligé! »
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— 313 —
Passons promptement à l’état actuel. « Depuis lors, dit
l’auteur, de grands progrès ont été accomplis : les landes
sont en grande partie défrichées; — les cours d’eau sont
curés et réorganisés ; — les vallées marécageuses changées
en prairies fauchables ; — l’agriculture pastorale devenue
forestière dans ses plus mauvaises parties, et élevée jus¬
qu’aux hauteurs des périodes fourragères et céréales ; — le
pays partout sillonné, traversé, entouré, desservi par un
triple réseau de chemins de fer, de canaux et de routes bien
entretenues; les plaines défrichées, défoncées, marnées,
engraissées et chargées de riches moissons non-seulement
de seigle, mais encore de froment ; les prairies artificielles
sur tous les domaines; les racines de consommation culti¬
vées, le sol assaini, les habitations sinon encore d’une
propreté suffisante, du moins plus habitables ; l’air respi-
rable; la nourriture améliorée; le pain plus blanc; l’usage
de la viande et du vin introduit dans les habitudes ; — les
côntingens au complet, et des bras vigoureux aux manche¬
rons de la charrue;—les fièvres atténuées et un commen¬
cement de bien-être sous le chaume : certes c’est là un
tableau qui nous réjouit. »
Nous voilà en bien peu de temps passés de la misère à
l’abondance, du siècle de fer à l’âge d’or; au point que la
3 me question de notre programme devient superflue ; car
que désirer de mieux pour un pays à livrer à la culture,
que d’y voir les plaines partout défrichées, défoncées, mar¬
nées, engraissées, et chargées de riches moissons de seigle et
de froment, et les prairies artificielles sur tous les domaines ?
On est donc tout surpris d’entendre l’auteur ajouter : « Ce¬
pendant il reste beaucoup à faire» Quoi donc? « Il reste à
persévérer, » soit : mais persévérer n’est plus progresser,
c’est maintenir. Des résultats aussi satisfaisants n’ont pu
être acquis que par de grands travaux préparatoires, des
assolements judicieux, les meilleurs procédés de culture,
t. xi. 21
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- 314 —
l’apport des calcaires et des engrais organiques et miné¬
raux, le dessèchement des mauvais étangs, le bon entretien
des chemins du domaine, le choix habile des terres à culti¬
ver, etc. ; il y a donc lieu de s’étonner qu’il recommande
comme nouveaux moyens d’amélioration ce qui sans doute
a déjà été fait. Au reste contentons-nous de son avis de per¬
sévérer, et la question de la Sologne sera bien avancée.
Cependant l’auteur veut appuyer par de nouveaux con¬
seils de persévérance et d’amélioration la régénération
de la contrée, et il y consacre un dernier chapitre qu’il inti¬
tule la Sologne de l'avenir.
11 revient sur les défrichements qui ne sont pas tous
opérés, sur les détails d’exécution et les résultats financiers
de l’entreprise pour les deux premières années, sur un sys¬
tème d’assolement où la pomme-de-terre joue un grand
rôle, sur la suppression complète des étangs, l’assainis¬
sement des habitations et la réforme des constructions
rurales.
Enfin, il termine son travail par un paragraphe très-im¬
portant sur la nécessité de restreindre la part des terres
appliquées à la culture.
Dans tous ces paragraphes, il môle à de fort bons avis cer¬
taines exagérations que nous ne pouvons laisser sub¬
sister.
Pour les défrichements qu’il décrit tels qu’on a l’habitude
de les pratiquer, il estime le revenu net de tous frais à
164 fr. par hectare la première année, et 284 la deuxième,
226 fr. en moyenne ; c’est un mirage plus flatteur que réel.
Les 25 hectolitres qu’il attend ne se trouvent pas toujours ;
la dépense est fixe et certaine, le revenu variable comme
tout ce qui dépend de l’atmosphère et d’un sol capricieux ;
25 hectolitres par hectare sont un produit exceptionnel et
non point normal, de même que sa récolte de colza de la
2 me année. Si l’auteur avait pratiqué ce qu’il met en
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théorie, il serait mieux initié aux déceptions dé l’agri¬
culture.
Il en est de même de ses assolements où la pomme-
de-terre doit faire la base des améliorations du sol, et des
distilleries et féculeries qu’il voudrait voir établir. Bien des
mécomptes ont frappé ceux qui s’y sont livrés avec l’ardeur
qu’il recommande ; quelques années où la maladie a fait
invasion sur le tubercule ont suffi pour faire crouler tout
cet échafaudage de profits entrevus. Le mieux en agricul¬
ture, de Sologne surtout, est de varier les récoltes de
manière à ce que ce qui nuit à l’une puisse profiter à l’autre.
Pour les étangs à défricher nous renverrons l’auteur à
un travail de M. de Saint-Maur, inséré dans le tome VIII
de nos Mémoires, 1” série.
A l’égard du paragraphe sur les constructions rurales,
nous l’inviterons à voir les fermes de Beauce pour les
abords du domaine, dans la mauvaise saison ; et quant à
l’état intérieur et extérieur des bâtiments, nous lui repro¬
cherons cette peinture exagérée en laid contre laquelle
nous nous sommes déjà élevés à son chapitre de la Sologne
il y a 25 ans.
Nous abordons enfin un dernier article fort important,
où l’auteur part d’un principe très-vrai, et que nous admet¬
tons comme tel, pour arriver à des applications que nous
repoussons complètement. C’est sur ce chapitre et sur ses
conséquences que repose l’avenir de la Sologne ; les trop
grandes étendues de culture sont à restreindre, la sagesse,
la raison et l’expérience le proclament.
L’auteur expose avec beaucoup de sens que dans un
pays où les capitaux sont rares et les domaines étendus,
une seule agriculture est possible, c’est celle qui, concen¬
trant ses forces sur le moindre espace de ses meilleures
terres, saura produire le plus à l’hectare, et par là faire
naître l’abondance ; ce qui est le seul moyen de diminuer
/
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le prix de revient de la chose produite. Rien de plus exact :
c’est la consécration de la maxime si juste de M. Lecou-
teux : plus on dépense par hectare, moins on dépense par
hectolitre. Jusqu’ici nous sommes donc parfaitement d’ac¬
cord. Mais que faire alors du surplus des terres?
L’auteur a bien entrevu la bonne solution, mais il ne s’y
est pas arrêté, ou il ne l’a pas bien comprise : nous en
avons la preuve par l’admiration que lui fait éprouver un
fait qu’il cite comme type d’une excellente administration.
Voici cet exemple : nous laisserons la parole à l’au¬
teur.
« Un de nos plus anciens et grands propriétaires avait un
fermier à qui, moyennant un fermage annuel de 1,000 fr.,
il abandonnait tout un domaine de 300 hectares environ.
Celui-ci ne pouvait évidemment travailler ni faire valoir
activement une si grande étendue ; aussi travaillait-il et
labourait-il peu. Son principal revenu consistait dans le
pacage des landes et la pêche des étangs.
« Le propriétaire était difficilement et irrégulièrement
payé.
« Mais celui-ci est un homme d’initiative et d’une haute
intelligence. Il profita de quelques constructions qui exis¬
taient sur un point assez éloigné du domaine principal, et
les appropria en les complétant par quelques constructions
nouvelles. Une ferme neuve fut créée. La moitié à peu près
des terres du premier domaine furent distraites de celui-ci,
et appliquées à celui-là. Un nouveau fermier entra.
« Des plaintes se produisirent à ce moment de la part
du fermier dépossédé, nous le soupçonnons fort, mais le
maître avait son idée... et cette idée en valait bien une
autre.
« Le fermage de 1,000 fr. par an fut maintenu à l’ancien
fermier, et la même redevance fut imposée à celui entrant.
Dès lors il fallut travailler : on se mit au travail : les landes
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furent défrichées, les terres cultivées, et les étangs assainis
et ensemencés.
« Chacun y trouva son compte.
« Le revenu du propriétaire fut doublé, et, circonstance
particulière, régulièrement payé. De plus chacun de ces
fermiers est aujourd’hui dans une belle situation de pros¬
périté et de fortune. Tous les deux sont lauréats de la
prime d’honneur qui leur a été donnée par le Comice
agricole de leur canton.
« La division du domaine, l’idée du propriétaire, l’obli¬
gation du travail et le travail lui-même ont fait ce prodige.
« Imitons cet exemple qui a produit des résultats écono¬
miques si satisfaisants. »
Un rapide examen nous fera voir la portée de cette
merveilleuse opération.
Voilà 300 hectares qui rapportent 1,000 francs, et dont le
revenu est porté au double, à 2,000 fr. Pour arriver à ce
résultat, le propriétaire approprie quelques vieux bâtiments
à la création d’une seconde métairie, et la complète par des
constructions nouvelles. Une ferme à construire ne peut
guère coûter moins de 15 à 18,000 francs. Mettons 10,000 fr.
seulement, puisqu'il profite de quelques bâtiments anciens.
C’est donc 500 fr. de revenu dont il se prive. Il lui reste
1,500 fr. de rente pour 300 hectares, c’est-à-dire 5 francs
de revenu par hectare, avec les bâtiments de deux domaines
à entretenir. En admettant même qu’il dépense moins, ou
même rien pour l’établissement de sa nouvelle ferme, son
revenu par hectare ne s’élèvera qu’à 6 fr. 65. Est-ce là
l’idéal des améliorations de la Sologne agricole comme il la
nomme, et le fruit rémunérateur de soixante années de
lutte contre le sol ?
N’y aurait-il pas un produit plus avantageux à retirer de
cette surface importante ?
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Supposons qu’au lieu d’établir deux domaines de 150 hec¬
tares, le propriétaire n’en ait gardé qu’un seul réduit à
100 hectares, formé de l’élite de ses terres, sur lesquelles
il portera toute son industrie culturale ; il lui restera la
disposition de 200 hectares, qu’il pourra consacrer succes¬
sivement à la sylviculture. Or, si l’auteur du Mémoire avait
consulté le remarquable rapport de M. Brongniart, il aurait
appris que d’après des renseignements les plus fidèles,
recueillis au sein du pays même, les bois, il y a dix-huit
ans, à une époque où ils n’avaient pas pris cette valeur
qu’ils ont acquise depuis, donnaient un revenu moyen de
20 fr. au moins par hectare. Laissons-leur ce modeste
prix de 20 fr. ; les 200 hectares réservés devront donc
rapporter 4,000 fr. ; le domaine restant facilement à
1,000 fr. (10 fr. l’hectare pour les terres d’élite), on aura
donc 5,000 fr. de revenu au lieu de 1,500 ou 2,000. Oppo¬
serez-vous des frais? Ils sont presque nuis, vous semez les
bois dans une dernière récolte, sur les terres arables;
avez-vous des bruyères à défricher ? Vous ne pouvez pas
non plus vous en prévaloir, quand vous nous établissez
précédemment un revenu net de 226 fr. par hectare pour
les deux premières années qui suivent le défrichement.
L’auteur, avec ses excellentes intentions, n’a donc pas
suffisamment étudié les ressources du pays qu’il veut régé¬
nérer ; il aurait dû voir que la Sologne agricole qui est son
type de perfection, ne doit être qu’un point de mire secon¬
daire, et n’embrasser, comme le démontre M. Brongniart,
que le tiers du territoire de la Sologne. Cette révélation
appuyée par l’autorité de ce savant, confirmée par l’expé -
rience, est, selon nous, le témoignage le plus sensible des
progrès que la Sologne a faits depuis* 25 ans. J’ai dit : un
témoignage justifié par les faits ; nous avons eu, certes,
un grand nombre de cultivateurs livrés exclusivement à la
culture proprement dite, auxquels ne manquaient ni
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— 319 —
l’intelligence, ni l’activité, ni les capitaux, ni la capacité
agricole ; M. Bourdon, dans son Mémoire, en cite plusieurs.
Combien pour quelques-uns qui ont réussi, n’avons-nous
point vu d’échecs, de chutes, de catastrophes 1 D’un autre
côté, qu’on nous cite un des propriétaires livrés à la sylvi¬
culture qui se soit ruiné : si un seul regret subsiste parmi
eux, c’est de ne pas s’y être livré plus tôt et plus complète¬
ment; de s’être trop vite arrêté dans une voie <}ui les mène¬
rait aujourd’hui à la fortune.
Le raisonnement le plus simple confirme ces idées : vous
êtes en possession d’un sol incomplet; sur les quatre élé¬
ments nécessaires à la culture proprement dite, vous avez
la silice et l'argile ; l'humus est dans bien des parties insuf¬
fisant et d’une faible couche ; le calcaire (je parle de la
Sologne centrale) vous manque complètement ; il vous faut
donc y pourvoir par des achats et apports coûteux d’amen¬
dements, d’engrais organiques et minéraux indispensables
pour une production fourragère et céréale. Il faut donc les
lui fournir souvent à grands frais, malgré les facilités que
nous offre l’Etat. Ces engrais ou amendements apportés,
il faut encore savoir les appliquer judicieusement, car la
marne, entre des mains inhabiles est parfois une arme
dangereuse, et nous en avons la preuve.
D’un autre côté, ce sol incomplet pour la culture propre¬
ment dite, se trouve suffisamment complet pour donner des
produits dont la France a également besoin ; n’est-ce pas
une indication naturelle de ce que nous avons à faire ?
Pourquoi combattre et violenter l’aptitude d’un sol? Pour¬
quoi lui refuser le produit qu’il demande et qu’il donne
quelquefois même spontanément? Et quand cette pro¬
duction acquise presque sans frais apporte à la contrée
la salubrité, l’assainissement, la fraîcheur en été, des abris
pour l’hiver, et une source de travail à la population pauvre,
pourquoi hésiter?
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— 320 —
Craint-on un encombrement et une production trop
grande ? Ils ne sont plus à redouter depuis que toutes les
terres fertiles qui environnent la contrée ont fait disparaître
leurs forêts, depuis que le val de Loire a rendu à la culture,
avec tant de raison, les terres d’alluvion qu’il avait jadis
plantées ; depuis que les pays limitrophes viennent aujour¬
d’hui demander leur chauffage à la Sologne; depuis que les
boulangeries de Paris et d’Orléans enlèvent à l’euvi ses
cotrets.
D’ailleurs, nous ne voulons pas convertir la Sologne en
un vaste et unique massif de bois ; nous voulons qu’elle pro¬
duise des grains suffisamment pour nourrir sa population
croissante, et même pour en exporter ; et le seul moyen,
comme le dit fort bien l’auteur, c’est de restreindre sa cul¬
ture et d’y apporter tous ses soins et son intelligence.
La Sologne a été autrefois fertile, nous dit-on ; elle don¬
nait d’abondantes moissons de seigle et de froment : quel¬
ques vestiges de culture dans des terrains encore aujour¬
d’hui en friche, l’ont fait supposer. Admettons-le ; mais
nous avons des monuments plus incontestables de son
ancienne production ; ce sont ces vieux chênes, nombreux
encore au commencement du siècle, sacrifiés depuis pour
la plupart à la spéculation. 11 nous en reste encore quelques
pieds, témoignages de sa richesse passée, gages de sa
richesse future, si l’on savait attendre. Mais le siècle est
pressé de jouir, et ne travaille plus pour la postérité : on
a donc associé au chêne les arbres verts qui répondent plus
promptement à ce besoin de jouissance. Cultivez donc avec
soin vos terres neuves, vos terres choisies, et les bois, pen¬
dant que vous les oubliez, se retrouveront toujours à point
pour couvrir vos mécomptes agricoles, et panser les bles¬
sures de vos insuccès.
La part ainsi faite, d’un côté à la sylviculture, de l’autre à
la culture proprement dite, les questions du programme res-
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- 321 -
tent encore dans leur intégrité. Nous nous sommes borné
à des critiques de détail, à relever quelques exagérations,
à discuter certaines méthodes. Au reste, nous n’imposons
en aucune manière nos opinions ; nous laissons à chacun
la liberté de les combattre, à charge d’en proposer de plus
avantageuses au pays. Le triage des terres n’est point une
indication nouvelle ; nous l’avions déjà exprimée : M. Bron-
gniart dans son excellent rapport y adhère complètement.
En l’admettant donc, vous avez d’une part, en Sologne,
150,000 hectares sur lesquels il y a à introduire les meil¬
leurs procédés pour obtenir des céréales, des prairies natu¬
relles et artificielles, des racines, des vignobles, etc., etc.;
d’autre part, 300,000 hectares pour lesquels vous nous
indiquerez les essences de bois les plus fructueuses, les
systèmes les plus favorables de plantation ou semis,
d’éclaircies, d’aménagement, d’exploitation.
Grâce au concours de l’Etat, la marne a été introduite
dans le cœur du pays; vous aurez à nous enseigner les
moyens les plus avantageux de l’employer ; quelles sont
les associations qui lui sont favorables, celles qui lui sont
contraires. Surtout vous aurez à nous apprendre pourquoi
et comment les terres marnées deviennent parce fait même
rebelles à la végétation des pins.
Il y a donc encore, malgré les progrès réels, beaucoup à
faire pour la Sologne.
C’est pourquoi nous proposons à la Société de remettre
le même programme au concours, en invitant les concur¬
rents à s’entourer de renseignements certains, à s’aider de
la connaissance des écrits publiés sur la contrée, à suivre
les phases de progrès accomplis successivement jusqu’à
nos jours.
Nous verrions même avec plaisir l’auteur du mémoire
qui nous a été envoyé, auquel, malgré le mérite de certains
passages de son œuvre, nous nous croyons obligés de
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refuser le prix, reprendre son travail, supprimer des lon¬
gueurs, mettre plus d’ordre dans son plan, réviser ses
méthodes, et nous donner occasion de le louer sans res¬
triction. Nous voudrions surtout que, plus juste envers ceux
qui ont travaillé à améliorer le pays depuis soixante ans, il
ne date point de la venue d'un seul propriétaire, quel
que soit son mérite, tout le bien opéré jusqu’ici dans la
Sologne.
»
Nous proposons d’ajouter au programme de l’année der¬
nière, la note suivante :
a Les concurrents s'aideront de la connaissance de tous les écrits
publiés sur la contrée, notamment depuis le mémoire de M. Bourdon
couronné par la Société en 1839. Ils suivront les progrès de l’agri¬
culture du pays à partir de cette époque et étudieront les améliora¬
tions opérées depuis la création du chemin de fer, l’introduction plus
générale des calcaires, et l’emploi des engrais phosphatés. Ils recher¬
cheront enfin quels sont le mode et la nature de produits les plus
capables de rendre à la Sologne l’assainissement et la prospérité. »
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— 323 -
PROCÈS-VERBAUX.
Séance du 29 novembre 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Après la lecture du procès-verbal de la précédente séance,
M. le Secrétaire général fait observer que le vote qui a eu lieu
dans cette séance pour la souscription de la Société à l’Expédi¬
tion au pôle Nord n’est pas régulier, attendu que cette souscrip¬
tion aurait dû avoir lieu dans une séance administrative, et que
ces sortes de séaiices doivent, conformément à l’article 19 du
réglement, être l’objet d’une convocation particulière.
La Société, faisant droit à cette observation, décide que le vote
dont il s’agit sera régularisé dans la prochaine séance qui aura
le caractère de séance administrative, et que le motif de cette
séance sera indiqué sur les cartes de convocation.
Le procès-verbal est ensuite adopté sans autre observation.
M. le Président donne communication des ouvrages ci-après
qui ont été adressés à la Société :
1° Rapport sur l’épidémie de choléra qui a régné à Constantine
en juillet, août et septembre 1867, par le docteur Reboulleau,
membre correspondant de la Société ;
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— 324 —
2° Comptes-rendus hebdomadaires des séances de l’Académie
des sciences, tome LXV, n 08 20 et 21 ;
3° Table alphabétique des matières contenues dans ces comptes-
rendus, janvier à juin 1867 ;
4° Bulletin de la Société des sciences naturelles de Neufchâtel,
tome VIT, 3 e cahier;
5° Des idées innées de la mémoire et de l'instinct, par M. Bou¬
cher de Perthes, membre correspondant de la Société, bro¬
chure in-8° ;
6° Exposition publique des produits de l'industrie. Le Prési¬
dent de la Société d’émulation aux ouvriers, par le même,
brochure in-8° ;
7° Tableau graphique des hauteurs d'eau de pluie tombée
dans le bassin de la Loire, pendant Vannée 1866 ;
8° Tableau graphique des hauteurs d’eau de la Loire et de ses
principaux affluents, pendant Vannée 1866.
Ces deux tableaux sont adressés par M. Collin, membre
titulaire, auquel la Société vote des remerciements.
M. Loiseleur donne lecture d’une lettre de M. Maunoir, Secré¬
taire-Trésorier du comité de patronage de l'Expédition au pôle-
Nord, lequel, au nom de ce comité, remercie la Société de l’ac¬
cueil bienveillant qu’elle a fait à son appel et-de la souscription
qu’elle a accordée.
M. Loiseleur donne ensuite lecture d’une lettre de M. le
Secrétaire de la Société impériale d’émulation d’Abbeville, lequel
réclame les n 08 4 et S du tome VII et les n 08 2 et 3 du tome VIII
des Mémoires de la Société, lesquels n’ont point, dit-il, été
envoyés à celle d’Abbeville.
M. le Bibliothécaire est autorisé à faire cet envoi après s’étre
assuré chez l’imprimeur de la Société si les numéros réclamés
existent.
A ce sujet, M. Perrot fait observer que la Société aurait intérêt
à devenir propriétaire de tous les volumes et numéros des mé-
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— 325 —
moires existant en magasin chez son éditeur, et, préliminai¬
rement, il demande qu’il soit fait un recensement de ces volumes
et numéros. Cette proposition sera examinée par le bureau.
Depuis la dernière séance, la section des Lettres et celle de
Médecine se sont seules réunies : celle des Lettres a entendu
un rapport de M. de Sainte-Marie, dont il va être donné lecture ;
celle de Médecine a pris connaissance du travail de M. Gillebert
Dbercourt, dont l’examen lui a été renvoyé, et a chargé M.Char-
pignon du soin d'en faire rapport à la Société.
M. de Sainte-Marie donne lecture de son rapport sur la tra¬
duction de Milton dont l’auteur est M. Dessiaux, membre corres¬
pondant de la Société.
La Société consultée décide que ce rapport prendra place dans
ses Mémoires.
M. Fribourg obtient ensuite la parole et communique, confor¬
mément à l’engagement qu’il en a pris antérieurement, une étude
sur la Télégraphie à l’exposition universelle de 1867.
La Société prononce le renvoi de cette étude à l’examen de la
section des Sciences.
La séance est levée à neuf heures et demie.
Séance du 6 décembre 1867.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Le procès-verbal de la précédente séance est lu et adopté
sans observations.
Depuis cette séance, la Société a reçu les ouvrages suivants :
1° Annales de VAcadémie de Mâcon , tome VI ;
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. — 326 -
2° Bulletin des travaux de la Société d'agriculture de la'Drôme,
2 e série, n° 23 ;
3° Comptes-rendus hebdomadaires de l’Académie des sciences ,
tome LXV, n # 22 ;
4° Bulletin de la Société d'encouragement pour Findustrie
nationale, tome XIV, 2 e série, n°* 172 à 177 ;
M. le Secrétaire général donne lecture d’une lettre de M. le
docteur Reboulleau, qui remercie la Société de l’avoir admis au
nombre de ses membres correspondants.
M. l'abbé Desnoyers fait hommage à la Société d’une brochure
dont il est l’auteur et qui a pour titre : Notice sur une urne
funéraire trouvée dans la commune de Saint-Jean-de-Braye.
La Société vote de suite des remerciements à If. l’abbé
Desnoyers.
Depuis la dernière séance, la section des Sciences et Arts s’est
seule réunie ; elle a entendu un rapport verbal de M. Sainjon
sur l’étude de M. Fribourg, dont communication a été donnée à
la Société dans la dernière séance et qui est intitulée : La
Télégraphie électrique à l'Exposition universelle.
La parole est de suite donnée à M. Sainjon, qui reproduit
devant la Société le rapport verbal dont il vient d’être question,
rapport qui conclut à l’insertion de l’étude de M. Fribourg dans
les Mémoires de la Société.
Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées.
M. Mignon obtient ensuite la parole et lit une étude ayant
pour titre : Quelques mots sur la prophylaxie de la rage.
Ce travail est renvoyé à l’examen de la section de Médecine.
La séance est convertie en séance administrative.
M. l’abbé Desnoyers, bibliothécaire, donne à la Société un
aperçu sommaire de l’étal de la bibliothèque et demande l’ouver¬
ture d'un crédit pour la reliure.
L’examen de cette demande est renvoyé à l’époque prochaine
oh il sera rendu compte à la Société de sa situation financière.
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— 327 —
Des remerciements sont votés à M. l’abbé Desnoyers pour son
travail et pour les soins qu’il donne au classement de la
bibliothèque.
La Société confirme et régularise ensuite la souscription volée
dans la séance du 15 novembre dernier en faveur de l’Expédi¬
tion au pôle Nord.
La séance est levée à neuf heures et demie.
Séance du 20 décembre 1867.
Présidence de M. db Sainte-Marie.
Le procès-verbal de la dernière séance ayant été lu et adopté,
M. le Secrétaire général fait connaître les ouvrages que la
Société a reçus depuis cette séance et dont suit la liste :
1° Revue des Sociétés savantes des départements , 4 e série,
tome VI, octobre 1867 ;
2° Archives de l’Agriculture du Nord de la France, publiées
par le Comice agricole de Lille, 15 e année, XVI* vol. n # 10,
octobre 1867 ;
3° L'exposition universelle, poème didactique, en quinze
chants, par Antoine Gaspard Bellin, un vol. in-8° ;
4° Bulletin n» 3, 1867, de la Société médicale de l’Aube ;
5° Bulletin de la Société protectrice des animaux, numéro de
septembre 1867 ;
6° Bulletin de la Société impériale et centrale d'agriculture de
France, 3* série, tome II, n° 11 ;
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— 328 —
7° Comptes-rendus hebdomadaires de l'Académie des sciences ,
tome LXV, n os 23 et 24 ;
8° N° 62 des Annales de la Société d’agriculture de Châ-
teauroux ;
9° Bulletins des travaux de la Société départementale d'agri¬
culture de la Drôme , 2 e série, n° 24 ;
10° Programme des prix et médailles à décerner par la Société
d’encouragement pour l’industrie nationale de 1868 à 1874;
11° Tome II des leçons élémentaires d’Agriculture publiées
par M. Masure, membre de la Société.
Des remerciements sont votés à M. Masure, à l’occasion du
don de ce volume dont l'examen est renvoyé à la section d’Agri¬
culture, déjà chargée d’examiuer le premier ;
12° Une brochure intitulée : Interprétation en résultats chiffrés
des dispositions principales du projet de loi sur une nouvelle
organisation de l'armée, par M. Gauldrée Boileau, de Paris.
Un membre propose le renvoi de cette brochure à la section
des Sciences et aussi à celle de Médecine, la question qu’elle
soulève intéressant l’accroissement de la population. Mais M. le
Président fait observer que le réglement interdit la discussion des
questions politiques, et que la brochure dont il s’agit paraît uni¬
quement relative à la loi sur le recrutement actuellement sou¬
mise à l’examen du Corps Législatif. En conséquence, la Société
décide le dépôt pur et simple de cette brochure au rang des
livres de la bibliothèque de la Société.
M. le Président donne lecture d’une lettre par laquelle
M. Fribourg, membre titulaire, fait connaître qu’il quitte
Orléans, pour se rendre à Montpellier, et exprime les regrets
qu’il éprouve d’étre contraint de se séparer de la Société.
M. le Président prononce à ce sujet les paroles suivantes :
« Deux mots, si vous le permettez, au sujet de la nomination
de MM. Collin et Fribourg, appelés par la confiance du Souve¬
rain, l’un à Paris, l’autre à Montpellier. Leur avancement mérité
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— 329 —
ne nous inspirerait qu’un sentiment de satisfaction, s’il ne s’y
mêlait de vifs regrets.
« Nos collègues se faisaient remarquer par leur assiduité à nos
séances, l’aménité de leur caractère, la sûreté de leurs relations,
leurs talents et les excellents travaux dont ils enrichissaient nos
annales.
« M. Fribourg nous quitte peut-être et malheureusement pour
toujours.
« Quant à M. Collin, si je suis bien renseigné et je crois l’être,
il se propose, quand l’heure de la retraite aura sonné, d’achever
sa carrière à Orléans. Sous ce rapport, du moins, l’amertume
de nos regrets est adoucie. »
La Société décide l'insertion de cette allocution au procès-
verbal.
Un membre annonce que M. Collin continuera très-proba¬
blement à résider une partie de l’année à Orléans où il conser¬
vera un pied-à-terre, et qu’ainsi la Société n’aura probablement
pas à se séparer de lui.
Depuis la dernière séance, la section de Médecine s’est seule
réunie. Elle a entendu un rapport dont communication va être
donnée à la Société et elle a chargé M. Bouglé du rapport à faire
sur le travail de M. Mignon relatif à la prophylaxie de la rage.
M. Mignon demande à ajouter une observation nouvelle à
celles qui sont contenues dans son mémoire. La note complé¬
mentaire dont il est donné lecture est renvoyée à la section de
Médecine.
M. Charpignon, au nom de cette section, donne lecture du
rapport qu’il a été chargé de faire sur le mémoire de M. le doc¬
teur Gillebert Dhercourt, relatif à un plan d’études simultanées
de nosologie et de météorologie. Les conclusions de son rapport
consistent à inviter l’auteur à compléter son travail de manière
à ce qu'il puisse être adopté par le ministère de l’Agriculture et
du Commerce.
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— 330 —
M. Rabourdin fait connaître les conclusions de la section qui
sont : le dépôt du mémoire aux archives et l’insertion du rapport
dans les Mémoires de la Société.
Ges conclusions sont mises aux voix et adoptées.
M. de Chaulnes obtient ensuite la parole. Il propose à la
Société de nommer une commission qui serait chargée d’exami¬
ner les brochures et mémoires qui sont adressés k la Société et
de lui donner une connaissance sommaire de ceux qui paraîtraient
le plus dignes de son attention.
La discussion s’engage sur cette proposition. On signale les
difficultés d’application qu’elle présente, eu égard surtout aux
matières très-variées dont la Société s’occupe, et, en consé¬
quence, elle n’est pas prise en considération.
La séance est levée à neuf heures et demie.
Séance du 3 janvier 1868.
Présidence de M. Sainte-Marie,
Après l’adoption du procès-verbal de la précédente séance,
M. le Président fait connaître les ouvrages adressés à la Société
depuis cette séance et dont suit l’énumération :
1° Bulletin de la Société protectrice des animaux , numéro
d’octobre 1867 ;
2° Mémoires de la Société linnéenne du Nord de la France ,
année 1866 ;
3° Mémoires d’agriculture , d’économie rurale et domestique ,
publiés par la Société impériale et centrale d’Agriculture de
France, année 1865 ;
4’ Programme des concours de cette Société, année 1866 ;
5° Comptes-rendus hebdomadaires de l’Académie des seiences ,
tome LXV, n ü 25 ;
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— 331 —
6° Une brochure intitulée : Société d'agriculture de la Nièvre,
concours général d’animaux gras ;
1° Un volume in-4°, ayant pour titre : Enquête agricole,
11 e circonscription ; Loiret, Aube, Marne, Yonne ; Paris, Impri¬
merie impériale.
M. le Président communique une lettre qu’il a reçue de M. de
Morogues par laquelle ce dernier, se fondant sur ses charges
nombreuses, donne sa démission des fonctions de trésorier de la
Société qu’il exerce depuis seize ans.
La Société décide que l’expression des regrets que lui inspire
la résolution de M. de Morogues sera consignée au procès-verbal
et lui vote des remerciements pour le zèle avec lequel il a pen¬
dant tant d’années exercé ses fonctions de trésorier.
M. Mignon demande ensuite la parole. Il exprime le regret
qu'il n’existe pas à Orléans une société protectrice des animaux.
Les mauvais traitements dont les animaux domestiques les plus
utiles sont souvent en butte dans nos rues et sur nos places
publiques, démontrent suffisamment de quelle utilité serait une
pareille institution, dont il appelle de tous ses vœux l’établis¬
sement.
Le même membre rappelle qu’un des membres de la Société,
M. Frot, a été récemment nommé chevalier de la Légion-d’Hon-
neur à l’occasion d’une découverte importante dont communi¬
cation a été donnée à la Société, qui l’a consignée dans ses
procès-verbaux. Il propose donc à l’assemblée de s’associer aux
félicitations qu'il adresse à son honorable et savant collègue.
La Société adopte avec empressement cette proposition et
décide que le procès-verbal mentionnera les félicitations qu’elle
est heureuse d’adresser à M. Frot.
Depuis la dernière séance, la section d’Àgficulture s’est seule
réunie. Elle a entendu le rapport de M. Perrot sur les leçons
d’agriculture de M. Masure et deux rapports supplémentaires
faits à des poims de vue particuliers sur cet ouvrage, l'un par
M. Saiojon, l’autre par M. Bardou. Lecture de ces rapports sera
faite dans une prochaine séance.
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— 332 —
M. Frot obtient ensuite la parole ; il demande la permission de
donner connaissance à la Société d’un mémoire qu’il a lu récem¬
ment devant la Société des ingénieurs civils. Ce mémoire dont
M. Frot fait immédiatement la lecture est relatif à la machine
motrice de son invention, dont il a entretenu la Société dans la
séance du 1 er février 1867, et qui a pour effet de réduire des
deux tiers au moins la dépense de combustibles exigée pour
l’entretien de la machine à vapeur, en remplaçant l’eau ordinaire
de la chaudière par une dissolution concentrée d’ammoniac.
M. le Président adresse des remerciements à M. Frot pour
cette communication et regrette que cette notice, ayant déjà été
lu à un autre corps savant, ne puisse, par cette raison, trouver
place dans les Mémoires de la Société.
La séance est convertie en séance administrative.
Conformément à l’article 10 de son réglement, la Société
arrête le nombre des places vacantes dans son sein auxquelles
il sera pourvu dans la seconde séance de février, et qui sont au
nombre de deux dans la section des Sciences et Arts, et d’une
seule dans la section des Lettres.
La Société décide que, dans la même séance, elle nommera un
vice-président et un trésorier, en remplacement de M. Lemoll-
Phalary, décédé, et de M. de Morogues, démissionnaire.
La parole est ensuite à M. de Morogues, pour la reddition de
ses comptes comme secrétaire de la Société.
Il résulte de son exposé qu’au 31 décembre dernier, il restait
en caisse sur les fonds provenant de M. de Morogues, une
somme de 442 fr. 99 c.
Qu’en ce qui concerne les fonds alloués par le département,
les dépenses ont excédé les recettes de. 101 fr. 15 c.
Sur quoi il y a lieu de déduire le boni en caisse
qui était de. 5 30
En sorte qu’il y a lieu de pourvoir à un excé¬
dant de dépenses de. 95f.85c.
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— 333 —
Pour le combler, la Société décide qu'une cotisation supplé¬
mentaire de 5 fr. sera perçue de'chacun de ses membres
en 1868.
Compte de la Caisse des jetons d’argent et de bronze.
Le reliquat de l’exercice 1866 et l’encaisse de l’exercice 1867,
après dépenses payées, laissait disponible. . . 532 fr. 25 c.
Il y a de plus en caisse 53 jetons d’argent.
Il y a aussi en caisse 201 jetons de bronze qui, joints à
299 jetons de même nature, actuellement en circulation, for¬
ment le total de 500 jetons de bronze appartenant à la Société.
Quant aux cartes de présence aux séances, caries dont l’usage
est remplacé par celui des jetons de bronze, il n’en était rentré
le jour de la reddition des comptes de 1866 que 21 de la nuance
bleue, menacée de déchéance.
Dans le cours de l’exercice dernier, sur 222 cartes de nuance
rose distribuée, il n’en est rentré que 212 : Les dix restant à
rentrer n’ayant pas été présentées dans le courant de la présente
séance, sont frappées de déchéance.
Les cartes distribuées pour cause de présence aux assemblées
de sections, n’ayant pas été échangées avant la reddition des
comptes de 1867, figureront au compte de l’exercice de 1868.
Enfin, la caisse de la Société possède quatre médailles d’or
destinées à récompenser les lauréats de? concours.
Pour faire face aux dépenses de la caisse des jetons d’argent,
la Société vote une cotisation de quinze francs à percevoir, en
1868, de chaque membre titulaire.
Les comptes de M. le trésorier sont ensuite approuvés dans
leur ensemble et la séance est levée à 10 heures.
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- 334 -
Séance du il janvier 1868.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Après la lecture du procès-verbal de la dernière séance,
MM. de Tristan et Sainjon prennent successivement la parole à
l’occasion du passage de ce procès-verbal relatif à la lecture faite
par M. Frot d’un mémoire dont la communication avait été donnée
précédemment à la Société des Ingénieurs civils et qui doit être
publié par cette société. Ces deux membres soutiennent, contrai¬
rement à l’opinion mentionnée au procès-verbal, que le réglement
ne s’oppose pas à ce que les mémoires lus devant un autre corps
savant soient publiés dans les Mémoires de la Société.
M. le Président répond que l’opinion qu’il a émise dans la
séance précédente et qui est mentionnée au procès-verbal s’ap¬
puie sur l’article 29 du réglement : v Tout auteur d'un Mémoire
déclare, avant lecture, que celui-ci n'a pas été communiqué
ailleurs. »
M. Sainjon objecte que cet article n’est pas comminatoire et
ne fait pas obstacle au droit de la Société de publier des travaux
déjà accueillis par un autre corps savant.
Le procès-verbal est ensuite adopté sans autre observation.
Depuis la dernière séance la Société a reçu les ouvrages
suivants :
4° L'Expédition du pôle Nord, par M. Gustave Lambert,
extrait du Bulletin de la Société de géographie ;
2° Compte-rendu des séances générales de la Société de
Thérapeutique expérimentale de France, 4867, n° t ' r ;
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- 335 —
3° Mémoires de la Société des antiquaires de Normandie ,
3* série, 6 e volume, 26* de la collection, première partie, in-4°.
M. le Secrétaire général fait connaître qu’il a reçu deux mé¬
moires sur les sujets mis au concours par la Société pour 1867,
l’un relatif à l’agriculture, a pour titre : La Sologne; l’autre
relatif à l’histoire est intitulé : Notice sur l'ancien prieuré de
Flottin.
Le premier de ces Mémoires est renvoyé à l’examen de la
section d’égriculture, et le second à l’examen de la section des
Lettres.
La séance est ensuite convertie en séance administrative.
M. Loiseleur, au nom du Bureau, donne lecture du projet de
traité à faire entre la Société et MM. Puget et compagnie pour
l’impression des Mémoires de la Société pendant cinq ans.
Ce projet est approuvé sous diverses modifications qui y
sont introduites par les soins du Bureau.
La Société autorise ensuite le Bureau à traiter aux meilleures
-conditions qu’il avisera avec MM. Puget et compagnie pour l’ac¬
quisition des volumes et numéros contenant les travaux publiés
par la Société depuis 1837, et en tenant compte des droits que
l(f. le Secrétaire général signale et que la Société aurait sur un
certain nombre de ces volumes.
M. le Président donne ensuite lecture de lettres à lui adressées
par M. Gojard, ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, et par
M. le baron de la Touanne, lesquels déclarent se porter candi-
didats aux places vacantes dans la section des Sciences, et
auxquelles il sera pourvu dans la seconde séance de février.
Séance du 7 février 1868.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Après la lecture et l’adoption du procès-verbal il est donné
communication des ouvrages suivants, adressés à la Société
depuis sa dernière séance :
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— 336 -
4° bulletin de la Société protectrice des animaux , n° de novem¬
bre 4867 ;
2° Bulletin des travaux de la Société d'Agriculture de la
Drôme ;
3° L'Econome praticien, journat delà Société d’AgricuIture de
l’arrondissement de Gompiègne, n°* 57 et 58 ;
4° Revue des Sociétés savantes des départements, tome VI,
novembre 4867;
5° Bulletin n° 44 du Comice agricole de l'arrondissement
d'Orléans ;
6° Une brochure sur l’Enseignement agricole publiée par la
Société d’AgricuIture de Compiègne.
M. le Président donne lecture d’une lettre de M. Gustave
Bossange, libraire à Paris, correspondant de la Société
Smithsonnienne, qui prie qu’on lui donne l’adresse du corres¬
pondant de la Société des Sciences et Arts d’Orléans à Paris ; ou
qu’on lui indique par quelle voie il pourra faire parvenir à
Orléans les envois qu’il est chargé de transmettre à la Société.
M. le Président donne lecture d’une lettre par laquelle
M. Ludovic de Vauzelles, conseiller à la Cour impériale d’Or¬
léans, déclare se porter candidat à la place vacante dans la
section des Lettres, et envoie à l’appui de sa candidature un
drame en prose dont il est l’auteur et qui a pour titre : Marc de
Vintimille ou les Chevaliers de Rhodes.
Communication est encore donnée d’uné lettre de M. Jarry-
Lemaire, d’Orléans, qui se porte candidat à l’une des places
vacantes dans la section des Arts, et énumère les diverses
Sociétés archéologiques dont il est membre.
Un membre fait remarquer que d’après la notoriété publique
et les termes même de sa lettre, M. Jarry s’occupe exclusive¬
ment d’archéologie et de numismatique, et qu’ainsi c’est dans
la section des Lettres et non dans la section des Sciences et Arts
qu’il aurait dû poser sa candidature.
M. le Secrétaire général répond que M. Jarry s’est déjà pré-
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— 337 —
senté il y a plusieurs années dans la section des Arts ; mais qu’à
cette époque on était sous l’empire de l’ancien réglement, qui
classait la numismatique dans la section des Arts et que M. Jarry
ignoré probablement le nouveau, qui a rangé cette science dans
la section des Lettres.
Après diverses observations présentées par MM. Sainjon et
Loiseleur, M. de Buzonnière obtient la parole. Il fait remarquer
que les termes de la lettre de M. Jarry sont trop formels pour
qu’on puisse poser sa candidature dans une section autre que
celle qu’il a lui-même choisie et qu’on s’exposerait par là à des
reproches de sa part si sa candidature échouait dans la section
des Lettres.
M. le Président prend ensuite la parole et fait observer qu’il
n’y a pas lieu de s’occuper de ce qui a eu lieu précédemment
relativement à M. Jarry, et qu’il convient de s’en tenir unique¬
ment à la lettre qu’il présente ; que, dans cette lettre, M. Jarry
était libre de faire valoir tel ou tel titre à l’appui de sa candi¬
dature ; mais qu’en définitive, il ne s’est pas borné à demander
à faire partie de la Société, et qu’il a positivement indiqué la
section à laquelle il entendait être attaché.
On met aux voix la question de savoir si l’on s'en tiendra aux
termes de la lettre du postulant, et la majorité l’ayant ainsi
décidée, sa candidature est maintenue dans la section des
Sciences et Arts.
La Société forme ensuite, conformément à l’art. 10 de son
réglement, la liste des candidats aux places vacantes, et l’on com¬
mence par les candidats aux places vacantes dans la section des
Sciences et Arts.
M. de la Touanne obtient 31 voix; M. Gojard 29, et
M. Jarry 10.
En conséquence de ce vote, les noms de MM. de la Touanne et
Gojard seront seuls compris dans la liste de présentation que la
section des Sciences et Arts fera dans la prochaine séance.
On procède ensuite au vote sur la candidature de M. de
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- 338 —
Vauzelles à la place vacante dans la section des Lettres. Il
obtient 31 voix.
Depuis la dernière séance, la section d’Agriculture s’est seule
réunie. Elle a nommé M. Baguenault pour rapporteur du
Mémoire relatif à la Sologne, envoyé pour le concours ouvert
par la Société.
L'ordre du jour appelle ensuite la lecture du rapport demandé
à la section d’Agriculture sur le premier volume de l’ouvrage de
M. Masure intitulé : Leçons élémentaires d’Agriculture.
M. Baguenault, président de cette section, rappelle qu’elle s’est
adjoint deux membres de la section des Sciences : MM. Bardou et
Sainjon, qu’elle a spécialement priés d’examiner le chapitre VIII
du livre II, qui a pour titre : Conservation au sein des terres
arables de produits de la décomposition des matières organiques,
et qu’un de ses membres, M. Perrot s’est chargé de l’examen du
reste de l’ouvrage. Il fait connaître que la section d’Agriculture
a adopté les conclusions des trois rapports de MM. Perrot,
Bardou et Sainjon, et en demande l’impression.
Ces rapports sont successivement entendus.
M. Perrot passe en revue le livre I er où l’auteur traite les ques¬
tions générales de physiologie végétale et de l’alimentation des
plantes. M. Perrot présente en passant quelques observations sur
le rôle des racines et des feuilles, et sur l’usage du semoir.
Il rend compte ensuite de la partie du livre II où M. Masure
traite des engrais et de leurs phases successives de décomposi¬
tion dans le sein de la terre, et termine son rapport en adres¬
sant des éloges à l’auteur sur l’utilité pratique de son ouvrage.
M. Bardou combat la thèse développée par M. Masure, dans le
chapitre VIII du livre II, où il dit, contrairement à l’opinion émise
par M. de Gasparin, que les sables et graviers siliceux des terres
arables ont, comme l’argile, la propriété d’emmagasiner les
produits de la décomposition des engrais et qu’ils les condensent
à leur surface. L’adhérence de ces matières organiques à la
surface des grains est telle, dit l’auteur, qu’elle résiste à l’action
de lavages multipliés à l’eau ordinaire et même à l’eau acidulée.
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M. Bardou a examiné au microscope et soumis à des expériences
de polarisation des sables provenant de terres arables préalable¬
ment desséchées dans une étuve qu'il a construite exprès. Il n’a
pas trouvé de traces de matières organiques à la surface de ces
sables qui sont composés de fragments de quartz, de feldspath,
dérochés volcaniques et de silex hydratés. En les soumettant à
des analyses de géognosie, il les a vu prendre, dans les moments
de la calcination, une teinte noire qui disparaît ensuite et à
laquelle M. Masure attache une grande importance. L’analyse lui
a montré que cette coloration fugitive est due à l’hydrate d’oxide
de fer et non, comme le croit M. Masure, à la présence de
matières organiques. Les silex hydratés ont, pendant la calcina¬
tion, perdu leur eau de constitution qui est venue se condenser en
gouttelettes sur les parois des tubes de verre dans lesquels
M. Bardou a opéré. M, Bardou conclut à l’absence de toute
matière organique adhérente à la surface des grains des sables
de terres arables qu’il a examinés. ,
M. Sainjon combat également la thèse soutenue par M. Masure.
Il expose qu’il résulte de nombreuses expériences qu’il a faites
avec son collègue M. Gaucheron :
Que la perte de poids subie, à la suite d’une calcination au
rouge, par les sables siliceux des terres arables préalablement
lavées et desséchées, n’est pas l’indice de la présence de matières
organiques adhérentes avant la calcination à la surface des
grains, mais est uniquement due à la vaporisation de l’eau de
constitution de ces sables ;
Qu’elle est variable suivant la proportion plus ou moins grande
de silex hydraté qui s’y trouve contenu ;
Et qu’on obtient des résultats tout-à-fait semblables en calci¬
nant des sables de même composition, mais pris dans des car¬
rières où ils n’ont cependant jamais pu être en contact avec des
matières organiques. ■ s
Quant à la teinte noire que prennent les sables des terres
arables dans les premiers instants de la calcination, elle se pro¬
duit également avec des sables de carrières, avec le sable de
Loire, avec des fragments pris dans le cœur d’un silex pyroma-
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— 340
que. Cette coloration, qa’on obtient toujours quand on com¬
mence à chauffer de la rouille, est due à l’hydrate d’oxyde de fer
qui colore les sables dans leur état naturel et non à la présence
de matières organiques. Dans leurs expériences sur les sables,
MM. Sainjon et Gaucheron n’ont jamais constaté à la balance de
précision que des pertes de poids variant de r ^- o à -|- o . Si
M. Masure a trouvé une perte moyenne de ^ il est à craindre
qu’il n’ait pas complètement enlevé par la lévigation toutes les
matières organiques mélangées aux sables sur lesquels il a opéré.
Cela, au moins, est certain pour cinq de ces expériences et
résulte des explications mêmes qu’il donne aux pages 318 et 319
de son livre.
M. le Président met aux voix l’impression du rapport dont
lecture vient d’être donnée.
Avant le vote, M. Masure demande que la décision de la
Société soit ajournée jusqu’à ce qu’il ait pu expérimenter sur le
même sujet.
M. Mignon fait observer qu’on ne peut remettre à une époque
plus ou moins éloignée la décision de la Société, attendu que les
membres qui assistent à la séance pourront alors ne pas être
présents et qu’on appellerait par contre à voter des collègues
qui, absents aujourd’hui, n’auraient pas entendu les rapports
dont lecture vient d’être donnée.
MM. Machart et de Tristan demandent que l’impression des
rapports soit ajournée jusqu'à ce que M. Masure ait présenté les
nouvelles expériences dont il a parlé.
M. le Président répond que cet ajournement serait contraire
au réglement.
Il est procédé au vote par scrutin secret. Trente membres y
prennent part et leurs bulletins se répartissent de la manière
suivante :
19 pour l’impression ,
2 pour l’ajournement de l’impression ;
9 pour la non-impression.
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— 341 -
M. Rabourdin et quelques autres membres disent qu’il y a
malentendu ; ils demandent que les bulletins d’ajournement
soient interprétés dans un but favorable à l’impression, l’inten¬
tion évidente des auteurs de ces bulletins n’ayant pas été de
refuser l’impression, mais seulement d’en reculer la date, et le
réglement ne s’étant d’ailleurs posé qu’en face de deux hypo¬
thèses : celles d’impression immédiate ou de dépôt aux archives,
et n’ayant pas prévu le cas où les voix se partageraient sur
l’époque de l’impression.
M. le Président réplique par l’article 30 du réglement et pro¬
nonce que l’impression des rapports n’étant pas explicitement
demandée, comme le veut cet article, par les deux tiers des
membres présents, celte impression est rejetée.
Séance du 21 février 1868.
Présidence de H. de Sainte-Marie.
Après la lecture du procès-verbal de la dernière séance,
M. Frémont demande la parole pour exprimer son opinion sur la
manière dont a été interprété le vote qui a terminé cette séance
et qui devait décider de l’impression des trois rapports faits sur
les Leçons élémentaires d'Agriculture de M. Masure. Il soutient
que les deux bulletins qui demandaient l’impression ajournée
devaient être comptés au nombre de ceux qui se prononçaient
pour l’impression, et que, réunis à ces derniers, ils constituaient
le nombre de vingt exigé par le réglement.
M. Sainjon pense que, sur cette question de l'impression des
rapports, il n’y a pas chose jugée, mais seulement une interpré¬
tation de M. le Président.
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La Société seule doit être appelée à vider la question et il y a
lieu de la consulter.
M. Loiseleur pense que la question a été très bien posée par
M. Rabourdin à la fin de la dernière séance. Le réglement ne
s'est placé qu’en face de deux hypothèses : celles de dépôt aux
archives ou d’impression ; il n’a pas prévu le cas où les voix se
diviseraient sur l’époque de l’impression : or, dix-neuf voix
demandaient l’impression immédiate et deux l’impression à une
époque postérieure. Ces voix s’accordaient sur le fait même de la
publicité et ne différaient que sur le moment où elle serait faite.
Il y a donc lieu de décider, tant pour le cas présent que pour
l’avenir, ce qui doit avoir lieu quand les voix exigées pour l’im¬
pression se divisent sur la question de savoir à quelle époque
elle sera faite.
M. Frot appuie cette opinion. Si on avait fait la contre-
épreuve, dit-il, on aurait trouvé neuf bulletins demandant le
dépôt aux archives et portant le mol oui, contre vingt-un portant
le mol non et décidant par conséquent l’impression.
M. Baguenault appuie également l’opinion de M. Loiseleur. Il
soutient que 21 voix sont acquises à l’impression : il s’agit d’ail¬
leurs, dans l’espèce, d’un livre imprimé où des modifications ne
sont plus possibles, dès lors on ne comprendrait pas que les deux
membres qui ont voté pour l’ajournement de l’impression aient
eu en vue autre chose que des modifications de détails apportées
dans les rapports et qui n’étaient pas de nature à leur en faire
rejeter l’impression.
M. deBuzonnière combat la doctrine émise par les préopinants.
Il soutient que l’article 30 du réglement est trop clairet trop
précis pour avoir besoin d’interprétation et que les deux tiers des
voix qu’il exige pour l’impression n’ayant pas été réunis, cette
impression a été très-légitimement déclarée rejetée. Suivant lui,
un vote d’ajournement ne peut pas être regardé comme un vote
décidant l’impression ; c’est tout le contraire qu’il exprime.
M. l’abbé Desnoyers parle dans le même sens.
M. de Tristan déclare qu’il est un des deux membres qui ont
voté pour l’ajournement de l’impression et ajoute que, dans sa
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pensée, son vote n’avait pas pour but de l'empêcher, mais seu¬
lement de fournir à l’auteur de l’ouvrage les moyens et le temps
nécessaires de se rectifier, s’il y avait lieu.
M. Frémont prend acte de cette déclaration et en conclut que
sa manière de voir est parfaitement fondée.
M. le Président résume le débat : il s’agit uniquement de
savoir si la décision qui a terminé la dernière séance est ou n’est
pas définitive. M. Frémont n’a pas attaqué la question prin¬
cipale qui est la question d’interprétation ; or, on n’interprète que
ce qui est obscur, et le réglement est parfaitement clair. Il exige
les deux tiers des voix pour l’impression et c’est d’impression
immédiate qu’il entend parler et non d’impression à une époque
indéterminée, laquelle, étant soumise à une décision future et
inconnue, équivaut pour le moment à un refus d’impression.
Sur la proposition de M. le Secrétaire général, l’ordre du jour
est mis aux voix. L’épreuve semble douteuse et est recommencée:
15 voix se prononcent pour l’interprétation du vote de la der¬
nière séance et 16 pour l’ordre du jour : plusieurs membres
s’abstiennent de voter. Sur la demande deM. Mignon et au sujet
de quelques réclamations qui se produisent, le Bureau délibère
et décide que l’ordre du jour a été adopté par la majorité des
membres qui ont pris part au vote. En conséquence, les rapports
lus dans la dernière séance ne seront pas imprimés.
M. Sainjon, l’un des rapporteurs, demande alors à user du
droit que lui accorde l’art. 31 du réglement et a retirer son
travail pour en disposer à sa volonté. Ce droit lui est reconnu par
la Société.
M. Mignon demande que cette décision soit consignée au pro¬
cès-verbal, afin de faire loi pour l’avenir, l’article 31 ayant parlé
des travaux lus à la Société et non des rapports faits sur les
travaux.
Le procès-verbal est ensuite adopté.
Depuis la dernière séance, la Société a reçu les ouvrages
suivants :
1° Une brochure intitulée : Actes de la Société d'Etnographie ;
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2° Annales de la Société d'Agriculture, Sciences , Arts et Belles-
Lettres d’Indre-et-Loire, n os 9 et 10, octobre, novembre et décem¬
bre 1867 ;
3° Recueil des publications de la Société Hdvraise d'études
diverses , 1 vol, in-8°, 1866 ;
4° Le Bulletin de la Société d'Agriculture, Sciences et Arts de
la Sarthe, seconde série, tome XI, quatre numéros.
M. le Président communique une lettre à lui transmise par
M. le Préfet du Loiret, et dans laquelle M. le Ministre de l’Agri¬
culture et des Travaux publics demande des renseignements sur
la date de la fondation de la Société des Sciences et Arts d’Or¬
léans, le nombre des membres qui la composent, le chiffre de la
cotisation personnelle et les ressources de la Société.
M. le Président donne lecture de la réponse qu’il a faite à
cette lettre.
Il donne ensuite communication d’une lettre de M. le Ministre
de l'Instruction publique, qui annonce que le 18 avril prochain
aura lieu à la Sorbonne la distribution annuelle des récompenses
décernées aux membres des Sociétés savantes des départements
et qu’elle sera précédée de trois jours de lectures publiques
auxquelles les membres de la Société sont conviés a prendre part.
Des cartes pour transport par le chemin de fer à prix réduit
seront mises à la disposition des membres qui voudraient assister
à ces séances.
M. Bagueuault dépose sur le bureau le Mémoire envoyé pour
prendre part au concours ouvert par la Société et relatif h la
Sologne. Ce Mémoire restera pendant quinze jours à la disposi¬
tion de ceux des membres qui voudraient en prendre connais¬
sance.
Depuis la dernière séance, la section des Sciences et Arts s’est
réunie ainsi que celle de Médecine : la première a nommé
M. Daudier son secrétaire, en remplacement de M. Fribourg ; la
seconde a entendu le rapport de M. Vallet sur l’étude de
M. Mignon relative à la Prophylaxie de la rage , rapport primiti¬
vement confié à M. Bouglé.
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— 345 -
M. Nouel demande la parole pour faire une lecture ; mais,
attendu l’heure avancée, cette lecture est remise à la prochaine
séance, et l’on procède de suite aux élections en séance admi¬
nistrative.
Op commence par l’élection d’un Vice-Président, au lieu et
place de M. Lemolt Phalary, décédé. M. Baguenault de Viéville
obtient 27 voix, M. de Buzonnière cinq, M. Loiseleur deux.
M. Baguenault est, en conséquence, proclamé Vice-Président de
la Société.
On procède ensuite à l’élection d’un Trésorier en remplace¬
ment de M. de Morogues, démissionnaire. Les voix se répar¬
tissent ainsi qu’il suit : M. Nouël dix-neuf, M. Bardou quatorze,
M. de Buzonnière deux. Aucun membre n’ayant obtenu la
majorité exigée par le réglement, il est procédé à un second
tour de scrutin qui donne 25 voix à M. Nouël et 12 à M. Bardou.
Le premier est, par suite, proclamé Trésorier de la Société.
On passe alors aux élections pour les places vacantes dans la
section des Lettres et dans celle des Sciences et Arts, et l’on
commence par celle des Lettres, après que le Président de cette
section a eu déclaré qu’elle proposait la candidature de M. Ludo¬
vic de Vauzelles. Il est trouvé dans l’urne 37 bulletins au nom
de ce dernier et un bulletin blanc. En conséquence M. le Prési¬
dent déclare que M. de Vauzelles devient membre de la Société.
M. le Président de la section des Sciences et Arts déclare
ensuite que cette section présente, comme candidats aux deux
places vacantes dans son sein, M. Gojard et M. le baron de la
Touanne.
Il est procédé aux élections de ces deux candidats par deux
scrutins successifs. Par le premier, M. Gojard ayant obtenu 33
voix est proclamé membre de la Société; par le second, M. de
la Touanne obtient 34 voix et est également déclaré membre de
la Société.
t. xi.
23
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- 346 —
Séance du 6 mars 1868.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Le procès-verbal de la dernière séance est lu et adopté sans
observations.
Depuis cette séance, la Société a reçu les ouvrages suivants :
1° Bulletin des séances de la Société impériale et centrale d’agri¬
culture de France, compte-rendu mensuel, rédigé par M. Payen,
n°* 1 et 2 du tome III, 3” série ;
2° Le ver à soie du chêne à l’Exposition universelle de 1867,
parM. Camille Personnat, brochure in-8°;
3° Le tome IX, 1867, des Mémoires de l'Académie des Sciences,
Belles-Lettres et Arts de Clermont-Ferrand ;
4" Le cri des riverains de la Loire, brochure de M. de Monvel,
offerte par l’auteur ;
Des remerciements sont votés à ce dernier.
5° Deux volumes grand in-8 1 ' publiés par la Commission du
bureau des brevets d’invention des Etats-Unis, 1863, section
des arts et manufactures ;
6° Deux volumes de la même Commission, 1864, même
section ;
7° Les n 05 178,179 et 180 du Bulletin de la Société d’encou¬
ragement pour Vindustrie nationale, 2° série.
M. le Président communique une lettre adressée par M. Mul-
sant, secrétaire archiviste de la Société d'agriculture, d’histoire
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— 347 —
naturelle et des arts utiles de Lyon à M. Masure, membre de la
Société, qui l’a transmise àM. le Président. Par cette lettre
M. Mulsant réclame tous les volumes de la seconde série des Mé¬
moires de la Société d’Orléans, sauf les n os 1, 2 et 3 du tome X,
qui lui sont parvenus, et offre en échange une collection aussi
complète que possible des deux dernières séries des Annales
de la Société Lyonnaise.
Sur les explications fournies à ce sujet par M. le Secrétaire
général, qui pense que M. Mulsant fait erreur et que la Société
dont il est le secrétaire est depuis longtemps en rapport avec
celle d’Orléans, la lettre est renvoyée à M. le Bibliothécaire qui
s’entendra avec M. Mulsant au sujet de sa demande.
M. le Président communique encore une lettre de MM. Gojard,
de la Touanne et de Vauzelles, membres nouveaux admis dans la
dernière séance, qui adressent leurs remerciements à la Société
et s'engagent à participer h ses travaux.
Enfin, M. le Président donne lecture d’une lettre, à lui adres¬
sée parM. Boucher deMoIandon, Président de la Société Archéo¬
logique de l'Orléanais, en réponse à une allégation contenue dans
la lettre par laquelle M. Jarry-Lemaire, dans la séance du 7
février dernier, a posé sa candidature à l’une des places alors va¬
cantes dans la section des Sciences et Arts.
A cette lettre est jointe la copie de quatre procès-verbaux des
' délibérations de la Société Archéologique de l'Orléanais, prises en
mai 1855, relativement h des faits intéressant cette Société et
auxquels M. Jarry était mêlé.
La Société ordonne le dépôt au rang de ses archives de ces
documents et de la lettre de M. Boucher de Molandon.
Depuis.la dernière séance, la section d’Agriculture s’est réunie
et a entendu un rapport de M. Baguenault de Viéville sur le
Mémoire relatif à la Sologne, envoyé pour le concours ouvert
par la Société.
La section des Lettres s’est aussi réunie et a entendu un rap¬
port de M. l’abbé Desnoyers, sur le mémoire de M. Bimbenet
relatif au sens du mot Genabum.
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— 348 —
La même section a confié à M. de Monvel, l'un de ses membres,
le soin de faire un rapport sur le mémoire relatif au Prieuré de
Flottin qui a été envoyé pour le concours ouvert parla Société.
M. Masure demande à la Société de l’autoriser à lire en son
nom, li la réunion des Sociétés savantes du département qui aura
lieu à la Sorbonne, en avril prochain, un chapitre de son livre
intitulé : Leçons élémentaires de chimie.
Il est convenu que M. Masure donnera communication à la
Société, dans sa prochaine séance, du chapitre qu’il compte lire à
la Sorbonne, dans le cas où, après examen, il serait reconnu que
l’assemblée des Sociétés savantes admet la lecture de travaux déjà
publiés.
M. l’abbé Desnoyers donne ensuite lecture de son rapport sur
le mémoire de M. Bimbenet, dont il a été question plus haut et
fait connaître les conclusions de la Commission de la section qui
tendent à l’impression du mémoire et du rapport.
Ces conclusions sont mises aux voix et adoptées après quel¬
ques observations de M* Bimbenet sur les divergences d’opinion
existant entre lui et le rapporteur.
M. Vallet obtient ensuite la parole et donne lecture du rapport
que la section de Médecine l’a chargé de faire sur le Mémoire de
M. Mignon relatif à la Prophylaxie de la rage.
M. Lepage, Président de la section de Médecine, propose au
nom de cette section l’insertion, dans le recueil des travaux de la
Société, du mémoire de M. Mignon et du rapport, ainsi que l’en¬
voi à M. le Préfet du Loiret et à M. le Maire d’Orléans du nu¬
méro qui contiendra l’un et l’autre.
La Société adopte les conclusions de la section en ce qui tou¬
che l’impression du travail de M. Mignon et du rapport, et décide
que M le Président de la Société joindra une lettre d’envoi au
numéro qui les contiendra et que ces deux fonctionnaires rece¬
vront comme membres honoraires de la Société.
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Séance du 20 mars 1868.
Présidence de M. de Sainte-Marie.
Après l’adoption du procès-verbal de la dernière séance, il est
donné communication des ouvrages suivants adressés à la So¬
ciété depuis cette séance :
1° N oa 83 à 87 du tome XIV du Bulletin de la Société d'agri¬
culture du département du Cher;
2° Notice nécrologique sur M. Clément Carette, membre de
la Société archéologique de l'Orléanais , par M. l'abbé Desnoyers,
vice-président de cette Société ;
La Société vote des remerciements à l’auteur.
3° Programme des prix proposés par le Comice agricole de
l'arrondissement de Lille, pour être décernés en 1868 ;
4° Programme du concours ouvert par la Société archéologi¬
que de l’Orléanais pour un prix de 500 fr. à décerner, au cours
de l’année 1869, à l’auteur du meilleur travail d’histoire répon¬
dant à ce programme ;
5° Tome VII de la 2 e série des Mémoires de la Société aca¬
démique des sciences , belles-lettres et arts de Saint-Quentin ;
6° Une brochures intitulée : Etude sur les poissons électriques,
de M. Dureau, membre de la Société d’antropologie de Paris.
Cette brochure est offerte au nom de l’auteur par M. Charpignon,
son beau-père, membre de la Société ;
\
Sur la proposition deM. Sainjon, cette brochure est renvoyée
à l’examen de la section des Sciences ;
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— 350 —
7° Acta universitatis Lundensis, 3 fascicules in-4», publiés eu
1865.
A cet envoi est joint une lettre en latin adressée il la Société
par l’Université de Lund, ville suédoise de la préfecture de
Malmæ, province de Schonen, par laquelle cette Université pro¬
pose l’échange de ses publications contre celles de la Société.
La Société décide que cet échange aura lieu à l'avenir et à
partir du n° 1 er du tome XI des mémoires de la Société en cours
de publication.
Depuis la dernière séance, aucune section ne s’est réunie.
M. le Président annonce que, par suite de circonstances im¬
prévues, M. Masure ne pourra se rendre, comme il en avait ma¬
nifesté l’intention, à la réunion des Sociétés savantes qui doit
avoir lieu à la Sorbonne au mois d’avril prochain.,
M. de Chaulnes demande et obtient la permission de lire une
courte note relative à la donation qui vient d'être faite à la bi¬
bliothèque publique de la ville d’Orléans, par M. l’abbé Des¬
noyers, membre de la Société, d’une importante collection d’ou¬
vrages et de brochures relatifs à l’histoire de l’Orléanais. Il pro¬
pose à la Société d’adresser des félicitations à l’auteur de cette
libéralité et d'émettre le vœu qu’il soit fait un catalogue des li¬
vres offerts.
Ces propositions sont adoptées et M. le président exprime
l’opinion de toute la Société en félicitant l’honorable donateur de
son inépuisable générosité et du vif amour pour son pays dont
il a déjà donné tant de preuves.
Au nom de la Société d’Agriculture, M. Baguenault de Viéville
donne lecture du rapport sur le mémoire envoyé pour le concours
ouvert parla Société sur la situation agricole de la Sologne.
Conformément aux conclusions de ce rapport, la Société dé¬
cide que les conditions du programme ne paraissant pas rem¬
plies, le prix ne sera pas décerné.
Elle décide de plus que la même question sera remise au con¬
cours et que les Mémoires devront être adressés à M. le Seçré-
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La
— 351 —
taire général avant le 31 octobre 1869, terme de rigueur,
note explicative suivante sera jointe au programme :
« Les concurrents s’aideront de la connaissance de tous les
écrits publiés sur la contrée, notamment depuis le Mémoire de
M. Bourdon, couronné par la Société en 1829. Ils suivront les
progrès de l’agriculture du pays à partir de cette époque, et étu¬
dieront les améliorations opérées depuis la création du chemin
de fer, l’introduction plus générale des calcaires et l’emploi des
engrais phosphatés. Ils rechercheront enfin quels sont le mode et
la nature de produits les plus capables de rendre à la Sologne
l’assainissement et la prospérité. »
La Société décide ensuite que le mémoire de M. Baguenault
trouvera place dans ses Annales et que le mémoire envoyé au
concours sera déposé aux archives, sauf à son auteur à user de
la faculté de le retirer, qui lui est assurée par l’article 31 du ré¬
glement; les trois mois dont parle cet article courront à partir du
jour de la publication du rapport.
M. Loiseleur fait remarquer que la section d’Agriculture et
celle des Lettres ayant proposé, l’an dernier, des questions mises
au concours, il serait convenable que la section de Médecine et
celle des Sciences et Arts usassent cette année de la même
faculté. Cette opinion étant partagée parla Société, il est décidé
que ces dernières sections se réuniront incessamment et dresse¬
ront le programme des questions qu'elles désireront mettre au
concours.
M. Noël obtient ensuite la parole et lit une notice sur diverses
plantes découvertes dans le département du Loiret au cours de
l’année 1867.
Ce mémoire est renvoyé à l’examen de la section des Sciences.
M. Bardou demande à user de son droit en retirant des
archives le rapport qu’il a lu dans la séance du 7 février dernier,
sur les Leçons élémentaires d'agriculture de M. Masure; cette de¬
mande est accordée.
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TABLE.
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Projet d’expédition au pôle nord ; exposé fait à la Société
par M. Loiseleur, dans la séance du 15 novembre 1867. 5
Procès-verbaux des séances du 5 avril au 15 novembre 1867.. 11
Membres titulaires et correspondants élus en 1867 et Sociétés
admises à l’échange dans la même année... .. 32
Étude critique sur la poésie agricole, par M. de Chaulnes,
Le poème des champs de M. Calemard de la Fayette. 33
Rapport sur cette élude, par M. B. de Monvel... 52
Deuxième notice sur quelques plantes du département du
Loiret, par M. Nouel. 59
Rapport par M. le docteur Charpignon sur un Mémoire de
M. le docteur Gillebert-Dhercourt, ayant pour but de rechercher
le rôle des agents cosmiques dans la production des maladies. 76
Monographie du Château de Sully sur-Loire, par M. Jules
Loiseleur... 81
Rapport sur cette Monographie, par M. B. de Monvel. 184
Note sur la trichine et la trichinose, par M. Bardou. 193
Rapport sur un essai de M. le docteur Reboulleau, d’une topo¬
graphie médicale de Constanline, par M. le docteur Vaussin. .. 199
/ Le paradis perdu, .traduit par M. Dessiaux : — Compte-rendu
de cette traduction par M. de Sainte Marie.. 202
La télégraphie à l’Exposition universelle, par M. Fribourg. , 212
Recherches philologiques sur le sens de la double déno¬
mination de Gen-ab et d "Aurélia donnée, dans l’antiquité
gaélique à la ville d’Orléans, par M. E. Bimbenet. 234
Rapport sur ce mémoire, par M. l’abbé Desnoyers. 272
Quelques mots sur la prophylaxie de la rage, par M. le docteur
Mignon.. 281
Rapport sur ce Mémoire, par M. le docteur V alle t. 297
Rapport par M. Baguenault de Viéville sur le concours aü
sujet de la Sologne........ 306
Addition au programme de ce concours. 322
Procès-verbaux des séances du 29 novembre 1867 au 20 mars
1868... 323
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